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«Adaptons la formation des officiers!»

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Par le chef de bataillon de RICHOUFFTZ

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Alors que nous sommes entrés dans une période de forts changements tant stratégique qu’institutionnel, la connaissance des structures et des modes de fonctionnement des organismes étatiques et territoriaux n’est que peu prise en compte dans la formation des officiers. L’appropriation d’un solide savoir dans ce domaine permettrait de parfaire l’efficience des officiers amenés à servir dans les organismes centraux et présenterait un intérêt opérationnel majeur.

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«La valeur de l'homme d'action à tous les degrés décuple s'il sait s'extérioriser, garder le contact de toutes les manifestations humaines, ne pas se spécialiser dans son compartiment».
Maréchal Lyautey


«Au fur et à mesure que la pacification s’affirme, le pays se cultive, les marchés se rouvrent, le commerce reprend. Le rôle du soldat passe au second plan; celui de l’administrateur commence». Ces instructions du Général Gallieni à Madagascar en 1898 trouvent toute leur actualité aujourd’hui. En effet, les opérations menées actuellement par les armées françaises sont complexes. Elles recouvrent un volet militaire mais aussi sécuritaire voire purement civil. Elles exigent donc de la part des officiers des connaissances qui vont bien au-delà de la seule instruction militaire. Ceux-ci doivent posséder une connaissance approfondie du fonctionnement et des mécanismes décisionnels des structures administratives étatiques et territoriales. Est-ce le cas aujourd’hui?
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L’interaction entre monde civil et militaire est devenue la norme. Nous assistons depuis quelques années à une modification significative de la conflictualité. La croissante complexité des crises a imposé une évolution des méthodes pour parvenir à leur règlement. La doctrine des armées occidentales a évolué d’un traitement spécifiquement militaire vers une approche globale[1] de la gestion des conflits. Désormais, l’engagement militaire est intégré dans un faisceau d’actions de natures diverses (économique, politique, sécuritaire, humanitaire, etc…). C’est la convergence des efforts de l’ensemble des acteurs, civils ou non, qui permet d’obtenir la normalisation d’une situation. Le militaire reste cependant celui qui intervient en premier pour garantir un niveau de sécurité satisfaisant mais aussi pour agir face aux urgences humanitaires. Déployé en Irak en 2003[2] pour pacifier la région de Mossoul, le Général Chiarelli, commandant la 1ère division de cavalerie américaine, a fait former son état-major par la mairie d’Austin (Texas) afin que celui-ci dispose des connaissances nécessaires pour gérer une municipalité. Cette initiative lui permit, après avoir sécurisé la région, de rétablir les fonctions essentielles de la vie courante (eau, électricité, administration) et de gagner «les cœurs et les esprits». Les opérations extérieures, mais également celles conduites sur le territoire national, mettent en évidence la nécessité d’une coordination étroite entre structures militaires et civiles, soulignant ainsi l’importance d’une connaissance réciproque. 
De même, l’interaction avec la société civile est le paradigme dominant dans le fonctionnement quotidien des armées. La recherche de l’optimisation du fonctionnement ainsi que la réduction du format ont conduit à accroître le nombre de civils dans la Défense (civilianisation) ou à sous-traiter certaines tâches (alimentation, blanchisserie, sécurité des emprises) dans le cadre de l’externalisation. La «normalisation» du fonctionnement de la Défense est totale. L’essentiel de ses particularismes, budgétaires ou ceux liés à la gestion des ressources humaines ont disparu, les armées obéissent aux mêmes règles que l’ensemble de l’administration (LOLF[3], code des marchés publics). Elles ont adopté des méthodes de management importées du monde de l’entreprise. Cette tendance est accentuée par les réformes en cours. La Revue générale des politiques publiques (RGPP) accélère le processus d’uniformisation des ministères. La nouvelle réforme de la Défense initiée par le Livre blanc de 2008 accroît la coopération interministérielle.
L’ouverture au monde civil est donc permanente pour les armées d’aujourd’hui. Récemment le général d'armée Georgelin, chef d'état-major des armées, indiquait que: «si nous voulons que les armées soient performantes, il faut que les élites militaires connaissent parfaitement leur monde mais aussi [les mondes] qui interagissent avec lui». Il soulignait ainsi la nécessité pour les officiers de posséder les connaissances indispensables pour agir efficacement dans un contexte de coopération civilo-militaire en pleine évolution.
Il ne s’agit encore que d’une nécessité et non d’une réelle exigence puisque aucune structure intégrée de direction de la coopération interministérielle ou de conduite de l’approche globale sur les théâtres d’opérations n’existe encore. Nous sommes dans une phase d’expérimentation, de recherche d’une culture de l’interministériel tel que l’a vécu «l’interarmées» dans les décennies passées.
Face à ces évolutions, force est donc de constater que le contenu de l’enseignement militaire n’a que peu évolué. Il reste centré sur «le cœur de métier», l’action militaire, et se déroule principalement en interne. La prise en compte de cette transformation de la défense reste négligée au profit de l’adaptation de la formation opérationnelle aux conflits d’aujourd’hui. Cela ne semble pourtant pas antinomique!
Il est par conséquent nécessaire de faire évoluer la formation des officiers afin qu’ils puissent répondre pleinement aux défis qui attendent les armées et la Nation.
Le système de formation militaire français est efficace et reconnu tant en France qu’à l’étranger. Des adaptations sont nécessaires et doivent permettre, de manière pragmatique et ciblée, de donner aux officiers les outils et les connaissances utiles pour mener à bien leurs missions.
Il paraîtrait présomptueux d’élaborer ici des solutions à cette problématique. Les enjeux sont multiples et toute hypothèse mériterait des études complexes et approfondies. Certaines pistes de réflexion peuvent cependant être, d’ores et déjà, identifiées.
Tout d’abord, il conviendrait de donner aux officiers des connaissances théoriques et pratiques solides du fonctionnement de l’État et des structures administratives territoriales. Une telle formation, destinée essentiellement aux officiers d’état-major tactiques et opératifs, permettrait de faciliter la coopération entre les unités et les organismes civils impliqués (ONG, missions civiles de l’ONU) dans le cadre de missions de stabilisation ou de secours aux populations.
Un effort pourrait être également porté sur la formation des officiers brevetés destinés à servir dans les administrations centrales et à tenir des responsabilités importantes tant opérationnelles qu’organiques. Il viserait à acculturer ces officiers aux processus de décision des ministères et de la haute administration. L’objectif est de donner à ces cadres militaires les «armes» efficientes pour mener les combats «du temps de paix» dans les domaines clés que représentent, par exemple, les ressources humaines, les finances ou les programmes d’équipements.
Enfin, il serait pertinent de constituer des réseaux d’influence. Cela permettrait à la fois de renforcer la capacité de coopération et de renforcer le lien armées-Nation avec les élites de cette dernière. Deux pistes pourraient être envisagées. D’une part, l’ouverture de certains stages, comme le CID, à des cadres civils; d’autre part, le renforcement des affectations en mobilité extérieure (MOBEX) qui sont un vecteur de rayonnement et de connaissance important.
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Compléter la formation des officiers en donnant une connaissance solide des structures administratives et de leur fonctionnement concret semble crucial en cette période caractérisée par le changement et la réflexion. C’est l’un des moyens les plus sûrs de permettre à ces chefs de mener à bien les missions qui leurs sont confiées aujourd’hui, missions qui se déroulent dans un environnement changeant et couvrent un spectre d’actions toujours plus vaste.
En outre, l’ensemble de la société française retirera les bénéfices d’un renforcement des interactions entre cadres militaires et civils. Non seulement, les armées verront leur rayonnement favorisé; de plus larges échanges avec la société dont elles sont issues contribueront à une diffusion accrue des idées et des valeurs de l’institution militaire; mais surtout, le monde civil s’enrichira de l’expérience, de la capacité d’adaptation et de réforme des officiers et aura ainsi la possibilité de redécouvrir les qualités fondamentales de l’institution militaire.
En cette période difficile où notre pays s’interroge sur son identité et sur la pérennité de ses valeurs fondatrices, est plongé dans une crise économique qui fragilise la société toute entière et est confronté à un défi sécuritaire, favoriser de tels échanges devrait permettre à la Nation de se réapproprier certains repères fondamentaux. Cet enrichissement mutuel pourrait contribuer à renforcer la cohésion et la sécurité des Français.

[1]  Voir Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (p58)
[2]  Lire à ce sujet l’article «Démocratie 101» du Lcl GOYA dans les Cahiers du CESAT n°6 - octobre 2006.
[3]  LOLF: Loi organique relative aux lois de finances votée en 2001, qui régit les procédures budgétaires de l’ensemble des ministères.

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