Traitement en cours, merci de patienter...
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
 
Saut de ligne
Image
Saut de ligne
Armée de Terre dans la société

Saut de ligne

« Décider » aujourd’hui

Image

Par DESTIA

Image

Décider : Voilà l’action que nous faisons chaque jour de notre vie sans même nous en rendre compte. Certaines décision sont simples, intuitives… D’autres le sont beaucoup moins. Mais la décision prend une autre dimension si elle concerne d’autres personnes.

Image
Image
Lorsque la décision prise a des implications sur la société, sur une communauté, sur une famille, elle n’a plus rien d’intuitive. Voilà qu’apparait le rôle et l’action indissociable du chef, du donneur d’ordres, du responsable. C’est l’essence du commandement dans le monde militaire et la finalité du management dans le monde civil.

La décision prise tranche, arbitre, donne une direction pour les soldats sur le champ de bataille comme pour l’entreprise dans son milieu économique. Décider est alors un enjeu, qui peut aller jusqu’à conditionner la survie de ce pour quoi et pour qui on « décide ».

Mais « Décider » est un processus évolutif. Il change, se transforme au travers de la situation, de l’époque, de la société. « Décider » aujourd’hui, ne se conçoit plus comme « Décider » il y a cent ans. Peut-on dès lors accepter, comme évoqué par Paulo Coelho, que la décision prise nous plonge dans ce courant impétueux, dont nous ne maitrisons pas forcément le résultat ? Ce lyrisme littéraire trouve certes un écho dans une conception romancée des événements, mais ne peut être simplement accepté comme un fatalisme lorsque les enjeux sont conséquents pour le décideur. Et c’est bien là l’intemporelle problématique : Comment prendre une décision, pour ou contre autrui, et être sûr de son exact résultat ? Comprendre comment « Décider » aujourd’hui, c’est apprivoiser ce processus polymorphe et essayer de canaliser ce torrent pour que l’effet final soit en adéquation avec la décision prise.

Certaines décisions sont parfois lourdes de conséquences

Manque de courage, situations de plus en plus complexes, judiciarisation croissante, influences inhibitrices… Autant de paramètres qui rendent aujourd’hui le décideur frileux.

Pourtant « Décider » est plus que jamais nécessaire dans ce contexte. Qu’est ce qui a donc changé dans le processus de décision aujourd’hui ?

« Quand quelqu'un prend une décision, il se plonge en fait dans un courant impétueux qui l'emporte vers une destination qu'il n'a jamais entrevue, même en rêve. »
Paulo Coelho

Aujourd’hui, « Décider » c’est essayer de maîtriser toutes les facettes actuelles du processus de décision, en particulier celle propre à une époque où la communication laisse exploser un potentiel inconnu de perception par les masses, pour que l’acte de décision entraîne effectivement et sans entrave l’effet désiré.

Pour mieux appréhender ce processus, il est nécessaire de rappeler quels paramètres transcendent les époques et participent à l’acte de décision, néanmoins ils devront être mis en perspective avec les transformations sociétales actuelles en particulier au niveau des évolutions spectaculaires de la communication. C’est là une condition sine qua non pour tenter de dompter le courant impétueux propre à notre époque : la capacité offerte désormais à tout un chacun d’avoir sa propre perception sur la décision prise.

De la Décision, ou comment puis-je être sûr que celle-ci soit suivie d’effet.

Théorie du décideur rationnel, théorie contemporaine de Cyert & March[i], méthode d’élaboration d’une décision opérationnelle, méthode de raisonnement tactique… Autant de manières d’appréhender cette problématique. La décision se prépare, la décision se prend, la décision s’assume. Quelques questions héritées de l’histoire sont toujours d’actualité et permettent de prendre une décision en connaissance de cause. Premièrement, avant de décider, le responsable a-t-il bien tous les éléments ? A-t-il compris ce sur quoi il va se prononcer ? Lapalissade pour certains. C’est pourtant là la plus difficile des réponses à trouver. Car même si cette décision est le produit d’une réflexion de groupe, d’une société de conseil dûment rémunérée ou d’un état major, elle n’est plus, une fois édictée, que la propriété de celui qui la prend et qui devra l’assumer. Elle implique donc forcément une part d’implication personnelle et donc de subjectivité[ii]. Intervient dès lors la notion de légitimité de cette personne.

La décision aura d’autant plus d’impact qu’elle sera prise par quelqu’un de reconnu comme légitime. Président directeur général, officier en temps de commandement, responsable d’association… Cette légitimité assoit initialement la prise de décision. Elle peut se trouver exacerbée par des facteurs multiplicatifs : Charisme du décideur, capacités intellectuelles reconnues, confiance… Aujourd’hui encore, ces facteurs se retrouvent dans l’ensemble des processus décisionnels de la vie civile comme militaire. Les fluctuations boursières liées aux personnages emblématiques des sociétés (Jobs, Ballmer, Niel…) ne sont que la traduction économique dans le monde libéral contemporain de leurs capacités à générer du profit et donc, à faire prospérer leurs entreprises grâce à leurs décisions. Dans la sphère militaire, la légitimité est certes statutaire et repose sur une hiérarchie clairement établie, mais elle se trouve renforcée par l’expérience, le charisme du chef ayant déjà affronté des situations difficiles et en qui ses hommes ont une totale confiance.

« Pour prendre une décision, il faut être un nombre impair de personnes, et trois c’est déjà trop »
Georges Clémenceau


Ces composantes intemporelles de la Décision que sont la connaissance des éléments pour décider et la légitimité du décideur sont nécessaires pour que celle-ci soit suivie d’effet. Pourtant, aujourd’hui, les paramètres se sont complexifiés et la décision prise à la seule lumière de ces éléments ne permet plus d’aboutir à coup sûr au résultat.

De la Décision aujourd’hui, ou comment certaines décisions rencontrent des difficultés pour être exécutées

« Bien des larmes seront versées pour des prières exaucées »
Ste Thérèse d’Avila

Dans les processus décisionnels classiques, il existait toujours l’« avant », travail de réflexion de collecte et d’analyse préparatoire à la prise de décision, le « pendant », qui formalise l’action par le décideur, et l’« après », qui vise à confronter le décideur à assumer le résultat. Il existe aujourd’hui une phase supplémentaire qui vient s’intercaler entre le « pendant » et l’ « après » et qui est propre à notre époque : C’est la perception par l’ensemble des personnes concernées, mais désormais également de celles qui ne le sont pas de cette décision. Ignorer et ne pas tenir compte de cette perception humaine démultipliée par l’explosion des moyens de communications, c’est courir le risque de se laisser emporter par ce courant impétueux contemporain.

Le développement des nouveaux moyens de communication joue un rôle prépondérant dans la métamorphose actuelle des processus décisionnels. Le périmètre des zones d’ombres parfois nécessaires qui accompagnait certaines décisions se réduit au fur et à mesure de l’intrusion grandissante de ces moyens de communication dans toutes les sphères de la société. Le secret défense peut du jour au lendemain se retrouver sur la place publique[iii] et la raison d’état qui n’appelait aucun commentaire peut faire désormais l’objet de discussion sur un blog ouvert. Pour le décideur, son action est donc soumise à l’appréciation de tous, et notamment à celle de ceux qui n’ont pas les compétences pour la juger, mais qui peuvent alimenter en masse le flux d’information planétaire. L’affaire « totenkopf» en Allemagne qui a suscité une polémique sur la décision de participation de la Bundeswehr aux opérations en Afghanistan peut être citée en exemple[iv]. Sous-estimée, cette composante doit aujourd’hui être pleinement intégrée dans le processus décisionnel pour obtenir le meilleur résultat possible.

Cette perception de masse qui s’applique et s’exprime désormais dans tous les domaines peut réellement représenter une entrave pour les décideurs qu’ils soient politiques, militaires ou économiques. Identifiée et initialement censurée[v], cette contrainte trouve aujourd’hui un début de réponse dans l’évolution et l’intégration systématique des processus de communication au sein des processus décisionnels.

De la Décision aujourd’hui, ou comment la communication aide à verrouiller la décision.

« Si l’écrivain ne veut pas se retrouver au musée de civilisation antique, Il devra se familiariser avec les moyens de communication de masses. »
Denis Monière, Extrait de Bulletin de l’union des écrivains québécois

La communication autour des décisions a toujours été importante, elle devient désormais essentielle et influe sur l’exécution et le résultat même de la décision. Elle doit s’appréhender et se concevoir très antérieurement à la prise de décision sous peine de voir cette dernière déformée par l’interprétation erronée que la « masse » peut s’en faire. La communication ne doit plus seulement se contenter d’apporter une information sur le résultat de la décision, mais doit anticiper cette perception de masse liée aux personnes susceptibles d’y avoir accès. Les « keynotes » des grandes sociétés sont la manifestation économique de la prise en compte de ce paramètre : Elles sont l’occasion de faire valoir et de communiquer sur leurs nouveaux produits phares, mais surtout d’ « encadrer » l’appropriation de leurs nouveaux produits par les masses. Chaque choix fonctionnel est clairement expliqué, encadré par des éléments de langage, pour essayer d’effacer en amont de la commercialisation toute perception négative qui pourrait survenir.

Ainsi, les décideurs essaient de s’assurer que l’interprétation qui sera faite de la décision ne s’oppose pas aux résultats souhaités. Cette nouvelle communication s’éloigne de la recherche et la simple retranscription objective de l’information et doit se teinter d’une sensibilité capable à la fois d’apporter une information vraie, sans pour autant permettre la déformation des effets obtenus. L’application la plus visible de ce principe s’observe dans les conflits militaires asymétriques actuels. La communication est devenue clairement une arme capable de faire contre poids aux décisions militaires et politiques. La récupération d’images, la déformation de témoignages et la diffusion à grande échelle doivent être envisagées dès la réflexion initiale pour minimiser les effets induits. Aujourd’hui plus encore qu’hier, la décision doit s’appréhender dans son contexte qui doit désormais s’envisager comme planétaire.

Décider aujourd’hui, au niveau politique, militaire ou social requiert plus que jamais une certaine dextérité intellectuelle. La capacité d’anticipation déjà nécessaire auparavant se trouve désormais exacerbée par l’interprétation qui va être faite de la décision au travers d’une myriade de moyens de communication plus ou moins subjectifs. Cet état de fait doit être intégré dans le processus décisionnel.

Actions gouvernementales, opérations extérieures, lancement de nouveaux produits… Autant de résultats de décisions qui seront systématiquement soumis à cette contrainte de perception par les masses. L’enjeu est évidemment important. Une erreur de perception sur une décision prise, et c’est le recul du gouvernement, le retrait des troupes d’un théâtre, ou la faillite d’une société commerciale.

De la prise en compte de cette mutation contemporaine du processus décisionnel ainsi que de la maîtrise du potentiel des nouveaux moyens d’information peut naître une nouvelle forme de communication capable de recréer pour nos sociétés des repères devenus flous permettant ainsi de mieux inscrire et de renforcer l’action du décideur dans cette dernière.



[i] A Behavioral Theoryof the Firm (1963) de Richard Cyert et James March
[ii] Travaux de H.A. Simon. Le processus de décision peut difficilement être étudié sous le seul angle de la rationalité. Pour eux, le processus décisionnel est le siège de confrontations entre cognition, ignorance et émotion.
[iii] Affaire Snowden
[iv] Les réactions virulentes et leurs dérives sur les réseaux sociaux ont nécessité l’intervention officielle du gouvernement Allemand quant au maintien de la décision politique concernant l’envoi des troupes en Afghanistan.
[v] Certains sites de presse en ligne avaient purement et simplement désactivé la possibilité donnée aux internautes de pouvoir « commenter » l’actualité suite aux dérives et aux récupérations qui apparaissaient dans ces commentaires.
Image
Image