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Histoire et Stratégies

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« Innere Führung » (formation morale et civique) – Principe d ’action de la philosophie du commandement allemand – La situation actuelle

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Par DESTIA

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A la fin de la Seconde Guerre mondiale et après la fondation de la République fédérale d’Allemagne, un débat s’est ouvert sur le réarmement de l’Allemagne avec, en toile de fond, une confrontation Est-Ouest toujours plus concrète représentant un énorme potentiel conflictuel en Europe centrale. Les réflexions portaient certes sur le type d’armée, la montée en puissance et la mission de ces forces armées, mais surtout sur leur légitimité, vu les expériences encore omniprésentes d’une guerre mondiale dévastatrice. Face à une Allemagne remilitarisée, on avait d’un côté les voisins européens avec des ressentiments puissants et de l’autre côté une population allemande traumatisée. Les nouvelles forces armées allemandes devaient se démarquer de la « Reichwehr » de la République de Weimar ainsi que de la « Wehrmacht » du troisième Reich, et leur identité professionnelle devait leur permettre de s'intégrer dans l’ordre constitutionnel libéral et démocratique de la jeune République fédérale d’Allemagne.

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Afin d'élaborer une nouvelle conception morale et civique pour les nouvelles forces armées allemandes en adéquation avec ces expériences historiques et ces développements de la politique sécuritaire, des réflexions en vue d'un tel concept ont été engagées dès le début des années 50 au sein du « Service Blank », germe du futur  ministère  fédéral  de  la  Défense.  Parmi  les  pères  spirituels  de  l'« Innere Führung », on peut citer les généraux de corps d'armée Hans Speidel et Adolf Heusinger,  le  colonel  Johann  Adolf  Graf  von  Kielmansegg,  le  lieutenant-colonel Ulrich de Maizière et le commandant (BEM) Wolf Graf von Baudissin. Les fondamentaux élaborés par ce cercle constituent aujourd'hui encore le noyau de la philosophie du commandement dans les forces armées allemandes comme nous allons le démontrer dans le paragraphe suivant.
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Fondamentaux et principes directeurs de la philosophie de l’« Innere Führung »

Dans l'« Innere Führung », on retrouve certes les valeurs et les prescriptions de la Loi fondamentale, mais avant tout la dignité de l'homme, la liberté, la démocratie et l'État de droit, ce canon des valeurs étant l'expression d'une conception intégratrice du rôle du soldat dans les forces armées. Dans ce concept, le soldat est le « citoyen en uniforme » qui peut prendre pleinement part à la vie sociétale même s'il est intégré dans une structure de commandement militaire. Ce système de valeurs bien ancré entérinant la philosophie du commandement des forces armées définit ainsi le cadre déontologique et la justification éthique de l'action du militaire allemand. Par là même, le « citoyen en uniforme »          jouit          d'une          protection          juridique          équivalente. Ses droits fondamentaux ne peuvent se trouver restreints que dans des cas exceptionnels et ils doivent toujours être conservés dans leur substance. Une autre base essentielle est le « primat de la politique », c'est-à-dire la priorité impérative donnée aux orientations politiques, résultats de processus de décisions démocratiques et légitimes. En s'appuyant sur cette philosophie, il en résulte quatre objectifs pour l'« Innere Führung ». Premier objectif : répondre à la question de la légitimation de l'action militaire sur la base de fondements éthiques, juridiques, politiques et sociétaux en adéquation avec les principes démocratiques de la République fédérale d'Allemagne. Deuxième objectif : intégrer les forces armées dans l'État et la société et participer activement à leur reconnaissance auprès des militaires et des non militaires. Troisième objectif : encourager la motivation des soldats sur la base du canon de valeurs décrit ci-dessus, la maintenir au sens de la légitimité démocratique et la consolider partout où cela est possible. Quatrième objectif : adapter l'architecture de l'ordre interne des forces armées au droit en vigueur, le but final étant d'optimiser l'accomplissement de la mission.
 

Description et pondération des contraintes actuelles dans lesquelles les forces armées modernes sont amenées à évoluer

Les principes essentiels énoncés dans le paragraphe précédent ont été élaborés à la suite de développements dans la politique sécuritaire et de constellations politiques qui ont subi des changements importants au cours des soixante dernières années. La Bundeswehr a été mise sur pied dans un contexte de Guerre froide entre l'Est et l'Ouest dont l'antagonisme allait grandissant, incluant une course à l'armement et la menace d'emploi de l'arme nucléaire par les deux fronts. La contribution allemande a été conçue ici comme un complément au dispositif des forces conventionnelles de l'OTAN (« une armée au sein de l'Alliance ») et n'est donc pas à considérer comme une armée orientée prioritairement vers la protection et la défense des intérêts nationaux.
La physionomie de la guerre à cette époque-là était caractérisée par des conflits
symétriques avec de grandes armées conventionnelles à la technologie toujours plus développée. Atteindre et maintenir un équilibre nucléaire représentaient un déterminant marquant de la pensée de la politique sécuritaire, surtout avec en toile de fond le conflit des systèmes entre l'Est et l'Ouest qui semblait insoluble. En fin de compte, l'idée de la défense du territoire national au sein de l'Alliance en particulier était d'une importance capitale car elle justifiait avant tout la légitimité des forces armées allemandes.

Cette physionomie de la guerre a changé considérablement depuis la fondation de la Bundeswehr. Après l'effondrement de l'Union soviétique  et  la  fin  de  l'antagonisme  Est-Ouest dans la forme décrite ci-dessus, la menace globale due aux crises, aux conflits et aux guerres s'est nettement accrue contrairement aux espoirs de la communauté internationale. Les guerres du Golfe, les  guerres  d'éclatement  de  la  Yougoslavie,  les
conflits toujours plus nombreux sur le continent africain ainsi que la guerre d'Irak et la
guerre         d'Afghanistan         sont         des         exemples         sans         appel.
Ces évolutions ont également changé la physionomie de la guerre. Bien souvent, ce
 
ne sont plus des adversaires de taille imposante et aux technologies comparables qui s'affrontent à un niveau étatique. Les conflits actuels sont désormais des conflits asymétriques entre des acteurs étatiques et des acteurs non étatiques qui disposent de moyens inégaux. Les motifs, les acteurs et les enjeux de ces conflits sont de plus en plus opaques ; souvent, ils ne sont pas menés dans le respect des conventions et réglementations internationales telles que le Règlement de la Haye ou les conventions de Genève. De plus, toutes les nouvelles formes de terrorisme pratiquées dans les conflits ainsi que la présence globale des médias sont des déterminants supplémentaires qui ont modifié fortement si ce n'est en partie totalement les donnes de la politique sécuritaire en général et de l'action militaire en particulier. Sur cette toile de fond se pose désormais la question de savoir si la philosophie du commandement de la Bundeswehr est adaptée à ces nouvelles exigences et quelles sont les réformes qui s'imposent.
 

Les conséquences d’une physionomie modifiée de la guerre pour l’« Innere Führung »

Un des objectifs essentiels de l'« Innere Führung » est d'asseoir la légitimité des forces armées allemandes et de leur emploi. Mais dans ces nouvelles conditions cadres, cet objectif s'avère aujourd'hui plus difficile à atteindre car il devient toujours plus complexe de transmettre l'idée initiale, à savoir que la défense du territoire    national    se    joue    dans    des    conflits
multinationaux loin de l'espace européen. Ceci exige de se pencher intensivement sur les causes et les conséquences des conflits quant à leur importance pour la politique sécuritaire. Plus que jamais, il est demandé au militaire de considérer les problèmes sécuritaires globaux, de les comprendre et d'en évaluer leur importance pour la sécurité internationale et la paix. Il est demandé aux supérieurs de tout niveau de poser des questions critiques et d'expliquer l'importance et le rôle de nos forces armées. En plus de la maîtrise des capacités et des aptitudes militaires, ce sont en particulier la compétence interculturelle et la capacité de jugement moral et éthique qui sont plus importantes que jamais. A cet effet, l'« Innere Führung » doit servir de boussole interne et aider le soldat à assumer sa responsabilité dans la maîtrise des actes, aussi dans des situations opaques quand les réalités politiques et la pression sociale changent rapidement. La capacité et la volonté de transparence, de dialogue et de critique semblent en être ici plus que jamais des exigences essentielles. Au cœur de ce dialogue se trouve le développement d'une conception du métier de militaire adaptée à notre temps : depuis la suspension du service national, il semble, mais ce n'est qu'en apparence, plus simple de forger un concept du métier de soldat. Ce sont surtout les changements sociétaux avec une forte tendance à la décommunautarisation et à l'individualisation qui conduisent à de fortes tensions ; en effet, ils suivent un chemin inverse aux valeurs dont les militaires ont un besoin impératif, notamment en opération, qui, elles, privilégient justement l'aspect social, mettent l'accent sur la vie en groupe et prône un retrait de soi. Sans oublier les qualités militaires telles que la camaraderie et le courage, qui ont toujours
 
eu  une  place  centrale  dans  la  vie  militaire,  surtout  en  présence  de  menaces concrètes de vie et de mort : elles sont plus que jamais à l'ordre du jour.



5.      Synthèse

Globalement, les exigences demandées au métier de soldat ont augmenté car la Bundeswehr est confrontée aujourd'hui à une réalité opérationnelle très complexe, couvrant tous les niveaux d'intensité. Les enjeux auxquels doit faire face une philosophie de commandement, qui doit pouvoir s'adapter aux conditions changeantes, se sont par voie de logique aussi démultipliés. Néanmoins, les idées essentielles de l'« Innere Führung » conservent leur pérennité. Par la suite, il s'agit plutôt de s'interroger comment transmettre l'esprit de la philosophie de commandement et non de savoir si ses hypothèses de base changent. Le modèle du
« citoyen  en  uniforme »  reste  également  intact  tout  autant  que  la  mission  de l'« Innere Führung » dont la ligne directrice est de préparer aussi bien que possible un soldat mué d'une conviction personnelle à assumer ses tâches. Le concept de l'« Innere  Führung »  a  fait  son  chemin  et  prouvé  son  bien-fondé  même  si  les conditions cadres ont évolué ; il reste une philosophie de commandement efficace des forces armées allemandes.



Références:

Bundesminister  der  Verteidigung,  Zentrale  Dienstvorschrift  (ZDv)  10/1  -  Innere
Führung, Bonn, Januar 2008.

Clement, R. & Elmar Jöris, P. (Hrsg.), 50 Jahre Bundeswehr - 1955 - 2005, Hamburg, 2005.

de Maizière, Ulrich, Was war neu an der Bundeswehr? Betrachtungen eines Zeitzeugen, in: Bremm, Klaus-Jürgen, Mack, Hans-Hubertus & Rink Martin, Entschieden für Frieden - 50 Jahre Bundeswehr - 1955 - 2000, Freiburg i.Br., 2005.

Nägler,   Frank,   « Innere   Führung » :   Zum   Entstehungszusammenhang   einer Führungsphilosophie für die Bundeswehr, in: Bremm, Klaus-Jürgen, Mack, Hans- Hubertus & Rink Martin, Entschieden für Frieden - 50 Jahre Bundeswehr - 1955 -
2000, Freiburg i.Br., 2005.