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Armée de Terre dans la société

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Le territoire national, solution au ralentissement du rythme des opérations extérieures de l’armée de Terre ?

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Par le CBA BOTHERON Sébastien

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Si l’armée de terre doit conserver les missions qui lui sont dévolues sur le territoire national et continuer à se préparer à y intervenir en cas de crise grave, elle ne doit pas chercher à y prendre une part plus importante, de manière permanente, parce que cela risquerait d’obérer ses capacités opérationnelles.

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Emeutes dans nos banlieues, montée des extrémismes et de la menace terroriste sur le sol national, ou bien encore catastrophe de Fukushima, sont autant de faits qui exacerbent chez nos concitoyens un sentiment d’insécurité persistant. En effet, la France doit faire face aujourdhui, sur son propre sol, à des menaces dun type nouveau, protéiformes et imprévisibles, quelles soient sécuritaires, technologiques ou écologiques. Face à ces phénomènes initiant un nouveau type de peurs contemporaines, l’Etat se doit de réagir afin dassurer sa mission première, la défense du territoire national et la sécurité des citoyens français.

 

Au travers de ce constat, le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale de

2008, précise clairement, que face à ces nouvelles menaces et aux surprises stratégiques, le lien entre défense et sécurité devient de plus en plus étroit. Ainsi, dorénavant, les armées, au travers de la fonction protection, doivent contractuellement être capables de projeter sur le territoire national, 10 000 hommes en quelques jours.

 

Assumant parfaitement cette facette de leurs missions, les armées prennent une part active à la défense du territoire national, tout en assurant leurs opérations hors de nos frontières.

 

Mais aujourdhui, deux faits marquants et inédits viennent remettre en cause cette équation, et ce, principalement pour l’armée de terre. Tout dabord, le choix de la France de quitter l’Afghanistan à la fin de l’année 2012, marque une inflexion certaine dans le rythme des opérations extérieures, initiée depuis quelques années. D’autre part, les contraintes budgétaires pesant sur les armées, leur impose de justifier précisément de l’emploi de leurs moyens  mais  surtout  de  la  cohérence  de  leur  format.  Car  en  effet,  dans  un  contexte persistant de rationalisation et déconomies, une lecture trop rapide de ce nouvel état de fait pourrait conduire certains à penser quune armée de terre moins employée en opération extérieure naurait nul besoin de conserver son format et ses effectifs actuels, qui pourraient alors servir de variable dajustement à de substantielles réductions de coûts.

 

Peut-on  alors  se  demander  si,  pour  pallier  ce  ralentissement  du  rythme  des

opérations extérieures, l’armée de terre doit accentuer sa présence sur le territoire national ?

 

Un tel changement de portage pourrait être lourd de conséquences et implique de savoir ce quest capable de proposer larmée de terre pour participer davantage à la sécurité intérieure et civile de la France et à quel prix.

 

Si l’armée de terre doit conserver les missions qui lui sont dévolues sur le territoire national et continuer à se préparer à y intervenir en cas de crise grave, elle ne doit pas chercher à y prendre une part plus importante, de manière permanente, parce que cela risquerait dobérer ses capacités opérationnelles.

 

 

 

Tout  dabord,  l’armée  de  terre  est  déjà  aujourdhui  un  acteur  incontournable  du

continuum sécurité défense. En premier chef, la stratégie de sécurité nationale, inscrite dans


le code de la défense, a pour première finalité de défendre la population et le territoire contre les risques et menaces susceptibles de porter atteinte à la vie de la Nation. Comme le précise la directive interarmées relative aux engagements sur le territoire national1  cela se traduit  pour  les  armées,  par  des  engagements  opérationnels  conduits  sur  le  territoire national, en participant à sa protection directe, à la défense de notre souveraineté et à la sécurité  de  nos  concitoyens  (sécurité  générale).  Lautre  facette  de  cette  participation consiste à suppléer les autres administrations lorsque celles-ci sont débordées par l’étendue dune crise de grande ampleur, afin de compléter les capacités qui manquent aux services de l’État (sécurité civile).

 

Ces missions s’inscrivent dans un cadre demploi existant et éprouvé. Dun point de vue juridique, l’action des armées sur le territoire national est exclusivement consécutive à une réquisition légale2 de l’autorité civile. Répondant à la règle des « 4i », l’intervention des armées est à réserver aux situations graves et urgentes et les moyens civils pour y répondre sont inexistants, inadaptés, insuffisants ou indisponibles. Lautre volet de ce cadre demploi correspond à lorganisation opérationnelle. Elle est constituée par l’organisation territoriale interarmées de défense (OTIAD) qui, en tant qu’interface entre autorités civiles et militaires, coordonne la participation des armées aux missions de défense civile, en définissant notamment les conditions dengagement des moyens militaires.

 

 

 

Dans ce contexte, l’armée de terre, étant donnée la diversité de ses capacités, est quasiment la seule à pouvoir couvrir l’ensemble du spectre dune action terrestre sur le territoire national, que ce soit à travers le renforcement des dispositifs de sécurité générale (protection de points vitaux, surveillance et contrôle de zone, contrôle de l’accès au territoire, etc.), de l’appui aux opérations (aménagement du terrain, renseignement, expertise NRBC) et du soutien aux populations (capacités dhébergement, de ravitaillement, de transport ou bien encore du renforcement du dispositif sanitaire existant). A cela sajoute bien entendu des capacités de planification et de conduite des opérations, mais aussi une expertise reconnue dans le traitement des situations de crise.

 

Ce panel de compétences, exclusif de l’armée de terre, lui confère un rôle à la fois particulier et prépondérant dans les actions sur le territoire national. Il lui permet notamment dapporter une réponse globale et réactive lorsquelle est sollicitée. Les engagements extrêmement variés de larmée de terre ces dernières années suffisent à eux seuls, pour se convaincre du caractère indispensable de son action. En plus de lopération Vigipirate, à laquelle 900 militaires de l’armée de terre participent quotidiennement, elle a également pris une part importante dans la sécurisation de grands sommets (65e anniversaire du débarquement  de  Normandie  en  2009,  25e   sommet  France-Afrique  à  Nice  en  2010, sommets du G8 à Deauville, puis du G20 à Cannes en 2011). Outre le volet sécurisation, elle a également apporté son concours à la population lorsque la France a été balayée par les tempêtes Klaus (2009) et Xynthia (2010), puis lors des inondations dans le Var en 2010, où 600 militaires et 11 hélicoptères de l’armée de terre ont évacué 400 personnes de la zone dévastée.  Enfin,  et  de  manière  originale,  l’armée  de  terre,  depuis  2008,  lutte  contre

l’orpaillage illégal en Guyane dans le cadre de l’opération interministérielle Harpie.

 

 

1DIA 3-32 143/DEF/CICDE/ DR du 31 août 2011

2 Article L. 1321-1 du code de la défense


 

 

 

 

Au-delà de ce constat, il convient de se demander quelle place et quel rôle pourraient

tenir l’armée de terre, si le choix était fait de renforcer son action sur le territoire national.

 

Effectivement, l’armée de terre ne dispose pas dun dispositif permanent sur le territoire national, a contrario de l’armée de l’air et de la marine nationale, qui assurent la sûreté aérienne et la sauvegarde maritime. Leurs actions dans ce domaine sont essentielles car irremplables. Une part de leurs effectifs et de leurs moyens est consacrée à ces missions, et à ce titre elles disposent de ressources budgétaires et capacitaires pour les remplir.

 

 

 

La problématique terrestre est différente. Les acteurs intervenants sur le sol national, que ce soit pour la sécurité intérieure ou civile, sont nombreux et leurs missions sont clairement identifiées. Aujourdhui, les effectifs cumulés de la police nationale, de la gendarmerie nationale, de la sécurité civile et des sapeurs-pompiers (professionnels et volontaires) sélèvent à près de 490 000 personnes. Bénéficiant dune attention particulière du pouvoir politique, ces effectifs sont dailleurs, pour le volet sécurité intérieure, en augmentation, afin de, légitimement, lutter plus efficacement contre l’insécurité.

 

Dans ce dispositif déjà très dense, et les directeurs de ces services possèdent un poids politique conquent, comment pourrait sinsérer l’armée de terre, de manière quasi- permanente et  quel  type  de  missions  pourrait  lui  être  confié ?  Outre  des  unités  très spécialies  (NRBC,  NEDEX)  qui  pourraient  effectivement  compléter  utilement  leurs pendants civils, tout en leur permettant dentretenir leurs savoir-faire, il nest pas certain quune augmentation des effectifs de l’armée de terre sur le territoire national lui permette doccuper une place conquente dans la sécurité générale.

 

En effet, cest principalement dans le cadre du volet sécurisation quelle interviendrait, dans la mesure les capacités quelle peut apporter pour les parties appui et soutien sont par nature liées à des situations exceptionnelles, où les services primo-intervenants seraient saturés. Hormis accepter de redéfinir le cadre juridique demploi des militaires sur le territoire national (emploi des armes limité à la seule légitime défense, force de maintien de l’ordre de

3e  catégorie), ce qui semble peu probable, l’armée de terre pourrait participer de manière

plus conquente au dispositif Vigipirate, ou prendre à sa charge la garde permanente de points  ou  de  zones  sensibles  en  y  remplant  la  gendarmerie  ou  la  police.  Est-ce souhaitable pour l’armée de terre et ny a-t-il pas un risque avéré de noccuper quune place secondaire et peu valorisante au sein de ce dispositif ? Rien nest moins sûr.

 

 

 

De plus, à la différence, de la mission Harpie, des savoir-faire spécifiques à l’intervention en forêt équatoriale sont utilisés et entretenus par l’armée de terre, les missions précitées ne sont en aucun cas son apanage. Enfin, ces missions « moins exotiques que les

opérations extérieures mais essentielles» comme les qualifiaient le général Dary en 20073

 

3 Editorial, Héraclès, numéro spécial, novembre 2007, p.1


sont parfaitement comprises et acceptées par ceux qui y participent aujourdhui. Il nest pas certain que si elles deviennent une partie du quotidien des unités, cela soit toujours le cas. A l’heure la fidélisation reste une priorité, cette donnée est à prendre en compte.

 

 

 

Ce ralentissement du rythme des opérations peut pourtant permettre à l’armée de terre de consolider sa capacité opérationnelle et de capitaliser l’expérience acquise durant les engagements en opération récents.

 

Si 2012, marque effectivement un fléchissement certain dans les taux de projection, l’incertitude et  le  caractère imprévisible de  notre environnement  international,  doit  nous laisser penser que cet état de fait nest certainement que conjoncturel. Nous ne devons pas oublier qu’il y a moins de dix ans, l’armée de terre était en surchauffe à cause dun rythme de projection trop élevé.

 

 

 

De plus, il est unanimement admis que le cœur de métier  a été délaissé depuis plusieurs années et quaujourdhui, il existe des lacunes dans la maîtrise des fondamentaux, et ce, à tous les niveaux. La période qui sannonce semble donc être une opportunité pour les forces terrestres de se recentrer sur la préparation de la guerre. A ceux qui pensent que l’armée de terre nest pas assez visible aux yeux de nos concitoyens et que les camps dentraînement risquent dêtre saturés, on peut répondre qu’il suffit de réhabiliter les manœuvres en terrain libre pour se préparer sur notre territoire national et que les Français puissent le constater !

 

 

 

De la même manière, le théâtre afghan a permis de capitaliser des savoir-faire exceptionnels, tant dans la conduite des opérations interarmes que dans la maîtrise du combat en milieu insurrectionnel. Nous navons aujourdhui pas le droit de désapprendre ce qui a été acquis au prix du sang. Sans que l’Afghanistan ne devienne la référence absolue, il convient néanmoins dentretenir l’expérience acquise, notamment en ne se parant pas trop vite du détachement dassistance opérationnelle (DAO) de Canjuers ou des mises en condition avant projection (MCP) spécifiques, mais de les adapter à cette nouvelle situation.

 

 

 

Loin de devenir une armée de non-emploi, l’armée de terre doit au contraire, saisir ce ralentissement des projections pour améliorer encore sa préparation opérationnelle, quelle soit spécifique ou générique, ce qui conditionnera sa capacité à répondre rapidement et efficacement lorsquelle sera sollicitée.

 

 

 

En définitive, il est indéniable que l’armée de terre, par l’étendue de ses capacités est un acteur majeur dans les opérations sur le territoire national. Seule armée véritablement capable d’intervenir dans le cadre de crises variées, elle s’inscrit toujours comme lultima ratio du pouvoir politique. Malgré un taux demploi diminuant à l’extérieur de nos frontières, qui  doit  être  considéré  comme  conjoncturel,  l’armée  de  terre  ne  doit  pas  sengager


davantage  et de  manière  permanente  dans  des  missions  de sécurisation  sur  le territoire national. Elle doit au contraire saisir cette opportunité pour consolider sa préparation opérationnelle. Cet effort ne peut d'ailleurs être décorrélé de la problématique du territoire national.  Plus les unités  et les états-majors  seront  entraînés  et rodés  et posséderont  des savoir-faire   élargis,   plus   l'armée   de  terre   sera  capable   de  répondre   efficacement   et globalement  à une crise de grande ampleur sur notre sol.

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