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Défense et management

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«Les forces terrestres au contact»

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Par le Général de corps d’armée Arnaud SAINTE-CLAIRE DEVILLE, commandant les forces terrestres

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Pour des forces terrestres ayant atteint un stade éprouvé de maturité professionnelle, mais soumises à très fortes tensions tant sur le plan des ressources que des sollicitations opérationnelles, le modèle «Au contact, notre armée, pour vous» répond à un double impératif. Il s’agit d’une part d’adapter l’outil de combat à des menaces qui se sont singulièrement durcies et rapprochées. Il s’agit simultanément de recouvrer des marges d’employabilité, mises à mal au fil de la contraction continue d’un modèle hérité de la professionnalisation des armées et désormais arrivé en limite de cohérence. Dans le contexte de l’engagement massif et durable des forces terrestres sur le territoire national et des conséquences induites, ce besoin d’un nouveau modèle prend une acuité singulière.

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Pleinement associées aux réflexions menées par l’EMAT pour en définir les principes, les forces terrestres se préparent activement à la mise en œuvre du modèle «Au contact», en recherchant l’équilibre entre les acquis à préserver, notamment ceux concourant à la performance opérationnelle remarquable dont nos unités font preuve en opérations, et les processus et organisations à ré-articuler pour gagner en employabilité et en adéquation aux besoins opérationnels futurs. 
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Si les détails des capacités de la maquette future sont en cours d’élaboration, notamment pour intégrer les conséquences du renforcement récemment décidé de la force opérationnelle terrestre, quatre ambitions animent les travaux. La première d’entre elles vise à consolider la réactivité, la cohérence et l’employabilité du système de commandement opérationnel terrestre, en lui redonnant une pleine lisibilité tant en interne qu’en interarmées et en multinational.
En dédiant plus nettement chaque niveau d’état-major à ce qu’il est nativement le mieux à même de réaliser, tant sur le plan de son propre engagement opérationnel que de la préparation de ses subordonnés, l’objectif poursuivi est de simplifier et rendre plus verticale l’architecture de commandement et, in fine, de mettre à disposition de l’employeur opérationnel des structures plus cohérentes. Là réside la notamment la finalité de la subordination des brigades aux divisions.
La vocation propre de chaque état-major opérationnel sera ainsi plus affirmée, en concentrant notamment sur les seuls corps de réaction rapide-France et divisions, en sus de leurs attributions «de milieu terrestre», la compétence opérative conforme aux standards définis par l’EMIA-FE. Les états-majors de brigade se recentreront sur le niveau tactique, soit en sous-ordre d’une division, d’un niveau de composante terrestre ou d’un niveau opératif, soit en fournissant le complément nécessaire à un PC «unique» interarmées de théâtre pour conduire l’action des groupements et sous-groupements.
Si l’état-major de la 1re brigade logistique conservera sa vocation d’état-major apte à commander en opérations plusieurs bataillons logistiques, les futurs commandements spécialisés (maintenance des forces, logistique, systèmes d’information et de communication, renseignement) n’armeront pas en tant que tels des structures opérationnelles projetables. En tant que de besoin, ils renforceront les postes de commandement en cellules d’expertises. Enfin, déconcentrant les tâches de mise en œuvre et d’exécution aux divisions et commandements subordonnés, l’état-major du CFT se recentrera sur la conception de la conduite organique des opérations et la coordination entre les piliers internes ou externes aux FT, ainsi qu’avec les organismes interarmées de son niveau.

La deuxième ambition a pour objet de rénover la préparation opérationnelle en capitalisant davantage l’expérience acquise par chaque unité. Si le système actuel, très séquencé et normé, a permis de franchir avec succès le cap de la professionnalisation et de faire face dans la durée depuis 2008 à des actions de combat plus complexes et plus dures, la maturité collective désormais atteinte permet de réfléchir à une redéfinition des normes d’entraînement. Si l’exigence restera aussi forte sur le plan qualitatif, car il s’agit tout autant de «l’assurance-vie de nos soldats» que d’un facteur de supériorité sur l’adversaire, davantage de latitude sera laissée aux commandants de grandes unités et chefs de corps sur le choix des activités à mener pour atteindre le rendez-vous sur objectif. En particulier, la notion de «maintien en carte» est à l’étude afin de mieux tenir compte du vécu opérationnel de chaque formation. Cette responsabilisation accrue vise aussi à exploiter davantage les possibilités d’entraînement en garnison, tant pour rentabiliser le temps de nos soldats et leur préserver une présence suffisante auprès de leurs familles, que pour bien ancrer nos régiments à leurs bassins de vie.

Cette rénovation de la préparation opérationnelle est indissociable d’une réflexion sur polyvalence et différenciation, savoir-faire génériques et spécifiques, afin de trouver un compromis adapté entre l’employabilité maximale de soldats en nombre très compté et fortement sollicités sur le plan opérationnel, et le temps et les ressources disponibles qui imposent de concentrer les efforts.
Demain comme aujourd’hui, le même soldat devra tout autant être capable d’être successivement engagé sur Sentinelle, au Tchad, en Guyane ou ailleurs. Cette polyvalence du soldat repose sur l’entretien soigneux de savoir-faire et savoir-être individuels complets et exigeants. En revanche, sur le plan collectif, un rééquilibrage est à l’étude, fonction de la nature de l’unité, de son niveau (élémentaire ou état-major), de la mission attribuée et de l’expérience acquise. Pour les unités élémentaires, l’accent sera davantage porté sur la maîtrise des savoir-faire génériques avec leurs équipements majeurs, à l’expérience plus exigeante et rentable que de longues mises en conditions avant projection (MCP) très ciblées sur les particularités d’un seul théâtre. En complément des savoir-faire génériques, au cours de la mise en condition finale, les unités recevront un complément ciblé sur l’environnement et les savoir-être de la mission future. En revanche, un niveau plus élevé de connaissance des particularités de chaque théâtre étant requis pour les états-majors, ceux-ci continueront de bénéficier de mises en condition spécifiques approfondies.

Enfin, tant les réalités opérationnelles sur les théâtres que l’arrivée de SCORPION exigent une préparation au combat interarmes plus native. Elle sera obtenue par le rapprochement des forces, de l’entraînement et de la formation, réalisé par la subordination des écoles d’armes aux forces terrestres via la création du commandement de la formation et de l’entraînement interarmes. Elle sera surtout permise par la formation «ensemble, plus tôt» des jeunes officiers du corps des officiers des armes à l’exercice de leurs responsabilités au sein des sous-groupements tactiques interarmes, unités d’emploi de base des forces terrestres. L’outil principal en sera l’école de combat interarmes, en cours de définition.

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Chantier d’ampleur dans un contexte opérationnel d’une exceptionnelle exigence, mobilisateur, le passage au modèle «Au contact» est moins une révolution que le franchissement d’une étape naturelle. Tirant toutes les conséquences de la maturité acquise par les forces terrestres, il porte l’ambition majeure de conforter leur capacité à faire face aux menaces de demain.
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