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Sciences et technologies

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« Sans la maîtrise, la puissance n’est rien ! »

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Par le CBA Lentz

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« La règle, c’est que le général qui triomphe est celui qui est le mieux informé. » Sun Tzu, L’art de la guerre.

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Etre informé ! Déjà, au Vème siècle av. JC la règle était claire : il faut savoir pour vaincre. Seulement, à l’époque, il ne devait pas être aisé d’être informé. Aujourd’hui, tout paraît beaucoup plus simple avec le développement accéléré des technologies et la multiplication des sources d’information mais aussi la vitesse à laquelle peut être divulguée une donnée. La quantité des informations à prendre en compte, le nombre des vecteurs qui nous les rapportent peuvent cependant très facilement contribuer à une réelle submersion informative de toute part. Il faut donc gérer cette information pour ne pas en perdre et surtout ne pas s’y perdre. Le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), qui permettent de recueillir et exploiter les données, a fait entrer de plain-pied la société d’aujourd’hui dans l’ère informationnelle. La guerre n’échappe pas à cette évolution ; savoir et faire savoir prennent une place nouvelle et importante dans les conflits d’aujourd’hui. L’information, source du renseignement et du commandement notamment à travers la numérisation, est un élément majeur des conflits actuels. Celui qui la maîtrise dispose d’une arme redoutable qui permet au chef de décider en toute connaissance de cause.



L’avènement des NTIC : un bouleversement pour la maîtrise de l’information
Le début du 21ème siècle scelle définitivement l’entrée des nations dans l’âge de l’information. L’explosion de l’information ouverte, la mondialisation informative et l’instantanéité de sa diffusion confèrent indéniablement un réel pouvoir aux médias et aux techniques de communication. Cet accroissement exponentiel se caractérise essentiellement par le développement, sans commune mesure, des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans la vie de tous les jours et dans le fonctionnement des sociétés. L’émergence des smartphones, la possibilité d’être connecté sur internet et donc de consulter toutes sortes de médias en ligne en permanence, a fortement modifié la vie de tout un chacun. La mise à disposition de l’information sous différents supports et surtout son aspect « poussé », via l’envoi de notifications ou mails automatiques entraînent une immédiateté effrénée de l’information. Le fait de savoir devient du coup plus important que la valeur de l’information elle-même.
Cette course exaltée à l’information, facilitée par toutes les possibilités offertes par les NTIC présente des aspects pervers qui peuvent très rapidement se révéler totalement contre-productifs notamment dans le domaine professionnel, car la somme des informations recueillies à traiter et exploiter devient difficilement gérable. De plus, cet amoncellement peut tout à fait aboutir à une dépendance informative et technologique. La contraction d’une nouvelle forme de stress, l’ergostressie[i], résultante de cette dépendance devient un phénomène de plus en récurrent dans bon nombre d’entreprises. Le journaliste Xavier Biseul[ii], dans un articule intitulé « Technostressé ? Débranchez ! » cite cet exemple certainement évocateur pour bon nombre d’entre nous : « Lundi matin. Au bureau. Votre boîte aux lettres affiche 97 nouveaux e-mails. En tête de liste, celui de votre patron, qui vous rappelle une importante conférence Web. Il vous a déjà laissé un message vocal et un SMS. Et maintenant, deux pop-up bombardent votre écran : un rappel du calendrier et un message instantané. La semaine débute à peine que, déjà, le stress électronique vous guette ... ».
Le monde de la Défense n’échappe pas à cette lame de fond ! Le partage et la recherche de l’information via des supports numériques sont des phénomènes de société. Tout le monde s’inscrit donc automatiquement dans cette dynamique. En termes d’échange d’information et de communication, le ministère de la Défense a d’ailleurs vraiment su tirer parti de ces nouvelles technologies pour partager et communiquer davantage. Notre institution a su valoriser les outils mis à sa disposition tels des sites internet, des comptes Facebook et Twitter pour faire passer des messages, pour communiquer vers la société.
Outre cette communication externe, les NTIC ont également changé notre rapport à la gestion de l’information dans nos états-majors et surtout dans un cadre opérationnel. L’ère du numérique a également modifié notre façon de planifier et de conduire la guerre. La numérisation de l’espace de bataille permet en effet une exploitation, une circulation et un partage plus efficace de l’information. Intégration (interarmes, interarmées et internationale) et interopérabilité trouvent tout leur sens et des marges de développement au travers de l’optimisation des NTIC.
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L’information : un facteur décisif de l’action militaire aujourd’hui
Il n’est plus possible d’ignorer le phénomène de développement accéléré des technologies de pointe et des réseaux de transmission de données. Il contribue fondamentalement à modifier la stratégie, le comportement des hommes et finalement l’art de la guerre.
Mot générique aux significations larges et diverses, l’information s’entend ici comme une donnée sur un milieu, un adversaire dans un contexte particulier, que l’on possède ou que l’on cherche à acquérir. Par définition matière première du renseignement[iii], une information, une fois exploitée, devient un renseignement.
L’information reste tout d’abord une réelle aide à la prise de décisions particulières par une personne déterminée et à un moment donné si elle a été exploitée en amont. Les NTIC représentent donc ici un réel progrès technique certes, mais surtout une aide pour un homme qui décide. « Au combat, pour pouvoir un peu, il faut y savoir beaucoup » a déclaré le maréchal Foch. Disposer d’un maximum d’informations pour une meilleure connaissance du milieu, d’un ennemi ou d’un environnement améliore l’efficacité de la prise de décision. De même, une meilleure connaissance de la situation permet d’imposer son rythme à l’adversaire ainsi qu’une plus grande réactivité.
Le général Mermet[iv] décrit l’information au 21ème siècle comme une « véritable matière première stratégique (…) indispensable aussi bien aux chefs d’entreprise pour assurer la conquête des marchés qu’aux gouvernements (…), indispensable à l’autonomie de décision et au succès de toute politique ». Dans le cadre d’une action militaire, l’acquisition fiable et la circulation rapide de l’information sont devenues vitales. La sophistication des systèmes d’armes implique une boucle courte du cycle OODA[v]. Il s’agit donc ici de fournir au décideur, à un centre de commandement une information juste et suffisamment rapidement pour ne pas perdre l’opportunité d’agir et ainsi « saisir l’instant ». La recopie des images temps réel des drones dans nos centres de commandement (PC opératifs de théâtres ou centre de commandement stratégique) se révèle pleinement être une aide à la prise de décision.

De plus, les NTIC offrent dans le domaine de la guerre de l’information de nouvelles perspectives dans le sens où il est très aisé de véhiculer une information et de la ventiler à une très large échelle. Plus une information sera diffusée, plus elle prendra un caractère réel et pourra très facilement tromper une masse ou un adversaire potentiel. L’information est donc également une arme offensive et une utilisation appropriée des NTIC, notamment via le réseau internet et ses réseaux sociaux, permet très facilement d’agir dans le spectre de la désinformation. « Un mensonge répété mille fois reste un mensonge. Un mensonge répété un million de fois devient vérité » (Goebbels) : voilà un intérêt et une utilisation concrète possible des NTIC dans le domaine de la guerre de l’information. Propager une information fausse, la diffuser abondamment sur les réseaux pour faire en sorte qu’elle soit prise pour argent comptant par les forces adverses.



L’information : de la nécessité de la maîtriser
Tout d’abord, la nature particulière des conflits d’aujourd’hui est un facteur dimensionnant pour la teneur et surtout la valeur d’une information. En effet, les combats face à une menace unique, identifiée et structurée ont fait place à des probabilités d’actions ennemies très disparates et imprévisibles. Les conflits, caractérisés par la dilution des acteurs, la complexité des enjeux et aussi leur sur-médiatisation, nécessitent donc d’être efficace sans pouvoir être présent partout. Cette incertitude et cette complexité démultiplient donc la quantité d’information qu’il est possible de recueillir et de facto également celle à traiter et à exploiter. De plus, la brièveté des délais de circulation de l’information, où tout retard dans l’appréhension d’une situation peut avoir de graves conséquences sur l’emploi des forces, implique à nos armées de s’inscrire dans la révolution informationnelle.

Toutefois, à trop vouloir disposer d’information, il existe un réel risque de rapidement se retrouver submergé et donc de manquer la donnée primordiale pour la conduite de notre action ou pour notre réflexion. Or, l’accroissement exponentiel des informations disponibles implique des difficultés pour les traiter, les analyser et les diffuser. L’enjeu principal réside donc dans le traitement de l’information ; un véritable défi ! Maîtrise et clairvoyance doivent être de mise.
Consciente de ces enjeux et de l’importance croissante des flux, notre armée intègre pleinement cette aptitude dans le concept d’emploi des forces. Déclinaison militaire du livre blanc de la défense et de la sécurité nationale, il met l’accent sur cinq facteurs de supériorité opérationnelle à développer dont la maîtrise de l’information[vi]. Dans la continuité, la doctrine d’emploi des forces insiste sur cette capacité et décrit la maîtrise de l’information comme une des quatre fonctions opérationnelles sur laquelle doit s’articuler l’action militaire. Conséquence concrète sur l’organisation de nos états-majors, la cellule opérationnelle « management de l’information » est désormais devenue incontournable. Elle permet de gagner la « bataille du tempo »[vii] et d’effectuer les choix opérationnels les plus pertinents, en faisant face à l’accroissement du volume d’informations disponibles et échangées. Il est en effet essentiel de disposer d’une cellule chargée de s’assurer de la publication sur les réseaux collaboratifs d’informations pertinentes, à jour et fiables. Sa mission est bien de fournir une information au bon moment, au bon endroit et au bon format pour ainsi faciliter le processus décisionnel.
Enfin, une information maîtrisée participe également pleinement au succès des opérations militaires par une communication rapide et sans erreur dans le champ des perceptions. En effet, l’opinion publique est le véritable enjeu des conflits modernes pour nos décideurs politiques. La pression médiatique accentuant davantage la nécessité de justesse et d’immédiateté. En son temps déjà, Napoléon avait bien saisi cette contrainte médiatique (toute proportion gardée bien sûr) en déclarant que « trois journaux hostiles doivent être plus craints qu’un millier de baïonnettes ».  Ce défi pour gagner la bataille dans le champ des perceptions présente également l’avantage d’agir simultanément sur trois objectifs : la pérennisation du soutien de l’opinion à l’engagement opérationnel, la prise de l’ascendant sur l’adversaire en affectant sa détermination et ses soutiens, et aussi la consolidation de la légitimité de la présence des forces engagées sur les théâtres. Désormais, les batailles se gagnent autant dans les cœurs et dans les perceptions que sur le terrain ; il faut convaincre pour vaincre. Le rôle accru des médias et de la communication dans la conduite et le succès des opérations a donc conduit à créer une fonction opérationnelle totalement dévolue à la manœuvre informationnelle. Matériellement, cette communication opérationnelle (COMOPS) sur les actions en cours au niveau politico-militaire est centralisée au niveau du chef d’état-major des Armées par la cellule communication de l’EMA[viii] et, au niveau du ministre, par la direction de l’information et de la communication de défense (DICOD).

En somme, l’objet de la maîtrise de l’information est bien de disposer d’informations sûres, au bon endroit et au bon moment. La finalité est de mettre à la disposition du chef suffisamment de matière pour l’aider à décider en toute connaissance de cause. Cette maîtrise trouve ainsi naturellement une place prépondérante dans les conflits d’aujourd’hui et est une capacité capable à elle seule de renverser les rapports de force. Elle est donc une condition nécessaire à l’action militaire. Il demeure néanmoins qu’il faut être conscient de ses limites et des risques potentiels d’une trop grande confiance accordée à une information : « Une information plus un démenti, cela fait deux informations pour le prix d’une. Et c’est toujours la fausse qui reste dans les mémoires »[ix].


[i] L’ergostressie ou stress technologique est le stress induit chez une personne par une utilisation des technologies de l'information et de la communication excessive en regard de ses possibilités d'adaptation.
[ii] Chef d’édition du site sur l’actualité de l’économie numérique « 01net.com »
[iii] Information : signification obtenue après traitement d’une ou plusieurs données et qui peut être communiquée  (CIA-2 Concept du renseignement d’intérêt militaire). Donnée : élément correspondant à des faits, des états ou des événements, pouvant avoir plusieurs formes, textuelle, graphique, signal provenant de détecteurs ou transcodées sur tous types de supports.
[iv] Le général Mermet est à l'origine de la création de la direction du renseignement militaire (DRM) et a été directeur de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de 1987 à 1989.
[v] Observer, s’orienter, décider et agir.
[vi] Maîtrise de l’information : art d’agir pour atteindre un objectif par l’exploitation, la domination et la protection du domaine de l’information.
[vii] Concept d’emploi des forces.
[viii] Etat-major des Armées.
[ix] Yan Audouard, écrivain-journaliste français.
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