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Valeurs de l'Armée de Terre

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« Soyez rassurés, la relève est assurée. »

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Par le Chef de bataillon Chrissement

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Socrate s’intéressant un jour à un jeune citoyen de la cité antique animé du désir de la servir par les armes lui adressa ce conseil avisé : "ce serait honte que celui qui veut être chef des autres négligeât d'apprendre à commander. Il semble même qu'il mériterait plutôt d'être châtié car il est à présumer que sa bonne conduite produira de bons effets et que ses fautes seront suivies de grandes pertes".

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L’exigence immanente du métier de chef militaire illustre l’indispensable nécessité de faire correspondre dans l’homme qui aspire à devenir officier à la fois ses qualités humaines et ses compétences professionnelles. Si à n’en pas douter les générations d’officiers saint-cyriens qui nous ont précédés ont su répondre à cette exigence, à travers le sacrifice de leur propre vie ou, plus simplement mais tout aussi héroïquement, par la réalisation de leur devoir d’officier au quotidien, peut-on aujourd’hui en attendre autant des nouvelles générations ? Dans un contexte marqué par l’affaiblissement du sens de l’engagement au sein de la société française et à l’aune des bouleversements profonds qui vont une nouvelle fois ébranler l’édifice de notre armée, nos jeunes élèves officiers saint-cyriens sont-ils aptes à relever les défis de demain ?
Fiers de leur appartenance à une longue lignée de serviteurs de la France, conscients des responsabilités qui pèseront demain sur leurs épaules et animés du désir profond de commander, nos jeunes élèves officiers marchent assurément sur les pas de leurs anciens.
Cette assurance, je l’ai acquise au contact de ces élèves que j’ai côtoyés dans l’exercice de mes responsabilités de commandant d’unité à la Spéciale. Je suis intimement convaincu que les qualités naturelles qui les animent, sublimées par la formation exigeante qui leur est dispensée les rendent aptes à relever les enjeux qui se présenteront à eux demain dans l’exercice de leurs fonctions.



Une inquiétude bien légitime.


Face au regard rétrospectif que ne manquent pas de jeter les plus anciens sur ces jeunes officiers, devant la mine circonspecte ou indifférente que seraient tentés d’y porter nos concitoyens ou encore face aux bouleversement nés des profondes et successives réformes de nos armées, une sourde inquiétude semble parfois se dessiner dans l’esprit de nos anciens aujourd’hui à la retraite ou encore en activité.

L’homme est ainsi fait qu’avec l’expérience et l’âge, il considère souvent avec perplexité les évolutions d’un système qu’il a lui-même connu et dans lequel il s’est épanoui. Aussi, il est bien normal que ceux qui exercent aujourd’hui des responsabilités au sein de notre institution ou qui l’ont quittée pour une retraite bien méritée s’interrogent. Pourtant, si l’on jette un regard rétrospectif sur l’histoire de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr, force est de constater que cette école a vécu depuis sa création en 1802 de nombreuses réformes. A titre d’exemple, entre 1945 et aujourd’hui, trois réformes successives ont profondément remanié la scolarité sans pour autant remettre en cause le fond de la formation qui y est dispensée. Les faits sont là. Les officiers formés dans cette école ont su répondre chacun à la mesure de la nature des conflits qu’ils ont connus aux attentes du haut commandement, du pouvoir politique et de la Nation. Que l’on songe aux jeunes officiers ou à ceux plus anciens qui se sont couverts de gloire tant en Indochine qu’en Algérie, à ceux qui ont su faire face dans le cadre d’opérations de maintien de la paix à des engagements particulièrement complexes ou enfin à ceux plus récemment qui se sont engagés sur nos théâtres d’opération afghans ou africains. Force est de constater que les évolutions bien réelles de la formation à Saint Cyr ont su répondre au besoin des forces armées et répondre à notre devise, « ils s’instruisent pour vaincre ».

Il est indéniable que nos jeunes élèves officiers présentent, en apparence au moins, les traits de de cette génération que certains sociologues stigmatisent sous le vocable de génération Y. Celle-ci se caractériserait par des traits essentiels opposés aux qualités et valeurs qui sous-tendent l’exercice du commandement. Marqués par un taux considérable de pénétration technologique, les jeunes d’aujourd’hui évoluent dans un univers artificiel de réseaux éloigné de la réalité du terrain. Davantage marqués que leurs aînés par l’individualisme, ils seraient très attachés à préserver un équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée qui pourrait nuire à la sacrosainte disponibilité des militaires. De plus, l’instantanéité du monde numérique auquel ils sont habitués dès leur plus jeune âge les conduirait à une certaine forme d’impatience contraire à la persévérance dont doit s’acquitter le chef dans l’épreuve du combat. Enfin, et cette caractéristique pourrait constituer une vulnérabilité critique pour le sujet qui nous préoccupe, ils exerceraient un rapport ambigu face à l’autorité. A la reconnaissance d’une autorité traditionnelle établie, ils substitueraient une acceptation d’une autorité d’évidence et de compétence. Sans entrer dans une description exhaustive de ces comportements, on peut effectivement constater de prime abord qu’ils semblent difficilement conciliables avec l’état d’officier. Ce descriptif pourrait nous faire craindre que la société française ne trouve pas au sein de sa jeunesse des hommes présentant les aptitudes fondamentales à l’exercice du commandement.

A ces considérations s’ajoute l’inquiétude que nourrissent les réformes profondes qu’a connues et que s’apprête à vivre une nouvelle fois notre institution. La réforme induite par la LPM 2008-2013 sur fond de RGPP et celle qu’occasionnera la mise en œuvre de la nouvelle LPM engendrent des modifications majeures au sein des Armées en particulier au sein de l’armée de Terre. Qu’elles soient de nature structurelle avec la réorganisation du commandement induit par la mutualisation du soutien et la réforme de la gouvernance, quantitative avec la réduction drastique des effectifs et donc des unités à commander, ou encore capacitaire avec la diminution des moyens dédiés à l’entraînement des forces, ces réformes produisent de l’inquiétude. Les rapports sur le moral émis ces dernières années font apparaître de façon récurrente ce sentiment partagé par le corps des officiers. Si donc l’avenir semble s’assombrir et si les perspectives de carrière des officiers tendent à s’obscurcir, on peut s’étonner à juste titre que de jeunes français souhaitent encore embrasser la carrière des armes et pousser les portes de la Spéciale.

Par-delà l’inquiétude qui pourrait naître dans certains esprits chagrins, ma courte expérience à la tête d’une compagnie d’élèves saint-cyriens m’a convaincu que par-delà les griefs que l’on pourrait faire à cette nouvelle génération et un avenir quelque peu morose, il se trouve aujourd’hui encore dans notre pays des jeunes qui possèdent les qualités fondamentales indispensables à l’exercice du métier des armes qu’ils choisissent par vocation.


Des qualités humaines avérées alliées à un sens de l’engagement bien réel.


Soumis à un rythme particulièrement élevé, devant répondre à une formation exigeante et confrontés à des situations de nature fondamentalement différentes les unes des autres, nos jeunes élèves officiers font preuve d’excellentes capacités de réactivité et d’adaptation.
En relevant le défi de la formation dans laquelle ils se sont engagés en franchissant les portes de la Spéciale, nos élèves officiers témoignent de qualités intrinsèques indéniables. Au premier rang de celles-ci, celle qui frapperait sans doute le plus celui qui est étranger à ce monde particulier, c’est leur générosité. On ressent dans ces âmes de futur chef un engouement véritable pour tout ce qui concourt à l’engagement individuel et collectif. Le traditionnel passage au Centre d’Entraînement Commando à Montlouis pour l’obtention du brevet moniteur des techniques commando en fin de troisième année reste une étape primordiale du saint-cyrien dans cette quête du dépassement qu’il a déjà poursuivie lors de son séjour au Centre d’entrainement en Forêt équatoriale en Guyane au cours de sa deuxième année de formation.
Cette générosité est relayée par une capacité d’adaptation hors du commun, gage de succès dans les responsabilités qu’ils exerceront demain. Ils savent mener successivement des missions de nature totalement différente et sur des niveaux d’exécutions et de responsabilité variables comme le nécessite l’articulation de la formation qui leur est dispensée. En effet, au cours de leur troisième année de scolarité, les officiers élèves du 1er bataillon de France se rendent pour trois mois en stage international. A cette occasion, ils sont amenés en totale autonomie à poursuivre un travail de recherche fondamentale dans un environnement qui leur est totalement étranger. La majorité d’entre eux est amenée à évoluer dans un cadre civil et dans des pays qu’ils n’avaient alors jusqu’à présent jamais côtoyés. Cette période qui peut sembler en première approche s’éloigner dangereusement du cœur de leur métier outre le fait de répondre aux critères du statut de grande école, leur permet de mieux appréhender le contexte international dans lequel ils seront plongés ultérieurement dans le cadre de leurs responsabilités et plus encore de conforter leur vocation militaire. L’ensemble de l’encadrement des écoles est unanime pour reconnaître la qualité des travaux rendus à l’issue de ce stage et aux yeux des cadres de contact, il est un précieux moyen de murissement des élèves.
Enfin, j’ai été frappé par le caractère sérieux de leur investissement. Certes, ils savent conserver les atouts d’une jeunesse et d’un esprit potache lorsque l’occasion s’y prête mais je dois affirmer combien j’ai été marqué par la maturité de mes élèves. Conscients des enjeux actuels et des défis qu’ils auront à relever demain, ils s’investissent pleinement pour être dignes de la confiance que leurs chefs, leurs hommes et tout simplement leur pays pourra mettre en eux. Tout ce qui a trait de près ou de loin à la vie régimentaire, à l’exercice des responsabilités trouve un écho favorable.

De plus, nos jeunes élèves officiers choisissent encore ce métier par vocation. Appelés à servir leur pays, ils se reconnaissent dans cet appel partagé par tant de générations qui les ont précédés, malgré les chimères d’une vie professionnelle parfois mieux rémunérée ou plus confortable.
Il n’y a pas de hasard dans le choix qu’ont réalisé ces jeunes élèves officiers. Il y a parmi eux une volonté manifeste de servir leur pays. Leur sensibilité au cérémonial militaire et à l’exercice des traditions qui ont forgé l’âme de la Spéciale reste intacte. Ils ont pris un engagement et saisissent toutes les occasions qui se présentent à eux pour l’alimenter. Le choix d’un parrain de promotion remarquable en la personne du CBA BULLE, exemple admirable de chef militaire, à travers les qualités exceptionnelles de meneur d’hommes dont il a fait montre dans des circonstances particulièrement éprouvantes pour résister face à l’envahisseur italien n’est pas anodin. Ils ont mis physiquement leurs pas dans celui de cet ancien qui s’est illustré plus particulièrement sur le front des Alpes au cours d’un exercice de plus de dix jours en fin de deuxième année de scolarité, après l’avoir fait de façon plus symbolique à l’occasion des journées du parrain à Chambéry quelques mois plus tôt.
Pour autant, résolument tournés vers l’avenir, la perspective de servir en opération à la tête de leurs hommes reste leur raison d’être. Les engagements récents de leurs jeunes camarades, qui les ont précédés sur le théâtre afghan puis malien, renforcent les convictions qui les animent. Je me souviens de ce matin du mois de janvier au lendemain du déclenchement de l’opération Serval et alors que les perspectives de « betteravisation » pesaient sur ces futurs officiers de l’Armée de terre, quand apparut soudainement sur leurs visages le sourire né de l’espoir de l’ouverture de nouveaux horizons opérationnels. Cette anecdote illustre à mes yeux précisément la continuité qui existe entre les générations d’officiers saint-cyriens. Si toutes n’ont pas connu l’expérience du feu, toutes ont choisi ce métier pour s’engager en opération et préparer leurs hommes de leur mieux à cette situation qui fonde notre spécificité.
Certes, certains d’entre eux feront peut-être le choix plus tôt que prévu de quitter l’institution. Au moins l’un d’entre eux l’a déjà fait, après une scolarité exemplaire, pour s’engager dans une voie encore plus exigeante, celle du sacerdoce. C’est d’ailleurs un phénomène que pronostiquait déjà en 2009 un ancien commandant des écoles, le général de Lardemelle : depuis 20 ans l’évaporation représente environ 1% des effectifs par an mais il faut s’attendre à voir 2 à 3% d’une promotion par an partir dans le civil après la sortie de l’école. Cette proportion est bien moindre que celle qui est constatée aux Etats-Unis où 20% des officiers sortis de West Point ont quitté l’Army après cinq ans et 50% après dix ans. Cette tendance qui tend naturellement à se développer au regard des années passées, n’entrave en rien le sens profond de l’engagement initial de nos jeunes officiers.


Une école de formation initiale exigeante et réaliste.


Au-delà d’un recrutement rigoureux, la Spéciale continue à dispenser une formation de grande qualité à nos jeunes officiers élèves, tant dans le domaine du commandement que de la formation académique et militaire.

Saint-Cyr reste, par essence et par vocation, l’école du commandement. Soumise à une profonde réforme à compter de 2003, pour répondre notamment à des impératifs de labellisation grande école, la formation qui y est dispensée actuellement n’a pas perdu sa valeur. Certes, le visage qu’elle présente aujourd’hui est vraisemblablement bien différent de celui qu’ont connu les générations de l’affrontement des deux blocs mais il reste marqué par l’exigence de la qualité.
Soucieux de préserver un juste équilibre entre les trois piliers de la formation que sont la formation humaine, militaire et académique, le commandement est engagé dans une réflexion permanente qui vise à donner aux futurs chefs et aux futurs décideurs tous les outils dont ils auront besoin demain pour affronter le monde dans lequel ils évolueront. Grâce à un processus de RETEX efficace, des aménagements sont conduits, année après année, pour répondre précisément à cette exigence.

Désireuse de répondre aux spécificités du commandement, la Spéciale se concentre sur le cœur du métier grâce à un investissement conséquent de cadres officiers et sous-officiers ayant bénéficié d’une expérience opérationnelle riche. Une école de formation initiale ne pourrait pas atteindre ses objectifs si elle ne bénéficiait pas de l’engagement de cadres de contact de qualité. Je voudrais ici, en toute humilité et sans arrogance, rendre un hommage appuyé à tous ceux qui ont accepté de quitter la vie trépidante du corps de troupe ou qui ont renoncé au confort d’une affectation dénuée non de responsabilité mais de commandement pour se donner sans compter à la formation de nos jeunes élèves. Nous savons tous combien l’image d’un premier chef imprime l’esprit et le cœur d’un soldat, a fortiori le saint-cyrien, dénué d’expérience, aux premiers jours de sa carrière aura-t-il à cœur de « singer » celui qui l’a formé. On comprend dès lors l’importance que revêt la qualité des cadres qui côtoient au quotidien nos jeunes saint-cyriens.

A cet égard, l’engagement des commandants de bataillon pour relancer la machine de la formation, qui comme tout système peut présenter une certaine léthargie, est particulièrement éloquent. Provenant des corps de troupe où ils ont exercé un commandement au plus près de leurs hommes, bien souvent dans des situations d’engagement opérationnel délicates comme en Afghanistan, les officiers et sous-officiers - que l’on continue, rassurez-vous, à dénommer voraces-, dispensent à leurs élèves une formation de grande qualité. L’école reste, par nature, un environnement artificiel mais de très nombreuses initiatives sont mises en œuvre pour s’approcher au plus près de la réalité. Tout a été fait pour permettre aux futurs CDS de connaître l’environnement qui serait le leur en régiment. Cette volonté s’est traduite, tout d’abord, par de nombreuses occasions de rencontres entre élèves et chefs de section en situation de responsabilité au –delà des exercices avec troupes partenaires. De même, un séjour en camp de plusieurs semaines, comme ils auront l’occasion de le faire en régiment pour l’entraînement de leur section, leur a permis d’appréhender la vie qu’ils mèneront avec leurs futures unités sur le terrain. De même, sur le terrain nos élèves ont été habitués, pendant trois années successives, au cours de chaque période de formation militaire, à vivre des séquences d’instruction et d’entraînement de 5 jours/5 nuits. Elles se déroulent en toute autonomie, avec pour seul confort une musette opérationnelle. Les sous-lieutenants apprennent à prendre leurs ordres auprès de leur CDU soumis au même régime qu’eux et à les restituer dans le cadre du processus d’élaboration des ordres qui, désormais, s’applique dans toute unité opérationnelle. La rusticité, le réalisme et le caractère répété de ces séances constituent, pour le CDU que j’étais, un puissant levier de commandement qui assainit le caractère vorace de l’encadrement. Combien de fois ne me suis-je pas retrouvé comme mes autres camarades à manœuvrer ma compagnie d’élèves comme j’ai pu le faire en Afghanistan avec mes propres hommes ? Enfin, à la fin de troisième année, les sous-lieutenants bénéficient d’un deuxième stage en corps de troupe. Ce passage dans nos unités représente pour la majorité d’entre eux le moyen de mesurer le chemin parcouru depuis leur premier stage en régiment comme sous-officier en première année. Ils abordent avec d’autant plus de sérieux ce stage qu’il constitue « l’ultime passage à blanc » avant de se faire présenter, après une année passée en école d’application, au premier jour de leur arrivée en régiment cette section qui sera désormais la leur.

En somme, si on peut légitimement s’enquérir de la capacité des générations montantes à prendre la relève, ma courte expérience au sein de la promotion CBA BULLE me conduit à conclure que nous n’avons pas à nous inquiéter outre mesure. Il ne s’agit pas de sombrer dans l’angélisme mais contrairement aux interrogations bien légitimes auxquelles j’avoue avoir cédées avant de me voir confier cette compagnie, je suis intimement convaincu que la bonne graine est encore là et qu’il suffit de lui donner les moyens de germer pour qu’à terme l’arbre puisse produire encore et toujours de beaux fruits.

C’est toute l’œuvre que s’attache à édifier chaque officier auprès des plus jeunes qui lui sont confiés dans l’exercice de son commandement et qui fait de notre communauté saint-cyrienne un corps soudé et efficace apte à relever les nombreux défis qu’un monde incertain ne manquera pas de nous réserver dans les années à venir.
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