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Tactique générale

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« Train as you fight ». Un défi permanent pour l’armée de terre ?

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Par DESTIA

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Depuis quelques années, la multiplication, voire le durcissement de nos engagements extérieurs implique une adaptation croissante des matériels, des structures et des procédures opérationnelles. Les exigences particulières de l’engagement en Afghanistan n’ont fait qu’accentuer cette mutation, comme le montre l’effort budgétaire considérable consenti pour ce théâtre. Conséquence de cette priorité mise sur certaines unités et certains types d’engagements, des différences importantes dans les conditions d’exercice du métier des armes se font jour ; à tel point que nos unités combattantes connaissent aujourd’hui une triple distorsion entre la réalité de l’entraînement et celle de la projection.

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La première distorsion concerne la nature des équipements, des matériels majeurs et du soutien. Concernant l’équipement individuel du soldat, le cas du théâtre afghan est symptomatique. L’équipement spécifique de haute qualité mis en place au profit des troupes engagées sur ce théâtre risque de créer une différenciation très visible avec le matériel réglementaire ressenti par contrecoup comme inférieur. La disponibilité opérationnelle des matériels présente également un différentiel croissant. S’il est bien normal que la priorité du soutien technique soit accordée aux théâtres d’opération, le taux d’indisponibilité record de certains matériels majeurs dans les régiments des forces induit un défaut croissant de maîtrise technique et tactique des équipages. La mise en place de la PEGP1 ne devrait pallier que partiellement ces difficultés. La pratique, certes minoritaire, de projeter certaines unités de mêlée sur un matériel majeur différent de leur matériel organique a des conséquences néfastes sur l’efficacité opérationnelle, surtout quand cette formation s’effectue sous contrainte de temps et de moyens. L’effet pervers est la ponction sur les matériels organiques d’entrainement d’autres régiments, contribuant à augmenter le taux d’indisponibilité des parcs concernés pour l’entraînement. Le deuxième écart constaté concerne l’intégration interarmes, devenue incontournable en opération dès le niveau de l’unité élémentaire (SGTIA2). Force est cependant de constater que les structures organiques homogènes qui caractérisent les formations en métropole ne permettent pas aux niveaux tactiques élémentaires de s’instruire et de s’entraîner à cette réalité opérationnelle, à part dans certains centres d’entraînement (CENTAC3, CENZUB4). Cette déconnection a des conséquences préjudiciables, notamment en matière de préparation opérationnelle, de génération de forces et de mise en condition pour la projection. En raison d’un système de désignation de personnel en opération ne reposant pas sur la réalité organique, le processus pourtant éprouvé de MCP5 ne permet plus d’obtenir, en amont de la projection, la cohésion humaine et la connaissance tactique mutuelle pourtant indispensables au succès en opération.

Sous la double contrainte d’élongations géographiques considérables et d’une programmation devenue difficilement maîtrisable, la brigade interarmes n’est généralement6 plus véritablement fidèle à sa vocation de structure privilégiée d’entraînement et de préparation opérationnelle interarmes au profit des régiments. A ce titre, la diminution considérable des EEB7 dans les programmations est particulièrement éloquente. La brigade interarmes devrait idéalement être une structure géographiquement cohérente, permettant la mutualisation au profit des régiments de toutes les facilités d’entraînement et d’instruction, comme cela est le cas aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Le resserrement territorial des implantations prévu par le concept de base de défense va en ce sens, mais il serait sans doute possible d’aller plus loin dans le futur.

Paradoxalement, la culture interarmes a connu un certain recul : certains régiments d’infanterie comptaient encore il y a peu des unités de génie et de chars, ainsi qu’une section de mortier lourds. Dans cet esprit, on peut peut-être envisager l’intégration organique de certaines unités d’appui (génie, artillerie) au sein des régiments de mêlée, leur permettant de s’entraîner, puis d’être projetés ensemble. D’autre part, peut-être les brigades interarmes pourraient-elles planifier et contrôler davantage l’entraînement commun entre régiments, pour peu que les conditions favorables soient mises en place.

Troisième distorsion majeure, les procédures tactiques particulières utilisées en opération ne sont que trop peu souvent assimilées lors de l’entraînement en métropole, souvent. Si un effort réel a par exemple été consenti dans le domaine du maintien des savoir faire d’appui feu ALAT (organisation d’une journée AFH8 au profit des formations de mêlée en métropole), aucun exercice tactique d’héliportage n’est plus pratiqué faute de moyens disponibles. Des savoir-faire aussi vitaux pour une unité au contact en Afghanistan que la médicalisation d’urgence, le guidage aérien, la maitrise des rudiments d’anglais opérationnel ou la mise à jour des procédures anti-IED restent mal maîtrisés par les unités à l’entraînement en métropole. Le contraste est saisissant avec les 6 mois d’entrainement intensifs désormais sanctuarisés au profit de l’entrainement du bataillon GT 700 projeté depuis cet été en vallée de Kapisa. Comme si les troupes engagées en Afghanistan devenaient ipso facto membres d’une élite combattante, initiée de ce fait à des techniques de combat supérieures… Si la boucle RETEX s’est largement raccourcie ces dernières années, les enseignements tirés ne sont souvent pas assez rapidement et systématiquement déclinés sous forme de procédures standardisées diffusées à toutes les formations.

Cette différenciation – sans doute conjoncturelle - résulte de l’effort très important actuellement consenti par l’armée de terre pour combler le retarcd accumulé ces dernières années sur nos principaux alliés. Le risque existe à terme d’aboutir à une armée de terre à deux vitesses marginalisant les formations qui seront moins amenées à être projetées organiquement sur les théâtres actuels (artillerie, train, matériel par exemple). Les carences de l’entrainement opérationnel des unités en métropole ne permettent plus aujourd’hui que de compter sur la seule phase de MCP, devenue une sorte de « sas opérationnel », pour articuler et préparer nos unités au combat. Pourtant, celle-ci ne devrait être qu’une montée en puissance administrative et matérielle. Il reste à souhaiter que la légitime priorité donnée à la projection de forces, pourra ultérieurement être compensée pour permettre de maintenir la cohésion et la cohérence organique de l’institution.




En définitive, si les contraintes organisationnelles, budgétaires et programmatiques qui impactent la préparation des forces en métropole sont très lourdes, nos soldats doivent pouvoir s’entraîner comme ils vont devoir se battre. Car une réalité mainte fois démontrée du combat est que, sous le feu, le soldat agit généralement de manière conditionnée, comme il s’y est entraîné. « Train as you fight, because you will fight as you are trained”

L’objectif de cet article est donc bien de lancer la discussion sur la problématique de l’entrainement opérationnel. Quelle est la juste mesure des moyens à consentir entre l’entrainement permanent des unités et l’urgence opérationnelle du moment ?

Le débat est lancé, nous attendons vos réactions.

1 PEGP : politique d’entrainement et de gestion des parcs. Visant à optimiser la gestion de la ressource en

véhicules tactiques, elle sera mise en oeuvre à compter de début 2009

2 SGTIA : Sous-groupement tactique interarmes, structure interarmes de niveau compagnie.

3 CENTAC : Centre d’entrainement tactique, qui entraine et évalue des SGTIA.

4 CENZUB : Centre d’entrainement en zone urbaine, qui entraine et évalue des SGTIA. L’articulation interarmes

descend jusqu’au niveau section.

5 MCP : Mise en condition pour la projection. Période sanctuarisée permettant aux unités de préparer leur

projection en métropole.

6 A ce sujet, la 6e BLB semble constituer une exception, en raison notamment de son resserrement géographique.

7 EEB : Espace d’entrainement brigade. Séjour bloquée en camp, devant normalement permettre aux régiments

d’une brigade de s’entrainer régulièrement ensemble ;

8 AFH : Appui feu hélicoptère.


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