Traitement en cours, merci de patienter...
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
 
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
Histoire et Stratégies

Image
Saut de ligne

1870 : un été pour l’effondrement de l’armée impériale Française.

Image

Par le Chef d'escadron Romain CASSAN

Image

La candidature Hohenzollern à la succession d’Espagne est l’incident exploité par Bismarck pour pousser la France à entrer en guerre et cimenter ainsi les intérêts de tous les Allemands.

Image
Image
Connue  le  trois  juillet  1870  à  Paris,  elle  ouvre  une  crise  qui  se  termine  le  19  par  la déclaration de guerre de la France à la Prusse. La réception de la dépêche d’Ems le 14, le long conseil des ministres qui décide la guerre dans la nuit du 14 au 15, le vote des crédits militaires le 15 après onze heures de débat, en sont les dernières étapes. Ces votes qui précèdent de quatre jours la déclaration de guerre font prendre conscience de la réalité à l’opinion, surprise et émue de la rapidité de  la crise. Deux certitudes demeurent : le bon droit est français et légitime la guerre contre les provocations  prussiennes ;  une  défaite  française n’est pas envisageable. Or, elle est finalement une réalité près d’un mois plus tard.
C’est finalement à l’impréparation de l’armée impériale et au manque de vision stratégique de ses chefs que l’on doit la chute brutale du second empire et de son armée lors de l’été 1870.

LES  PARADOXES  D’UNE ARMEE REPUTEE DE PREMIER ORDRE FACE A L’UNITE ALLEMANDE

Au soir du 14 juillet 1870  une défaite française semble inenvisageable. Les responsables politiques sont aveuglés par l’assurance du maréchal Lebœuf alors ministre de la guerre. A la question des députés     « Sommes-nous    prêts ? »,    il répond     par     l’affirmative:     « L’armée française est prête, archiprête. Si la guerre devait durer un an nous n’aurions pas un bouton   de  guêtre  à  acheter ».   Lebœuf raisonne en administrateur. Il a, pense-t-il, correctement exécuté le budget dont il a la charge et réalisé le programme prévu et autorisé à la fois par le gouvernement et le corps législatif en matière de recrutement, d’armement, d’habillement, etc… Il n’en faut  pas  moins  à  l’impératrice  Eugénie, déjà convaincue que l’honneur du pays et de la dynastie sont en jeu, pour terminer de convaincre Napoléon III, qui jusque-là fait preuve  d’une  certaine  hésitation,  de déclarer la guerre à la Prusse. Emile Ollivier, le président du conseil, se rallie à la position du couple impérial à seule fin de conserver son portefeuille ministériel. Tard dans la nuit du 15 juillet, Gambetta tente un dernier effort d’éloquence pour empêcher  l’adoption  des  mesures  de guerre. Le corps législatif accorde finalement au gouvernement un crédit extraordinaire de 50 millions de francs. Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse.

Mais le rapport de force s’avère aussi rapidement défavorable à la France. Leboeuf croit pouvoir mettre en quinze jours de 300 000 à 350 000 hommes à la disposition de l’empereur. Le 1er août, Napoléon III ne dispose que de 260 000 hommes. Les allemands quant à eux ont su mobiliser et concentrer leurs forces beaucoup plus rapidement que les français. Ils   comptent   ainsi   début   août   environ 1 200 000 hommes sous les armes, dont la moitié constituent les troupes de garnison et de remplacement et le reste, soit plus de 500 000     hommes,     les     armées     de campagnes. Plus grave, l’optimisme gouvernemental   qui   prévoyait   100 000 engagés volontaires est rapidement déçu. Du 19 au 31 juillet on en enregistre seulement  4000  et  la  montée  des  périls porte ce total à 28 000 à la date du 31 août. Il    faut    se   rendre   à    l’évidence :    le patriotisme belliqueux de certains Français est purement verbal.

La question des équipements est aussi déterminante dans ce conflit et a joué en défaveur  de  la  France.  Suite  aux nombreux problèmes de logistiques liés à la mobilisation, on manque parfois dans les dépôts des effets et des armes indispensables, de chevaux, de ferrures ou de harnais. Il n’est donc pas rare d’envoyer aux   bataillons   de   guerre   des   soldats incomplètement   équipés.   Au   1er     août, Napoléon   ne   dispose   que   d’à   peine 260 000 hommes, incomplètement armés, équipés et approvisionnés, avec seulement 912 pièces d’artillerie. Ni la mobilisation et la concentration ne sont achevées. Six de ses corps d’armée s’échelonnent de Belfort à Thionville, sur 220 kilomètres. Dans ces conditions, il est impossible de porter la guerre sur le territoire ennemi d’autant que les Allemands, eux, ont su mobiliser et concentrer leurs forces beaucoup plus rapidement. Enfin, il est important de noter que, durant toute la guerre, la supériorité du chassepot sur le fusil Dreyse des Prussiens  n’y  change  rien  car  elle  est moins sensible que celle de l’artillerie allemande sur la française.

UNE  ENTREE  EN  GUERRE DANS LES PIRES CONDITIONS

Il est peu de guerre où une armée, réputée de  premier  ordre,  ait  été  lancé  dans  de pires conditions. Cet écroulement en un mois de l’armée impériale s’explique tout d’abord  par  l’absence  de  plan  de manœuvre longuement préparé. Le choc de Sadowa avait  d’abord  contraint  à  une certaine prudence. Un des aides de camp de Napoléon III, le général Frossard, avait étudié en 1867 un plan défensif à la frontière du nord-est et en Alsace pour y briser toute action agressive adverse. Dans l’espoir d’une alliance avec l’Autriche, l’empereur renonce à ce plan et prévoit, au printemps  1870,  une  offensive  française dans la vallée du Main, permettant de séparer les états du sud de ceux du nord et de tendre les bras à l’armée autrichienne. Mais cette manœuvre peu étudiée repose sur des si, nécessitant notamment une mobilisation plus rapide que la prussienne.

De plus, l’organisation de l’armée est modifiée au dernier moment. Depuis 1867, trois armées devaient être constituées à Metz,  Strasbourg  et  Châlons-sur-Marne ; les affectations étaient prévues avec minutie. Or, le 11 juillet 1870, Napoléon III   bouleverse   cet   organigramme :   une seule armée dite armée du Rhin est composée de sept corps d’armée et de la garde, échelonnés entre Thionville et Belfort avec mission de pénétrer en territoire ennemi. Tous les ordres de destination sont donc à refaire. Napoléon III établit son quartier général à Metz. Il ne crée un échelon intermédiaire de commandement  que  le  5  août,  en regroupant les 2ème, 3ème et 4ème corps sous les ordres de Bazaine, les 1er, 5ème et 7ème sous ceux de Mac-Mahon. Mais les deux armées de lorraine et d’alsace ainsi improvisées n’ont pas d’état-major spécifique ni de mission déterminée. Napoléon III ne s’efface qu’entre le 12 et le 14 août. Jusque-là, c’est de lui que tous les commandements de corps d’armée attendent leurs ordres.

En outre, le commandement français a voulu faire effectuer simultanément les opérations de mobilisation et de concentration,  ce  qui  provoque  un désordre indescriptible. Les unités d’active doivent  rejoindre  une  zone  de concentration tout nouvellement définie mais les réservistes, au lieu de gagner le centre de mobilisation du régiment d’où ils auraient  été  conduits  groupés  à  l’unité mère, doivent rallier par leurs propres moyens cette unité dans une zone de concentration souvent mal connue. Il faut la retrouver. Que d’hommes errants à la recherche de leur unité !
Enfin, il est intéressant de noter que les transports en chemin de fer mettent nettement en évidence ces lacunes de préparation.  Le  transport  massif  des troupes se traduit par des encombrements monstres des  gares de déchargement des matériels. Le 28 juillet, alors que Napoléon III arrive à Metz pour prendre son commandement, l’armée impériale est en sous-effectif, désordonnée et mal renseignée tant sur les intentions de son chef que sur les mouvements de l’adversaire.

UNE GUERRE ECLAIR OU LES FRANÇAIS REFUSENT LE COMBAT

Le  roi  de  Prusse  commande  l’ensemble mais le chef de l’état-major général, von Moltke,  est  à  ses  côtés  et  laisse  à  ses subordonnés   la   plus   grande   initiative. Ainsi,  durant  l’été  1870,  l’initiative  est allemande et l’indécision française. Paradoxalement,  les  opérations  s’ouvrent le 2 août par une initiative française où le général Frossard engage son corps en Sarre jusqu’aux lisières de  Sarrebruck. Rapidement,        comme         effrayé        par     son audace,   il   se   replie   près   de   Forbach. Eclairé  par  cette  timidité,  Moltke  prend l’initiative         de  l’offensive.       Elle      restera allemande  jusqu’à  la  fin  de  la  guerre. Ainsi, c’est par l’initiative du 2ème corps bavarois  que  se  déclenche  la  bataille  de Woerth-Froeschwiller. Progressivement les autres corps du prince Frédéric-Guillaume rejoignent au canon. Les « turcos » de Mac-Mahon gardent leurs positions mais sont menacés d’encerclement. Les charges des cuirassiers de la brigade Michel à travers les houblonnières, puis celles de la division Bonnemains ne peuvent les dégager, écrasées par l’artillerie prussienne. Le combat est sanglant : 10 600 allemands hors de combat, 9 800 français, dont quatre généraux, tués et 6 000 prisonniers.






La bataille de Wœrth-Frœschwiller

Mais le plus troublant reste le manque de vision stratégique et d’esprit de manœuvre de   l’armée   impériale   durant   toute   la guerre. Dès les préparatifs militaires de la campagne, l’optimisme de Napoléon se fonde sur une série de raisonnement faux et de spéculations hasardeuses, en particulier concernant les effectifs potentiellement disponibles pour débuter la guerre. Napoléon néglige aussi les renseignements fournis par les rapports du colonel Stoffel, l’attaché militaire français à    Berlin,    et    par    les    dépêches    des diplomates en poste dans les autres capitales allemandes, qui lui indiquent qu’en trois semaines la Prusse pourrait pousser vers les frontières françaises plusieurs armées de 100 000 hommes chacune et qu’avec les contingents de ses alliés elle serait en mesure d’opposer aux français plus de 900 000 hommes. Le manque d’esprit de manoeuvre est récurrent durant les combats. Ainsi, le même jour que la bataille de Woerth-Froeschwiller, à Spicheren, scénario identique : le 2ème corps, installé sur une solide position, est attaqué un peu étourdiment par une division de l’armée Steinmetz qui agit sans ordre. Frossard demande l’aide de Bazaine et, tandis qu’il l’attend, l’effort prussien se renforce. Le soir parce qu’il n’a rien reçu de  Bazaine  en  attente  des  ordres impériaux, il évacue Spicheren alors que le rapport de force ne l’y obligeait pas. En quatre jours de combat, l’armée du Rhin est disloquée et mise en retraite.

La déroute de l’armée impériale trouve aussi sa source dans l’organisation de son commandement.  D’un  côté,  Moltke  a formé lui-même ses généraux et officiers d’état-major, défini une doctrine et brossé les  grandes  lignes  de  la  manœuvre offensive contre la France. Il mène un commandement  aux  rênes  larges  qui  va s’opposer à celui de napoléon III, malade, inquiet, velléitaire et mal secondé par son major-général Leboeuf. Toutefois les principaux commandements de corps d’armée, Mac-Mahon et Canrobert, ont une solide réputation de chefs baroudeurs et courageux acquise en Algérie, Crimée et Italie.
Ces problèmes de commandement dans le camp français apparaissent dès la mobilisation où la plupart des généraux ne connaissent ni les chefs de corps placés sous leurs ordres et pâtissent de la confusion générale. Enfin, l’errance du commandement français prend toute sa dimension lors de la bataille de Sedan du 31 août au 2 septembre 1870. Durant les combats, le maréchal de Mac-Mahon, récemment nommé commandant en chef de l’armée de Chalons par Palikao, est blessé par un éclat d’obus à la cuisse gauche. On le ramène à sedan, où il transmet le commandement à Ducrot. Celui-ci ordonne un retrait général sur Mézières et le 12ème corps commence à se replier. Mais, trente minutes plus tard, le général de Wimpffen survient et sort de sa poche la lettre confidentielle de Palikao lui donnant le commandement en cas d’indisponibilité de Mac-Mahon. Ducrot s’incline. Pour la seconde fois en moins de trois heures, le commandement de l’armée de Sedan change de mains.
Le désastre de Sedan signe la défaite de l’armée impériale et la chute du régime. Le 1er septembre, l’empereur se constitue prisonnier de « son bon frère » Guillaume et la capitulation est signée le 2 septembre. A paris, le 4 septembre 1870, une révolution sans effusion de sang entraine la déchéance de Napoléon III et l’instauration du gouvernement de la défense nationale.
En 1871, après la conclusion du traité de Francfort et l’écrasement de la commune, différentes mesures sont décidées : réforme de l’avancement pour mieux répartir les chances de promotion, renforcement du recrutement avec un effort particulier sur les réserves, modification de l’armée pour faciliter le passage du pied de paix au pied de guerre, création d’un état-major général pour planifier et conduire les opérations, amélioration de la formation des officiers (1876 : création d’une école militaire supérieure), modernisation des armements et organisation de la défense fortifiée du territoire.
En ces temps de reconstruction, l’armée doit redevenir pour tous « l’arche sainte de la nation ».
Image