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Histoire et Stratégies

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1914: Guerre des peuples et Union sacrée

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Par le Général d’armée (2S) Pierre de PERCIN-NORTHUMBERLAND

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En cette période de commémoration du centenaire de la Grande Guerre, il est plus que naturel que les Cahiers apportent leur contribution au devoir de mémoire qui est le nôtre. Dans ce numéro et les suivants, une série d’articles traduira donc cette contribution dans notre rubrique «histoire militaire». Le Général de Percin, après avoir rappelé le sentiment populaire à la veille du conflit, nous décrit ci-dessous les terribles affrontements initiaux en termes de pertes humaines, conclus par la bataille de la Marne, épisode capital pour les deux camps. Le Lieutenant-colonel Lahaie, dans l’article suivant, nous brosse un paysage méconnu, celui des services de renseignements français, qui furent souvent plus efficaces qu’on ne le pense du début à la fin du conflit.

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Cette année 1914, dont nous commémorons le centenaire, fut, sans nul doute, la plus terrible de notre histoire nationale: près de 80.000 morts pour le seul mois d’août, dont 27.000 au cours de cette épouvantable journée du samedi 22 août. Et puis vint la Marne, dont je crois que cette immense victoire des soldats épuisés fut d’abord leur extraordinaire volonté de faire face dans un élan patriotique marqué par une conscience diffuse que le sort du pays se jouait là. La Marne fut d’abord la victoire du patriotisme dans cette guerre des peuples que fut la Grande Guerre.

Les quinze années qui ont précédé la guerre furent fertiles en événements d’une importance telle qu’à plusieurs moments la guerre pouvait paraître imminente.

Certes, après Fachoda (1898), le bon sens, non sans difficultés d’ailleurs, avait permis de calmer les rivalités franco-britanniques, réglées au minimum par l’accord de 1904 (l’Entente cordiale). La crise marocaine entre la France et l’Allemagne paraissait apaisée avec le traité d’Algésiras (1906) quand survint la crise d’Agadir (1911); certes, la diplomatie triompha encore une fois, mais les opinions publiques, tant françaises qu’allemandes, avaient montré leur agressivité. Cette crise, vivement ressentie dans chacun des deux pays, et le sentiment de haine qui en fut la conséquence, expliquent cette union sacrée (le mot est du président de la République, Poincaré) qui se manifesta au jour de la mobilisation. S’y ajoutait aussi la question d’Alsace-Lorraine, toujours présente au cœur des Français.

  • Les deux guerres balkaniques de 1912 et de 1913[i] avaient constitué des conflits régionaux, mais elles avaient montré la situation explosive qui prévalait dans les Balkans, d’autant que l’Autriche–Hongrie, en ces temps d’exacerbation des revendications nationalistes, était particulièrement hostile à la Serbie, la Bosnie–Herzégovine peuplée à plus de 50% de Serbes lui appartenant.
  • Dans ce contexte, l’attentat de Sarajevo retint, certes, l’attention, mais cette affaire paraissait encore, pour beaucoup, un problème particulier à l’Autriche –Hongrie, limité aux Balkans.

Mais le décor était planté… L’Autriche voulait la guerre pour régler une fois pour toutes la question serbe; la Russie entrerait en guerre pour appuyer le peuple serbe, la France et l’Angleterre soutiendraient leur allié russe. L’Allemagne, peut-être à contrecœur pour certains de ses dirigeants, prenait les devants, déclarait la guerre à la France avec l’appui de son opinion publique: il s’agissait bien d’une guerre des peuples.
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Les Français avaient manifesté depuis longtemps leur hostilité envers les Allemands, mais ce n’est pas pour autant qu’ils voulaient la guerre; ils en ressentirent un sentiment d’agression. La mobilisation se déroula dans des conditions tout à fait remarquables et ceci était loin d’être gagné dans un pays encore déchiré par les querelles religieuses et profondément divisé politiquement; l’affaire Dreyfus n’était pas si lointaine.
Cette union sacrée se retrouve même dans les milieux intellectuels les plus pacifistes; le ralliement d’hommes comme Auguste Rodin ou encore Anatole France le montre bien.
Nombre d’étrangers suivent cet exemple au nom de la défense de la liberté et de la civilisation: Guillaume Apollinaire, de nationalité russe, demande la nationalité française et s’engage dans nos rangs, Blaise Cendrars, de nationalité suisse, s’engage à son tour, sans oublier l’admirable poète américain Allan Seeger qui trouvera la mort sur la Somme[ii].

Dès le déclenchement des combats, les Allemands attaquent à la fois par la Belgique et vers l’ouest pour prendre Nancy.
Après la défaite de Morhange, les armées se ressaisissent aux ordres du Général de Castelnau; Nancy est sauvée. Le Kronprinz de Bavière qui préparait son entrée victorieuse dans la grande ville a perdu la bataille de Lorraine. Et sans cette victoire du Grand Couronné et de la trouée de Charmes, la bataille de la Marne n’aurait pu être engagée.

Au nord, après la défaite de Charleroi, le déferlement des armées allemandes se poursuit et, en même temps, leurs exactions se multiplient sur les populations civiles: «Orchies, ville de 5.000 habitants, n’existe plus», comme le déclare le Major von Mehring, commandant la place de Valenciennes, qui ajoute «Maisons, hôtel de ville et église ont disparu et il n’y a plus d’habitants». Des otages sont pris et fusillés, comme à Senlis le maire, M.Odent …

Les pertes militaires sont terribles avec, comme conséquence une certaine désorganisation des unités, comme par exemple, le 22 août sur la Sambre, le 2ème régiment de marche de zouaves qui a perdu son chef de corps, le Lieutenant-colonel Troussel, 21 officiers et plus de 1.000 sous -officiers et soldats.

Il faut arrêter cette curée ennemie, coûte que coûte. Mais faut-il se battre sur la Marne ou plus au sud sur la Seine? Joffre opte pour le plus audacieux, la Marne. Il sait bien que la mise en place de 800.000 hommes exténués sera difficile et que la cohésion des unités n’est pas toujours assurée. Lanrezac vient d’être relevé de son commandement et remplacé par Franchet d’Esperey, la 9ème armée de Foch demande deux jours de répit et le Maréchal French prépare le repli de son corps expéditionnaire en préparant un réembarquement à La Rochelle. Le président de la République et le gouvernement ont quitté Paris le 2 septembre.

Joffre, homme de terrain, sait tout cela et, de son PC de Châtillon-sur-Seine, il dialogue avec Gallieni, rappelé de sa retraite de Nice, dont le PC est au lycée Victor Duruy à Paris, pour que la 6ème armée de Maunoury qu’il a sous ses ordres attaque de flanc von Kluck.

La bataille de la Marne, en fait plutôt constituée d’une succession d’actions conduites de façon déterminée, est ainsi commencée. Les pertes seront là encore terribles et, parmi les morts, Charles Peguy, fauché à Villeroy sur le talus d’Iverny, qui rejoint dans la mort Alain Fournier et tant d’autres; mais la victoire est là. Pour un temps, la guerre de mouvement est interrompue, les armées pansent leurs plaies dans les tranchées, allant jusqu’à la fraternisation de Noël, qui ne durera pas!!

En cette fin d’année 1014, Français, Anglais et Allemands comprennent que cette guerre que l’on espérait courte sera longue, terrible, sanglante et pour une victoire incertaine; car c’est une lutte à mort qui s’est engagée, une véritable guerre des peuples.




Le Général d’armée Pierre de PERCIN-NORTHUMBERLAND, Saint-cyrien de la promotion Général Laperrine (1956-1958) est en 2ème section depuis 1997 après avoir été Inspecteur de l’infanterie puis Inspecteur général de l’armée de Terre. Titulaire de la Valeur militaire avec cinq citations, il est commandeur de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du mérite. Il a été président national du Souvenir français de 1998 à 2008. De 2010 à 2014 le Général a été président du Mémorial de la clairière de l’Armistice.



Bibliographie:
«Histoire militaire de la France» d’André Corvisier
«L’année 1914» de Jean-Jacques Becker
«Souvenirs de guerre 1914-1918» de Marc Bloch
«L’armée d’Afrique» du Général Huré;
«Ceux de 1914» de Maurice Genevois



[i] La première guerre balkaniques de 1912 avait permis aux Bulgares et aux Serbes de chasser les Turcs d’Europe; la seconde, de 1913, avait mis aux prises Serbes et Bulgares dans un conflit sanglant qui s’était achevé au traité de Bucarest par la victoire des Serbes
[ii] Auteur du poème prémonitoire «J’ai rendez-vous avec la mort»