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Histoire et Stratégies

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1940-1945 : la Bretagne, champ d’action privilégié pour les forces spéciales. (2ème partie)

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Par le Chef d'escadron (R) ERWAN COTARD

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L’annonce du débarquement en Normandie ouvre pour la Bretagne une période de guerre totale, marquée par les actions de la Résistance, les combats de Saint-Marcel et de Saffre, puis une impitoyable phase de répression qui prendra fin progressivement avec l’arrivée des Américains, et encore, certaines poches résisteront-elles au-delà du 8 mai 1945… Immergés dans une région de bocages difficile à appréhender, protégés par une population qui leur fournit caches, nourriture et informations, les maquisards multiplient les sabotages et les embuscades contre les ennemis isolés. Ils seront aidés et plus ou moins disciplinés dans leurs actions par deux types de détachements des forces spéciales alliées: les équipes Jedburgh et les parachutistes SAS français.

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1944: la Bretagne au cœur des opérations spéciales aéroportées des équipes Jedburgh et SAS.

 

Les Jedburgh étaient des équipes de trois hommes spécialement entraînées et parachutées en zone ennemie, principalement pour préparer le Jour J. Si leur existence a été longtemps couverte par le secret, l'OSS [10] des U.S.A. et le SOE[11] britannique ont finalement donné accès aux copies des rapports des équipes: la littérature est désormais abondante sur le sujet et nous livre quelques clés de leur engagement en France.

 

 
Que leur arrivée se passe comme planifiée ou non (aléas des largages...), les Jedburgh sont généralement très bien accueillis, voire trop bien: leurs uniformes sont un signe d'espoir énorme et les parachutages se transforment parfois en bains de foule peu discrets. A la différence de l'accueil de la population, qui n'hésite pas à les héberger et à établir la liaison avec la Résistance, celui des maquis est très contrasté. Parfois, les réseaux ont été décapités par les forces allemandes, souvent les mouvements s'ignorent ou pire s'affrontent. Les groupes vraiment armés et disciplinés (avec à leur tête un véritable chef, souvent un ancien officier de l'armée française, ex-active ou réserviste) sont rares. Le conseil était donné aux Jedburghs d'intervenir le moins possible dans les dissensions internes aux mouvements locaux mais, face à un commandement inexistant ou par trop déficient, elles furent quelquefois obligées de prendre elles-mêmes le commandement. Ainsi, en Loire-Inférieure [12], où la Résistance venait d'être complètement désorganisée par la Gestapo, le Capitaine Jedburgh Erard finit par accepter la fonction de délégué militaire départemental. Malgré leur hétérogénéité (jeunes réfractaires au STO, anciens militaires, nouveaux volontaires,...), presque partout les maquis se développent dans l'enthousiasme et la volonté de combattre enfin l'occupant. Contrepartie de ce développement accéléré, leur «poids logistique» devint très important. Les Jedburgh bénéficieront, dans ce contexte, d'un grand prestige (fluctuant il est vrai en fonction des parachutages qu'ils arriveront à déclencher).
 
Le 20 juin, une quinzaine d'équipes sont parachutées. Deux atterrissent en Bretagne avec les premiers éléments parachutistes du Commandant Bourgoin, qui doit commander l'ensemble des opérations en liaison avec les armées débarquées en Normandie et protéger ainsi le flanc droit du débarquement. Les autres sont réparties sur les grands axes de circulation de la France, avec mission de faire appliquer les plans de sabotage prévus pour harceler et retenir les forces ennemies et, si possible, les empêcher d'arriver sur le front normand [13].
 
 
Qui étaient les Jedburgh?
 
Dès le début 1944, le Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force (SHAEF) a éprouvé le besoin, en vue du débarquement et de son exploitation, d'établir un contact plus étroit et plus militaire avec les Forces françaises de l'intérieur (FFI), dont il connaissait l'existence, soit par les rapports des agents clandestins anglais et américains, soit via le BCRA français. Ces renseignements, aussi parcellaires soient-ils, montraient qu'il y avait en France une force militaire susceptible d'aider les armées du débarquement à condition d'être organisée, équipée et armée. Théoriquement unifiées et encadrées, les forces FFI souffraient de dissensions internes et de carences importantes, en particulier pour l'armement. Les équipes Jedburgh furent donc créées pour pallier ces manques: outre leur rôle permanent de liaison, les équipes devaient instruire les maquisards, en particulier sur les explosifs et l'armement parachuté, généralement d'origine britannique.
 
Il ne faut pas les confondre avec les Operational Groups américains (OG) et les Special Air Service britanniques (SAS, décrits plus bas), même s'ils ont souvent opéré en parallèle. Les équipes Jedburgh parachutées derrière les lignes ennemies incluaient systématiquement un officier appartenant au pays d'accueil (belge, français, néerlandais) et travaillaient en uniforme[14], ce qui assurait, en théorie, à leurs membres le statut de prisonniers de guerre s'ils tombaient aux mains des Allemands. Au cadre local, étaient adjoints un autre officier et un opérateurradio, tous deux avec un minimum de notions de la langue locale (on comptera d'ailleurs 14 radios français).
 
Les volontaires subissent des tests psychologiques poussés et reçoivent une formation intensive: entraînement physique, tir et combat, instruction transmissions et parachutisme, technique de la guérilla et du sabotage, etc. Sur la centaine d'équipes prévues en 1943, 94 seront constituées. Deux contacts quotidiens sont permis à heures fixes mais avec changements de fréquence. La station directrice anglaise Charles assure ainsi la liaison avec 64 équipes Jedburgh et 24 stations mobiles régulières au nord de la Loire en juillet 1944.
 
Les transmissions étaient un point majeur pour ces équipes[15] car leur mission fondamentale était la liaison entre l'état-major interallié et les résistants, puis entre ceux-ci et les troupes régulières amies approchant les zones de maquis. Chaque équipe était affectée à un secteur, généralement un département. Elle était briefée avant son départ par les différents services présents en zone occupée, notamment sur les chefs de la Résistance locale, les délégués militaires régionaux (DMR) désignés par le Général de Gaulle et autres contacts utiles. Une fois sur place et une première évaluation de la valeur opérationnelle des groupes FFI réalisée, l'équipe devait pourvoir aux déficiences du ravitaillement et de l'armement tout de suite, avec les armes et l'argent parachutés en même temps qu'elle, puis via d'autres largages. Leur deuxième préoccupation était donc de trouver des Dropping Zones, voire des terrains d'atterrissage, où les avions de la R.A.F pourraient procéder aux livraisons par air d'armes, de munitions, d'explosifs, de vivres et de médicaments.
 
Les instructions parvenaient aux Jedburgh via les liaisons radio ou via la BBC par les phrases conventionnelles fixées d'avance telles que «Le chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros-Guirec?», phrase qui déclencha les opérations en Bretagne le 2 août 1944[16].
 
La combinaison SAS/Jedburgh donnera un coup de pouce spectaculaire à cette campagne de harcèlement.
 
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, quatre sticks SAS de neuf hommes sont parachutés en Bretagne. Les Lieutenants Marienne et Deplante, largués dans les landes de Lanvaux, ont pour mission de préparer la base Dingson près de Saint-Marcel (Morbihan). Le stick Marienne est attaqué peu après son arrivée au sol: l'équipe radio est capturée tandis que le Caporal Émile Bouetard est achevé par l'ennemi. Il est le premier soldat français (et allié) à trouver la mort dans le cadre de l'opération Overlord. Dans le même temps, deux autres sticks sont parachutés près de Locarn dans les Côtes-du-Nord afin de préparer la mise en place de la base Samwest. En Loire-Inférieure, la voie ferrée entre Redon et Châteaubriant est coupée par l'équipe des parachutistes français «Pierre 408» des SAS. Dans la nuit du 7 au 8 juin, dans le cadre de la mission Cooney-Parties, 18 groupes de sabotage formés de 3 à 5 hommes sont disséminés sur la Bretagne afin de couper les voies de communication avant de rejoindre la base dont ils dépendent. On notera en particulier l'action d'un stick contre un tunnel de la ligne Paris-Brest, car il illustre bien la complémentarité entre action clandestine et équipes choc. Le blocage du tunnel de la Corbinière, près de Messac, couronné de succès, intervenait en effet sur la base de renseignements fournis par une équipe du BCRA qui avait auparavant, pendant près de 6 mois, identifié les vulnérabilités de la ligne.
 
À partir de la nuit du 9 au 10 juin, des SAS sont parachutés en renfort sur les deux bases Samwest et Dingson qui prennent de plus en plus d'ampleur. La première sera rapidement identifiée et démantelée par l'ennemi.
 
 
Les SAS français de 1944
 
Le Special Air Service a atteint son apogée en ce mois de juin avec deux régiments britanniques, un belge et deux français: le 2ème et le 4ème SAS (ou 2ème et 3ème RCP dans la terminologie française). Des éléments précurseurs du 2ème régiment de chasseurs parachutistes sont engagés en Bretagne dès le 5 juin au soir. Le régiment s'illustrera ensuite dans les combats de Saint-Marcel.
 
Début juillet, le Commandant Château-Jobert, dit Conan, reçoit quant à lui la mission suivante pour le 3ème RCP: «Agissant sur la direction Nantes-Lyon, interdire, en liaison avec les maquis du Centre, toute action des forces de la Wehrmacht, évaluées à 100.000 hommes, et remontant d'Aquitaine». Il s'agit de couvrir le flanc sud de la troisième armée américaine du Général Patton, qui va déboucher de Normandie pour envelopper les forces allemandes situées au nord de la Loire. Les premiers sticks sont aérolargués le 16 juillet, avec jeeps, armes et bagages. Parfois en liaison avec la résistance, le plus souvent seuls, les SAS font sauter les trains et les dépôts de munitions et de carburant en plein milieu des concentrations de troupes. Ils tendent des embuscades nocturnes aux camions et véhicules de liaison. Se promenant ouvertement en jeep de jour, pendant que les bombardements alliés entravent le trafic, ils seront souvent pris pour des détachements avancés de l'armée Patton - ce qui leur permettra de faire un nombre impressionnant de prisonniers.
 
Les squadrons opèrent sur des zones d'action variées en France occupée: ainsi le 2ème RCP intervient le 5 août dans le nord du Finistère pour conserver intacts les ouvrages d'art que les Allemands menacent de détruire devant les blindés américains. Récupéré en Angleterre, il est à nouveau parachuté... dans le Jura. Le bilan général du 3ème RCP est éloquent: 5.476 Allemands hors de combat, 1.390 prisonniers, 11 trains et 382 véhicules détruits, pour la perte de 41 parachutistes, tués ou disparus. Le 2ème RCP est alors en train de regrouper ses éléments éparpillés dans toute la Bretagne et de se réorganiser. Renforcé par les FFI qui ont combattu dans ses rangs et monté sur jeeps type SAS, il va bientôt prêter main-forte au 3ème RCP  dans sa mission de flanc-garde[17]. Le 26 août, 65 jeeps arrivent à Vannes, apportant les bérets amarante que le roi d'Angleterre accorde aux SAS français en reconnaissance de leurs succès. Aussitôt équipées, les jeeps du 2ème RCP démarrent vers la Loire et la région de Briare, à partir de laquelle les quatre squadrons vont opérer en direction de Nevers, Châteauroux et Bourges.
 
Une équipe Jedburgh est parachutée dans la région de Saint-Marcel, en même temps que les SAS[18]. De nombreux parachutages se sont d'ailleurs échelonnés entre le 6 et le 18 juin, cinq par nuit en moyenne. Le 17 juin, 30 parachutages auraient été réalisés... ce qui, combiné à l'accueil enthousiaste de la population, ne permet pas une mise en place discrète. Le chef de corps du 2ème RCP commandant l'ensemble du dispositif, le Commandant Bourgoin[19], parle alors d'une véritable «kermesse». Toutes les nuits arrivent à la ferme de La Nouette, au centre du dispositif, des groupes FFI, quelques-uns ayant effectué un déplacement de plus de 100 km pour se faire armer et équiper. Avec plus de 3.000 FFI mobilisés, la base finit effectivement par attirer l'attention des forces allemandes, d'autant que les groupes de maquisards, qui repartent armés, attaquent les isolés allemands qu'ils rencontrent. Bien que les Allemands aient été affaiblis par le départ de nombreuses unités pour le front normand, les garnisons du voisinage montent une attaque contre la base des FFI. Un combat violent s'engage: les officiers Jedburgh y prennent part à la tête de compagnies FFI, aux côtés de près de 200 à 250 SAS et avec l'appui sporadique de l'US Air Force (missions appui au sol de chasseurs bombardiers P47 Thunderbolt). Après une journée de combat (le bilan est incertain, mais les Allemands ont perdu au moins 50 hommes), les unités allemandes renforcées finissent par enfoncer la dernière ligne de défense. Le village de Saint-Marcel est pillé et détruit par les Allemands et leurs auxiliaires. Sur ordre, SAS et FFI se dispersent en petits groupes, tout en abandonnant une grande partie du matériel. Jusqu'à la fin du mois de juillet, ils sont traqués par de fortes colonnes, appuyées par les troupes de l'est à cheval, et d'autres auxiliaires, notamment miliciens, qui leur portent des coups très durs. Les Allemands fusillent leurs victimes à Port-Louis et au fort de Penthièvre[20], multiplient les tortures et les exécutions sommaires, s'acharnant sur les fermiers isolés qui ont fourni un accueil sans réserve aux parachutistes. Mais ils ne sont plus en sécurité nulle part et doivent bientôt se réfugier dans les poches côtières encerclées par les Alliés. Notamment par les bataillons FFI réorganisés avec l'aide des Jedburghs, armés et ravitaillés par eux jusqu'à la prise de commandement de cette armée de l'Atlantique par le Général de Larminat.
 
Entre temps, le SHAEF a pris en compte le retour d'expérience négatif de la mise en place d'un centre mobilisateur comme celui de Saint-Marcel, qui a donné lieu au rassemblement d'effectifs importants sur une zone vulnérable. Les instructions insisteront désormais sur la guérilla par petits groupes très mobiles, évitant le combat avec les forces supérieures et décrochant après l'effet de surprise. Tactiques qui seront mises en œuvre par les équipes Jedburgh restantes. Ainsi une équipe réussit, avec l'aide des habitants, à échapper aux recherches pour gagner la Loire-Inférieure. Malgré la perte de son poste radio, elle va y reprendre son activité en liaison avec les FFI de la région nantaise jusqu'à l'arrivée des américains début août. Une autre équipe ayant rejoint le département des Côtes-du-Nord devra y utiliser, comme moyen de pression, l'attribution des armes parachutées afin de régler les différends entre groupes de résistants...
 
Ainsi début juillet 1944, 5.000 hommes sont organisés et encadrés, ravitaillés (l'argent apporté de Londres permet d'éviter les débordements) et en mesure d'appuyer les Alliés. Les équipes qui vont être parachutées en juillet-août suivront le même mode opératoire, même si elles arrivent sans doute trop tard pour être aussi efficaces que les équipes larguées auparavant dans les Côtes-du-Nord et le Finistère. Le 2 août, le message convenu déclenchera l'insurrection de près de 21.000 FFI bretons, permettant de bloquer les troupes allemandes sur place. Parfois, ce sont des garnisons entières qui consentent à se rendre, et des villes comme Quimper sont libérées par cette seule action. Quand, au début d'août, les chars de la 6ème DB américaine arrivent dans la région de Loudéac, les Jedburghs interviennent comme agents de liaison entre eux et les FFI : ceux-ci fournissent des guides, assurent la sécurité, imposent la reddition des garnisons allemandes découragées ou la désertion des éléments auxiliaires étrangers [21].
 
Les Américains déclareront que «les FFI ont accompli dans le secteur le travail de leur propre infanterie; sans les Jedburghs, le travail eût été peut-être réalisé, mais certainement moins vite, moins facilement et sans doute avec des pertes plus sévères[22]».
 
Conclusions / enseignements
 
Une visite à Saint-Nazaire, lieu de l'opération Chariot, ou à Saint-Marcel, s'impose afin de mieux s'imprégner de la dimension historique de l'action des forces spéciales alliées dans la région entre 1942 et 1944. Mais on peut tenter de dégager «en chambre», et avec les précautions d'usage, quelques liens entre ces opérations et des problématiques plus actuelles.
 
Ø La question se pose de l'alternative : Opérations de harcèlement avec troupes au sol ou bien actions de renseignement stratégique. Les premières ont souvent eu pour corollaire des représailles sur les populations alliées (justement parce qu'elles n'étaient pas considérées comme neutres par l'occupant). Limiter l'empreinte au sol au seul renseignement stratégique peut paraître moins impliquant pour la population, mais, selon les circonstances, la population peut être la meilleure protection des capteurs. Par ailleurs, s'il est en vue d'action, le renseignement stratégique déclenchera une frappe ayant potentiellement un impact sur la population - les bombardements de 1944 étant nettement moins ciblés que l'utilisation de drones Predator ou Reaper -. On notera également que des opérations de ciblage n'impliquant qu'un petit nombre d'individus tenus à la discrétion n'ont pas le même impact psychologique que des opérations type coup de main où l'on démontre sa détermination par un engagement physique sur le terrain, ayant nécessairement un caractère spectaculaire.
 
Malgré les sacrifices consentis, l'opération Chariot offre ici un « rapport coût/efficacité » intéressant comparé aux bombardements massifs qui suivront (et qui rayeront la ville de la carte pour un résultat très discutable).
 
Ø Equipes de type Jedburgh: leur RETEX est d'autant plus difficile qu'elles ont été parachutées dans des conditions très variables et ont eu à faire face à des situations très différentes. Toutefois, ces équipes ont perdu en tout au combat[23] (Bretagne incluse) huit tués, huit blessés et deux prisonniers, ce qui est à mettre en rapport avec la dangerosité des zones d'action[24] et le bilan chez l'ennemi... Ayant réussi, en liaison avec d'autres unités spéciales, une véritable levée en masse, on peut imaginer qu'avec des moyens plus importants et plus de temps, elles auraient pu mobiliser facilement des troupes beaucoup plus nombreuses et accroître ainsi les possibilités d'action.
 
On constate l'incroyable effet de levier de petits groupes mobiles, ultra motivés, armés mais pouvant refuser le combat. La capacité à déclencher et amplifier les actions locales dépend toutefois clairement de la capacité à réaliser concrètement et rapidement le lien avec la base (pour parachutage d'armes, d'argent,...). C'est à mettre en perspective avec la campagne américaine de 2001 en Afghanistan (forces spéciales s'appuyant sur l'Alliance du Nord... et toute la logistique de l'armée américaine en arrière-plan).
 
En 1944, la plupart des troupes levées en France ont ensuite été assez rapidement transférées (non sans difficultés) vers une armée de type régulière ou, au moins à court terme, dans des unités de reconnaissance.
 
Ø Il est difficile de faire travailler ensemble les services secrets (action clandestine) et les forces spéciales, aux agendas différents. Ces actions combinées peuvent néanmoins être extrêmement efficaces avec un minimum de coordination : en dépit de la multiplicité des intervenants, le bilan global fut très positif, comme le montre la répartition des missions concernant le tunnel de la Corbinière). L'interface avec les troupes régulières est également à souligner (on parlerait de nos jours de « déconfliction »).
 
Ø Les éléments de liaison des forces spéciales au sein des différents états-majors alliés jouent un rôle important, ainsi que  l'interopérabilité FS / forces conventionnelles. Il est nécessaire de disposer de canaux d'échange avec l'action clandestine [25].
 
Ø L'immersion dans la population locale est facilitée par un contexte porteur (débarquement allié) et la présence systématique d'un cadre local par équipe, quand ce ne sont pas les détachements complets qui sont nationaux (SAS). La neutralité politique des détachements s'est avérée être un gros avantage face aux dissensions animant la Résistance, même si certains détachements ont pu être instrumentalisés.
 
Les détachements doivent être capables d'établir un lien avec la population locale (capacités linguistiques et présence de nationaux), mais en conservant une position suffisamment neutre. 
 
Épilogue
 
On peut parfois avoir l'impression que la période 1940-1945 s'est limitée, pour les Français, au débarquement en Normandie et à la libération de Paris. Pourtant, la campagne de Bretagne, retenue pour cet article, mais aussi l'opération Dragoon en Provence, la campagne d'Alsace ou encore la libération des poches de l'Atlantique pour ne citer qu'elles, sont également riches d'enseignements. Elles mériteraient une place plus importante dans nos réflexions, au-delà du seul thème des opérations spéciales. Avis aux organisateurs de staff rides!
 
 
Chronologie en Bretagne
Et ailleurs en France
1940 à 1944
18 juin 1940
Prise de Brest et Rennes par les Allemands ; le sous-marin Surcouf quitte Brest à l´arrivée des Allemands.
Appel du général de Gaulle.
19 juin 1940
Les troupes allemandes pénètrent dans Nantes.
 
28 mars 1942
Opération Chariot, raid sur Saint-Nazaire.
l'opération Jubilé, le 19 août, par les Canadiens contre le port de Dieppe.
Premiers bombardements aériens (raids particulièrement dévastateurs à Nantes, Brest et Lorient).
 
nuit du 11 au 12 novembre 1942
Opération Farenheit (raid côtier).
 
septembre 1943
Reconnaissance sur l'Ile d'Ouessant.
 
Juin 1944
6 juin 1944
Le 6 juin, le maquis de Saint-Marcel (56) est renforcé par des paras S.A.S. (Spécial Air Service) de la France Libre.
Débarquement allié en Normandie.
18 juin 1944 
Fin du maquis de Saint-Marcel.
Largages d'équipes Jedburgh au centre et au sud-est de la France.
31 juillet 1944
 
Percée d'Avranches
du 2 au 3 Août 1944
Combats à Rennes, Derval et Bain de Bretagne - Rennes libéré par la 4e DB US.
 
5 août 1944
Libération de Chateaubriand.
 
3 au 17 août 1944
Siège de Saint-Malo, capitulation (port inutilisable).
Août 1944 : Débarquement de Provence et prise de Marseille et de sa zone portuaire.
6 au 7 août 1944
Libération de Lamballe, Saint-Brieuc et Guingamp.
 
12 août 1944
Nantes est libérée par la 4e DB US et les FFI.
la 4e DB relevée par la 6e DB fonce vers Orléans.
25 août 1944
Début des opérations pour la 2e DI à Brest.
Août 1944 : du 16 au 26, libération de Paris
18 et 19 Septembre 1944
Fin des combats en presqu'île de Crozon, capitulation de Brest (port inutilisable).
Prise d'Anvers
Mai 1945
10 mai 1945
Capitulation de la poche de Lorient.
8 mai : Capitulation générale allemande.
11 mai 1945
Capitulation de la poche de Saint-Nazaire.
1945 : départ d'équipes Jedburgh vers l'Indochine.
 
Bibliographie sommaire :
 
BONNECARRÈRE Paul «Qui ose vaincra, les parachutistes de la France libre», Fayard PARIS; 1971
 
BOUTOUILLER Jean, GUILLOU Michel et MONNIER Jean-Jacques «Eté 44 Résistances et Libération en Trégor» Éd. Skol Vreizh N°56; 2004
 
BRAEUR Luc «L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire» (Conservateur du Grand Blockhaus, Éd. du Grand Blockhaus, BATZ s/Mer, Loire Atlantique.
 
ESTIENNE René (Conservateur du patrimoine Directeur des archives et des bibliothèques du service historique de la Marine, conservateur du SHM de Lorient et maître de conférences associé à l'université de Bretagne-Sud) «Lorient et la Seconde Guerre Mondiale»; SHD, PARIS.
 
GAWN Jonathan «Les Américains en Bretagne, la bataille de Brest en 1944», Éd° Histoire et collection (ouvrage de référence, très accessible et pleins d'enseignements à la teneur très actuelle); PARIS
 
HUGUEN Roger «Par Les Nuits Les Plus Longues; Réseaux D'Evasion D'Aviateurs En Bretagne 1940-1944» Éd. COOP BREIZH 2001
 
IRWIN Col (ER) Will «Les Jedburghs. L'histoire secrète des Forces spéciales alliées en France en 1944», Éd. Perrin, PARIS, 2008
 
LAGADEC Yann, «Actions spéciales et transmissions, les opérations de l'été 1944 en France» Revue historique des armées, 251 | 2008, [En ligne], mis en ligne le 09 juin 2008. URL: http://rha.revues.org//index339.html.
 
MALOUBIER Bob «Les coups tordus de Churchill», Éd. Calman Levy PARIS; 2009
 
REEMAN Douglas «Les Destroyers» Collection Omnibus des Presses de la Cité, PARIS
 
RONDEL Éric «Bretagne, résistance et libération et Les Américains en Bretagne 1944-1945»; Éd. Astoure
 
SASSI Jean - pour un témoignage sur les Jedburgh (hors Bretagne): «Opérations Spéciales: 20 Ans de Guerres Secrètes», Éd. NIMROD, PARIS; 2009
 
PORTIER David: «Les Parachutistes SAS de la France libre 1940-1945», Éd. NIMROD, PARIS ; 2010.
 
Guides : Histoire et collection sur la Bretagne en guerre (T1 et 2)
 
Article du Point juin 2009 «Une bataille de corsaires»
 
Article du Nouvel Observateur, Nº1543 juin 1994 «Les paras français sautent sur la Bretagne»
 
Mensuel Connaissance de l'Histoire 1977 1982 Hachette
39-45 magazine, la Bretagne dans la 2ème guerre mondiale 
 
Muséographie sommaire :
 
Musée du Maquis de St MARCEL (56). http://www.resistance-bretonne.com/menu_visite.htm
 
Musée de la poche de St NAZAIRE (évocation de Chariot) http://www.grand-blockhaus.com/
 
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[10] Office of Strategic Service, dirigé par William Joseph Donovan, par décision du Président Roosevelt en juin 1942, avec le grade de général. C'était le premier effort de coordination entre les différents services américains agissant dans les opérations spéciales et le renseignement stratégique. L'OSS inspirera non seulement la littérature et le cinéma français (!) mais, surtout, donnera naissance après-guerre à la CIA, Central Intelligence Agency...
 
[11] Special Operations Executive
 
[12] Actuelle Loire-Atlantique. De même, les Côtes d'Armor s'appelaient Côtes-du-Nord à l'époque.
 
[13] Aux mois de juillet et d'août, les parachutages de Jedburgh se multiplieront: neuf en Bretagne, six autres de la Vendée au Cher et dans les départements du Massif Central, une dizaine dans les départements du bassin de la Garonne, une dizaine aussi dans les départements de la vallée du Rhône et de la Saône.
 
[14] Détail intéressant: le Général de Gaulle aurait approuvé la première opération aéroportée montée par les Britanniques sur le sol français avec des parachutistes français ... à la condition qu'ils soient en uniforme. Le compromis final fut de passer une combinaison pour le saut avec des vêtements civils en dessous. Cette opération visait déjà la Bretagne, en l'occurrence des pilotes allemands à Vannes. Voir le livre «Qui ose gagnera».
 
[15] À ce sujet, voir l'étude complète rédigée par Yann Lagadec, citée en bibliographie.
 
[16] Cette phrase aurait été proposée au Général Koenig par un membre d'une équipe Jedburgh parachutée dans le Finistère, le 9 juillet 1944. On pense également aux fameux Violons de l'automne... qui signalèrent le Jour J pour la Résistance.
 
[17] Il affichera alors un bilan «officiel» (peut-être minoré) de 326 Allemands hors de combat, 2.520 prisonniers et 320 véhicules divers pour 2 tués, 12 blessés et une jeep détruite chez les SAS...
 
[18] Une deuxième équipe étant larguée sur la base Samwest à Duault.
 
[19] Alias «le manchot» depuis qu'il a perdu un bras lors des combats d'Afrique du Nord. Cela ne l'empêchera pas de sauter à la tête du 2ème RCP, ex Bataillon d'Infanterie de l'Air, le «bataillon du ciel» immortalisé dans le film éponyme.
 
[20] Actuellement géré par le 3ème RIMA de Vannes et bien connu des EOR et EOA passés par l'ESM de Saint-Cyr-Coëtquidan.
 
[21] Voir l'article de Yann Lagadec sur la question.
 
[22] William J. Donovan, directeur de l'OSS: « Il est maintenant reconnu que le succès et la rapidité des armées alliées dans la bataille de France sont dus dans une large mesure à l'activité de la Résistance française intérieure. La Résistance a gêné le mouvement des renforts allemands vers la tête de pont normande et a gardé les flancs des armées américaines marchant à la Seine au nord et aux Vosges en partant du sud. Des divisions entières allemandes ont été détournées du front et l'ennemi a été harcelé derrière ses lignes. La Résistance a fourni constamment des renseignements stratégiques et tactiques sur la situation ennemie, a évité des destructions d'installations rurales, a isolé et bloqué les unités ennemies dépassées par l'avance alliée».
 
[23] Hors combat, deux tués et onze blessés (souvent légèrement), la plupart par suite d'un parachutage défectueux.
 
[24] Leurs pertes ont été dans l'ensemble inférieures à la moyenne des pertes subies par les unités d'infanterie ordinaires. Leur doctrine se résumait ainsi: l'ennemi est attaqué par surprise, au point où il est le plus faible et, quand sa réaction devient par trop efficace, l'assaillant décroche et disparaît dans les couverts. Bref, la parfaite tactique de guérilla.
 
[25] On notera d'ailleurs que la frontière entre action spéciale et clandestine était d'autant plus ténue que les Allemands ne garantissaient pas l'application de la Convention de Genève aux «commandos», même en uniforme.

 

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