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Valeurs de l'Armée de Terre

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À propos de culture historique

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Par le Général (2°s) Guy MARIOTTI

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Dans tous les pays démocratiques, l’environnement actuel du chef militaire est marqué à la fois par l’extrême variété des théâtres d’engagements, par les contraintes juridiques croissantes du principe de précaution et par l’explosion d’une menace terroriste tous azimuts insensible aux valeurs morales. Dès lors, la crédibilité du chef repose sur l’acquisition et l’entretien permanent d’une culture militaire à périmètre élargi alliant l’histoire militaire à la géostratégie et à la géopolitique. Cet outil culturel conditionne sa perception d’une situation et de son évolution potentielle. La culture historique n’est plus seulement un « must » ou un hommage aux anciens et à la tradition militaire, mais une ardente obligation pour tout officier à haut potentiel. Aussi, après avoir rappelé les raisons majeures qui justifient l’étude de l’histoire militaire, cet article analysera le périmètre élargi à la géostratégie et à la géopolitique des acquis indispensables aux cadres supérieurs militaires en terme de culture générale et historique.

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Sans prendre au pied de la lettre la boutade du Comte de Guibert au XVIIIème siècle selon laquelle « il faut étudier l’histoire pour apprendre à y figurer », cette lointaine ambition doit au moins orienter et stimuler l’intérêt de tout officier pour l’histoire. C’est une question de simple honnêteté intellectuelle voire d’éthique lorsqu’on choisit ce métier par vocation …

 

Que peut apporter l’histoire militaire à un officier, quelle que soit sa fonction ou son niveau d’action, qui se prépare aux responsabilités d’une carrière entière dans un monde plus changeant que jamais ?

 

L’histoire militaire contribue à la fois à la formation professionnelle, technique de l’officier, mais aussi à sa formation éthique et morale. Enfin elle élargit le spectre de sa formation intellectuelle.

 

Même si ces apports pédagogiques sont déjà plus ou moins connus selon les cursus de chacun, il est nécessaire de les rappeler périodiquement, en particulier aux jeunes officiers qui abordent l’enseignement supérieur de l’armée de terre.

 

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Formation professionnelle

 

Nous vivons une époque que l’on peut qualifier de « paix chaude » après celle de la « guerre froide ». Elle se caractérise par une multitude de crises toutes différentes les unes des autres en termes de théâtres d’opérations et de niveaux d’intensité. Il est souvent difficile d’évaluer la dangerosité potentielle d’une situation. Aussi, l’histoire nous évite d’oublier que le « feu tue » et qu’une crise peut toujours dégénérer.

 

Elle nous montre en permanence que « le terrain n’est jamais neutre » à la différence d’un camp ou terrain de manœuvre connu par cœur.

 

Elle démontre concrètement par des victoires acquises à toutes les époques que la manœuvre réussie combine et « coordonne le feu et le mouvement ».

 

L’histoire militaire abonde d’exemples de la surprise comme facteur essentiel, qu’elle soit d’ordre stratégique, tactique ou technique.

 

C’est aussi avec l’histoire que l’on redécouvre le besoin permanent du renseignement pour conduire une action efficace au moindre coût.

 

Enfin, l’histoire militaire illustre à toutes les époques le rôle décisif de la logistique qui conditionne littéralement le succès de la manœuvre.

 

Tous ces apports pédagogiques à la formation professionnelle des officiers s’appuient sur les innombrables campagnes, batailles, faits d’armes mais aussi défaites et revers de toutes sortes qui ont jalonné l’histoire des relations entre les peuples. Faute de pouvoir les citer tous, cet article doit vous inciter à lire ou à relire les bibliographies et précis d’histoire militaire et d’initiation à la stratégie et à la tactique des Ecoles de formation.

 

Ces travaux illustrent la permanence des principes de la guerre de Clausewitz et l’évolution des paramètres de la manœuvre. Tout officier digne de ce nom ne peut se désintéresser de ces fondamentaux du commandement.

 

S’agissant de la cohésion du corps des officiers de toutes origines, comme de la complémentarité entre les armes et les services, l’histoire militaire est aussi une école d’humilité où l’on démontre qu’il n’y a pas de « valets d’armes » comme le disait le Général Lagarde.

 

Toutes les armes et tous les services concourent au succès de l’action … « Même victorieux, un char, sans carburant s’arrête … » (Général de Lattre, automne 1944).

 

Formation éthique et morale

 

L’histoire militaire contribue à nous donner les motivations, les ressources morales, les modèles et exemples dont nous avons besoin. Selon la formule : « Dieu nous donnera force et courage » l’histoire sera peut-être le vecteur utilisé pour nous les transmettre …

 

Nous avons choisi un métier qui, plus que tout autre, entraîne des sacrifices, qui exige de savoir pourquoi on les fait, jusqu’où il peut nous mener. Beaucoup l’ont choisi par vocation, d’autres pour des raisons plus complexes qui ne les empêcheront pas de remplir leur mission. Cette diversité est en soi un enrichissement pour le corps des officiers. L’histoire militaire est un patrimoine culturel et éthique commun qui peut et doit servir de ciment entre les diverses motivations.

 

Mais quoi qu’il en soit, on ne risque pas sa vie le cas échéant, sans savoir pourquoi, sans savoir que d’autres l’ont fait avant nous, sans savoir que le souvenir de notre action sera perpétué, collectivement du moins. C’est aussi cela l’histoire militaire. Elle nous fournit cette connaissance de l’action des anciens,

des meilleurs comme ceux qui ont failli. C’est un stimulant, cela peut être aussi un garde-fou

 

Formation intellectuelle

 

L’étude de l’histoire militaire contribue à la formation générale, à l’enrichissement culturel. Le terme de culture s’entend comme aptitude à réfléchir, à penser : ces connaissances acquises, analysées, synthétisées, digérées, qui permettent à tout décideur de savoir dégager l’essentiel. Problème majeur s’il en est …

 

Comment enseigner l’enchaînement « paix, crise, guerre » qui s’exerce normalement au milieu de l’imprévu, du danger, avec raison, sinon à l’aide de l’histoire ? Comment élaborer la doctrine d’emploi des forces ? Comment réfléchir à la crise ou à la guerre dans un conflit futur ? Commander, c’est prévoir ; or à l’imminence de l’engagement, il est trop tard pour s’adonner aux joies de la méthode de raisonnement tactique. Cette préparation se fait avant, avec l’appui de l’histoire militaire. Foch disait : « au combat, le courage ne peut compenser les lacunes de l’instruction ». A méditer !

 

Quelle culture historique élargie ?

 

A ce stade, intervient la notion de périmètre du cursus de culture générale et historique indispensable aux futurs décideurs militaires. Il doit inclure les domaines de la géopolitique et de la géostratégie pour couvrir tout le spectre « paix – crise – guerre » et pour concrétiser les rapports du politique et du militaire dans nos sociétés démocratiques.

 

Les paramètres des relations internationales en temps de paix relèvent de la géopolitique et nul officier ne peut négliger les quatre fondements de la puissance d’un état que sont : les ressources naturelles, les ressources énergétiques, les infrastructures et les ressources humaines. Ils recèlent la quasi-totalité des causes de crises ou de conflits du monde actuel. La géopolitique est donc au plan culturel le prolongement naturel du contexte historique. Elle sert de base à la mise à jour du Livre Blanc de la défense qui répertorie les menaces potentielles et doit, à ce titre, faire partie intégrante de la culture générale d’un décideur militaire.

 

La géopolitique et le Livre Blanc nous conduisent tout naturellement à la géostratégie qui est la traduction, en termes d’objectifs des orientations et priorités du politique. Il n’est pas nécessaire d’attendre d’être au Centre des Hautes Etudes Militaires (éventuellement !) pour s’intéresser à la stratégie.

Là encore l’histoire militaire, complétée par les connaissances de géopolitique, permet à tout futur cadre de s’y initier. Il ne peut ignorer en effet cette part de la « science militaire qui concerne : la conduite générale de la guerre (ou de la crise), l’organisation de la défense d’un pays, l’élaboration des plans des opérations de grande envergure (en fonction des moyens du pays) » d’après la définition du dictionnaire Robert.

 

Faute d’avoir accès aux informations protégées du Haut Commandement National, l’histoire militaire fourmille d’exemples riches d’enseignements pour se préparer à ce niveau de responsabilité, ou au moins à s’y intéresser.

 

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Ce bref tour d’horizon du périmètre de culture générale et historique ne prétend pas être exhaustif mais il vise à inciter, s’il en était besoin, les officiers à fort potentiel à parfaire et à entretenir leurs connaissances dans ces domaines complémentaires.

 

L’histoire militaire est un lien permanent avec la géopolitique et la géostratégie, elle sert de catalyseur pour susciter l’intérêt et l’envie d’élargir constamment la connaissance des relations internationales et conflictuelles mais aussi la réflexion tactique et la réflexion sur le chef militaire.

 

En définitive, les officiers se doivent de fréquenter régulièrement l’histoire qui reste la source la plus sûre où puiser les cas concrets qui doivent nourrir la réflexion, exciter l’imagination à tous les niveaux de commandement et de responsabilité pour se préparer à la prise de décision.

 


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