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Commandement

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AFFIRMEZ-VOUS, REALISEZ-VOUS : DEVENEZ DES CHEFS !

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Par le CBA GIENDAJ

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Depuis plus de 200 ans, la formation des Saint-cyriens, officiers de recrutement direct de l’armée de Terre, s’adapte aux évolutions de la société, aux exigences des opérations et aux besoins de l’institution. Une constante perdure cependant : apprendre à de jeunes Français à devenir soldats mais aussi à s’affirmer comme chefs de guerre, formateurs pédagogues et gestionnaires.

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Les succès de l’armée française lors des vingt dernières années témoignent de sa qualité opérationnelle, technique et technologique, mais également humaine. Ces succès reposent essentiellement sur la qualité de la « formation humaine ». Plus que celui de l’obéissance, l’apprentissage de l’exercice du commandement en est la clef de voûte.
La formation des officiers français repose sur la transmission de l’expérience par les cadres de contact ; elle répond à un double souci d’affirmation personnelle et d’émancipation de l’élève-officier.
Privilégiant l’humain, cette formation dense et pluridisciplinaire permet au jeune étudiant de s’affirmer comme chef militaire en trois ans. L’apprentissage de l’obéissance, mais aussi et surtout du commandement, ont vocation à le préparer progressivement aux engagements futurs auxquels il sera confronté. Enfin, l’accent mis sur la formation humaine lui permet de s’affirmer personnellement en tant qu’homme et en tant que chef, ce dont profite l’entité à la tête de laquelle il est placé.

« Tout se joue dans les commencements ».

Dès son incorporation, le jeune étudiant est transformé en élève-officier. Alors que la bascule peut apparaître brutale, elle se révèle au contraire progressive, adaptée et parfaitement orchestrée. Cette période est essentielle car « tout se joue dans les commencements1 ».
La majorité des recrues provient des classes préparatoires des lycées de la défense. Ces élèves, vivant sous le régime de l’internat, sont rompus aux exigences et aux richesses de la vie en collectivité. Le premier impératif de l’encadrement est de favoriser l’intégration rapide des élèves issus des classes préparatoires civiles, tout particulièrement ceux n’ayant aucune expérience du milieu militaire. L’obéissance aux règles permet de créer un groupe solidaire dont l’identité s’affirme peu à peu. Les tâches quotidiennes (entretien du casernement), l’apprentissage de la contrainte (tenues, horaires ou attitudes) et la rapide responsabilisation des recrues leur rappellent que la discipline est maîtresse de toute bonne organisation. L’institution militaire ne saurait s’en affranchir. Le rôle de l’encadrement de contact, sélectionné en amont pour son expérience et ses qualités pédagogiques, est ici décisif. La diversité des origines de recrutement et de spécialités (infanterie, artillerie, génie ou cavalerie…) permet aux élèves de découvrir les différentes fonctions et compétences de l’institution. L’exemplarité de ces cadres, aux expériences opérationnelles et humaines riches et diverses, est également source d’inspiration pour eux. Tout l’apprentissage du leadership repose ainsi sur la transmission de l’expérience.

Mens sana in corpore sano…

L’élève-officier doit être préparé physiquement à ses futures fonctions. Il doit développer et diversifier ses capacités physiques. Les limites sont ainsi repoussées pour lui permettre de pouvoir faire face aux exigences de sa formation (port de sac à dos, marches, course à pieds, natation, grimper de cordes…). Sa rusticité et sa résilience sont également mises à l’épreuve lors de stages en milieu hostile (aguerrissement en forêt équatoriale et en montagne, ou lors du stage de qualification commando) au cours desquels est testé son comportement en état de fatigue. Les élèves sont également collectivement évalués par leur action au sein du groupe. De fait, les capacités à gérer la complexité et à fédérer une équipe sont sollicitées et naturellement développées. La finalité de la formation étant de préparer les élèves à leurs futures fonctions d’éducateur, ils sont également chargés d’organiser et de conduire des séances, en liaison avec leurs moniteurs. Demain, l’entraînement et le maintien en condition physique de leurs subordonnés seront de leur ressort. L’exemplarité en est un vecteur essentiel.
Le chef militaire ne peut se satisfaire de disposer d’un corps sain. Il a aussi – et probablement surtout – besoin d’un esprit sain. Le but est de donner aux élèves le savoir leur permettant d’analyser des situations complexes, comprendre ce dont ils ont besoin pour décider, faire des choix dans l’adversité – parfois dans l’urgence –, les assumer et les expliquer. Engagés au service de la paix, en mission d’interposition ou confrontés à des catastrophes humanitaires, ils devront pouvoir appréhender les enjeux d’une situation pour assurer la justesse de leurs actes et maîtriser leur force ; ils seront garants de la moralité de leurs subordonnés. L’éthique et la déontologie permettent en effet de différencier le mercenaire du soldat français. Aussi, les élèves reçoivent une formation académique de premier ordre : les scientifiques poursuivent une scolarité d’ingénieur et, comme leurs camarades littéraires ou économistes, reçoivent une formation en droit, en langues étrangères, en relations internationales, en sociologie ou encore en histoire militaire. Tournés vers la connaissance, tous font leur l’adage de Charles De Gaulle pour qui « la véritable école du commandement est (…) la culture générale. Par elle, la pensée est mise à même de s’exercer avec ordre, de discerner dans les choses l’essentiel de l’accessoire. Au fond des victoires d’Alexandre, on retrouve toujours Aristote2 ».
L’élève-officier est un chef en devenir. Il ne saurait donc n’être qu’un exécutant. S’il est par nature dépourvu d’expérience, la formation humaine qu’il reçoit de son encadrement, aussi exigeant que bienveillant, va lui permettre de se préparer à son futur statut de chef.

« La véritable école du commandement est (…) la culture générale ».

Les écoles de Saint-Cyr Coëtquidan ont mis en œuvre en 2009 un « projet éducatif » établissant un fil conducteur de la formation initiale de l’officier français. Celui-ci est en totale adéquation avec le corpus doctrinal de l’armée de Terre, dont le « livre vert » ou Fondements et principes de l’exercice du métier des armes dans l’armée de Terre (1999) définit les attendus du commandement que doivent exercer les cadres de contact. Il permet à l’élève-officier d’apprendre le « savoir être » qui lui permettra de savoir « se situer ». « Se situer » dans son environnement pour s’adapter à ses interlocuteurs et à son auditoire, en tant que chef et en tant que subordonné ; « se situer » dans l’espace pour évaluer les menaces ; « se situer » dans le temps pour temporiser ou insuffler l’élan dans l’action. Ce triptyque lui permettra de devenir chef, c’est-à-dire celui qui décide, qui est responsable et exerce des responsabilités, parfois très lourdes, comme celle de donner la mort.

Savoir se situer : leçon n°1

L’élève-officier doit apprendre à faire des choix, à les défendre avec courage et à les assumer. Il apprend également à prendre des risques, à faire preuve d’initiatives, à décider et à réagir rapidement pour s’adapter à l’imprévu. Il doit être confronté à la difficile solitude du chef. La formation prévoit donc un développement continu de l’autonomie de l’élève. En effet, parfois isolé, loin de ses chefs, il aura à prendre des décisions pour assurer le succès de toutes les missions, des plus petites aux plus importantes. Il lui est ainsi nécessaire de comprendre l’esprit de la mission plus que la lettre. Cette autonomisation se fait en coordination étroite avec le corps enseignant. Son point d’orgue reste l’immersion totale à l’étranger lors du semestre international, en entreprise ou au sein d’une académie militaire. Intervenant en troisième année de formation, ce semestre permet aux élèves de se confronter à plusieurs difficultés : préparation administrative, matérielle, intellectuelle, découverte d’une autre culture et d’autres modes de fonctionnement. Cette richesse acquise permet également à l’élève-officier d’élargir son champ des possibles, de s’ouvrir sur le monde et aux autres.

Discerner dans la complexité, décider dans l’incertitude et agir dans l’adversité !

La formation des élèves-officiers se veut la plus proche possible des réalités du quotidien des troupes engagées en opération ou en mission. Cette formation, renouvelée en permanence, s’articule autour de mises en situation et d’études de cas concrets les plus nombreux possibles. Ainsi, dans le cadre de la « formation au comportement militaire » - ou « formation à l’exercice de l’autorité » -, l’élève-officier appréhendera le temps, l’espace, les hommes et le matériel lors d’exercices tels que l’évacuation d’un blessé d’une zone minée. Il rédigera des emplois du temps dans lesquels il programmera les activités d’instruction et d’entraînement de ses subordonnés de manière équilibrée. En rédigeant des pages de cahier d’ordres, il définira les objectifs individuels et collectifs de ses subordonnés à court, moyen et long termes, répartissant les responsabilités tout en tenant compte des contraintes et impératifs de chacun. Dans le cadre d’un exercice de gestion de crise, il participera à la conception d’un camp de réfugiés, correspondra avec les services de l’Etat, gérera des moyens humains et matériels pour satisfaire besoins et demandes. Au terme de sa formation, l’élève-officier aura ainsi été entraîné aux difficultés futures de son quotidien et pourra discerner dans la complexité, décider dans l’incertitude et agir dans l’adversité3.
Pluridisciplinaire et complet, le processus de la formation initiale permet à l’élève-officier de s’affirmer en tant qu’homme responsable, décideur, instructeur et gestionnaire d’un groupe.

Commander et manager : développer sa capacité à gérer la complexité4

Dès sa sortie d’école, l’élève-officier devenu chef d’une quarantaine de personnes est susceptible d’être engagé en opération, en mission ou tout simplement en manœuvre. Il doit donc avoir été préparé en amont. Il est avant tout formé à exprimer et défendre sa perception et sa compréhension des choses, de la mission et de son environnement. Dans le cadre du « dialogue de commandement », un processus simple et efficace permet aux différents échelons de s’assurer de la bonne compréhension de la mission par tous. En premier lieu, le chef présente la situation, donne ses ordres et répartit ses missions lors de ce qu’il est devenu commun d’appeler le « mission brief ». Le subordonné étudie alors les éléments reçus puis vient présenter à son chef lors du « back brief » ce qu’il a compris et la manière dont il entend exécuter sa mission ainsi que ses éventuelles requêtes ou réserves. Une fois les doutes levés, il déroulera ce même processus vers ses subordonnés. Avant la réalisation de la mission, un rejeu, ou « rehearsal », devant une maquette ou « caisse à sable » permettra à chacun de comprendre le déroulement de la mission et de situer son action personnelle dans la réalisation collective de l’action. Il permet enfin au chef de contrôler la bonne compréhension de la manœuvre par ses subordonnés.

Apprendre à apprendre

Le chef militaire est avant tout un gestionnaire. Gestionnaire de la première et principale arme de l’institution : l’homme. L’élève-officier va ainsi apprendre à composer avec la ressource qui lui sera confiée ; il va apprendre à l’évaluer, la récompenser, la promouvoir et la sanctionner. Il va pour cela devoir s’approprier les règles de gestion, apprendre à déceler les potentiels, corriger les carences et anticiper les rendez-vous professionnels. Il pourra ainsi faire progresser et évoluer dans l’institution militaire ou faciliter la reconversion dans le milieu civil. Il apprend à accueillir les jeunes recrues, parfois en mal de reconnaissance, en échec scolaire, en difficultés financières ou familiales, mais aussi ayant soif de mouvement, d’aventures et parfois, d’autorité. Enfin, l’élève-officier apprend à écouter, à s’intéresser aux autres pour, plus tard, aimer ceux qui lui seront confiés. Il pourra ainsi individualiser et personnaliser toujours plus son commandement. Dès lors, il fera adhérer, obtiendra la confiance et développera la loyauté. Le sentiment d’appartenance à un groupe, voire à une famille, se développera. Cet élément est essentiel pour surmonter l’adversité, notamment lors de missions ou d’évènements douloureux.
Le jeune chef militaire devra créer ce succès. Pour cela, l’élève-officier doit apprendre la pédagogie. Celle-ci reste, pour tous ceux qui ont été confrontés à la difficulté de faire face à un auditoire, l’art d’enseigner, d’éduquer, de transmettre des connaissances ou des valeurs. L’élève-officier va « apprendre à apprendre ». De la qualité de son enseignement, de son comportement et de son commandement résultera la qualité de sa troupe : ses savoir-faire certes, mais aussi son savoir-être, sa stabilité et son bien-être. De cela dépend in fine le succès de la mission. En effet, une troupe instruite, entraînée, éduquée et commandée est une troupe opérationnelle, pouvant accomplir n’importe quelle mission. L’élève-officier apprend ainsi très tôt à déléguer, à responsabiliser pour s’effacer au profit de ses subordonnés, dont il n’oubliera jamais de contrôler le travail et les actes. En développant la subsidiarité, il pourra ainsi exploiter le potentiel de chacun et valoriser l’individu.
L’élève-officier, comme tous les militaires, est un Français comme les autres. Il agit au profit de la société et vit au cœur de la cité. Il ne saurait en être en marge. Ses qualités lui permettent assurément de faire partie d’une élite dont les savoir-faire et les savoir-être sont reconnus au sein de la société civile. Cette dernière n’hésite désormais plus à s’inspirer des méthodes militaires pour former ses cadres au leadership. En effet, les stages organisés par l’entité « Saint-Cyr formation continue » (ou SCYFCO) rencontrent un franc succès. Les décideurs de grandes entreprises et ceux qui en seront demain les cadres viennent se former au management et au leadership aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan. Ils y développent leurs capacités à se dépasser et à gérer les sensibilités d’un groupe dans la difficulté.
La qualité de la formation « à la française » est également reconnue au-delà de nos frontières. Ainsi, à la rentrée 2015, le nouveau Centre International de Formation accueillera à Coëtquidan une vingtaine de cadets venus des pays du Golfe. Ils y suivront la même formation que celle dispensée aux élèves-officiers français, participant ainsi au rayonnement de la France et de ses savoir-faire.
1 in Paul Valéry, La crise de l’esprit, 1919.
2 in Charles De Gaulle, Vers l’armée de métier, 1934.
3 Projet éducatif des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, avril 2009, page 15.
4 in Phillip Kotter, What leaders really do, Harvard business review, décembre 2001. L’auteur y définit également le leadership comme étant la capacité à gérer le changement.

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