Traitement en cours, merci de patienter...
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
 
Saut de ligne
Image
Saut de ligne
Engagement opérationnel

Saut de ligne

Affronter les insurrections modernes, beaucoup de permanences et quelques innovations…

Image

Par le CBA Bayada

Image

Ou comment, malgré les évolutions technologiques et les effets de mode, la lutte contre les insurrections fait toujours appel aux mêmes savoir-faire militaires : acquérir et exploiter un renseignement indispensable, vaincre un ennemi dangereux sur son propre champ de bataille, intégrer les forces locales à cet affrontement, et faire connaitre les succès d’un engagement légitime…

Image
Image
Les insurrections modernes, rupture dans l’art de la guerre ?
La guérilla, l'insurrection, sont aussi vieilles que la guerre. Les grands conflits mondiaux et la préparation d’une confrontation avec les forces du Pacte de Varsovie les avait reléguées au second plan. Après la chute du mur de Berlin, les engagements occidentaux contre de tels mouvements se sont multipliés, créant une certaine effervescence intellectuelle dans certains cercles militaires y percevant un nouveau type de conflits. Mogadiscio, Uzbeen, Falloujah, les montagnes afghanes, sont cependant autant de douloureux et sanglants combats qui rappellent à leur échelle d’autres batailles. Ils jalonnent la redécouverte des leçons trop vite délaissées des conflits passés: qualités guerrières individuelles, combat tactique interarmes et interarmées de haute intensité, formation de forces locales, utilisation du renseignement et de forces spécialisées pour cibler les réseaux...
Les insurrections sont fondamentalement caractérisées par la conjugaison d'une opposition politique radicale et d'un rapport de force militaire inégal. En conséquence leur dimension est essentiellement plus politique que guerrière. Plus que des systèmes militaires, ce sont bien des visions antagonistes du monde qui s'affrontent. Elles marquent leur opposition à travers leur rapport à la mort, à la société et à la guerre, rapports souvent très éloignés, voire incompréhensibles, entre des adversaires pourtant désormais immergés dans un même monde connecté. Car au-delà des permanences, les insurrections modernes se situent dans un environnement marqué par la révolution des technologies de l'information. Les conflits locaux tendent ainsi à s'inscrire de plus en plus dans une perspective mondiale. Cette évolution a bénéficié tout particulièrement aux  mouvements insurrectionnels qui peuvent désormais communiquer relativement aisément entre groupes et mettre en place de véritables processus de retour d'expérience. La dissémination de technologies modernes comme les moyens de transmissions et les moyens de vision nocturne ne cesse de s’accroître. Surtout, dans un monde connecté l'information devient difficile sinon impossible à contrôler, et échappe du fait d'internet à ses vecteurs classiques que sont les médias. La visibilité de l'insurrection prend une ampleur sans commune mesure avec ce qu'elle pouvait être autrefois. C'est tout particulièrement le cas lorsqu'elle s'oppose à des sociétés occidentales s’inscrivant dans l’instantané et l’émotion.
De leur côté les forces armées ont elles aussi, quoique dans une moindre mesure, bénéficié des progrès technologiques en développant principalement des capacités de commandement évoluées, une faculté à s’affranchir des contraintes de la nuit, et en intégrant à leur arsenal les drones[i]. En revanche, et en dépit d'une capacité de cyberguerre[ii] en développement constant, la sphère médiatique favorise toujours plus des insurgés qui peuvent se contenter de ne pas perdre. Il leur faut user un adversaire fondamentalement différent en s’inscrivant dans le temps long, en usant de moyens peu coûteux, en acceptant par avance de durs sacrifices, autant d'oppositions marquées avec les sociétés occidentales.
L'acceptation doctrinale de ce type de conflit par les forces armées des États-Unis d'Amérique en 2006[iii], après des années de refus intellectuel, s’est concrétisée par un manuel de contre-insurrection, le Field Manual 3-24. Il prône une approche globale visant à priver l'insurrection de sa base locale, la population, résumée dans la formule « gagner les cœurs et les esprits », et a été largement repris par les autres forces occidentales. Toutefois, la pratique s’est révélée plus problématique que la théorie. En l’occurrence et en dépit d’une volonté affichée, les États-Unis se sont avérés incapables de déployer les effectifs militaires et civils nécessaires à la mise en œuvre de cette doctrine dans des zones de grande insécurité. De plus, ils ont dû constater la difficulté à révolutionner de l'extérieur, ou même réformer, une société peu perméable à la modernité. Ainsi, et malgré leur technologie, les forces occidentales n'ont pour l'heure guère eu plus de succès que les conscrits soviétiques au pays de l'insolence. Si cette théorie de la contre-insurrection[iv] n'a pu être validée faute de pouvoir être réellement mise en œuvre[v], en revanche la nécessité de pouvoir assurer une sécurité concrète des populations s’est confirmée comme un préalable indispensable à toute crédibilité vis-à-vis des populations[vi].

Au feu, rien de nouveau… ou presque !
D'un point de vue tactique, les récents conflits de ce type menés par des forces occidentales ont donc renoué de façon très pragmatique avec des constats parfois délaissés.
L'adversaire affronté aujourd'hui s'inscrit dans la continuité historique. Il utilise sa connaissance du milieu géographique et humain pour choisir où et quand frapper les cibles les plus vulnérables. Plus encore peut-être que dans le passé, il peut désormais disposer d’unités très professionnelles, aguerries et équipées selon les standards des unités militaires régulières. Le meilleur exemple en est bien évidemment le Hezbollah libanais, mais de plus en plus de mouvements mettent en place des forces d'élite bien équipées et entraînées. Dans cette même tendance, le développement d'un noyau de combattants djihadistes internationaux expérimentés a fait la preuve de son efficacité au combat, en Syrie notamment. Si les kalachnikovs et autres lance-roquettes RPG7 n’ont rien perdu de leur efficacité, missiles antichars de dernière génération, lunettes de vision nocturne et radios chiffrées se retrouvent de plus en plus souvent dans les mains de ces combattants, décidément bien loin de l’image traditionnelle du guérillero. Et quand ce n’est pas le cas, leur légèreté alliée à leur connaissance du terrain, géographique et humain, leur confère une mobilité hors de portée des soldats occidentaux porteurs de protections balistiques devenues incontournables[vii] et évoluant dans un milieu étranger voire hostile. Luttant pour une cause érigée en absolu et issus de sociétés où la mort au combat est souvent un aboutissement, certains insurgés allient qualités techniques et motivation extrême. Et cette dernière peut difficilement être égalée par des soldats occidentaux élevés dans le refus du risque et engagés pour quelques mois dans des missions aux objectifs et enjeux souvent peu lisibles. Les combats qui ont opposé parachutistes israéliens, unité réputée pour sa combativité pourtant, et soldats professionnels du Hezbollah l'ont douloureusement mis en lumière. L’efficacité des actions utilisant des combattants suicides est également régulièrement démontrée, avec un impact autant moral et psychologique que militaire[viii]. A l'encontre de ces troupes aguerries et souvent bien équipées, le combat interarmes et interarmées seul peut laisser envisager une victoire qui soit acceptable. Car l’impact politique de pertes nombreuses peut être dévastateur, et les forces occidentales ne disposent par ailleurs que de bien peu de soldats et d’équipements toujours plus rares et couteux. Artillerie, hélicoptères, blindés, appuis aériens sont en conséquence tout aussi nécessaires que dans un affrontement dit classique. La notion de conflit de basse intensité a disparu dans les villes d'Irak et les montagnes afghanes. Partout les adversaires tendent à se durcir, et le temps où la vue de quelques véhicules arborant le drapeau français suffisait à dissuader les groupes armés de poursuivre leur action est bien révolu. La fin de la menace des divisions blindées soviétiques devait entrainer le remplacement des blindés lourds par des véhicules numérisés légers capables de détruire avant même d’être observés grâce à un réseau supposée omniscient et à une boucle observation destruction toujours plus rapide[ix]. La chevauchée afghane des forces spéciales et de l’aviation en 2001 aux cotés de l’Alliance du Nord devait elle aussi signer la fin des artilleurs et de leurs canons. Las, le blindage comme le canon, entre autres, ont rapidement fait la preuve de leur nécessité, en particulier pour briser les bastions ennemis à la forte charge symbolique comme le fut Falloujah[x]. Les combats en Syrie le démontrent chaque jour, après ceux d’Irak et d’Afghanistan, et le marché des chars lourds se porte bien.
Le Mali a constitué une démonstration de cette nécessaire complémentarité des effets. Dans une « campagne école », l’artillerie et les hélicoptères ont succédé à l’aviation pour ouvrir la voie aux fantassins appuyés des sapeurs et cavaliers blindés. Cette maîtrise a été notamment réapprise pour une bonne part en Afghanistan, après avoir été oubliée au profit de grandioses rêveries technologiques, de guerres « zéro morts » ou de l’interposition[xi] dans les années qui suivirent la chute de l’Union Soviétique. Bien peu de chefs imaginaient alors possible de perdre une section d’infanterie en quelques heures et chaque arme ou armée avait tendance à envisager sa guerre propre sans intégrer les autres spécialités. Les milieux concernés ont encore en mémoire certaines réticences lors du passage de la brigade parachutiste sous blindage, qui allait tuer l’esprit « para », ou les interrogations sur la pertinence de déployer les tout nouveaux hélicoptères de combat Tigre en Afghanistan. Ceux-ci s’y sont montré l’un de nos plus précieux atouts et un ennemi redouté des insurgés. De même, armes d’appui, tireurs d’élite, éléments médicaux, contrôleurs aériens et mortiers se sont-ils multipliés au sein des forces déployées au sol, où la rusticité physique et morale redevient aussi une qualité indispensable. Au final ce sont les mêmes enseignements qui avaient été tirés il y a quelques décennies, avant d’être oubliés. Encore faut-il savoir ne pas spécialiser à l’excès nos forces sur un modèle de conflit spécifique, au prix d’y consentir une efficacité opérationnelle peut-être moindre. L’armée britannique a ainsi remarquablement dimensionné son outil pour le théâtre afghan. Alors que celui-ci arrive à son terme, elle constate les pertes capacitaires qui en ont résulté.


Les drones, emblème très médiatiques de la guerre au terrorisme, mais renseignement, forces spéciales et coopérations, surtout…

Le grand absent de la campagne malienne du côté français aura été, comme en Afghanistan, le drone de moyenne altitude et de longue endurance (MALE) doté d’équipements modernes, symbolisant la guerre contre le terrorisme. Ce nouvel outil se révèle extraordinairement précieux dans la lutte contre des ennemis dépourvus de moyens antiaériens. Il permet une présence quasi-permanente pour surveiller une zone voire frapper, faisant peser par là même une réelle pression sur les insurgés toujours susceptibles d’être observés et peut-être détruits. Rien d’une arme miracle cependant, car le drone ne voit pas tout, l’adversaire apprenant à le connaitre et à s’en protéger. Il peut ainsi générer une perception erronée de la situation tactique, voire, dans le pire des cas, être piraté. Un scénario encore peu probable aujourd’hui mais qui ne saurait être exclu[xii]. Cependant, le drone est un auxiliaire précieux pour la conduite d’actions ciblées contre les hommes clefs des réseaux. A l’image des intercepteurs radios allemands en France occupée durant la seconde guerre mondiale, les drones donnent une nouvelle dimension à l’identification, au suivi et à la neutralisation de chefs. Que ce soit par leurs moyens propres, en permettant l’action d’autres aéronefs ou le raid de commandos, ces drones tiennent un rôle clef dans la désorganisation des réseaux ennemis. Car frapper des exécutants dont le réservoir de recrues potentielles est vaste a peu d’effet sur l’efficacité de l’insurrection, et peut même encourager les vocations de combattant de la cause ou de martyr. En revanche, les logisticiens, les organisateurs et ceux qui apportent l’expertise technique (explosifs, armements antiaériens ou antichars modernes par exemple) sont rares et précieux. Ce sont eux qui amplifient le retentissement des actions tactiques en leur donnant une portée stratégique par leur efficacité militaire (attaque complexes combinant véhicules suicides et combattants, ou encore destruction d’engins symboliques des armées modernes) ou leur coordination. Pour venir à bout de ces réseaux qui, à l’instar de la criminalité organisée, évoluent et s’adaptent sans cesse, c’est un colossal, long et fastidieux travail de renseignement qui est nécessaire. Son efficacité est directement fonction de la collaboration de l’ensemble des services, depuis la police et les finances jusqu’aux renseignements militaires et aux services spéciaux. Le but est de fournir aux forces spéciales les éléments leur permettant de choisir et de mettre en œuvre le mode d’action le plus approprié pour neutraliser les acteurs clefs de l’insurrection, a minima forcer ceux-ci à se concentrer sur leur propre survie plus que sur le développement et la conduite de leurs actions. Bien renseignées les forces spéciales sont alors potentiellement capables d’agir partout et n’importe quand de façon ciblée tout en minimisant le risque de pertes civiles devenues intolérables. La capture d’un responsable est en effet autrement plus intéressante que sa mort : les documents saisis sur la cible, son interrogatoire, doivent permettre de relancer au plus vite la force sur ses associés pour parvenir à neutraliser la structure ennemie à défaut de pouvoir en détruire tous les membres. Les éléments survivants, privés de directives et de spécialistes, en sont alors réduits à conduire des actions peu efficaces et désordonnées, redonnant l’initiative aux autorités politiques et militaires locales.

Une guerre qui doit nécessairement devenir locale
   Ce travail délicat et de patience pourrait entretemps abandonner le terrain aux insurgés, d’autant que ceux-ci perfectionnent sans cesse leur protection contre cette menace connue. C’est pourquoi, au-delà d’une opposition entre contre-insurrection et contre-terrorisme qui a été en partie instrumentalisée pour des motifs institutionnels[xiii], l’insurrection doit être aussi combattue au quotidien, contrainte à réagir et à se dévoiler, tout particulièrement là où la population se concentre, et cela aussi longtemps que nécessaire. C’est l’exemple schématique de la guerre d’Algérie qui voit les troupes de secteur permettre l’action efficace des forces de réserve générale. Cette nécessité est consommatrice en effectifs[xiv], bien trop pour des armées occidentales devenues échantillonaires. Une limitation qui s’ajoute à l’usure rapide du soutien des opinions occidentales aux opérations extérieures et à leur coût financier[xv]. C’est donc aux forces locales d’assurer ce rôle. Encore faut-il qu’elles en soient capables, ce qui est rarement le cas dans les Etats défaillants ou faillis qui sont le terreau le plus courant des insurrections. A ces nécessités matérielles s’ajoutent des aspects juridiques et culturels. Les soldats et policiers locaux sont légitimement et légalement fondés[xvi] à agir sur leur territoire, partagent la langue et la culture de la population, et sont donc plus à même de contrecarrer des adversaires cherchant à se fondre dans celle-ci. Pour peu qu’ils ne soient pas eux-mêmes l’instrument d’une division ethnique ou religieuse du pays… Leur engagement à nos côtés puis à notre suite apparait aujourd’hui pour toutes ces raisons une priorité incontournable. Cela implique souvent de créer de toute pièce ou presque ces forces. Il faut obtenir l’accord et le soutien du pouvoir politique, recruter, équiper et entrainer ces unités puis les appuyer et les soutenir. Une tâche là aussi longue et fastidieuse, souvent décevante, et coûteuse en hommes et en moyens. Un engagement d’autant plus difficile qu’il exige d’accepter une moindre efficacité temporaire au profit de l’expérience acquise par ces soldats. L’équilibre entre ces deux aspects est délicat, et souvent frustrant pour le soldat occidental. Après une prise en compte sûrement bien tardive, le retrait accéléré de la coalition d’Afghanistan met en lumière cet indispensable aspect de la lutte anti insurrectionnelle. Les forces spéciales afghanes, en dépit d’une montée en puissance récente, témoignent d’un niveau opérationnel souvent remarquable, tout comme un certain nombre d’autres unités. Les meilleurs résultats ont été obtenus par les britanniques qui se sont d’emblée placés dans une telle perspective en s’inscrivant dans le temps long. Le choix et la formation des chefs s’avèrent en ce domaine décisif pour insuffler à la troupe agressivité et motivation, tout en gagnant la confiance du pouvoir. Un problème loin d’être simple à résoudre dans des contrées où les réseaux l’emportent souvent sur la compétence et les résultats. Le poids du politique, seul à même de permettre une telle démarche, est à ce titre incontournable. D’autant plus que ces soldats locaux ne tireront leur motivation et donc leur efficacité que de leur sincère acceptation d’un projet politique qui mérite leur sacrifice. Tout comme les populations occidentales doivent être en permanence convaincues de la légitimité de l’action menée en leur nom par une constante bataille de l’information à tous les niveaux.

Une guerre à faire reconnaitre comme juste, légitime et victorieuse
La dimension médiatique des conflits était déjà incontournable[xvii], la société de l’information l’a rendu déterminante. Aucun Etat, et tout particulièrement les Etats occidentaux, ne peut plus mener une action désapprouvée par son opinion et la communauté internationale. Celles-ci se montrent très sensibles à des images porteuses d’émotions. Or aujourd’hui les moyens de filmer et diffuser des images sont à la portée de tous. Difficilement vérifiables, ces images peuvent aussi se prêter à toutes les manipulations, voire être créées de toutes pièces. Quoi qu’il en soit, leur impact peut être décisif auprès d’une opinion publique prête à soutenir un conflit légitime sur la voie du succès, mais qui rejettera ce qu’elle percevra comme un enlisement ou une faute morale. Les déconvenues israéliennes[xviii] en ce domaine sont d’autant plus éclairantes que cette Nation est particulièrement « résiliente » dans son soutien à son armée, tout en disposant de soutiens internationaux puissants. Les forces armées doivent aujourd’hui intégrer cette dimension par une capacité de communication en quasi temps réel sur l’ensemble du spectre médiatique, incluant les réseaux sociaux et internet, ainsi que par une capacité à neutraliser la communication adverse. Cela implique d’être capable de satisfaire la demande permanente des médias par des images et informations confortant notre légitimité et notre efficacité, tout en conservant une indispensable crédibilité. Car l’histoire montre qu’aucun succès purement militaire ne saurait être décisif sans le soutien de l’opinion publique. Cela nécessite aussi, surtout, que le politique fixe des objectifs clairement définis et présentés, qui seront le fondement de la légitimité mais aussi de la mesure du succès de nos actions dans l’opinion publique.


Une victoire toujours politique uniquement permise par une action multiforme
Quel que soit l’angle choisi, cette primauté du politique si souvent énoncée est donc bien la pierre angulaire de toute lutte contre une insurrection. Elle orientera et définira l’ensemble de ses aspects. Pour autant, il est aisé de constater que les armées occidentales peuvent tirer un certain nombre de leçons de leurs récentes expériences. Les évolutions majeures en sont vraisemblablement la place croissante de la communication opérationnelle, ainsi que le rôle central dévolu au contre-terrorisme en tant qu’entité associant une synergie renseignement la plus large possible et la capacité d’adaptation dans l’action des forces spéciales. Cette combinaison visant à briser la structure des réseaux insurgés ne saurait cependant rendre obsolète l’action dans la durée des forces conventionnelles. Celles-ci doivent être capables de vaincre avec des pertes le plus légères possible un adversaire intelligent, efficace et déterminé lorsqu’il accepte le combat, dans les conditions qu’il choisira toujours éminemment favorables pour lui. Enfin il est incontournable de former des unités locales solides et motivées capables  d’appuyer puis de mener toutes ces actions, en toute légitimité. Dans cette confrontation de volontés, il n’y a finalement guère de leçon qui s’avère révolutionnaire…




[i] Les drones regroupent divers aéronefs pilotés à distance depuis le sol aux caractéristiques et capacités très variables. Les plus importants, HALE pour haute altitude et longue endurance, peuvent voler plusieurs jours à plus de 15000 mètres. Ils emportent des capteurs leur permettant d’acquérir du renseignement et parfois des armements.
[ii] Mise en œuvre durant les conflits armés mais aussi en temps de paix.
[iii] Jusqu’alors ces conflits non conventionnels étaient en théorie dévolus aux forces spéciales, et significativement dénommés Operations Other Than War…
[iv] Couramment évoquée sous son acronyme COIN pour COunter INsurgency.
[v] La validité de cette théorie de la COIN a été contestée par plusieurs militaires et analystes. L’un des plus fameux, le colonel (US) Gentile l’analyse comme une réécriture visant avant tout à s’inscrire dans un objectif institutionnel de communication et basée sur une étude peu rigoureuse d’expériences françaises et britanniques. Voir aussi sous la direction de Georges-Henri Bricet des Vallons, « Faut-il brûler la contre-insurrection ? ». Le succès colombien montre cependant l’intérêt de cette approche globale militaire, économique et sociale inscrite dans le temps long, mais en l’occurrence intérieure au pays considéré, sans intervention étrangère.
[vi] Dans « l’armée australienne dans la guerre du Vietnam, quels enseignements pour la contre-insurrection moderne ? »,  Antonin Tisseron analyse que « Les villageois […] soutiennent ceux qui peuvent leur apporter la stabilité, la paix et une protection contre l’autre camp. »
[vii] Même si la doctrine professe un choix en fonction des circonstances tactiques entre protection et mobilité, la réalité voit généralement la diffusion d’ordres de port systématique, même dans des conditions très difficiles.
[viii] Plusieurs succès des insurgés afghans ou syriens notamment sont dus à l’utilisation de véhicules suicides pour ouvrir la voie aux combattants à travers des positions défensives solides. Cette menace difficile à contrer est particulièrement anxiogène.
[ix] Le programme américain du Futur Combat System qui devait succéder à la Legacy Force (force héritée) a été la meilleure illustration de cette vision.
[x] En 2004 les insurgés irakiens se sont emparés de cette ville de près de 300 000 habitants qui ne sera reprise qu’après un siège et un assaut méthodique des forces américaines. Ce symbole des difficultés américaines en Irak a été à nouveau saisi par les djihadistes en 2014 avec une évidente force suggestive…
[xi] La tenue de check points figurait alors en très bonne place des programmes de formation des militaires occidentaux.
[xii] L’Iran a annoncé avoir détourné un drone américain en 2011 et un autre en 2012, et les russes ont dit avoir fait de même en Crimée cette année. Plusieurs groupes afghans ou irakiens ont par ailleurs piraté les vidéos transmises par des drones américains.
[xiii] Schématiquement, forces spéciales et forces aériennes prônent souvent une approche contre terroriste qui visent les acteurs clefs des réseaux alors que l’armée de terre revendique une approche contre-insurrectionnelle assurant la sécurité par la victoire sur les groupes armés, cela pour des raisons de vision opérationnelle évidentes, mais aussi de choix budgétaires afférents à ces visions.
[xiv] «L'histoire nous prouve que lorsque les troupes engagées représentent moins de 5% de la population concernée par le conflit, on n'y arrive pas», expliquait le général Vincent Desportes, ancien directeur de l'École de guerre. A titre de comparaisons ces ratios ont été de 22 et 23 pour 1000 en Bosnie et au Kosovo, et de 6 en Irak en 2006. Le conflit nord-irlandais a nécessité l’engagement d’un dixième des forces terrestres britanniques, soit 15000 hommes, durant plus de trente ans au prix de plus de 750 tués.
[xv] Les Etats-Unis auront déboursé 120 milliards de dollars pour l’engagement de leurs 90 000 hommes en Afghanistan en 2011. Et Oussama Ben Laden recherchait l’affaiblissement financier des Etats-Unis d’Amérique en les entrainant dans une guerre longue et couteuse sans espoir de victoire.
[xvi] « Il ne peut y avoir de sécurité que grâce à des forces de sécurité, et celles-ci ne peuvent être efficaces que si elles sont reconnues comme légitimes, et donc adossées à une administration et un système judiciaire eux-mêmes légitimes. » résumait le colonel Goya.
[xvii] Le Bulletin de la Grande Armée comme les écrits de Jules César en sont des exemples éloquents.
[xviii] Notamment lors de l’opération « Plomb durci »  dans la bande de Gaza ou lors de l’assaut sur le « Mavi Marmara » en 2010.
Image

Image