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Histoire et Stratégies

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Aix la chapelle 1944 : premiers contacts des Américains avec la réalité du combat en zone urbaine

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Par DESTIA

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La bataille d'Aix-la-Chapelle dura six semaines, du 16 septembre au 21 octobre 1944. Premier combat en zone urbaine majeur conduit par l’armée américaine depuis le débarquement en Normandie, il s’avère, sous de multiples aspects, riche en enseignements. D’ailleurs, suite à cette expérience, les forces armées américaines adapteront leurs structures de niveau bataillonnaire pour mieux intégrer la dimension urbaine aux futurs engagements qu’elles ne manqueraient pas de conduire dans le cadre de leur avance sur le territoire du 3ème Reich.

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1. AU CŒUR DE LA BATAILLE.

11. Situation générale.

Depuis  le  mois  d’août  1944,  les  forces alliées avaient réussi à se dégager des bocages normands pour conduire, en prolongement de l’opération Cobra, une manoeuvre en direction du nord-Est de la France, avec pour premier objectif la saisie de la Ruhr, considérée à juste titre comme le poumon économique de l’Allemagne : au nord, le 21ème groupe d’armées (GA) britannique, sous le commandement du maréchal Montgomery, s’engageait en direction du nord par la Belgique, profitant des possibilités portuaires offertes et la proximité de sa base arrière tandis que le
12ème corps d’armée du général Bradley prévoyait de traverser la France via la Lorraine pour atteindre directement l’Allemagne. Ainsi, le général Eisenhower s’était engagé sur deux directions, sachant que l’axe le plus direct, passant par Aix-la chapelle, était initialement dévolu aux Britanniques.
Du  fait  des  difficultés  rencontrées  par  le
21ème (UK) GA à suivre le rythme rapide du
12ème (US) GA, fut décidée une modification des zones de responsabilité de ces deux unités et la prise en compte du corridor d’Aix par une unité du 12ème GA, à savoir la 1ère armée américaine du général Courtney H. Hodges

12. Situation particulière.

A l’aune des nouvelles directives confiées au 12ème  groupe d’armées, les Américains avaient prévu de rompre les lignes de défense allemandes pour prendre Cologne et s'emparer ainsi d’un point de passage sur le Rhin. Cette manœuvre passait de fait par Aix la chapelle.
Cette ville revêtait un caractère tout particulier aux yeux d’Adolf Hitler : d’une part, il s’agit d’une clef pour ouvrir l’accès au cœur industriel de l’Allemagne ; d’autre part, elle serait la première ville allemande attaquée au sol par les forces alliées. Enfin, Aix avait été la capitale de Charlemagne et de l’empire romain germanique de 813 à 1531. A ces titres, le Reich considérait
 
cette  ville  comme  un  symbole  et  un  effort  serait  réalisé  pour  rendre  sa  conquête  si  non impossible, du moins extrêmement difficile.

La bataille d'Aix-la-Chapelle commença le 12 septembre. A cette date, le VII Corps américain du général COLLINS, appartenant à la 1ère armée, commença une pénétration du Westwall au sud de la ville dans l'espoir de percer rapidement à travers la plaine de Cologne et au-delà. Au 15 septembre, des éléments des 1ère DI et 3ème DB avaient achevé la pénétration, mais la progression était lente et les pertes conséquentes.

Aix-la-Chapelle ne constituait pas, à ce moment, un objectif majeur. En effet, l’armée allemande, en cours de reconstitution, d’après les renseignements, semblait vouloir s’installer en défense ferme sur une ligne fortifiée, le Westwall1. Aix-la-Chapelle constituait elle-même une part du dispositif puisque les hauteurs est notamment avaient été fortifiées. En revanche, , aucun
travail de fortifications ou de contre mobilité sérieux n’avait été réalisé dans la ville elle- même.
Initialement, il n’était pas question pour les troupes américaines de s’engager dans un combat en zone urbaine dans la ville. En effet, l’objectif étant clairement la ville de Cologne, il fut décidé que cette ville serait contournée. Or, les fortifications du Westwall furent plus difficiles à   franchir  qu’estimé  initialement.  En  outre,  le  soutien  logistique  de  la  première  armée commençait à se tendre dangereusement. De plus, le temps pluvieux ne permettait plus un soutien aérien permanent. Enfin, le  dispositif allemand dans  la  ville s’était intensifié et,  à compter du 17 septembre, les troupes du troisième Reich disposaient des capacités pour mener, à partir de l’espace urbain, des contre-attaques gênantes quoique limitées.

L’offensive américaine devant marquer une pose afin de sécuriser la zone arrière, il fut décidé, en dépit des difficultés déjà rencontrées dans la réduction des moyen défensifs installés sur les hauteurs, de conquérir la ville.

13. Les forces en présence.

Les forces allemandes.

Heureusement pour les Américains, la défense du centre-ville d'Aix la chapelle n’était pas une priorité pour les Allemands, qui se sentaient plus concernés par l'élimination des percées américaines dans le Westwall au nord et au sud de la ville. La garnison d'Aix la chapelle proprement dite consistait avant tout en la 246 Volksgrenadier Division, amputée de 4 de ses 7 bataillons d'infanterie. Les Volksgrenadier Division, qui apparurent pour la première fois dans l'ordre de bataille allemand à l'automne 1944, étaient des divisions hâtivement constituées, pour la plupart avec des survivants d'unités brisées dans diverses batailles. Ces unités n'avaient pas une dotation standard complète en artillerie, mais étaient abondamment pourvues à titre de compensation en armes automatiques et antichars.
Le commandant de la 246ème  V.G. division était le colonel Gerhard Wilck. Ce dernier avait également sous ses ordres deux bataillons de forteresse (troupes statiques formées avec du personnel de seconde ligne), quelques éléments de personnels au sol de la Luftwaffe et 125 policiers locaux. Pour appuyer son infanterie, Wilck disposait aussi de 5 Panzer IV armés d'un canon à haute vélocité de 75 mm et de 32 pièces d'artillerie de calibres compris entre 75 et 150 mm. L'arme la plus dangereuse dans l'arsenal de Wilck était sans doute le Panzerfaust, une arme antichar sans recul délivrant un obus à charge creuse capable de percer 20cm de blindage. Le principal défaut du Panzerfaust était sa faible portée - 30 à 80m – mais, dans un combat urbain rapproché, il pouvait se révéler extrêmemnt efficace.

1 Cette ligne était constitué d’environ 3000 postes de combat, bunkers et abris divers couvrant la frontière ouest de l’Allemagne et avait constitué, depuis 1936,une réponse à la menace que faisait peser l’armée française.
 
Wilck prit le commandement à Aix la chapelle le 12 octobre, un jour seulement avant l'assaut sur la ville. Il établit son QG dans le luxueux hôtel Quellenhof, situé au nord de la ville. La position de Wilck n'était pas très enviable : Hitler lui avait ordonné de défendre Aix la chapelle jusqu'à la dernière extrémité. Ses forces groupaient seulement 5000 hommes, de qualité inégale, si l'on excepte les renforts pouvant arriver au cours de la bataille.
Conscient que sa survie résidait dans le maintien d’une capacité à être renforcé depuis le Sud de Cologne, le colonel Wilck donc effort sur la partie nord de la ville au détriment du centre historique.

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Les forces américaines.
L'unité chargée de cette opération était une des plus expérimentées de toute l'armée américaine : Le 26ème régiment d'infanterie (RI) de la 1ère division d'infanterie (DI)2, commandé par le colonel John F.R. Seitz, était au front depuis le débarquement en Afrique du Nord du 8 novembre 1942. Deux des trois bataillons du régiment étaient
disponibles pour la réduction d'Aix la chapelle : le 2ème bataillon commandé par le lieutenant- colonel Derrill M. Daniel (2/26), et le 3ème bataillon du lieutenant-colonel John D. Torley (3/26).

Rapport de force initial.

Bien qu'il ne le sache pas, Wilck surclassait les Américains en nombre dans un rapport de 3 à  4 contre 1. De plus, les deux bataillons du 26ème  RI chargés de réduire la ville d'Aix la chapelle n'avaient aucune expérience du combat urbain.
La doctrine officielle américaine n'offrait aucune référence sérieuse pour le combat en zone urbaine dans les grandes agglomérations. Ceux-ci ne traitaient que des petites localités et villages et recommandaient d'ailleurs d'éviter les villes, au pire de les envelopper, en aucun cas de mener une attaque frontale.

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Les manuels évoquaient des procédures méthodiques et intensives d'appui-feu, la décentralisation  des  actions  avec un   réalignement régulier le long des grands axes, le recours indispensable aux structures interarmes. Le problème résidait dans le fait que les troupes américaines n'avaient pas reçu la
 
formation adéquate.

14. Description du terrain.
 
Mouvements du 2/26 RI vers le centre ville
 

A l'époque, Aix-la-Chapelle était constituée de trois espaces urbains différents : le cœur de la vieille ville historique est articulé autour de bâtiments extrêmement resserrés entrecoupés des rues étroites et irrégulières. Au nord, l'espace, dominé par les hauteurs du Lousberg, était beaucoup plus ouvert, avec de larges rues, des espaces verts et des constructions modernes, le plus souvent des hôtels et des stations thermales. Enfin, des zones pavillonnaires et quelques espaces industriels (usines) enserraient la ville3.




2 La fameuse « big red one ».
3 La configuration de la ville n'a pas changé, en dépit des destructions résultant des combats. Une carte actuelle sera donc utilisée sans que les enseignements tactiques n'en soient modifiés.

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Configuration générale de la ville.

Il est à noter que lorsque les troupes américaines arrivèrent devant la ville d'Aix-la-Chapelle, en dépit de bombardements aériens réguliers, 20 000 civils4 étaient encore bloqués dans la localité.

15. De la conquête de la ville.

Idée de manœuvre générale.

Lorsque la 1ère  armée américaine reprit sa progression vers le nord-est, la première tâche à réaliser fut d'encercler Aix. Le 2 octobre, le XIXème Corps lança un assaut délibéré sur le Westwall  au  nord  de  la  ville.  26  bataillons  d'artillerie  et  432  appareils  d'appui  tactique pilonnèrent les positions allemandes, à la suite de quoi la 30ème  DI attaqua vers l'Est. Ni les préparations  d'artillerie  ou  celle  aérienne  n'eurent  d'impact  sur  les  constructions  du
Westwall, et l'infanterie, tronçonnée en petites équipes, dut donc réduire un par un les bunkers à la grenade, à la charge explosive et au lance-flammes. Au 6 octobre, la 30ème DI avait investi le Westwall et obliqué vers le sud, avec la 2ème DB faisant face à l'Est pour couvrir son flanc. Des contre-attaques allemandes violentes commencèrent le 4 octobre, sans réussite.
Le 7 octobre, la 1ère armée ordonna à la 1ère DI d'attaquer au Nord en direction de la 30ème
DI, formant ainsi la mâchoire sud de la tenaille. Le 18ème RI, qui mena l'assaut, assaillit latéralement le Westwall à travers un terrain industriel et suburbain. Sa mission était s'emparer de trois collines qui se succédaient sur sa route, ce qui fut réalisé les 8 et 9 octobre. Après un nettoyage des positions ennemies, le 18ème  RI se retrancha et attendit l'arrivée de la 30ème DI venant du nord.













4 Contre 160 000 avant-guerre.

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Idée de manœuvre générale.

L'espace entre la 1ère et la 30ème DI était large de moins de 2 km. Pourtant, des renforts allemands continuaient d'affluer : Aix commença à recevoir des troupes du 1er corps blindé SS avec notamment des éléments de la 3ème division de Panzergrenadier et la 116 division blindée. Le général Friedrich J. Koechling, commandant le LXXXI corps, responsable de la ville, ne réussit néanmoins pas à mener des contre attaques concentrées.
La 1ère  armée décida de conquérir la ville alors même que la jonction entre les deux DI
n'était pas effective : en effet, elle souhaitait saisir cette localité pour garantir la sûreté de ses
lignes arrières avant de relancer son action vers Cologne.

Prise en compte de la mission

La mission de conquête de la ville fut dévolue à la 1ère DI (mâchoire droite de la tenaille).

Partant du principe que les défenses allemandes d'Aix la chapelle seraient orientées face au sud, où les Américains étaient en position depuis plus d'un mois, le commandant de la 1ère DI, le Major General Clarence R. Huebner, décida de faire attaquer le 26ème RI sur un axe est-ouest.

Le colonel Seitz assigna au 2/26 et, à sa droite, au 3/26, cette mission. Son intention était de réduire toute résistance par une action coordonnée, orientée Est - Ouest, et couvrant l'ensemble de la partie de la ville située au nord de la voie ferrée

Le 2/26 reçut donc la mission de s'emparer de la partie historique de la ville. L'unité fut reconfigurée pour  intégrer la  dimension interames jusqu'au plus  bas  niveau :  ainsi  chaque compagnie d'infanterie se vit attribuer une section de chars Sherman ou M10 destroyer, blindés assez « courts » pour manœuvrer en centre ville, des canons antichar de 57 mm, des mitrailleuses et des lance flammes.
La zone à conquérir fut répartie entre compagnies en s'appuyant sur les axes pénétrants. Chaque bâtiment fut numéroté, et ce afin de renforcer le suivi des actions conduites. Les mesures de coordinations furent étudiées minutieusement. Les actions offensives s'arrêtaient à la tombée de la nuit pour reprendre à l'aube.
 
La logistique allait, de toute évidence, poser des problèmes au bataillon engagé en combat en localité : un dépôt mobile de ravitaillement en munitions, progressant au rythme des unités, fut monté afin de soutenir au plus près les compagnies au contact. Des véhicules furent accordés par la division pour faciliter l'évacuation des blessés vers l'arrière.

Pour sa part, le 3/26 se préparait à s'engager dans un combat urbain d'une autre teneur : en effet, le terrain rencontré était sensiblement différent de celui du 2/26, le nord de la ville étant plus ouvert.  Les  mouvements  de  terrain  -  Lousberg  -  surplombaient  l'axe  d'approche  des Américains. En outre, il y avait fort à parier que les Allemands engageraient leurs moyens antichars dans cet espace plus ouvert à la manœuvre que le centre ville.

La préparation de la bataille.

Du  8  au  12  octobre, les  deux  bataillons se frayèrent un  chemin  pour atteindre leurs positions de départ à l'Est et au Sud-Est d'Aix la chapelle, saisissant l'opportunité pour se familiariser avec les techniques et les tactiques du combat urbain pendant leur avance. A la tombée de la nuit, le 12 octobre, le 2/26 arriva au pied du remblai de la ligne de chemin de fer Aix la chapelle - Cologne. A sa droite, le 3/26 occupa ses positions de départ dans la zone industrielle.
Suite au refus allemand de capituler, les Américains débutèrent un bombardement préparatoire de deux jours sur la cité, sans effet tactique véritablement probant5.

Du 13 au 15 octobre : l'abordage de la ville.

Les bataillons débouchèrent simultanément sur deux directions.

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Action du 26ème RI du 13 au 15 octobre 1944.

Après un appui feu conséquent, le 2/26 franchit, le 13 octobre vers 10h00, la ligne de voie ferrée - qui n'était pas défendue - . Cette ligne constituait d'emblée, de par ses remblais, un obstacle majeur pour les véhicules, blindés ou non, qui nécessita un réalignement des unités élémentaires pour poursuivre plein Ouest. A l'issue, la conquête s'engagea sur un mode processionnel avec 3 unités en tête.

5 12 bataillons d'artillerie du VII Corps et de la 1ère DI expédièrent 4 800 obus sur la ville le premier jour, tandis que le IXème Tactical Air Command largua 62 t de bombes.
 
Progressant sur 1800m de front, sans unité en réserve, le 2/26 avait recours sans aucune limite à l'appui feu pour soutenir la progression de ses éléments, détruisant bâtiment après bâtiment, en partant du postulat que la réduction des points de résistance en serait facilitée.
Chaque section disposait d'un blindé, souvent une rue en arrière - afin d'éviter leur engagement par les panzerfausts, utilisant ses feux en appui direct des fantassins.
Toutes les positions allemandes étaient systématiquement nettoyées : la manœuvre était laissée à sa plus simple expression avec une prise de risque minimale. Il est à noter que des pièces    d'artillerie    furent    affectées    aux bataillons dans une mission de destruction de bâtiments en tir direct.
Le 15 octobre, la junction fut réalisée avec le  3/26  sur  le  flanc  droit  Sur  la  partie gauche  de   l'axe  d'attaque  du   2/26,  de féroces combats se déroulèrent à hauteur de l'église  située  au  sud  de  la  Hindenburg strasse : des éléments allemands repliés dans un bâtiment fortifié imposèrent un recours à l'artillerie (tir direct) et au génie d'assaut (lance-flammes). A la tombée de la nuit, une violente contre-attaque allemande sur la même  position obligea  le  2/26  à  marquer une pause.

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Mitrailleuse en appui en cours de progression.

Le 3/26, quant à lui, avait bien compris que les collines surplombant la ville constituaient une position clé pour les défenseurs comme les assaillants. Le colonel Wilck y positionnerait à coup sûr ses moyens les plus lourds et ses meilleures unités.
L'attaque fut lancée à l'aube du 13 octobre en direction du Sud le long des Krefelder strasse (EFT) et Jülicher strasse. Rapidement, le 3/26 eut à souffrir des pertes causées par des moyens antichars. L'analyse sur l'ennemi semblait se vérifier.
Le 14 octobre, deux unités sur les trois du bataillon durent s'engager dans la reduction d'un point de résistance au début de la Krefelder strasse (église St Elisabeth). Pendant ce temps, le colonel Wilck reçut un bataillon SS en renforcement, bataillon d'infanterie qui avait réussi, avec des pertes sévères néanmoins, à se faufiler dans le dispositif de la 30ème  DI au Nord de la
colline du Lousberg.
Le 15 octobre, le 3/26, désormais en liaison physique avec le 2/26, s'engagea dans la conquête
du parc Farwick, au pied du Lousberg. Il subit à cet endroit une féroce contre attaque menée par le bataillon SS qui avait rejoint la veille : le 3/26 fut repoussé du par cet eut le plus grand mal à stabiliser ses positions avant la nuit.

Du 16 au 17 octobre : une pause dans la manoeuvre.

Le 16 octobre matin commença une petite période de pause permettant aux bataillons d'assurer leurs positions et d'effectuer les recomplétements, notamment en munitions. Au même moment, la 1ère et la 30ème DI réussissent enfin à réaliser leur junction au Nord d'Aix la chapelle, coupant définitivement la ville du dispositif allemand situé au Sud de Cologne. Des contre attaques de la Wehrmacht pour maintenir un cordon ombilical avec la cité obligèrent les divisions américaines à  renforcer leur  dispositif de  couverture face  au  Nord  et,  de  fait,  à suspendre les opérations en ville.
 
Du 18 au 21 octobre : la rupture et l'exploitation.

Le 2/26 relança son action vers le centre historique. La manœuvre restait processionnelle, la résistance ennemie ne parvenant pas à influer sur le cours des événements.

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Action du 26ème RI du 18 au 21 octobre 1944.

Le 3/26, pour sa part, repris son action le 18 octobre matin et reprit le terrain perdu au niveau du parc Farwick après des combats difficiles qui s'achevèrent à la tombée de la nuit. Le contrôle des pentes du Lousberg constitua l'objectif majeur du prochain temps de la manœuvre pour le 26ème  RI qui se vit renforcé, pour l'occasion, par un bataillon d'infanterie et deux
compagnies de chars rassemblés au sein de la « task force Hogan ». Celle-ci reçut pour mission de contourner le Lousberg et d'attaquer en direction de l'Est tandis que le 3/26 relançait son action vers l'Ouest.
Le contact physique entre les deux unités fut établi le 19 octobre vers midi.
Le 20 octobre, le Lousberg était nettoyé par les deux unités.

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Le 21 à 12h00, le colonel Wilck, débordé et incapable d'organiser une résistance coordonnée face aux attaques américaines, capitula et donna l'ordre à ses homes de cesser le combat.
Au final, les troupes américaines firent 3500 prisonniers.

 

16. Conséquences.
 
21 octobre, reddition du colonel Wilck
 

La résistance d'Aix la chapelle se révêla avoir peu d'impact sur la suite de l'action conduite par les alliés. En effet, ceux-ci ne pouvaient, au moment des combats, relancer leur action vers le nord de manière significative compte tenu de leurs soucis logistiques et de leur difficulté à s'assurer du contrôle de la zone couverte par le Westwall. Toutefois, cette bataille se révèla source de multiples enseignements pour une armée qui décida de maintenir son choix initial d'éviter - ce que lui permirent les événements et l'ennemi - les grandes agglomérations et de privilégier la manœuvre.
 
2. ENSEIGNEMENTS TACTIQUES.

Les combats en zone urbaine pourraient représenter, à l'avenir, une forme récurrente des engagements modernes. D'aucuns en déduisent que la bataille prend dès lors une forme nouvelle, ouverte aux seuls esprits avertis, et que les savoir-faire traditionnels, héritages d'un temps révolu, ne s'appliquent que très partiellement à la zone urbaine. Aix-la chapelle bat en brèche  cette  idée :  s'il  est  vrai  que  l'engagement  en  zone  urbaine  peut  requérir  des structures adaptées et des équipements spécifiques, s'il est également exact que l'environnement possède des caractéristiques propres, les savoir-faire tactiques basiques s'appliquent in extenso.



21. Le combat en zone urbaine revêt des particularités tactiques ...

Le niveau d'intégration interarmes en zone urbaine doit être maximal.

Lorsque le 18ème RI s'engagea dans la percée du Westwall en zone périurbaine, il fut renforcé par une batterie de canons autopropulsés de 155 mm, une compagnie de Tank Destroyers et une autre de M4 Sherman. Un officier de liaison avec l'aviation accompagnait chaque bataillon.
11 bataillons d'artillerie et une compagnie de mortiers de 4,2 pouces appuyèrent l'assaut.
Dans la phase plus difficile de conquête de la ville, les 2/26 et 3/26 déclinèrent cette coopération interarmes jusqu'au plus bas niveau en organisant les unités élémentaires en détachements interarmes, voire interarmées.

Couper la ville de ses renforcements extérieurs avant de chercher à réduire les résistances.

Le commandement américain a d'emblée saisi la nécessité d'isoler la ville du reste du dispositif allemand : la rupture du cordon ombilical représentait un impératif majeur. Celle-ci ne fut obtenue qu'en cours de bataille, ce qui permit au colonel Wilck d'être renforcé alors que les bataillons américains étaient engagés.
Le maintien, volontaire ou non, d'une porte de sortie - ou d'entrée - doit être considéré comme un élément majeur de la manœuvre et s'inscrire en planification (centre de gravité ennemi ?) : soit le contact avec l'extérieur est conservé dans l'espoir qu'il suscitera un repli des forces ennemies, soit il doit être définitivement fermé pour engager l'action de réduction sur la base d'un rapport de force ne pouvant évoluer qu'en faveur de l'attaquant. Dans tous les cas, ce cordon doit être sous contrôle, ne serait-ce qu'en pouvant appliquer des feux d'arrêt.

Recourir à des d'appui-feux massifs peut s'avérer contre productif.

La ville d'Aix la chapelle n'était pas fortifiée. Or, la destruction systématique des bâtiments facilita considérablement l'action défensive des unités allemandes avec, notamment dans le centre historique, des axes encombrés et des ruines facilitant le camouflage, le harcèlement et le tir à courte distance.

Intégrer la gestion des réfugiés dès la phase de planification.

Cette bataille témoigne de la dimension prise par la gestion de la population pendant les opérations de combat en zone urbaine.
Au moment où le 26ème RI a entamé son action, on estime à environ 20000 le nombre d'habitants resté en ville malgré les exhortations à évacuer la zone des combats. Les bataillons de tête furent, de ce fait, confrontés simultanément à la gestion de ces réfugiés et à la réduction des résistances ennemies : des effectifs gagés sur les échelons de tête et de soutien furent dédiés à la
 
mission d'accueil, d'interrogation et de transfert vers des camps de réfugiés audétriment du soutien aux unités au contact. Cet aspect doit être impérativement intégré en planification pour affecter à cette mission les moyens humains et matériels suffisants.

Pousser la logistique au plus près des combattants.

La consommation en munitions et la gestion des pertes au combat imposent l'établissement de plots  de  ravitaillement  et  de  structures  médicales  adaptées  à  proximité  des  troupes engagées : dès lors, le dispositif logistique ne peut se satisfaire d'une implantation loin des combats (pour garantir une sécurité et une stabilité propices à un rendement technique maximal). Ce constat induit une réflexion amont sur la sécurisation de ces éléments logistiques, notamment en terme d'autoprotection.



22. ... mais respecte cependant les cadres classiques de la manoeuvre.

Le procédé de déception peut être appliqué au niveau tactique avec succès.

L'armée américaine avait pour doctrine de ne jamais s'engager dans une action face à un dispositif ennemi en défensive sans un solide appui feu préalable, qu'il soit artillerie ou air-sol. Les Allemands avaient identifié cet aspect et liaient feux et attaques.
Le 18ème RI, dans sa percée du Westwall, saisit le premier point haut, à l'aube du 8 octobre, à l'issue d'un intense bombardement à l'artillerie lourde. Dans l'après-midi du même jour, il s'empara de la deuxième hauteur, baptisée « Crucifix Hill », avec la même tactique : attaque suivant de près la fin de la préparation d'artillerie.
Pour l'attaque de la troisième et dernière colline, le 18ème RI changea de tactique : dans la nuit du
9 octobre, deux compagnies infiltrèrent les lignes ennemies à travers les ouvrages de défense et prirent position sur « Ravel's Hill » sans tirer un coup de feu.
La déception peut s'appliquer dès lors quelle correspond à une rupture majeure dans le cadencement des actions tactiques (rupture imprévisible du rythme).

Les  savoir-faire  en  zone  urbaine  s'apparentent  foncièrement  aux  fondamentaux  du combat classique.

La bataille d'Aix la chapelle ne constitue pas un exemple de manœuvre originale : le dispositif offensif fut principalement linéaire, y compris dans la zone, plus ouverte, du 3/26. En outre, les Américains ont systématiquement eu recours au dyptique « feu d'abord - manœuvre ensuite » : à aucun moment les bataillons n'ont lancé des reconnaissances en profondeur ou cherché, par le renseignement, à atteindre directement le poste de commandement du colonel Wilck. Il convient toutefois de noter   que   la   manœuvre   « prudente »   adoptée   par   les Américains leur a, sans doute, permis de limiter leurs pertes (les deux bataillons ont « seulement » » perdu, dans les combats,
75 tués et 414 blessés face à 5000 défenseurs !).

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Colonnes de prisonniers allemands à l'issue des combats d'Aix la chapelle
 
Sous de multiples aspects, la bataille d'Aix la chapelle constitue un exemple intéressant de combat en zone urbaine. L'étude des combats qui se sont déroulés à Falloudja en 2004 montre que la doctrine de l'armée américaine a, sur le principe général, peu évolué : le recours massif aux appuis et à une manœuvre linéaire et processionnelle reste d'actualité. Le combat en localité  ne  semble  manifestement  pas  devoir  s'affranchir  d'une  coordination  extrêmement précise des actions conduites et de la recherche de sécurisation de la zone arrière.

Les principes mis en œuvre à Aix la chapelle seraient-ils donc pérennes ?