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Angola 1991-2002: Comment en finir avec Savimbi et ses rebelles ?

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Par le Sous-lieutenant (R) ANTONIN TISSERON

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L’Angola est aujourd’hui considéré comme l’une des puissances d’Afrique subsaharienne. En 1991, alors que s’achève la Guerre froide, la guerre civile commencée en 1975 semble pourtant loin d’être terminée. L’intérieur du pays est contrôlé par l’Unita, mouvement rival du MPLA au pouvoir, qui dispose d’une force armée de plusieurs dizaines de milliers d’hommes formés par les Sud-Africains. Cependant, derrière cette apparente force, le mouvement dirigé par Savimbi est sorti considérablement fragilisé des recompositions géopolitiques qui ont suivi la fin de l’affrontement Est-Ouest. La fin du régime d’apartheid en Afrique du Sud en 1991 l’a privé de son meilleur allié dans la région. Deux ans plus tard, l’administration Clinton reconnaît officiellement le gouvernement de l’Angola tandis que le Conseil de sécurité de l’ONU impose les premières sanctions à l’Unita. Or, pour Luanda, ce basculement des légitimités, inséparable des richesses pétrolières angolaises, offre la possibilité d’en finir définitivement avec Savimbi et ses rebelles.

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La victoire ne peut être que militaire

Au début des années 1990, le conflit revêt les traits d'une guerre de l'ombre, bien réelle mais officieuse. Bien qu'engagés dans un processus de paix, les deux adversaires s'affrontent régulièrement et acquièrent des armements pour se renforcer militairement. L'Unita, qui contrôle alors plus des trois quarts du territoire angolais et notamment les zones diamantifères, investit 900 millions de dollars dans des blindés et missiles. Quant au gouvernement, il dépense en 1993-1994, grâce à la manne pétrolière, quelques 3,5 milliards de dollars et entreprend de priver l'Unita de ses zones stratégiques: les régions diamantifères et les villes proches du Zaïre. L'objectif est clairement énoncé par le président Dos Santos en 1998, peu avant l'entrée en guerre officielle du gouvernement: il faut «annihiler politiquement et militairement l'Unita belliciste»

 

[1].

Dans cet effort de modernisation, Luanda s'appuie sur des mercenaires d'Executive Outcomes. La société sud-africaine a en effet signé en août 1993 un contrat de plusieurs millions de dollars portant sur la réorganisation de la 16ème division des troupes spéciales, créée en novembre 1989. L'accent est mis sur les opérations d'assaut et de pénétration rapide, combinant feux aériens et terrestres, et sur des raids nocturnes visant à harceler l'ennemi, alors que le MPLA et l'Unita n'avaient jusqu'alors jamais combattu de nuit

 

[2].

 

 

Des contractors sont intégrés au sein de l'état-major angolais. Ils sont présents sur la ligne de front pour conseiller les commandants locaux, dans les airs en appui, tandis que d'autres assistent le gouvernement pour acquérir du napalm et des charges thermobariques. À partir de février 1994, la société emploie même des unités spéciales sur les arrières de l'Unita à l'est du pays: des «sticks» de quatre hommes sont héliportés pour détruire et désorganiser les structures de commandement, surveiller les mouvements et préparer les voies de pénétration des offensives terrestres.

 

 

Face aux opérations gouvernementales, l'Unita perd pied. Le mouvement est incapable de mettre en œuvre les blindés achetés et se retrouve asphyxié par les tactiques introduites par ses anciens formateurs. Ses forces sont trop étirées pour s'opposer efficacement aux activités des forces spéciales sur l'arrière des fronts et, malgré des raids audacieux de ses troupes d'élite, le mouvement ne parvient pas à s'opposer efficacement aux aéronefs et aux blindés qui désormais lui font face. Les mercenaires, qui connaissent bien le terrain et les rebelles de Savimbi, font par ailleurs preuve d'initiative, recourant par exemple à des bulldozers pour couper à travers la jungle et ainsi contourner le dispositif adverse et limiter les pertes dues aux mines.

 

 

Opérations périphériques pour isoler l'Unita

 

 

Parallèlement aux opérations militaires stricto sensu, la présidence angolaise déploie une intense propagande, destinée à mobiliser la population civile derrière le gouvernement, et appuie la formation, par certains responsables de l'Unita à Luanda, d'une «Unita rénovée» qui destitue Savimbi et que le gouvernement proclame être son seul interlocuteur pour «achever l'application du protocole de Lusaka», accord de paix signé en 1994 par les deux parties.

Dès 1997, la présidence engage également ses forces armées hors des frontières pour couper l'Unita de ses soutiens extérieurs. Il s'agit, comme l'écrit Antoine Rozès, «d'affaiblir l'implantation et la capacité logistique de l'Unita en lui interdisant le libre-accès à ses sanctuaires»

 

[3]. Au Congo-Kinshasa, l'Angola soutient ainsi Laurent-Désiré Kabila et ses alliés rwandais contre Mobutu, vieil allié de l'Unita et encore son principal soutien africain. Un an plus tard, en août 1998, Luanda intervient de nouveau à Kinshasa, mais cette fois-ci aux côtés de la Namibie et du Zimbabwe, pour consolider le régime en difficulté de son allié Laurent-Désiré Kabila. Mécontent de la politique du nouveau chef congolais, le Rwanda a en effet pris prétexte de l'expulsion de ses conseillers militaires, le 27 juillet 1998, pour lancer une offensive en République démocratique du Congo. L'Angola intervient également au Congo-Brazzaville aux côtés de Sassou Nguesso, là aussi pour mettre fin aux facilitées accordées à l'Unita ainsi qu'aux séparatistes cabindais. Le président Lissouba, bien qu'élu, doit fuir son pays, sans incidence sur l'attitude de la communauté internationale chargée du processus de paix.

La «chasse au Savimbi» est ouverte

 

 

Fin 1998, l'armée angolaise lance une offensive générale sur la ligne de front, avec pour objectif de faire tomber le quartier général de Savimbi à Andulo, disperser les forces rebelles dans des régions non reliées entre elles et les forcer à revenir à la guérilla. Un an plus tard, c'est chose faite. Comme l'affirment les responsables angolais, l'essentiel est alors acquis. La guérilla est cantonnée dans des «zones contrôlées». La victoire n'est qu'une question de temps. Mais le problème Savimbi reste entier, obérant tout espoir de voir la paix s'installer.

 

 

Pour arrêter le chef historique de l'organisation, dont l'élimination est programmée, la présidence constitue une unité d'élite composée de mercenaires portugais, israéliens et sud-africains: le commando Aigle. Les officiers angolais la surnomment «la broyeuse». Forte de trente mercenaires et disposant d'un budget de 260 millions de dollars, l'unité s'installe dans la Maison militaire du palais présidentiel, à la disposition des chefs de l'armée angolaise. Un second quartier général est établi dans la base aérienne de Catumbela, d'où s'envolent des Tucanos et des Su-24. Dans l'Est de l'Angola, le gouvernement peut aussi compter sur les mercenaires katangais de l'ex-bataillon Tigre.

 

 

La traque s'appuie sur la présence d'informateurs au plus près de Savimbi. Avec les défaites militaires, le climat s'est en effet fortement dégradé dans l'entourage du chef de la rébellion, dont la garde prétorienne a en grande partie été mise hors de combat durant les opérations des années précédentes. Les défaites ont écorné l'image du chef charismatique et les exécutions d'officiers n'ont pas redressé la situation, bien au contraire. À la fin de l'année 2001, Savimbi est espionné de toutes parts par ses proches et, avec l'autorisation des États-Unis, un satellite américain contrôle ses communications.

Le 20 février 2002, les forces de l'Unita se limitent à trois colonnes dispersées, d'environ 600 personnes au total, constituées majoritairement de femmes, et dont les soldats n'ont ni armes ni munitions. Savimbi et sa colonne (une quarantaine de personnes) se trouvent à 110 km de la frontière zambienne lorsque le commando Aigle se lance à ses trousses. Le 22 février, la nouvelle tombe: le dirigeant de l'Unita est mort. Selon Luanda, il a été victime d'une embuscade dans le bush par une unité des forces spéciales. Al J. Venter, vraisemblablement plus proche de la réalité, penche de son côté plutôt pour une exécution à la suite d'une trahison

 

[4].

 

 

Huit ans après la mort de Savimbi, malgré une monopolisation du pouvoir par le MPLA, grand vainqueur de la guerre civile, l'Angola semble s'ancrer sur la voie du développement grâce à ses ressources pétrolières. L'Unita a même réussi son virage pacifique pour se constituer en parti d'opposition et déposer les armes. Les défis sont toutefois encore nombreux, à commencer par l'apprentissage de la démocratie dans un pays sans tradition démocratique et par la lutte contre les séparatistes du Cabinda, dont l'intensité est sans commune mesure avec la guerre civile qui s'est close en février 2002.

 


 

 

[1] Cité par Christine Messiant, «Angola: une "victoire" sans fin?», Politique africaine, Numéro 81, Mars 2001, pp. 143-161, p. 144. L'«Unita belliciste», dirigée par Savimbi, s'oppose à l'Unita «rénovée», formée par d'anciens cadres du mouvement rebelle ayant accepté de déposer les armes et de constituer un parti politique.

 

 

[2] Sur l'engagement d'Executive Outcomes en Angola, voir: Al J. Venter, «War Dog. Fighting Other People's Wars. The Modern Mercenary in Combat», Newbury/Drexel Hill, Casemate, 2008, chapitres 15 à 18.

 

 

[3] Antoine Rozès, «Trente ans de guerre civile, Des conflits en mutation? De la Guerre froide aux nouveaux conflits», Bruxelles, Éditions complexes, 2003, pp. 155-170, p. 167.

[4] Al J. Venter, op. cit., p. 606.


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