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Sciences et technologies

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Armée de Terre et amphibie : des capacités à développer

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Par le CNE JACQMIN Bertrand

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La population mondiale vit à 70% sur une bande littorale de 200 Km. Cette population représentant l’un des enjeux des conflits armés, il apparaît indispensable de faire le point sur les capacités de l’armée de Terre à participer à des opérations amphibies qui permettent, dans un cadre interarmées et interallié, de projeter un volume de force conséquent à partir des eaux internationales sur un centre de gravité de cette bande littorale. Sommes-nous suffisamment préparés à cette forme d’opérations ? La France possédant la 2ème plus grande zone économique exclusive, dans quelle mesure l’armée de Terre doit-elle développer ses capacités amphibies? Dans le contexte actuel de redéfinition de la stratégie de Défense, il peut être utile de se pencher sur ce mode opérationnel historique. Une réelle marge de progrès existe pour l’armée de Terre qui a un rôle important à jouer dans la maritimisation. Mais les choix qui seront faits, en particulier dans le domaine du positionnement à la mer, ne devront pas remettre en question le pré-positionnement d’unités outre-mer et à l’étranger.

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1. Des efforts récents à souligner


 
La vision du général de Gaulle, affirmant en 1969 que « l'activité des hommes se tournera de plus en plus vers la recherche de l'exploitation de la mer. Et, naturellement, les ambitions des Etats chercheront à la dominer pour en contrôler les ressources... » se matérialise particulièrement aujourd’hui dans les incidents à répétition en mer de Chine ou dans les récentes stratégies de défense maritime de pays comme l’Inde, le Brésil, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Cette dernière, dont le volume des forces armées est inférieur à 10 000 hommes, est pourtant en train de se doter d’une capacité amphibie s’appuyant sur un navire récent de type TCD renforcé d’hélicoptères NH90.
 
Etre capable de mener des opérations amphibies représente en effet un des volets essentiels dans la stratégie d’une nation qui cherche à faire respecter ses ZEE et sa souveraineté sur les territoires qui en sont l’origine. En France, un premier concept national des opérations amphibies (CNOA) a été validé en 1997 et revu en 2002. Un effort conséquent a depuis été réalisé par la Marine nationale avec la construction de 3 bâtiments de projection et de commandement (BPC) et le développement d’une batellerie moderne (E-DAR).
 
L’armée de Terre, de son côté, participe largement à cet effort. Deux brigades (6ème BLB et 9ème BIMa) sont spécialisées dans ce domaine et conduisent un entraînement régulier. Leurs unités embarquent pour des exercices interarmées et interalliés, mais également pour des déploiements opérationnels dans le golfe de Guinée, en Méditerranée ou en mer Rouge. Les pilotes de l’ALAT sont tous qualifiés pour apponter sur les porte-aéronefs et l’opération Harmattan a permis de valider avec eux une partie
du concept amphibie. L’arme du Génie dispose de moyens dédiés à la préparation des plages de débarquement, récemment modernisés. Des stages de qualification de niveau 1 (mise en œuvre), 2 (planification) et 3 (conception) sont organisés par le CFT à échéances régulières. Des officiers terriens sont détachés en permanence au sein de FRMARFOR pour notamment faciliter l’entraînement amphibie avec la Marine nationale.  
 
Les efforts soutenus par les forces terrestres pour entraîner et qualifier pilotes, équipages, officiers d’embarquement, unités interarmes aux opérations amphibies sont tout à fait remarquables. Ils doivent être pérennisés et surtout approfondis pour permettre à l’armée de Terre de participer à la maritimisation.
 
2. De nouvelles pistes à étudier


 
Le développement de l’amphibie au sein des forces terrestres peut être envisagé par la mise en œuvre d’une formation individuelle plus généralisée, par la création de capacités de commandement et de soutien plus spécifiques et par l’augmentation de la coopération interarmées avec la Marine nationale.
 
Les 11 millions de km² de ZEE dont la France dispose ne représentent une richesse pour elle que dans la mesure où elle est capable de les contrôler et d’y matérialiser sa souveraineté. L’armée de Terre joue un rôle important dans ce domaine avec ses forces pré-positionnées dans les départements et territoires d’outre-mer. Ses détachements déployés en autonomie complète, pendant plusieurs dizaines de jours, sur des îles isolées menacées d’annexion en sont l’illustration la plus marquante. Ces forces, par nécessité opérationnelle, s’entraînent la plupart du temps en interarmées à des opérations du type amphibie. Or elles n’ont généralement pas suivies les stages de qualification et les entraînements métropolitains de ce domaine. Le choix actuel, qui devrait se renforcer avec la réduction des effectifs, étant de disposer d’unités qui soient modulaires et interchangeables, il semble impératif d’étendre plus largement le savoir-faire amphibie au sein de l’armée de Terre. Les premières notions générales pourraient ainsi être dispensées dans les écoles de formation initiale. Les écoles d’application seraient ensuite l’occasion de développer les connaissances associées à chaque arme. La planification amphibie viendrait enfin enrichir l’enseignement militaire du second degré.
 
En parallèle de cette formation individuelle étendue à tous, il pourrait être envisagé de spécialiser un état-major de forces (EMF) dans le commandement des opérations amphibies1. Cela renforcerait la crédibilité des forces terrestres vis-à-vis de la Marine nationale dans la préparation des grands exercices amphibies (Catamaran, Destined Glory), qui nécessitent une connaissance approfondie de la doctrine et des procédures ainsi qu’une pratique régulière. La rotation des EMF dans cet emploi est en effet particulièrement néfaste car elle a tendance à fragmenter les responsabilités et à diluer les efforts consentis par l’armée de Terre. Cela désignerait surtout la France comme  
1 LCLREVEL, « Il faut désigner un EMF amphibie », Objectif doctrines, p44.
interlocuteur valable au niveau opératif vis-à-vis du COMUKAMPHIBFOR, commandement de niveau 2. Ce dernier permet aux Britanniques, malgré la disposition d’une seule brigade amphibie, de s’engager dans une dynamique de commandement des opérations amphibie au sein de l’initiative amphibie européenne (IAE). La France est, elle, aujourd’hui limitée au commandement tactique, à un niveau inférieur à ce qu’elle pourrait revendiquer. En outre, cette spécialisation de capacités de commandement de haut niveau, menée en parallèle de celle des deux brigades interarmes, ne devrait pas obérer la nécessité de former également les unités en provenance des brigades logistiques et des brigades d’appui spécialisé. Cela permettrait d’atteindre une cohérence globale – commandement, unités combattantes, soutien – dans les capacités amphibies au sein de l’armée de Terre.
 
Une dernière piste pour développer les capacités amphibies de l’armée de Terre consisterait à augmenter sensiblement la coopération avec la Marine nationale. Pour reprendre l’exemple des forces pré-positionnées, ce travail en commun est réalisé en bonne intelligence entre terriens et marins, puisque tous savent qu’il s’agit d’une nécessité opérationnelle. Pourtant, rien n’est écrit et la recherche de l’interopérabilité, l’écriture et la mise en œuvre de procédures communes se jouent sur la bonne entente entre bâtiments et unités (et notamment entre leurs commandants). Il faudrait systématiser ces procédures de coopération. Pour aller plus loin, il peut être utile de rappeler qu’une force amphibie constitue une réserve opérationnelle de théâtre particulièrement déterminante, susceptible de fixer d’importantes forces ennemies. Disposant d’une grande autonomie, capable de durer à la mer, elle peut faciliter la résolution de crises politiques. L’augmentation de la coopération interarmées pourrait donc aussi se traduire par un positionnement à la mer plus important des forces terrestres, cette solution étant particulièrement viable dans un contexte de déflation des unités engagées en opération.
 
 
3. La limite de ce développement des capacités amphibies est le maintien de l’acculturation des unités de l’armée de Terre aux territoires OME.


Ces propositions visent à développer les capacités amphibies de l’armée de Terre. Il convient cependant de ne pas mettre en œuvre de façon excessive la dernière aux dépens des forces pré-positionnées qui restent un atout dans la stratégie de défense française.
Le positionnement à la mer représente en effet une solution particulièrement tentante. Les BPC permettent d’accueillir les troupes avec davantage de confort que les TCD, donc pour des périodes plus longues. Il pourrait ainsi être envisagé de remplacer les troupes pré-positionnées outre-mer et à l’étranger par des unités positionnées à la mer. Cela représenterait des économies financières importantes en apparence : pas de déménagements ni d’indemnités de résidence à l’étranger.
Cependant, privilégier un positionnement à la mer plus important aux dépens des forces pré-positionnées signifierait  renoncer à bon nombre de savoir-faire dont disposent nos unités. Les forces terrestres déployées outre-mer et à l’étranger acquièrent en effet des capacités opérationnelles renforcées par la connaissance du milieu. L’expérience de milieux physiques comme celui du désert pour Djibouti et le
Tchad ou celui de la forêt pour la Guyane et le Gabon ne pourrait jamais être détenue par des unités uniquement entraînées en métropole et déployées sur des navires au large des côtes. La rapidité et la réussite du déploiement initial dans l’opération SERVAL sont ainsi dues à la présence de troupes déjà acclimatées dans la sous-région. Pour aller plus loin dans la défense du pré-positionnement, il faut aussi rappeler que c’est dans les centres d’entraînement commandos situés dans chacun des départements ou territoires OME que nos unités acquièrent des savoir-faire nautiques au travers desquels les forces terrestres peuvent participer au concept de maritimisation.
 
La conservation de l’acculturation des unités terrestres aux zones dans lesquelles elles sont appelées à intervenir constitue ainsi la limite parmi les pistes possibles pour développer davantage les capacités amphibies de l’armée de Terre.
 
Conclusion
 
La France possède avec sa ZEE une grande richesse qui lui permet de compter encore sur la scène internationale. L’armée de Terre, à l’heure des choix de stratégie de Défense, doit chercher à développer ses capacités opérationnelles amphibies. Que ce soit par l’insertion d’une formation à l’amphibie dans les parcours individuels, par une spécialisation accrue de capacités de commandement et de soutien ou dans une coopération interarmées renforcée, l’effort déjà consenti par les forces terrestres doit être maintenu et approfondi. Le seul écueil à éviter serait de céder à la tentation d’un positionnement à la mer excessif qui remettrait en question la connaissance de l’OME dont disposent nos troupes. Néanmoins, dans cette coopération renforcée avec la Marine nationale existe, peut-être et sans prétendre copier le modèle américain de bases logistiques en haute mer, des solutions pour diminuer l’empreinte à terre de la logistique et des postes de commandement.
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