Traitement en cours, merci de patienter...
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
 
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
Histoire et Stratégies

Image
Saut de ligne

Autopsie d’un cas concret historique: Les combats d’Argonne, 1914-1915

Image

Par le Général (CR) ALLAIN BERNÈDE, Docteur en Histoire

Image

Cet article a été conçu à partir de l’ouvrage «Les Combats oubliés d’Argonne», coédité, dans le cadre de la Politique de mémoire, par le Conseil général de la Meuse, l’Association Argonne, Meuse, Patrimoine et les Éditions 14-18. Il est reproduit ici avec l’aimable autorisation de ces co-éditeurs et de la rédaction du Magazine de la Grande Guerre. «Seule et mal comprise, (l'Histoire) conduit à la sclérose sous le nom de tradition»[1]. Si l’homme de réflexion qui, chez l’officier, double l’homme d’action, devait se placer uniquement dans le sillage de la pensée positiviste du Général Lewal, le fondateur de l’École supérieure de Guerre[2],«l’emploi des forces au combat» relèverait de Lois qu’il conviendrait d’identifier, de formaliser dans le cadre d’une pensée, d’enseigner et, enfin, d’appliquer…

Image
Image

Or dans la pratique, force est de constater que de nombreux paramètres, venant souvent parasiter la mise en œuvre des théories savamment élaborées, entraînent la mise à mal des manœuvres les plus habiles…

L’enlisement de la IIIème armée française, de septembre 1914 à juillet 1915, face à la 5ème «Armee» allemande, dans ce champ clos que constitue le massif forestier de l’Argonne, à la limite de la Champagne, des Ardennes et de la Lorraine, semble être un exemple d’emploi des forces en «mode dégradé» intéressant à observer.
Des circonstances environnantes.

Le 29 août 1914, alors que la pression ennemie se fait de plus en plus forte sur l’ensemble de la ligne de front, le Général Joffre a autorisé, pour éviter une rupture irréversible, un repli général des armées françaises sur une ligne qui «peut atteindre» Nogent, Arcis-sur-Aube, Bar-le-Duc.

[3]

Cette armée, qui n’est pas celle appelée à fournir l’effort principal, doit rendre au G.Q.G. l’une de ses divisions et, de façon à rester en mesure d’intervenir sur des forces qui auraient suivi sur sa gauche la IVème armée du Général de Langle de Cary dans son mouvement de repli, elle se voit contrainte d’abandonner la ligne de la Meuse…

Pire, son chef, le Général Ruffey, jugé «trop peu énergique» et de «trop méprisante attitude» à l’égard de ses subordonnés, est relevé de son commandement! Il paye à la fois les accrocs inhérents au passage sur pied de guerre d’une armée issue de la mobilisation, son échec de la bataille des frontières le 22 août dernier et surtout ses divergences de vues avec le bureau opérations du G.Q.G. manifestement accentuées par les commentaires peu amènes de l’officier de liaison!

Désormais, le Général Sarrail[4], passé du 6ème C.A. à la IIIème armée, bientôt réduite à deux Corps d’armées, (5ème et 6ème C.A.) va devoir livrer un combat rétrograde face à la 5 «Armee» commandée par le Kronprinz qui, pivotant autour de Verdun, s’engage maintenant dans le couloir, largement vallonné, d’une vingtaine de kilomètres entre Meuse et Argonne. La marge de manœuvre du nouveau commandant de la IIIème armée est particulièrement étroite: «la IIIèmearmée ne doit pas se laisser accrocher par l’ennemi et (doit éviter) tout engagement sérieux, de façon à se réserver pour le prochain retour offensif»

C’est donc dans ces conditions que le 5ème C.A. va freiner la progression du XIIIèmeArmee Korps lancé à sa poursuite sur la rive gauche de la Meuse tandis que l’un des officiers de la 12ème D.I., le sous-lieutenant Maurice Genevoix du 106ème R.I., s’interroge: «Est-ce que vraiment ce serait une déroute?»

Obéissant aux ordres, et se tenant prête pour un «retour offensif», la IIIème armée renonce à s’engager dans le massif forestier de l’Argonne, ce qui permet au VIème Armee Korps., parti de Varennes, de le traverser sans la moindre alerte et de marcher sans encombre par Vienne-le-Château, sur Sainte-Menehould. Ainsi les Allemands sont-ils confirmés dans «leur certitude» d’avoir devant eux une armée française «lancée dans une fuite éperdue»!

Or, le 5 septembre, alors que la IIIème armée a réussi à ramener sa gauche au sud-ouest de l’Argonne, Joffre fait donner l’ordre, pour le lendemain, à la IVème armée «d’arrêter son mouvement vers le sud et de tenir tête à l’ennemi en se liant à la IIIème armée» tandis que cette dernière doit «attaquer le flanc des forces ennemies à l’ouest de l’Argonne, en liant son action à la IVème armée et en se couvrant vers le nord-est»
Utilisant, au fur et à mesure de leur arrivée, les troupes du 15ème C.A., que Joffre vient de prélever sur le front de Nancy, Sarrail parvient à colmater dans la journée du 8 septembre la brèche de Revigny avant d’endiguer complètement le lendemain l’assaut ennemi dans la bataille de La Vaux Marie alors que, pendant ce temps, le Groupe de divisions de réserve (G.D.R.) du général Pol Durand joue le rôle de chien de garde aux portes de Verdun.

Image
Ainsi, bien que dans la matinée du 11 septembre le Kronprinz se targue encore, devant le général von Moltke en visite à son Q.G. de Varennes, d'un succès; aucune des deux armées ennemies, engagées de part et d'autre de l'Argonne, n'est parvenue à rompre le front français!

Dans quelques heures elles vont même entamer un pénible mouvement de repli. Toutefois le défaut de renseignement de la IIIème armée française sera tel que, pendant pratiquement une demi-journée encore, son artillerie va continuer à pilonner des positions adverses désormais vides!

Bien que bénéficiant ainsi de la journée du 12 septembre pour réaliser leur repli sans être talonnées par les Français, les décrochages de la 4ème Armee puis, de la 5ème Armee, ne s'effectuent cependant pas sans un certain flottement. Alors que le haut commandement a ordonné leur repli à la hauteur de la voie ferrée Châlons-Verdun de part et d'autre de Sainte-Menehould, le général von Knobelsdorf, chef d'état-major de la 5ème Armee, redoutant une attaque en provenance de Verdun, opte pour un bien plus large retrait[5].

Pendant ce temps, côté français, le 2ème C.A.[6] du Général Gérard bien que très fatigué, entame une remontée sur le flanc ouest de l'Argonne tandis que le Général Sarrail engage deux de ses corps entre Argonne et Meuse[7]. Le 5ème C.A. force la marche et coiffe bientôt la butte de Vauquois mais le 15ème, qui traverse derrière lui en diagonale le champ de bataille, arrive trop tard pour prendre le relais.

Dans la précipitation qui est la leur, ni les Français, ni les Allemands n'ont assuré la moindre coordination entre leurs armées de part et d'autre de l'Argonne.

Le 13 septembre la 5ème Armee poursuit son repli au-delà de Montfaucon, ce qui va contraindre la 4ème Armee à procéder à un alignement à la hauteur de Binarville où elle sera rejointe le 15 septembre par le 2ème C.A. français.

Á la fin de l'été 1914, le rôle dévolu au massif forestier de l'Argonne s'avère donc bien différent de celui joué en 1792 démontrant ainsi que, si l'importance de la géographie est constante[8], il n'y a toutefois point de «déterminisme» conduisant inéluctablement aux mêmes résultats...

L'épineux problème de la forêt argonnaise...

À la fin septembre 1914, les états-majors allemands ont laissé de côté ce terrain difficile. Leurs unités ont simplement emprunté les rares liaisons transversales sans toutefois en tirer de réels avantages tactiques. Á la suite d'une erreur de relève, elles ont même perdu le contrôle de la route de Varennes au Four-de-Paris!


Á l'inverse, les Français emploient plusieurs éléments de cavalerie dans des missions devant permettre aux 2ème et 5ème C.A. de «se tendre la main» tandis que des unités d'infanterie, guidées par des bûcherons de la région, s'infiltrent profondément dans les bois. Néanmoins, pour tous, le constat est simple: les chemins et sentiers d'Argonne, tracés dans l'argile ou la gaize[9] se transforment rapidement, sous le climat humide du rebord oriental du Bassin parisien, en fondrières difficilement praticables.

Henri Caré[10], témoin oculaire note que «le moindre trou se change en un puits de boue, la moindre dépression en marécage. La plus petite piste, où le sol est tant soit peu frayé, devient vite une ornière gluante. Pour que les sentiers forestiers ne soient pas impraticables, il faudra les «parqueter» d'une couche de rondins; quant aux tranchées, il faudra sans cesse vider l'eau qui s'y accumule...» tandis que le major allemand Ernst Schmidt[11] confirme: «Vu l'humidité naturelle et l'abondance des sources à l'intérieur de la forêt, les végétaux grimpants de toutes espèces foisonnent: lierres et ronces, fougères et genêts, font du sous-bois, déjà dense en lui-même, un obstacle impénétrable...»

C'est donc contraintes et forcées que les deux armées allemandes, surprises par le mordant des Français qu'elles croyaient en plein désarroi, vont, chacune pour leur propre compte, commencer à pénétrer dans ces sous-bois qui, «avec ce coup d'œil propre aux latins pour les positions favorables,... (avaient été) aussitôt transformées en redoutables points d'appui...»

Néanmoins, la situation est désormais bien étrange!

-        Côté français, le général Sarrail[13] rappelle le 17 septembre au 5ème C.A. que sa mission est avant tout «offensive», tout en lui notifiant que ses attaques ne seront relancées que sur l'ordre de la IIIème armée.

-        En face, le Kronprinz demeure comme obsédé par «le danger de Verdun; le pilier intact du front français»[14] qu'il convient d'étrangler le plus rapidement possible!

Or, à cet instant, avec le retrait par les Français du front de Lorraine de la IIème armée du Général de Castelnau, pour être envoyée sur celui de l'Oise, une fenêtre d'opportunité semble s'ouvrir pour les Allemands! Deux attaques, menées simultanément, à partir de la Woëvre en direction de Saint-Mihiel puis le long de la vallée de l'Aire et, à l'opposé, entre Meuse et Argonne, devraient leur permettre de régler le sort de la place forte tant redoutée!

Ainsi l'armée du Kronprinz repart-elle à l'assaut des positions françaises le 22 septembre[15], accompagnée sur le rebord occidental de l'Argonne par la 4ème «Armee» qui, compte tenu des solides fortifications de campagne identifiées dans la forêt par les patrouilles de reconnaissance, se garde bien pour l'instant d'en dépasser les lisières.

Les Allemands ne tenteront de pénétrer sérieusement en forêt d'Argonne que deux jours plus tard, le 24 septembre. Ce jour-là la 4ème Armee, cherchant, à protéger son flanc gauche, se heurte à des retranchements français déjà solidement installés dans les sous-bois alors que les unités de la 5ème Armee, victimes de nombreux traquenards sanglants, ne parviennent pas sur l'objectif qui leur avait été assigné: Le-Four-de-Paris.

Le lendemain, 25 septembre, alors que la plus grande incertitude règne à l'intérieur de la masse boisée entre la Haute-Chevauchée et le Four-de-Paris, les Allemands sont, enfin, arrêtés à l'est de l'Argonne à la hauteur de Boureuilles, Vauquois, Forges-sur-Meuse. Néanmoins, les hommes du Kronprinz, qui ont pris pied sur les observatoires des hauteurs de Montfaucon et de la butte de Vauquois, tiennent-ils sous le feu la voie ferrée reliant Châlons à Verdun!

Pendant ce temps, le Général Dubail, commandant la Ière armée, ayant attaqué sur le flanc sud du saillant de Saint-Mihiel, les Bavarois ne sont plus en mesure, malgré le franchissement de la Meuse et la coupure de la deuxième voie ferrée reliant Verdun à l'arrière-pays, de progresser dans la vallée de l'Aire et prendre la IIIème armée à revers...

Le 28 septembre, devant le fiasco des dernières entreprises, le chef d'état-major de la 5ème Armee, le général von Knobelsdorf, confie au général von Mudra, commandant le XVIème A.K., le soin de prendre le contrôle du massif forestier à la hauteur de la route de Varennes. Un accord local est conclu avec la 4ème Armee qui détache sa 27ème I.D., avec mission d'assurer la jonction.

Bien que les mortiers et minenwerfer, dont disposent les Allemands, permettent de véritables préparations d'artillerie dans les ravins profonds et boisés, ce que ne sont pas en mesure de faire les canons de campagne de 75, engins à tir tendu; les Français finissent par reprendre quelques arpents de forêt et conservent le Four-de-Paris, pierre angulaire de l'Argonne occidentale.

Pour les Allemands, les Français sont maintenant là: «comme l'araignée dans son filet, (...) partout aux aguets... (agissant) comme des frelons, ils tirent puis disparaissent dans la sombre épaisseur des taillis...»

Or, pour faire tomber la place de Verdun, il ne saurait être question pour les Allemands de tolérer que les Français, même en infériorité numérique, puissent mener là une guerre d'embuscade et de harcèlement entre leur 4ème Armee à l'ouest de l'Argonne et la 5ème Armee à l'est! Pour le Général von Mudra, il s'agit de trouver les moyens matériels, classiques ou nouveaux, pour venir à bout des Français incrustés dans la masse boisée. Alors que les tentatives d'incendier la forêt, à l'aide de paquets d'étoupe enflammés, se sont avérées infructueuses, le 5 octobre, les Allemands ont recours à une arme nouvelle: le flammenwerfer (lance-flammes).

Désormais, alors que les Français ont, en puisant dans leurs ressources humaines, trouvé jusqu'à présent les moyens de pallier leurs carences en matériel, se pose la question de savoir s'ils sont en mesure de poursuivre la véritable «guerre de siège en forêt» que l'adversaire lui impose!

La nouvelle donne...

Nommé officiellement commandant du secteur de l'Argonne, butte de Vauquois inclusivement, le 13 octobre, le Général von Mudra abandonne immédiatement les grandes attaques vers le Four-de-Paris et la vallée de la Biesme. Il confie la guerre, au jour le jour, aux commandants de secteurs avec pour instruction de «ne pas engager des attaques d'envergure, inutiles et coûteuses en vies humaines».

Ce technicien, issu du corps des pionniers, va, grâce à un travail acharné, et en s'appuyant sur les ressources de la place de Metz, transformer au fil des mois, l'Argonne en une puissante forteresse forestière capable de générer des attaques d'une âpreté sans pareille.

Remarquable organisateur, Mudra dégage de cette façon du temps pour se consacrer à ce qu'il considère comme l'essentiel, c'est-à-dire l'aménagement systématique des voies de communications de l'Argonnenbahn[17] et à la mise en place d'importantes infrastructures, d'artillerie, des positions de mitrailleuses, de minenwerfer et d'abris pour les troupes.

En face, la IIIème armée du Général Sarrail[18] est dans une position peu confortable. Alors que les combats de la course à la mer se poursuivent à l'ouest, cette armée doit conjuguer son action avec la Ière armée sur le saillant de Saint-Mihiel, et se relier à la IVème en Champagne. Ainsi, de façon à assurer la sécurité de ses communications, Sarrail considère-t-il comme indispensable de dégager la ligne de chemin de fer qui est, à la hauteur d'Aubréville, à quelques kilomètres seulement de la ligne de front.

Dès le mois d'octobre, alors que sur le terrain, les deux aviations essayent toujours de percer le secret de l'adversaire car, comme l'affirme le commandant Barès[19], «dans ce sacré pays il n'y a pas un observatoire potable...», s'engage une bien étrange guerre. Côté français, Sarrail, qui cherche à protéger la voie ferrée conduisant à Verdun, s'efforce de chasser les Allemands des points hauts de part et d'autre de la vallée de l'Aire, Vauquois et les promontoires à l'ouest de Boureuilles, alors que les Allemands de Mudra font porter leurs efforts sur la partie occidentale de l'Argonne, le long de la vallée de la Biesme, pour essayer de dépasser le Four-de-Paris et accéder ainsi aux Islettes...

Les tentatives désespérées de la 10ème D.I. française pour reprendre, à la baïonnette, la butte de Vauquois, comme les assauts allemands en direction du plateau de Bolante, donnent rapidement une idée de ce que sera désormais la guerre dans l'Argonne: un sanglant rapport de force permanent...

 

À partir du mois de novembre, faute d'être véritablement en mesure de contrôler le massif forestier, Français et Allemands s'attachent à empêcher toute circulation par des fusillades balayant, de façon quasi continuelle, les sous-bois encombrés de broussailles presque impénétrables... Les deux adversaires sont finalement réduits à de longs travaux d'approche en poussant en direction de l'ennemi des boyaux, des sapes et en faisant sauter des mines pour contrer les travaux de ceux d'en face... En Argonne, la guerre pour la terre est devenue une guerre sous la terre...

Mission: tenir...

Fin 1914, le Général Joffre n'a toujours pas renoncé à l'offensive! Espérant infliger à l'ennemi des pertes supérieures à celles des Français, il confie donc au Général Sarrail la mission de «tenir le secteur de l'Argonne, de la Meuse à l'Aisne».


Ainsi la IIIème armée est-elle confirmée, non seulement dans sa fonction de gardienne de l'Argonne mais également avec pour mission de soutenir l'engagement de la IVème armée en Champagne tout en agissant au profit de la Ière armée dont l'objectif est de réduire le saillant de Saint-Mihiel!

Le front d'Argonne n'étant pas considéré comme prioritaire, ont été poussées là des troupes comportant de nombreux étrangers, Russes, Polonais, Américains, Tchèques, Slovaques, ... engagés à titre individuel dans les armées françaises. Seuls, à cette date, les Italiens sont constitués en une unité de la Légion étrangère.

Fortement pressée, coincée au fond des ravins, la 10ème D.I. du Général Gouraud, reçoit le renfort de la Légion garibaldienne[20]. Toutefois, force est d'admettre que l'enthousiasme ne vaut pas forcément efficacité! Les Garibaldiens sont décimés et la pression allemande n'en est pas pour autant amoindrie, bien au contraire!

Dès la nuit du 7 au 8 janvier 1915 l'ennemi profite des déplorables conditions météorologiques pour se ruer sur les positions françaises. Appuyé par des minenwerfer et mené avec méthode, cet assaut permet à l'ennemi de constituer une impressionnante poche dans le dispositif français, mais ses hommes demeurent piégés à leur tour dans les ravins et n'acquièrent toujours pas le carrefour du Four-de-Paris!

Quant au Général Sarrail, bien qu'il reconnaisse que les «nécessités du combat (ont entraîné un) manque de réserve», il met en cause l'encadrement de la division du Général Gouraud qui, selon lui, «laisse à désirer» Désormais, la situation est d'autant plus grave qu'un climat de suspicion s'est installé au sein même du commandement de la IIIème armée. Dans une sorte de réflexe d'autoprotection, les officiers ont, sur le terrain, tendance à se cantonner à des attitudes d'expectative et de moindre risque, alors que le Général Sarrail n'a de cesse que de les inciter à repartir à l'assaut!

Les rapports, déjà délétères, au sein des états-majors, ne s'améliorent pas quand, le 13 janvier, le 32ème C.A. du Général Humbert relève le 2ème C.A. du Général Gérard, complètement épuisé.

Ayant identifié la relève, cinq jours plus tard, l'ennemi cherche à impressionner les nouveaux venus en déversant sur eux un déluge de tirs de minenwerfer.

Au même moment, le 19 janvier, le commandant de la Ière armée, le Général Dubail, nommé depuis quelques jours «délégué» du général en chef pour l'ensemble des forces du G.P.E (groupe provisoire de l'Est)[21]; considérant la vulnérabilité de la place de Verdun «en communication avec le territoire national (que) par deux voies ferrées dont l'une est occupée à Saint-Mihiel, l'autre est menacée à Aubréville... (et dont) la situation s'aggraverait si l'avance allemande s'accentuait même légèrement» demande à partir du 26 janvier «un retour offensif» de la IIIème armée!

Sur place, le débat est vif entre les Généraux Sarrail et Humbert. Le premier ayant ordonné au second, d'étendre le front de son C.A., celui-ci proteste et attire l'attention du commandant de la IIIème armée sur les effets pervers de cette extension. Selon le commandant du 32ème C.A., l'accroissement du nombre de bataillons en ligne aurait pour conséquence d'allonger la périodicité des relèves ce qui serait de nature à nuire gravement au moral des troupes.

La question étant d'importance, les trois généraux, Dubail (G.P.E.), Sarrail, (IIIème armée) et Humbert (32ème C.A.), réunis en conseil à Sainte-Menehould le 25 janvier, décident, pour épauler le 32ème C.A., d'étendre le front sur la droite en faisant entrer en lice le 5ème C.A. du Général Micheler.

Or, le 29 janvier à 6 heures 30, alors que le temps a viré au froid vif et sec depuis une semaine, les Allemands attaquent par surprise, après une brève préparation d'artillerie, sur le flanc occidental de l'Argonne. Malgré plusieurs contre-attaques, le terrain concédé ne peut être repris! Pour les survivants le Bois de la Gruerie sera rebaptisé «Bois de la Tuerie»!

Selon Sarrail, implacable, certaines troupes ne seraient «pas assez exercées à la guerre en forêt» et pour d'autres, il incrimine toujours le mode d'engagement du commandant de la division de pointe dont le front était «trop étendu pour ses effectifs»!

Sarrail, estime, et il n'en démord toujours pas, qu'il faut prendre Mudra de vitesse avant qu'il n'impose tout à fait son style de guerre: puissants feux d'artillerie, mines dévastatrices, assauts démentiels menés à grands renforts de moyens!

Le 10 février, les Allemands, dotés d'un puissant matériel, repartent à l'attaque.

Le Général Humbert considère que, bien au-delà d'une situation topographique défavorable pour le 32ème C.A., «les gens d'en face (...) faisaient preuve d'une valeur remarquable, mais surtout (que ses hommes pâtissaient) d'une infériorité manifeste en artillerie et armement».

Néanmoins, pour favoriser les opérations de la IVèmearmée sur le front de Champagne, la IIIèmearmée n'a de cesse que de se montrer agressive avec les moyens laissés disponibles : mines et vieilles pièces «de Bange» provenant de batteries côtières désaffectées!

La mésentente entre Sarrail et Humbert est toutefois telle que ce dernier est muté par Joffre[23] au Détachement d'Armée de Lorraine le 9 mars.

Fin mars, la IIIème armée, à défaut d'avoir réussi à mettre la voie ferrée d'Aubréville à l'abri des coups, a malgré tout contribué à fixer en Argonne d'importantes forces ennemies qui lui ont manqué, face à la IVème armée, en Champagne. Même si les gains en terrain sont peu importants, les Français occupent partiellement la butte de Vauquois ce qui en empêche la libre disposition par l'ennemi. Preuve encore de leur combativité, les Français ont endigué la poussée ennemie en creusant, entre le Four-de-Paris et la vallée de l'Aire, quelques trois kilomètres de galeries de mines et ont fait sauter, en 52 fourneaux, plus de sept tonnes d'explosif!

Le coût humain est toutefois si élevé - plus de 27.000 hommes - hors de combat, qu'il pose inévitablement, à terme, le problème de l'usure physique et morale de cette armée.

Une équation tactique.

Malgré tout, début avril, les opérations à l'est de l'Argonne n'ont pas permis de résoudre le problème de la vulnérabilité de la ligne de communication de Verdun alors que celles de réduction de la hernie de Saint-Mihiel, préparées depuis plusieurs semaines par la Ière armée, vont être engagées.

Faute de nouveaux moyens, il s'agit toujours pour la IIIème armée de ne pas laisser l'initiative à l'ennemi et de ne pas lui permettre de prendre l'ascendant moral.

Le 4 avril, de façon à faire du volume, elle se lance, en plus de l'attaque sur Vauquois, dans deux autres opérations. Les assauts d'infanterie sont appuyés par de petits groupes de combat du génie chargés de s'en prendre aux installations ennemies.

Dispersion des moyens oblige, les Français ne glaneront là que quelques miettes de terrain de l'Argonne. Pire, les pertes enregistrées viennent encore affaiblir des effectifs déjà entamés par la maladie!

De leur côté, constatant qu'ils ne parviennent pas à déboucher, les Allemands n'en poursuivent pas moins leurs tentatives pour perturber le trafic sur la voie ferrée de Verdun en effectuant le 26 avril[24] à 4 heures 30 du matin un premier bombardement sur la gare de Sainte-Menehould.

Alors qu'au cœur du massif forestier les deux adversaires se livrent une guerre sans merci, le 6 juin, les Français, ont, eux aussi, recours à ces armes terrifiantes que sont les lance-flammes[25]. Une compagnie des sapeurs-pompiers de Paris est chargée de mettre en œuvre les engins nouveaux que sont les 18 appareils «Schilt»[26].

Immédiatement, c'est la panique chez l'ennemi! Mais un dépôt de munitions, touché par un obus de crapouillot, explose et renvoie sur les tranchées françaises une gigantesque boule de feu! Le bilan est lourd: 31 tués dont 6 disparus et 127 blessés... Le choc psychologique est considérable!

Le 20 juin, le commandement allemand, ne parvenant pas à ses fins, change de tactique. Cette nuit-là, vers 2 heures du matin, le bombardement initié depuis une quinzaine de jours s'accentue brutalement puis, à partir de 7 heures 30, l'ennemi procède à un report de tir sur la deuxième ligne française. Ses escadrilles se mettent à régler sur le front de la Gruerie, de part et d'autre de la route conduisant aux Islettes[27], des tirs d'artillerie d'un genre nouveau, avec une forte proportion d'obus à gaz.[28] Une demi-heure plus tard, c'est le tour des minenwerfer, puis celui de l'artillerie lourde et, enfin, deux divisions dotées d'un important matériel montent à l'assaut!

Submergés, les fantassins français cèdent du terrain puis se reprennent. Après une lutte qui a duré toute la journée, l'ennemi n'est parvenu à progresser que sur une distance de 3 à 400 mètres à l'est de la route de Binarville. Dans les jours qui suivent, le combat se poursuit par un duel d'artillerie et, dans les tranchées, par des volées de grenades, le temps pour les adversaires de reprendre leur souffle...

Le 26 juin, forts de leur première démonstration, les Allemands se ruent à l'assaut et, élargissant le front d'attaque, réussissent en quatre jours, malgré l'extrême pugnacité de la défense française, à s'enfoncer, par la vallée de la Biesme, jusqu'à sept kilomètres de la gare des Islettes. Une fois encore les Français refoulent cet adversaire qui, ne s'avouant toujours pas vaincu, renouvellera à plusieurs reprises ses tentatives.


Le 30 juin, toujours selon la méthode initiée par Mudra en janvier, l'ennemi réitère une nouvelle attaque: intense préparation d'artillerie destinée à écraser les premières et deuxièmes lignes alors que certains points, carrefours, fonds de ravins, postes de commandement, positions de batteries, etc. font l'objet de frappes spécifiques à l'aide d'obus asphyxiants, explosions de mines, puis, quand les lance-bombes ont fini de démolir les ouvrages, assaut visant à la conquête de la seule première position mené sur un large front par les forces du secteur.

En face, faute de munitions, l'artillerie française n'est pas en mesure d'apporter un appui efficace à son infanterie. En soirée, les Français ont donc non seulement abandonné quelques centaines de mètres de terrain de part et d'autre du saillant de Bagatelle mais cette journée a encore coûté au 32ème C.A., désormais commandé par le Général Duchêne, de l'ordre de 3.000 tués ou disparus et 1.500 blessés! Il ne reste, en réserve, que quelques bataillons relevés la veille des tranchées!

Toujours aussi pugnace, le 2 juillet, l'ennemi repart en avant dans les mêmes conditions que l'avant-veille. Cette fois encore le 32 ème C.A. résiste mais le Général Duchêne doit engager jusqu'à la dernière de ses compagnies. La plupart des officiers et sous-officiers ont été tués! En quatre jours ce corps d'armée a perdu plus de 8.000 hommes dont près de deux cents officiers. En face, les pertes allemandes sont estimées au tiers!

Le saillant de Bagatelle est tombé et, sur un front de 3,5 kilomètres, l'ennemi a enlevé le terrain sur une profondeur d'un kilomètre mais, comme l'affirment, toujours avec flegme, les Poilus: «Ils ne sont pas passés!»

Dans les jours qui suivent, Joffre exige que «la supériorité morale» soit rétablie par une contre-offensive, dont il indique qu'elle devrait être conduite par le 32 ème C.A., celui-là même qui vient de perdre tant d'hommes et qui, pire encore, est maintenant accablé par la fièvre typhoïde!

Or, le 13 juillet, en prenant l'initiative, sur la partie centrale du massif forestier, le commandement allemand devance une nouvelle fois l'assaut préparé par les Français pour le lendemain!

Toutefois, quand à 3 heures 30, heure française, précédé d'un tir d'anéantissement et de plusieurs explosions de mines, l'ennemi passe à l'attaque, sur un terrain noyé dans les vapeurs de gaz toxiques, il n'y a point de véritable surprise: un déserteur avait confirmé ce que le commandement français avait pressenti!

Les lignes téléphoniques sont coupées mais les liaisons au sein de la division qui subit l'assaut ne sont pas rompues. L'escadron de cavalerie divisionnaire a été déployé dès que l'alerte a été donnée, suppléant ainsi des liaisons téléphoniques en partie détruites.

Durant toute la journée, en dépit des difficultés matérielles accumulées, les Français n'ont jamais laissé l'ennemi prendre l'ascendant. Les unités, qui ont connu quelques flottements, ont toujours été ramenées au combat par leurs chefs. Avantage certain, canonné, attaqué par les avions français, le ballon d'observation ennemi a été contraint au repli!

Le 14 juillet, malgré le typhon de feu de la veille, les Français contre-attaquent...

Certes, les Allemands ont globalement progressé mais l'étonnante résistance des Français surprend tellement le Kronprinz qu'il vient, sur place, se faire expliquer les détails du combat!

Un abcès à vider!

En un mois, du 20 juin au 20 juillet, la III ème armée a eu de l'ordre de 32.000 hommes mis hors de combat dont 45% de tués ou disparus.

Alors que ces massacres, considérés comme démentiels, sont maintenant dénoncés à la tribune de la Chambre des Députés, Joffre confie à Dubail, commandant le G.A.E., la mission d'enquêter sur les derniers revers de la III ème armée.

Très rapidement, l'implacable verdict tombe! Le rapport conclut à l'insuffisance des mesures défensives, fait grief à Sarrail d'avoir minimisé les pertes et l'accuse encore d'être à l'origine du manque de confiance qui s'est instauré au sein de la III ème armée.

Le 22 juillet, vers 20 heures, un télégramme chiffré parvenu au Q.G. de Sarrail à Sainte-Menehould met fin à une longue période de tensions entre les généraux Joffre et Sarrail:

 

«Général Humbert est nommé au commandement de la IIIème armée, en remplacement du général Sarrail dont le gouvernement a décidé l'affectation à un autre poste et qui devra se présenter au ministre le 23 à quinze heures».

Certes, le général Joffre est passé outre les appuis politiques dont bénéficiait Sarrail, ce dernier sera malgré tout placé à la tête du Corps expéditionnaire en Orient dès le 5 août, mais il ne faut pas non plus minimiser le rôle de l'officier de liaison auprès de la IIIème armée, le colonel Alexandre, qui aurait fait ressortir quelques éléments de rancœurs personnelles entre les deux officiers généraux...

À chacun ses responsabilités...

Au lendemain de la Grande Guerre le Maréchal Foch, qui s'était montré «favorable à l'offensive», en sa qualité de professeur, puis de directeur de l'École supérieure de Guerre, admet dans ses Mémoires: «Si l'idée d'offensive par-dessus tout, de la marche résolue en avant, suffit à la rigueur de catéchisme au soldat, elle ne peut suffire au chef chargé de mener la troupe»[29].

Si effectivement, ce qui est enseigné ou publié, c'est à dire l'étude du passé examinée à la lueur de la culture de l'auteur, relève de la responsabilité de ce dernier, il ne saurait toutefois être question de dédouaner entièrement des siennes celui qui agit.

Le lecteur devra donc, à notre humble avis, non pas transposer les faits qui sont du domaine du passé, et donc définitivement révolus, mais étudier à son tour, avec toujours un œil extraordinairement vigilant, le cadre de son action qui varie considérablement en fonction de l'angle sous lequel il est apprécié: de la tactique la plus élémentaire jusqu'à la stratégie la plus subtilement élaborée.

Que l'officier, en situation de responsabilité, fasse donc un très sérieux examen critique de sa culture et de son expérience, et soit attentif à la façon dont il passera à l'acte en fonction de l'objectif de sa mission et de son environnement.

Si, ni la combativité des hommes, ni l'importance du renseignement, n'auront point échappé au lecteur attentif celui-ci aura bien noté par ailleurs que c'est à prix d'hommes que se payent les carences en moyens.

Ainsi, si l'Histoire devait seulement apprendre à raisonner ce serait déjà un grand progrès!




[1] Général Jules Louis Lewal, «Introduction à la partie positive de la stratégie», 1892.

[2] Mise en place par la loi du 20 mars 1880.

[3]À remarquer qu'il ne s'agit en aucun cas d'une ligne à atteindre.

[4] Sarrail, âgé de 58 ans, très marqué par son passage au cabinet du Général André, ministre de la Guerre (1902-1904), est un anticlérical notoire qui possède de puissants appuis politiques.

[5] Il ne s'agit pas d'une désobéissance vis-à-vis du Kronprinz car, dans le système d'état-major allemand, le chef d'état-major dispose de prérogatives bien différentes de celles de son homologue français.

[6] Appartenant à IVème armée.

[7] Le 6ème reçoit pour mission de repasser sur la rive droite pour couvrir Verdun face à la Woëvre.

[8] En retardant l'armée d'invasion du duc de Brunswick, et en accordant ainsi du temps à Dumouriez et Kellermann pour regrouper leurs forces sur le plateau de Valmy; le massif forestier de l'Argonne a joué en septembre 1792 un rôle stratégique de premier ordre dans la protection de Paris. Dumouriez, qualifiait d'ailleurs, non sans une certaine grandiloquence propre à son époque, le passage des Islettes sur la route conduisant de Verdun à Châlons, de «Thermopyles de la France» qu'il aurait défendu comme le spartiate Léonidas en 480 av. J.-C.

 

En 1870, l'absence d'une organisation permanente d'un niveau supérieur au régiment dès le temps de paix n'a pas été étrangère au manque de réactivité qui n'a pas permis d'exploiter les capacités défensives du rebord du plateau champenois...

[9] Formation géologique sédimentaire de l'ère secondaire dure à l'état sec, mais capable grâce à sa porosité de retenir d'importantes quantités d'eau.

[10] Dans un ouvrage, publié après la Grande Guerre sous l'égide de l'Association des Écrivains Combattants.

[11] Major Ernst Schmidt, in Argonnen, 1927, page 23.

[12] Major Ernst Schmidt, op. cit., page 29.

[13] Cet officier, à la personnalité controversée, peut se montrer très mondain mais également très dur, voire violent, à l'égard de ses subordonnés.

[14] Mémoires du Kronprinz.

[15] Avec deux jours de retard par rapport à la date initialement prévue pour des raisons de coordination avec la bataille des Flandres.

[16] Récit allemand «Argonnen» cité par le Général André Rouyer, Argonne 1914-1918, fascicule 4.

[17]À souligner que cette création de voies ferrées est très vivement critiquée par les commandants de secteurs qui reprochent à ces travaux d'attirer les feux des Français.

[18] Compte tenu de son rôle, à l'aile droite de la bataille de la Marne du 6 au 12 septembre, ses laudateurs font de lui le «premier sauveur de Verdun» alors que ses détracteurs affirment que c'est «la résistance de Verdun qui a sauvé Sarrail».

[19] Édouard Barès, ancien élève de Saint-Cyr, sera l'un des principaux organisateurs de la guerre aérienne avant de devenir, en 1927, inspecteur général de l'armée de l'Air.

[20] Commandée par le Lieutenant-colonel Guiseppe Garibaldi, le petit-fils du héros de l'indépendance italienne, engagé aux côtés des armées de la République en 1870.

[21] Sa zone de responsabilité va de l'Argonne incluse à la frontière suisse.

[22] Extrait d'une lettre adressée au Général Joffre.

[23] Pour lui témoigner sa confiance, Joffre remettra à Humbert la cravate de Commandeur de la Légion d'Honneur.

[24] Deux autres bombardements interviendront encore les 20 juillet et 14 septembre 1915 (ce dernier sur l'hôpital).

[25] Le mot n'entrera dans la langue française qu'en 1917.

[26] Réservoirs de pétrole sous pression d'une hauteur de 1,25 m. et d'un diamètre de 0,45 m. pour une contenance de 90 litres.

[27] Entre Binarville et Vienne-le-Château.

[28] La première attaque aux gaz a eu lieu le 22 avril 1915 sur le saillant franco-britannique d'Ypres (vecteur utilisé: des bombonnes au sol).

[29] Mémoires pour servir à l'histoire de la guerre 1914-1918, Librairie Plon, Paris, 1931, cité par le Lieutenant-colonel E. Mayer, in Revue militaire suisse, numéro décembre 1933, p. 587.