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Engagement opérationnel

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Campagne du Maroc et opération Serval : par-delà l’éloignement historique, une continuité réelle pour les SIC en opération

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par le CBA Claus

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Comparer l’opération Serval et la campagne de la Chaouïa est légitime, parce qu’au regard de l’histoire des transmissions militaires, aujourd’hui plus qu’hier encore, la Chouïa constitue à la fois un référentiel d’école et un fond de sac intemporel d’où se dégagent des principes immuaux , qui renforcent la notion d’appui au commandement.

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« Conservons par la sagesse, ce que nous avons acquis par enthousiasme » (CONDORCET).  
En 2013, les célébrations de la Saint-Gabriel ont été marquées pour la première fois, par la mise en avant d'une campagne emblématique pour les transmetteurs, celle de la Chaouïa. Par ce retour au goût du jour d'un fait majeur dont l'évocation a disparu des commémorations depuis plus d'un demi-siècle, le Père de l'Arme souhaite fédérer la communauté des Systèmes d'Information et de Communicationi autour d'un fait structurant.

Mais qu'a-t-il vraiment de structurant ? Peut-on, par exemple, étudier cette campagne, à l'aune des engagements contemporains tels que l'opération SERVAL?
Comparer l'opération Serval et la campagne de la Chaouïa est légitime, parce qu'au regard de l'histoire des transmissions militaires, aujourd'hui plus qu'hier encore, la Chouïa constitue à la fois un référentiel d'école et un fond de sac intemporel d'où se dégagent des principes immuaux , qui renforcent la notion d'appui au commandement.
Une telle assertion peut être étudiée sous le prisme des grands principes de la guerre selon le Maréchal Foch. En participant à la concentration des efforts de manœuvre dans un constant souci d'économie des moyens, les Transmissions contribuent toujours à préserver la liberté d'action du chef interarmées.
 
Les Transmissions participent à la concentration des efforts de manœuvre :
L'étude comparative des deux opérations permet d'établir une continuité qui structure la manœuvre des SIC en phase d'intervention. Un plot d'entrée de théâtre est défini (Casablanca/Bamako), sur lequel s'implante le poste de commandement opératif. De cette base, partiront les colonnes/reconnaissances offensives des GTIAii qui devront être raccordées, selon le principe de l'échelon supérieur qui vient relier l'échelon inférieur. L'accent est mis sur l'utilisation de moyens mobiles légers qui n'obèrent pas le rythme de la manœuvre. Puis, une fois les reconnaissances achevées, l'opération bascule en contrôle de zone, ce qui se traduit sur le plan des SIC par une stabilisation de l'architecture : celle-ci passe d'une utilisation de moyens légers mobiles à une valorisation des infrastructures fixes existantes, parachevant le déploiement. Les moyens mobiles deviennent alors des moyens secondaires.       
Cependant, si les deux opérations étudiées se révèlent globalement similaires dans leurs effets à obtenir, elles n'en demeurent pas moins typiques de la volonté politique de leur époque. L'effort des SIC ne s'est pas concentré de manière  

identique. En 1907, au Maroc, il s'agissait essentiellement de pourchasser et de soumettre les tribus rebelles ayant commis des exactions à l'encontre de la communauté européenne de Casablanca. En 2013, il s'agit de neutraliser au plus vite AQMIiii et ses affidés au Mali. De fait, cette volonté politique imprime un rythme élevé aux deux manœuvres. Mais, si pour la campagne du Maroc l'empreinte sur le terrain n'est pas délimitée dans le temps, ce n'est pas le cas pour l'opération Serval, qui s'est voulue limitée en phase de coercition de force par le calendrier politique, priorisant l'envoi de combattants aux appuis SIC. Dès lors, le transmetteur de Serval a dû concentrer ses efforts pour résoudre l'équation suivante : permettre le commandement de l'ensemble du déploiement en répartissant finement des moyens rares arrivant au « compte-goutte » sur le théâtre d'opération. S'en est suivi, une mise en place de réseaux nominaux non redondés pendant la phase 1 de l'ordre d'opération Serval, point de divergence essentiel avec le maillage redondé, mis en place par le lieutenant Metz sous la férule du capitaine Ferrié. Or, cette redondance du type de réseaux et de moyens mis en œuvre constitue un enseignement pérenne de la campagne du Maroc de 1907. Au Mali, les Transmetteurs ont donc constamment été à la limite de la rupture dans la fourniture de services, ce qui, pour le chef interarmes d'aujourd'hui, beaucoup plus que pour celui d'hier, est un fait polémique. Leurs efforts se sont donc concentrés à combler un retard imposé, ab initio, par la planification, pour assouvir au plus juste les besoins SIC des unités du 1er échelon.
Compte-tenu des handicaps de départ, le défi a d'ailleurs été relevé avec brio puisqu'un mois après le déploiement initial, les matériels, dont le précieux VAB Venusiv, appuyaient la manœuvre au plus près. Les transmetteurs de Serval, véritables combattants de l'ombre, ont donc concentré leurs efforts pour assurer les liaisons dans des conditions éprouvantes, au même titre que des sapeurs télégraphistes se sont usés à la tâche en leur temps, tels le sergent Freydier, mort d'épuisement en construisant la ligne Settat-Ouled-Saïd.  
 
Dans un contant souci d'économie des moyens,
Si dans un cas comme dans l'autre, la notion de concentration des efforts SIC s'est révélée essentielle pour le bon déroulement de l'opération, c'est aussi parce qu'elle s'est avérée consubstantielle du nécessaire devoir d'économiser les moyens.
Ce dernier se traduit tout d'abord par une mutualisation des supports, voire une interdépendance des systèmes interarmées. Ainsi, lors de la campagne de la Chaouïa, les transmissions télégraphiques terrestres étaient acheminées sur Paris (Tour Eiffel), au début de l'intervention française, par télégraphie radioélectrique, via le croiseur Kléber, mouillant en rade de Casablanca. Cette coopération interarmées fut la première du genre tentée sur une aussi longue distance, prémices aux coopérations interarmées modernes. Serval s'inscrit donc dans son sillage en mettant en œuvre des moyens SIC complémentaires appartenant aux trois armées. La Direction Interarmées des Systèmes d'Information s'occupe de la coordination technique des équipements, mis à la disposition d'un  
 

commandant des systèmes d'Information et de Communication Interarmées de Théâtrev qui en assure la mise à disposition au profit de la force appuyée. Quelque part, le capitaine Ferrié a initié la fonction... Cette coopération est aujourd'hui vitale pour les armées car elle contribue à  rationaliser des moyens onéreux et comptés.
Cette économie s'exprime aussi au travers le couplage de différents types de supports. C'est au cours de la campagne du Maroc, qu'une première « intégration radio-fil » a été réussie sur de longues distances. Il s'agissait, dès la station de sortie de théâtre de Casablanca, de transformer le message obtenu par moyens filaires ou optiques, en message radiotélégraphique envoyé en France par la station de retour métropole, le croiseur Kléber. L'interfaçage de différents systèmes s'opère pendant Serval de manière automatique grâce notamment à des stations satellitaires permettant l'intégration d'une bulle HF/VHF. Dans un soucis d'économie, l'organisation SIC à Serval fut aussi une première à sa manière, parce qu'à l'instar du déploiement marocain, elle a permis de pratiquer une intégration automatisée des systèmes pour la première fois pendant un engagement dynamique sur une échelle jamais testée en grandeur réelle auparavant.  
Enfin, ce que souligne aussi cette dernière remarque, c'est le glissement historique entre une logique initiale de maillage du territoire imposée par les caractéristiques techniques des systèmes déployés, vers la notion de bulles relayées par des « bonds » satellitaires. Ce que démontre l'opération Serval, eut égard aux élongations de la zone d'opération, c'est bien aujourd'hui l'entrée dans les mœurs de la notion d'espace lacunaire dans la conception des architectures SIC. Ceci met un terme au concept de réseau de zone, tels qu'aurait pu l'appeler le capitaine Ferrié, tel que défini aux débuts du système RITA.    
Ainsi, aujourd'hui comme hier, la logique d'économie des moyens prévaut, même si le comparatif entre Chaouïa et Serval démontre que le ratio de transmetteurs engagés est nettement supérieur en 2013. C'est donc que les transmissions s'avèrent incontournables....pour préserver la liberté d'action du commandement.   
 
 
 

Afin  de préserver la liberté d'action du chef interarmées.
En appui du commandement, aujourd'hui comme hier, les transmissions permettent surtout de préserver la liberté d'action du chef interarmes et interarmées lorsqu'elles agissent de manière transverse et avec efficacité à chaque échelon de la chaîne de commandement : stratégique, opératif et tactique.  
Certes, la question des ressources allouées aux premières phases de l'opération constitue un point de divergence entre les deux opérations. En effet, si le capitaine Ferrié n'a pas pu compter sur des moyens pré-positionnés, il n'a pas pour autant souffert d'un manque de ressources sur lesquelles il possédait un plein et entier contrôle. Pour Serval, l'imbrication de contraintes structurant l'opération, telles que l'ajout de GTIAs au déploiement Guépard initial et le souhait marqué de neutraliser au plus vite l'adversaire, ont engendré une mise en place quasi différée dans le temps de l'ensemble du panel de moyens de commandement nécessaires à une telle opération. Et pourtant, avec le recul, force est de constater que les transmetteurs ont su relever le défi en conservant les capacités décisionnelles en dépit d'aléas de tous ordres.  
En premier chef, c'est bien la question de l'adaptation des SIC aux contingences du milieu et de la force aéroterrestre qui a permis de rétablir une situation initiale incertaine techniquement. A l'instar des opérations de 1908, une fine gestion des allocations d'équipements arrivant ponctuellement sur le territoire les trois premières semaines, a été facteur de succès. En termes d'adaptation, la plus-value s'est concrétisée par un choix judicieux et parfois périlleux des moyens en fonction du terrain, du type de manœuvre et des services à descendre en fonction du niveau hiérarchique appuyé. Dans un cas comme dans l'autre, l'emploi de nouvelles technologies s'est révélé décisif pour conserver la liberté d'action des unités au contact : stations radiotélégraphiques sans fil en 1908, stations SOTMvi, Venus, capables d'opérer une extension satellitaire d'une bulle radio en 2013.   
En second lieu, priorité a été donnée en conduite au chef SIC tactique. Au même titre que les sapeurs télégraphistes ont pu bénéficier des moyens demandés tels que les poteaux supportant les lignes, les chaînes SIC opératives et stratégiques se sont révélées réactives aux demandes effectuées par l'échelon tactique.
Enfin, cette réactivité a été rendue possible par une prise de conscience dans l'action du caractère extra-ordinaire d'une telle opération pour les SIC. Des élongations importantes intra-théâtres ont initialement menacé la capacité des SIC à assurer la permanence des liaisons de « bout en bout ». Cette nécessité moderne a été assouvie pour la première fois entre Chaouïa et Paris. Déjà, des liaisons distantes hors-normes pour l'époque ont pu être vaincues pour assurer une permanence du commandement entre les niveaux stratégiques, opératifs et tactiques. Il fallait à peine trente minutes pour transmettre un message de la Chaouïa à la Tour Eiffel. Véritable permanence du commandement entre chaque strate hiérarchique d'une opération, le « bout en bout » contribue encore plus en 2013 à garantir la liberté d'action du chef parce qu'élément clé du processus  

décisionnel de tout Etat-major, dans un contexte contemporain exacerbé par la recherche de l'accès à l'information.
 
Pour conclure, que ce soit en Chaouïa ou au Mali, assurer la permanence du commandement à tous les niveaux est la mission majeure des Transmetteurs en tout temps, en tout lieu, quelques soient les conditions tactiques, climatiques ou géographiques. Comparer l'opération Serval à la campagne du Maroc est ainsi pertinent parce que cette dernière a jeté les bases procédurales des transmissions modernes en campagne. Par-delà les divergences conjoncturelles liées aux vicitudes de la poliorcétique, la manœuvre des SIC modernes ne déroge pas aux principes de la guerre selon le Maréchal Foch. Plus encore, cette comparaison est là pour rappeler un constat tout naturel en 1908, qui semble au regard du retour d'expérience de Serval, quelque peu oublié de nos jours : subdivision historique de l'arme du génie, les SIC sont bel-et-bien une arme d'appui aux effets non cinétiques. Sachons donc conserver par la sagesse ce que nos aînés sapeurs télégraphistes ont acquis par enthousiasme !   
 
i Communément dénommé par l'acronyme « SIC »
Description : VAB ML 3CCT EMT GTIA3 OP PANTHERE
ii Groupement Tactique Interarmes
iii Al Qaïda au Maghreb Islamique
iv Véhicule de l'avant blindé équipé d'une station satellitaire de type REMO asservie au porteur. Celle-ci permet une extension de la bulle SIR du GTIA et du S/GTIA en mouvement vers le haut, sans rupture de liaison jusqu'à 90 Km/h.  
v Communément dénommé par l'acronyme « COMSIC IAT »
vi Satellite On The Move 
 
 
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