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Engagement opérationnel

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Communication opérationnelle et opérations psychologiques: une coordination indispensable

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Par le chef de bataillon Hyacinthe de LAVAISSIÈRE

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Malgré la publication de nombreux documents sur l’importance des opérations d’informations dans les conflits modernes pour «gagner les cœurs et les esprits», une certaine incompatibilité entre les opérations psychologiques et la communication opérationnelle semble freiner la mise en œuvre de ces théories sur le terrain.

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Au-delà de la prudence nécessaire à ce champ d’action pour préserver notre crédibilité, le développement des opérations psychologiques en coordination étroite avec la communication opérationnelle s’impose sur tous les théâtres d’opérations et en particulier en Afghanistan.

En effet, les premières craintes de voir la communication qualifiée de bras armé des opérations psychologiques sont justifiées mais doivent être dépassées pour permettre une parfaite cohérence dans le discours et l’image de la force auprès des opinions publiques qui, au final, sanctionneront son action sur le terrain par un sentiment d’échec ou de réussite.

 

Afin de mieux comprendre les réticences des acteurs de la communication opérationnelle à travailler avec ceux des opérations psychologiques, il convient d’analyser les risques d’une coopération étroite et surtout les racines de cet état de fait.

Une des préoccupations permanentes et justifiées du communicant pour avoir un certain poids sur le terrain médiatique réside dans la conservation de sa crédibilité, qui participe au principe de conservation de l’initiative. En effet, il ne peut faire comprendre le sens de l’action de la force et lui donner l’image souhaitée si sa parole est systématiquement remise en cause comme ce fut le cas lors de la crise médiatique faisant suite aux combats d’Uzbeen. Mais il ne faut pas non plus tomber dans l’angélisme et les médias ne feront heureusement jamais abstraction de l’uniforme du communicant et considèrent donc, avec raison, que son propos est orienté afin de donner une image positive de la force. En réalité, cette défiance vis-à-vis de l’action d’influence trouve davantage ses racines dans sa réputation controversée issue de la guerre d’Algérie qui a vu son essor, y compris sur le plan doctrinal, avec la parution en 1957 du TTA 117. Sa relecture permet d’ailleurs de comprendre et de dépasser ces souvenirs douloureux liés à la manipulation des masses, à la propagande, et au-delà, à la torture. Ce document ne fait pas l’apologie de méthodes aujourd’hui condamnées et abandonnées mais il montre avec une actualité étonnante la nécessité de maîtriser les opérations psychologiques dans un conflit contre-insurrectionnel. Ainsi, l’utilisation médiatique par les insurgés des combats d’Uzbeen démontre, s’il en était besoin, qu’il est grand temps de se battre aussi sur le terrain psychologique occupé majoritairement par nos adversaires. Il s’agit donc pour le communicant de reconnaître qu’il a pour mission d’influencer la population locale, mais aussi celle de la base arrière et au-delà, dans sa perception de l’action de la force. En ce sens, son action rentre dans le champ des opérations psychologiques. À l’inverse, les acteurs des opérations psychologiques doivent considérer les communicants comme des alliés et des partenaires, sans qui leur travail a peu de chance d’avoir l’impact qu’il mérite.

Ainsi, chacun doit être convaincu de la légitimité et de la nécessité de la guerre psychologique: le fait que notre action ne se fonde pas sur les mêmes valeurs ne doit pas signifier que nous laissons à l’adversaire l’arme psychologique.

 

Au-delà de ces réticences culturelles, les opérations psychologiques et la communication opérationnelle ont besoin d’une coopération et d’une coordination étroite, gages d’une efficacité fondée sur la cohérence et la puissance des messages délivrés.

Avec la prééminence de l’image dans le champ d’action médiatique, la convergence des moyens semble évidente en particulier sur l’utilisation des photos et des vidéos réalisées par les équipes militaires opérant dans la zone concernée. En effet, pas moins de deux équipes images issues de l’ECPAD et du SIRPAT sont déployées à l’heure actuelle en Afghanistan. Leur production sert principalement à alimenter le site Internet de l’EMA, mais vient aussi grossir le fond documentaire mis à disposition des médias. Ainsi, les télévisions s’appuient parfois sur ces images lorsqu’elles n’ont pas les moyens ou la possibilité d’envoyer une équipe au cœur des combats. On saisit ici le champ d’influence possible vers les médias mais, paradoxalement, les opérations psychologiques sont totalement absentes de cette procédure. De plus, les acteurs des opérations d’influence n’ont pas réellement accès aux images produites ce qui prive la Force d’ajouter à l’action directe de la communication opérationnelle, l’effet indirect de l’action psychologique qui viendrait renforcer l’impact des messages passés en préparant les esprits à les entendre. Début 2009, l’explosion d’un véhicule suicide en plein centre de Kaboul a fait comme de coutume davantage de victimes civiles que militaires. Or, celles-ci ont été soignées par l’ISAF, action accompagnée d’une communication relativement discrète de la chaîne communication. Outre cette timidité sur laquelle on peut s’interroger, cette communication sur l’aide apportée à la population, victime de la violence aveugle des insurgés, aurait pu recevoir un complément utile par une campagne d’affichage sur le carrefour concerné rappelant les «bienfaits» des insurgés pour les enfants afghans et proposant peut-être un numéro vert pour qui voudrait éviter de nouvelles victimes innocentes. Or, la matière était disponible mais ici, l’absence de moyens réactifs comme de tout travail coopératif entre la communication opérationnelle et les opérations psychologiques ont limité les effets bénéfiques de cette action au cercle restreint des victimes soignées. Pour apporter la division dans le camp adverse et surtout couper les insurgés de la population, la timidité n’est pas de mise. D’ailleurs, tout silence est aujourd’hui interprété par les médias comme une tentative de cacher un échec. Le premier bénéfice direct à attendre d’une baisse du soutien de la population aux insurgés sera la baisse notable du niveau de violence, permettant un développement économique plus facile et surtout une confiance grandissante du peuple afghan dans ses institutions. Comme on peut le constater, il s’agit d’enclencher un cercle vertueux et le couple communication opérationnelle/opération psychologique peut largement y contribuer.

Une véritable cohésion entre la communication opérationnelle et les opérations psychologiques permettra donc d’éviter le flou et la confusion dans les messages et à contrario de frapper les esprits directement et indirectement par des images claires et cohérentes.

 

À ce stade, il devient nécessaire d’embrasser le champ de bataille médiatique de manière plus large, à savoir l’opinion publique afghane mais aussi celle des Français en s’interrogeant sur notre vulnérabilité critique. En d’autres termes, quel pourrait être le signe de notre défaite? Ceci afin de déterminer où notre effort de communication et d’influence doit porter.

Tout d’abord, il faut considérer deux données bien distinctes: selon des sondages de 2008, 87% des Français ont une bonne opinion de l’armée de terre et parallèlement, plus de 50% des Français ne sont pas favorables à l’engagement de nos soldats en Afghanistan. Ces chiffres étaient vrais avant les combats d’Uzbeen, et la crise médiatique qui a suivi se comprend mieux à la lumière de ces sondages. Ils illustrent l’absence de préparation psychologique de notre opinion publique, faute de débat au moment du déploiement des renforts français à l’été 2008, renforcée par l’absence encore de communication sur la réalité et la dureté des combats. Or cette négligence de la base arrière dans le combat médiatique a permis à nos adversaires d’exploiter la faiblesse de notre opinion publique. Ainsi, quand bien même nos soldats remportent des victoires sur le terrain, combien de temps le peuple français acceptera-t-il morts et blessés issus d’un engagement qu’il ne comprend et ne soutient pas? Le capital sympathie accordé à ses soldats doit constituer ici un levier pour «gagner les cœurs et les esprits» en commençant devant notre porte.

 

Ainsi, la cohérence et l’action du couple communication/opération psychologique est cruciale non seulement sur la zone des opérations mais surtout au niveau stratégique car c’est notre opinion publique qui sanctionnera notre engagement par un sentiment de réussite ou d’échec. Dans ce combat où il faut convaincre, il serait regrettable de sous-estimer le courage du peuple français à assumer ses responsabilités. Nos soldats sont de ce peuple, et le courage ne leur a pas manqué sur les pentes du col de Sper Kundaï.

 

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