Traitement en cours, merci de patienter...
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
 
Saut de ligne
Image
Saut de ligne
Valeurs de l'Armée de Terre

Image
Saut de ligne

De l’année des ruptures (2015) à celle des opportunités (2016)

Image

Par le Général de corps d’armée Philippe PONTIÈS, inspecteur de l’armée de Terre

Image

Si, pour la France, 2015 a constitué une véritable rupture stratégique, l’irruption du terrorisme djihadiste au cœur même de nos villes a représenté pour les armées en général, et l’armée de terre en particulier, un profond bouleversement du paradigme sécuritaire.

Image
Image
Une série d’attentats meurtriers illustrait de manière dramatique le caractère à la fois polymorphe et imprévisible de la menace, laquelle se concrétisait en l’espèce par des actions d’une extrême dureté et le recours à des modes d’actions, des postures, des procédés et un armement quasiment identiques à ceux utilisés par le terrorisme en bande sahélo-saharienne. Les événements du 7 janvier ciblaient très clairement la communauté israélite et les journalistes, tandis que ceux du 13 novembre frappaient nos concitoyens sans distinction de race, religion ou profession. Notre pays était ainsi agressé en tant que symbole de liberté, et nié dans ses fondements laïques et républicains. Nos concitoyens découvraient avec effroi que la France était de fait devenue la cible privilégiée d’extrémistes organisés, mus par une haine tenace de ses valeurs et de ce qu’elle peut aujourd’hui représenter aux yeux du monde. Nos soldats étaient confrontés au Bataclan à de véritables scènes de guerre…
Face à une situation de crise majeure, le président de la République, chef des armées, décidait immédiatement le déploiement, en quelques jours à peine, de 10.000 soldats en armes sur le territoire national. L'opération Sentinelle venait de naître. Conformément aux termes de son contrat opérationnel, l’armée de Terre, déjà fortement engagée en opérations extérieures et en missions de courte durée sur les départements et communautés d’outre-mer, se retrouvait en première ligne sur le territoire national. Certes, nos soldats avaient régulièrement l’occasion d’opérer sur le territoire français à travers la mission Vigipirate, la lutte contre l’orpaillage clandestin en Guyane (opération Harpie) et la participation, chaque été, à la lutte contre les feux de forêt; mais la nouveauté provenait ici de la nature même de la mission combinée au volume des forces engagées. Sentinelle n’était pas une simple extension de Vigipirate, mais une opération en soi, exigeant de nos soldats le même niveau de préparation opérationnelle et de force morale qu’une opération extérieure.
Face à cette situation inédite depuis bien longtemps, l’armée de Terre a vu le référentiel qui prévalait depuis près de vingt ans profondément bousculé, exigeant des hommes et des structures une adaptation rapide à la nouvelle donne sécuritaire. Pour autant, elle ne s’est pas laissé surprendre, puisque son nouveau modèle, impulsé par le Général Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, et baptisé «armée de Terre au contact», intégrait dès septembre 2014 l’occurrence d’une menace de grande ampleur sur le territoire national et la possibilité d’avoir à y répondre par un engagement massif afin de protéger nos concitoyens. Agissant sous l’autorité des préfets de zone, et en appui des forces de sécurité intérieures (FSI) dont elle complète l’action, l’armée de Terre a d’emblée démontré son savoir-faire et sa capacité d’adaptation à travers cet engagement nouveau pour elle. Inscrivant son action dans le concept émergent de «posture de protection terrestre», elle s’est très vite attachée à transposer sur le territoire national les qualités individuelles et collectives acquises à l’entraînement puis durant les préparations et engagements opérationnels hors métropole: réactivité, polyvalence, maîtrise de la force, réversibilité, endurance.
Une telle efficacité a par ailleurs été facilitée par la robustesse de l’organisation territoriale interarmées de défense (OTIAD), chaîne opérationnelle méconnue que le Général de corps d’armée de Saint-Chamas, officier général de la zone de défense et de sécurité ouest, a longuement présentée dans ces colonnes (Cahiers du CESAT n° 42 – décembre 2015). Parallèlement, au fil des mois, les relations entre les armées et les forces de sécurité intérieure ont évolué vers une meilleure connaissance mutuelle, gage d’une coopération accrue et plus efficace.
Cette opération a suscité de nombreuses marques de reconnaissance de la part de nos concitoyens, mais aussi des plus hautes autorités de l’État en passant par la représentation nationale. La création de la médaille de la protection militaire du territoire est venue formaliser cette reconnaissance tout en actant, avec la mise en place d’une indemnité pour sujétion spéciale d’alerte opérationnelle (AOPER), un début de parallélisme des formes entre OPEX et opérations sur le territoire national. Sentinelle a achevé de convaincre nos concitoyens les plus sceptiques de la pertinence de l’effort national de défense, mais aussi de la solidité et de la fiabilité de leur armée de Terre dans le traitement de crises majeures.
Tirant les conséquences de ces exigences nouvelles, le président de la République décidait, dans le cadre de la loi de programmation militaire 2014-2019, de porter l’effectif de la force opérationnelle terrestre de 66.000 à 77.000 soldats. Après les attentats de novembre, ces mesures seront complétées par le gel, jusqu’en 2019, des déflations d’effectifs prévues dans le cadre de cette LPM. Parallèlement, un véritable élan était donné à la politique des réserves, complément indispensable et pertinent à l’armée d’active: forte montée en puissance de ses effectifs (de 28.000 à 40.000 hommes et femmes pour les armées, dont 24.000 pour l’armée de Terre), attribution d’un contrat opérationnel dans le cadre de la fonction «protection» (déployer 1.000 réservistes/jour, dont 80% de terriens à l’horizon 2019), employabilité améliorée (réduction du préavis de convocation, augmentation du nombre de jours annuels accomplis et professionnalisation de la gestion des réservistes).
Une telle mue ne s’est pas opérée sans difficultés, notamment du fait de la prolongation de Sentinelle au-delà du cadre temps prévu par le contrat opérationnel, et cela sur fond de mise en œuvre du projet «au contact» dont le rythme ne s’est pas pour autant ralenti. En quelques mois, l’activité des forces a été profondément modifiée en nature (émergence du territoire national) comme en volume (10.000 soldats sur le TN, des engagements extérieurs maintenus à un niveau élevé, apparition du dispositif Cuirasse de protection des installations de défense). Les unités sont rapidement entrées en surchauffe, avec des répercussions sensibles sur la préparation opérationnelle, le fonctionnement quotidien des unités et la performance des soutiens. La préparation opérationnelle interarmes devenait momentanément une variable d’ajustement, l’accent étant mis sur la préservation des fondamentaux liés aux missions communes de l’armée de Terre (MICAT) et la mise en condition avant projection des unités déployées sur les théâtres d’opération les plus exigeants. La remontée en puissance des effectifs générait une expansion des besoins en formation initiale de même qu’un alourdissement du plan de charge des écoles d’armes. Cette conjoncture créait un niveau d’absentéisme hors garnison très élevé, mais aussi une tension forte sur les cellules familiales soumises aux aléas de programmation.
Dans un tel contexte, le moral de l’armée de Terre résistait bien grâce à la solidité et à la cohésion des équipes de commandement, aux excellentes relations inter-catégorielles, à un esprit de corps très marqué, fondé sur des traditions solidement ancrées et sources d’une réelle fierté. Dès lors, 2016 s’impose naturellement comme l’année des opportunités pour parachever ce qui a été entrepris tout en continuant à honorer l’ensemble des engagements opérationnels.
2016 sera d’abord l’année de la poursuite de la remontée en puissance, avec un défi de recrutement exceptionnel: 15.000 soldats d’active et 5.000 réservistes. C’est un enjeu stratégique. Il s’agit, pour l’armée de Terre, de redonner à ses régiments l’oxygène nécessaire pour réduire l’atomisation, diminuer la pression sur le rythme de Sentinelle, remettre la préparation opérationnelle au cœur des activités et maîtriser l’absentéisme hors garnison tout en garantissant les contrats OPEX et OPINT, les missions courte et longue durées, les alertes, la nécessaire préservation des bases arrières et des fonctions de soutien permanent, l’autoprotection et la gestion d’un niveau incompressible d’indisponibles. Ce ne sont pas moins de 19 unités[i] d’infanterie, de 10 unités de cavalerie, de deux unités du génie qui ont vu ou verront le jour d’ici l’été prochain, à quoi il faut ajouter la densification du 5ème régiment de dragons, par ailleurs réorganisé en unité harpon du système Scorpion, de même que la 13ème DBLE également densifiée et relocalisée au Larzac. Bien évidemment, il s’agira aussi d’être attentif à toutes les mesures d’accompagnement de cette montée en puissance, notamment en matière d’infrastructure, de plans d’équipement et de soutien: les ressources financières sont au rendez-vous et l’ensemble des états-majors, directions et services interarmées sont en ordre de bataille pour donner à chaque unité les moyens, à terme, d’assurer sa mission.
Deuxième enjeu de cette année 2016: la mise en œuvre du projet «au contact», qui sera effective à 90% dès cet été. Il s’agit d’avoir une armée de Terre adaptée au monde qui vient, avec une offre stratégique élargie, notamment dans ses volets «prévention» et «protection». Vingt ans après la professionnalisation, c’est aussi le modèle d’une armée de Terre arrivée à maturité. Maturité qui favorise la capacité de nos soldats à intervenir sur des champs opérationnels différents sans adaptation préalable systématique. Ce nouveau modèle est enfin celui de l’arrivée du programme Scorpion, qui répondra aux exigences de mobilité, d’observation, de capacités de feu et de niveau de protection du combattant requises par les engagements opérationnels d’aujourd’hui et de demain. Programme d’armement global et ambitieux donc, structuré pour l’essentiel autour de deux divisions et six brigades interarmes densifiées, soit les deux tiers de la force opérationnelle terrestre.
Troisième enjeu: consolider l’existant et stabiliser la force opérationnelle terrestre. D’abord par un effort marqué sur la préparation opérationnelle métier pour lutter contre l’absentéisme hors garnison et l’érosion régulière de la capacité opérationnelle des régiments, stabiliser la programmation, ralentir le rythme des rotations des unités sur Sentinelle et maintenir jusqu’à la fin du processus de remontée en puissance un taux d’activité minimum dans les centres d’entraînement spécialisés. D’autres mesures complémentaires sont d’ores et déjà mises en œuvre, telles la réattribution aux chefs de corps d’un certain nombre d’actes de gestion de leur ressource humaine et la dynamisation du maintien en condition opérationnelle pour permettre à l’armée de Terre de produire plus de disponibilité technique opérationnelle qu’elle n’en consomme.
D’autres chantiers sont encore ouverts, relatifs à la condition du personnel notamment, avec la mise en place prévue d’un plan d’amélioration de la condition militaire et la rénovation de la concertation. Engagée sur tous les fronts, l’armée de Terre évolue en profondeur. C’est un processus exigeant qui touche tous les domaines: doctrine, emploi, organisation, équipement, RH, condition du personnel. Devant de tels enjeux, nous avons un triple devoir d’enthousiasme face à la remontée en puissance, de courage et de conviction pour nourrir l’esprit de résistance de nos concitoyens face à toute forme de menace sur le territoire national, de solidarité pour faire du service militaire volontaire un outil reconnu de cohésion nationale.



[i] Unités élémentaires
Image
Image