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Tactique générale

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De l’appui direct au contact à l’action indirecte sur le milieu

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Par le Chef de bataillon Nicolas BOMONT

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Alors que les évolutions précédentes tendaient à standardiser les régiments en les centrant sur un cœur de métier unique, l’actuelle réorganisation de l’armée de Terre semble modifier dans le sens inverse les régiments d’artillerie des brigades interarmes. Ils deviennent en effet de véritables boîtes à outils regroupant des moyens d’agression sol-sol, une capacité de défense sol-air et une unité de renseignement. Afin de forger un outil cohérent et pleinement efficace dans l’appui de la manœuvre interarmes quel que soit le type d’action, il importe que l’artillerie devienne pleinement la spécialité de l’action indirecte dans toutes les dimensions que cela comporte. Il s’agit pour l’artillerie certes de demeurer avant tout prête à remplir avec rigueur ses missions les plus classiques, mais également d’aller résolument au bout de la logique déjà amorcée de gestion globale des appuis en faisant effort sur l’adaptation audacieuse et inventive aux exigences contemporaines.

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L’approche indirecte privilégie le recours aux effets. Elle s’impose tactiquement comme un corollaire des engagements en cours. Paradoxalement, l’artillerie, traditionnellement productrice d’effets, neutralisation – et pas uniquement du matériel[1] – aveuglement, éclairement, accède au même moment à la capacité de destruction (obus antichar et bientôt obus à guidage terminal et roquette unitaire). La précision est source de légitimité en limitant les dommages collatéraux, elle réduit de plus l’empreinte logistique. Cependant, à Gaza en 2009, l’artillerie israélienne fut plus appréciée par les unités appuyées pour son impact psychologique que pour sa précision bien réelle[2]. La permanence de sa disponibilité[3] permet de plus de harceler l’adversaire.

Souhaitable en normalisation et nécessaire en stabilisation car gage de crédibilité dissuasive, une artillerie maîtrisant toute la gamme des modes d’agression est incontournable dans le cadre du combat classique. À ce titre, le maintien des savoir-faire dans ce domaine constitue de toute évidence la priorité. Outre une composante sol-air redoutable (même si elle n’a pas, heureusement, l’occasion de le démontrer), l’artillerie française dispose pour cela de matériel non seulement performant et éprouvé (mortier de 120mm) mais aussi souvent particulièrement moderne (ATLAS, CAESAR, LRM). Elle a su de plus évoluer pour s’adapter.

 

En effet, le passage du Détachement de Liaison et d’Observation au Détachement de Liaison, d’Observation et de Coordination constitue une véritable révolution. En charge de la Coordination 3ème Dimension, il devrait logiquement coordonner l’action de l’éventuelle section sol-air adaptée au GTIA. Il gère désormais l’ensemble des appuis feux (sol-sol, hélicoptère, air-sol, naval). Plus important encore, le SGTIA dispose d’un réel Officier Adjoint Feux uniquement dédié à l’emploi de ces derniers car complètement déchargé de la mise en œuvre technique des tirs. Marchant sur les traces de ses anciens d’Indochine et d’Algérie et conscient qu’un volet renseignement est constitutif de toute mission d’artillerie, cet officier a naturellement vocation à être l’officier de renseignement du sous-groupement. La convergence entre unités canon, sol-air et de renseignement semble dès lors émerger en dépit de la disparité apparente.

Les effectifs étant comptés, il importe de développer des réversibilités apportant une réelle plus-value. Une unité canon peut tenir un poste : les Britanniques le font en Afghanistan. Alors que l’arme blindée dissout ses Pelotons d’Appui Direct, les VAB T20-13, largement utilisés et appréciés en Kapisa, équipent les batteries MISTRAL. Leur canon de 20mm est d’ailleurs la première arme sur laquelle sont formés tant les militaires du rang que les cadres. Les affûts quadruples antiaériens de 12,7mm faisaient du tir à terre à Dien Bien Phu.

S’il ne s’agit donc là que de redécouvertes, il paraît possible d’aller plus avant encore.

 

La « guerre au sein des populations » suscite la création ou l’adaptation de spécialités (communication, information opérationnelle, coopération civilo-militaire...) pour appuyer l’action, ce qui n’a de sens que par la manœuvre appuyée. Le choix de la spécialisation est tentant, mais si le sens tactique peut s’appuyer utilement sur l’intelligence de situation ou la formation universitaire, ces dernières ne peuvent pas le remplacer.

Ni le groupement tactique interarmes ni la brigade ne disposent théoriquement d’unités dédiées à ce type d’appuis, qu’il lui faut cependant au moins mettre en œuvre. En fait, les renforcements sont courants. Le Centre Opérations (CO) voit alors se multiplier le nombre de cellules rattachées, ce qui rend la coordination complexe. Or, les actions d’appui directes et indirectes  sur l’adversaire, la population et les alliés interagissent en permanence. Il s’agit donc de combiner utilement leurs effets de façon productive avant même que de songer à les intégrer à la manœuvre globale.

L’artilleur est le mieux placé pour être cet interlocuteur unique faisant la synthèse des effets générés sur le milieu humain par tous les types d’appuis. Il travaille de façon organique au sein du CO dont il maîtrise les attentes et les procédures. Il est naturellement associé tant à la conception qu’à la conduite de la manœuvre. Il dispose de plus pour le relayer d’équipes réparties en permanence dans tous les groupements, tout à fait à même de concilier leur rôle premier avec une fonction secondaire (dissémination de produits d’influence, action en tant que « combat camera team », suivi de l’évolution d’une audience cible, relations informelles avec les alliés).

Il est ainsi possible de rationaliser les structures sans rien créer de plus. Il n’est pas question de se substituer aux vrais spécialistes mais d’économiser cette ressource rare. Déchargés de la mise en œuvre aux petits échelons, ils pourront déployer leurs compétences au niveau où elle est effectivement requise, celui de la conception de l’emploi.

 

Dans sa contribution à la recherche du succès (fin ultime de l’action militaire), l’artillerie a exploré au cours des siècles les différentes modalités de l’appui. Nombre d’armes et de spécialités en sont nées. Elle pourrait aujourd’hui s’affirmer comme le chef d’orchestre des appuis s’exerçant sur le milieu humain. Elle répondrait ainsi au besoin opérationnel de mise en cohérence de toutes les voies utilisées en appui de la manœuvre pour agir sur ce milieu.

La brigade interarmes, et plus encore ses groupements tactiques interarmes,  réaliseront alors qu’au lieu d’une caisse contenant des outils très performants mais disparates, ils disposent potentiellement d’un véritable couteau suisse, par ailleurs déjà numérisé. Qu’ils n’oublient pas qu’un outil ne vaut que si l’on s’en sert.



[1] Il n’est que de relire un récit de combattant de la première guerre mondiale pour s’en convaincre.

[2] NDLR : il va de soi que ces frappes, comme le précise l’auteur, doivent être précises, sinon l’impact des dégâts collatéraux serait rédhibitoire.

[3] Que n’a pas l’aviation.

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