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Engagement opérationnel

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De l’emploi des forces spéciales françaises: chacun a sa place, chacun à sa place

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Par le chef de bataillon Stéphane CUTAJAR

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Les forces spéciales françaises, unités atypiques aux capacités uniques, font partie des axes d’effort de la réforme des armées. Leur faiblesse demeure la coopération avec les forces conventionnelles. Le haut commandement doit donc oser franchir un fossé culturel afin d’établir une réelle complémentarité opérationnelle.

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Définition d’une opération spéciale:

 


 

Opération qui se déroule dans un contexte non permissif ou semi permissif, ou dont le climat politique est instable afin de poursuivre un objectif militaire, diplomatique, informationnel par des moyens militaires qui ne correspondent à aucun des secteurs d’activité des forces conventionnelles. Elle fait souvent appel à des actions secrètes ou exécutées de façon très discrète. Elle peut se faire de façon autonome ou adaptée au sein d’une opération des forces traditionnelles ou de tout autre organe gouvernemental.

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emploi forces speciales chacun sa place02

Le 17 décembre 2006, Michelle Alliot-Marie annonçait le retrait du Groupement de Forces Spéciales (GFS) français détaché en Afghanistan sous commandement américain au sein de l'opération «Enduring Freedom». Participant activement au combat contre les Talibans depuis 2003, ces quelques 220 personnes du COS[1] n'œuvraient plus, aux yeux du commandement, dans leur domaine d'emploi.

À l'heure où toutes les nations engagées dans les conflits actuels accentuent leurs efforts sur ces unités rompues aux techniques de contre-insurrection, la France a fait le choix de réduire la posture de cette composante en Afghanistan et de limiter son action à quelque recherche de renseignement et à l'instruction des forces spéciales afghanes.

 

Or, les forces spéciales françaises, unités atypiques aux capacités uniques, font partie des axes d'effort de la réforme des armées. Leur faiblesse demeure la coopération avec les forces conventionnelles. Pour pallier cet écueil, le haut commandement doit oser franchir un fossé culturel afin d'établir une réelle complémentarité opérationnelle.

Il semble nécessaire de rappeler quel est précisément le périmètre des opérations dites «spéciales», avant d'étudier plus en détail les lacunes du modèle français et les possibilités d'amélioration.

 

 

Généralités sur les opérations spéciales

 

Les opérations spéciales peuvent se modéliser à travers six principes[2]: simplicité, sûreté, répétition, surprise, vitesse et persistance du but/objectif. En outre, on retrouve plusieurs caractéristiques[3] inhérentes à une opération spéciale: un niveau d'emploi élevé, une acceptation du risque accrue, des actions secrètes mais pas clandestines, une haute technicité et un emploi limité dans l'espace et le temps.

Les missions dédiées aux forces spéciales se retrouvent quant à elles dans trois grands domaines:

 

·         missions de renseignement

§  recherche et transmission de renseignements;

§  reconnaissance spéciale;

 

·         actions spéciales

§  neutralisation ou destruction de cibles vitales pour l'adversaire;

§  contre-terrorisme;

§  accueil et guidage d'unités conventionnelles[4];

 

·         missions d'environnement

§  protection de personnalités à l'étranger;

§  assistance à des pays amis pour la formation (DIO[5], ETT[6]);

§  élément de liaisons et de contacts auprès d'une autorité locale.

 

 

 

 

Le modèle français

 

Contrairement à tous leurs homologues étrangers, les forces spéciales françaises ne sont pas assez précisément étudiées dans la doctrine nationale. Selon Eric Denece[7], ceci s'explique par une dispersion des savoir-faire au sein des unités du COS, mais aussi par une confusion culturelle.

 

[1] Commandement des Opérations Spéciales, créé en 1992 après que la première guerre du Golfe ait montré le besoin impérieux de se doter de Forces spéciales en France

[2] William H. Mc Raven, «Spec Ops: Case studies in special operations warfare», Presidio, 1996. En 2001, l'amiral Mc Raven fut chargé de diriger la traque de Ben Laden en Afghanistan. Depuis l'été 2008, il commande le Joint Special Operations Command

[3] Emmanuel Champault, Forces spéciales modernes: une approche originale et significative de l'aide à la décision et à l'action dans les conflits et les crises, mémoire de DESS, université de Marne la Vallée

[4] Le terme «d'ouverture de porte» est alors utilisé. Exemple: L'opération spéciale Mamba en préalable de l'opération Artémis conduite en République Démocratique du Congo en juin 2003

[5] Détachement d'instruction opérationnelle

[6] Embedded training teams

[7] Eric Denece, Directeur du centre français de recherche du renseignement(CF2R), «Forces spéciales : l'avenir de la guerre?», Rocher, 2002

emploi forces speciales chacun sa place03

En effet, les faiblesses du COS proviennent de sa dépendance des trois armées sur le plan organique, qui limite sa marge de manœuvre en tant qu'employeur interarmées. Hormis son état-major, les unités qui le composent ne lui sont pas totalement dédiées (budget, sélection, formation et entraînement) et subissent un lobbying d'armées pour des choix opérationnels ne tenant pas toujours compte des spécificités et des milieux d'engagement propres à chacune.

 

En outre, les forces spéciales ont souvent été employées en qualité de «troupes de choc». Ce manque de discernement est révélateur du peu d'intérêt porté à leurs concepts d'emploi et également d'une certaine appréhension quant au type d'action qu'elles peuvent mener. La PIA 03.403[1] n'est pas suffisamment connue, diffusée et mise en pratique. De même, les concepts d'emploi des forces conventionnelles et autres publications doctrinales ne font pas suffisamment état de cette composante.

 

La coopération interarmes ou interarmées entre les forces spéciales et les forces conventionnelles est alors négligée en France. Renforcée par une certaine défiance réciproque, cette situation génère autant de confusion en haut lieu que de tensions aux plus bas échelons, favorisant des guerres de chapelles inutiles.

 

Des pistes d'amélioration

 

La création d'un réservoir autonome de forces spéciales agissant sur un spectre d'opérations plus large serait la meilleure option même si elle reste compliquée à mettre en œuvre à court terme. Aussi, s'appuyant sur la récente réforme doctrinale des forces terrestres, la clarification de l'emploi des unités existantes semble plus réalisable; elle permettrait d'amorcer le renforcement de la coopération avec les forces conventionnelles.

Dans cette optique, le COS mériterait une liberté d'action accrue. Pour ce faire, il faudrait demander aux trois armées de céder leurs unités d'élite et rationaliser les moyens spécialisés autour de deux pôles, l'un à vocation aéroportée et l'autre à vocation maritime. Cette structure s'apparenterait au modèle britannique dont la plupart des unités spéciales françaises sont les héritières.

Par ailleurs, porter un plus grand intérêt à la doctrine d'emploi des forces spéciales et plus globalement à la coopération interarmées s'impose. Chaque entité trouverait ainsi sa place au sein d'une opération et les mesures de coordination s'en trouveraient fortement simplifiées.

La mise en place d'entraînements conjoints viendrait alors concrétiser cet effort dans le cadre de la préparation opérationnelle des unités, et pourrait s'avérer salutaire dans les engagements futurs. Ce dernier point, faisant écho aux RETEX des formations rentrées récemment d'Afghanistan, mérite une attention particulière. Il pourrait même s'étendre aux phases de mise en condition à la projection.

 

Possédant un domaine d'emploi exclusif, dont la complémentarité avec l'action des forces conventionnelles n'est plus à démontrer, les forces spéciales françaises devraient être une composante militaire incontournable dans les conflits actuels. Souples et précises, capables de prendre ou reprendre l'initiative dans un conflit où le loyaliste agit souvent en réaction, elles pourraient apporter une plus-value considérable. Sur le plan national, la condition première reste la recherche d'une coopération interarmes ou interarmées plus efficace, à travers une meilleure connaissance des documents de référence et des entraînements conjoints poussés jusque dans les extrémités de la contre-insurrection.

 

 

[1] Mémento des procédures actions conjointes forces terrestres - forces spéciales, N°130 DEF/CICDE/SEC-CENT/NP du 22 mai 2008

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