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Relations internationales

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De l'intérêt de l'histoire militaire : une vision d'outre-manche

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Par le Colonel GAULIN

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"Je sens chez nos officiers une incuriosité foncière et paralysante. Trop de corps, trop peu de tête. Le parfait général connaîtrait toutes les choses du ciel et de la Terre. Si donc vous le voyez ainsi et si vous êtes d'accord avec moi, veuillez vous servir de moi comme d'un texte qui prêche la nécessité d'étudier plus qu'on ne le fait les livres d'histoire, celle d'un plus grand sérieux dans l'art militaire. Avec deux mille ans d'exemples derrière nous, nous n'avons pas d'excuse, quand nous nous battons, si nous nous battons mal". T. E. Lawrence (correspondance avec B.H. Liddle Hart)

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"Qu'apprendre pour vaincre et comment ?» : cette question fondamentale récursive reste l'objet de toutes les attentions du chef militaire. La réponse classique réfère à l'expérience des acteurs des conflits récents et à l'entraînement continuellement enrichi par le processus, de mieux en mieux maîtrisé, des retours d'expérience. Or, à l'instar de la société, la guerre subit des flux de changement : après la période agraire, la révolution industrielle et maintenant l'ère de l'information. Ces évolutions imposent une adaptation du militaire grâce à sa formation, qui doit lui permettre d'avoir une réponse raisonnée à une situation imprévue, et donc au-delà de l'entraînement qui vise à délivrer une réponse maîtrisée (et prévisible !) à une situation anticipée. Aussi, si l’apprentissage des principes de la guerre est incontournable dans la formation des militaires, il est légitime de s'interroger sur la pertinence de l’étude de l'histoire militaire, capital d'expérience de nos Anciens, et de sa valeur ajoutée aujourd'hui, pour préparer ou aider nos officiers à mener des opérations asymétriques dans un contexte complexe et où les technologies éprouvées et émergentes possèdent un rôle prééminent.

Si les armées françaises renouent depuis peu avec l'apprentissage de leur passé, de son prestige et de ses leçons, de leur côté, les armées anglo-saxonnes demeurent convaincues que l'étude de l'histoire militaire est une nécessité et possède les germes d’une bonne préparation des conflits du futur. L’intégration innovante de questions relatives à l’histoire militaire dans le nouveau concours unique d’accès au CID ne peut qu’aller dans le bon sens en France.

Cet article, basé sur des conférences d'universitaires et de militaires du Joint Services Command and Staff Course (JSCSC ou Staff College), relate brièvement la position des Britanniques et de certains de leurs alliés, sur l'étude de l'histoire militaire et expose ses méthodes originales : le Battlefield Tour, le Staff Ride et le Tactical Exercice Without Troup (TEWT) appliqué à l'histoire.

 

L'Histoire Militaire : une constante dans la formation britannique.

 


·         Une tendance dans la société britannique.

En premier lieu, les forces armées ressemblant aux sociétés dont elles sont issues, elles sont sujettes aux tendances qui orientent la vie de leurs populations : l'attrait de l'histoire au sein d’un peuple avide de gloires passées et à la recherche de repères évanescents a provoqué la profusion d'ouvrages ces dernières années. Ils traitent de différents sujets, de différents niveaux, de la Grande Stratégie à la tactique des sections de combat. Cette tendance, erratique au fil du temps en France, présente une réelle constance au Royaume-Uni où chaque librairie de quartier possède un rayon d'histoire militaire. Le passé militaire, sélectif, souvent orienté, est source de fierté et, dans les périodes de doutes, il devient le terreau dans lequel germe la nécessaire assurance du peuple britannique.

Mais l'histoire militaire est aussi, comme en France, appréciée simplement pour sa valeur de loisir : le succès des livres, des documentaires, des films de guerre, des jeux vidéo s'appuyant sur des opérations ou sur la vie de chefs militaires authentiques en atteste largement. Si la recherche d'enseignements et la précision historique ne sont pas les objectifs affichés, ces vecteurs multimédias séduisent une large audience, de façon dynamique, souvent interactive, et ont finalement un rôle d'initiation à l’histoire militaire qui évolue souvent vers la curiosité intellectuelle.


·         Un atout professionnel pour le militaire.

Dans les armées britanniques, l’enseignement de l'histoire va au-delà du loisir, inspirateur, descriptif et informatif : il est critique, éducatif et prescriptif. La connaissance du passé, de la genèse des faits et des problèmes intra et inter sociétés, représente une part essentielle dans les tentatives de compréhension du présent. Pour avoir une appréciation raisonnable de la complexité des situations dans lesquelles les armées de sa Majesté (comme les nôtres !) sont de plus en plus impliquées, un socle de connaissances du passé, mais aussi la dextérité intellectuelle fournie par l'outil analytique que représente l'étude historique, sont essentielles. Pour vous convaincre de la valeur accordée à l’histoire, lorsque vous pénétrez dans une école militaire britannique comme le JSCSC, vous notez immédiatement sa présence : elle vous défie sur les murs avec des fresques superbes, dans les couloirs avec des bustes glorieux (dont Napoléon si craint, estimé et copié), vous interpelle sur les étagères de la plus grande bibliothèque d'histoire militaire du Royaume-Uni, vous nargue dans les vitrines des salles de détente où fanfaronnent les nombreux ouvrages d'histoire qu'ont commis les universitaires et certains officiers de l'encadrement du Staff College.

Plus précisément, les officiers britanniques estiment qu’il est un devoir de maîtriser certains domaines de leur passé militaire. Outre l’exigence pour exceller dans les scolarités équivalentes de l'Enseignement Militaire Supérieur des niveaux 1, 2 et 3, où des études de campagnes et des analyses de personnalités de commandeurs sont au programme, ces connaissances participent à la cohésion et au rayonnement de leur bataillon ou unité : toutes les occasions d'honorer les Anciens et de célébrer les victoires sont exploitées lors d'activités généralement placées sous la responsabilité des plus jeunes officiers. Au-delà de la connaissance des dates et de la narration basique et chronologique d'un récit de bataille, la maîtrise plus large des formes de guerre et de l'art opérationnel s’avère indispensable. Aussi, l'histoire militaire sert à promouvoir les valeurs anciennes et les heures glorieuses de l'Empire, mais, au-delà, elle contribue à développer les connaissances techniques, tactiques, psychologiques et le caractère des jeunes cadres militaires, leur perspicacité, leur sagacité, leur confiance, en eux-mêmes et dans leurs décisions.

Au-delà de l’affermissement de la personnalité du jeune chef et de sa domination des sciences de la guerre, l’enseignement de l'histoire militaire pallie le manque d'expérience des officiers et s’impose comme une source de leçons, de créativité et d'inspiration fondamentales pour la maîtrise de l’art de la guerre … future. Reprenant à leur profit les propos de Moltke l'Ancien, les Britanniques considèrent donc que " l'histoire militaire est un outil qui arme les officiers d'états-majors contre toute éventualité". Mais cela n'a de valeur que parce que l'histoire enseignée est interactive et appliquée et a pour objectif de devenir une énergie de l'esprit et non sa simple nourriture.

Finalement, les Britanniques, concrets et pragmatiques, ne font que suivre l'exemple de soldats illustres (qu'ils ont étudiés !) : car nos chefs, quelles que soient leurs origines, apprenaient l'histoire militaire. Napoléon lisait Thucydide, Frontin et s’imprégnait de la vie des grands capitaines parmi lesquels Alexandre, Hannibal, César, Gustave-Adolphe et Frédéric. Passionné d’histoire, Churchill rédigeait la biographie de son ancêtre le Duc de Marlborough, vainqueur à Blenheim. Patton vivait littéralement les batailles des Anciens ; Dempsey[1]  et Eisenhower dominaient maintes batailles, notamment de la guerre civile américaine, les assimilaient avec précision, n'hésitant pas à revenir à plusieurs reprises sur les lieux des combats. Eisenhower a même fini par acheter la villégiature de sa retraite à Gettysburg. L'idée est répandue que la 2ème guerre mondiale a été gagnée sur la carte de Gettysburg !


 


Des méthodes originales et efficaces : Staff Rides et Battlefield Tours.


 

Selon les pays, des approches différentes des visites de champs de bataille se dégagent. Les Canadiens, favorisant une approche plus globale, les utilisent pour s'assurer de la place qui leur revient dans l'histoire et pour présenter à de jeunes civils et universitaires les actions de leurs forces armées en Europe. Tout en complétant leur système d'éducation, le but est de rapprocher les jeunes des affaires militaires, de leur armée, et, accessoirement, de susciter des vocations. Les Allemands, dont l’idée de ces visites fut développée par Scharnhorst et Gneisenau, puis reprise par Moltke en complément des études analytiques des batailles et du Kriegspiel, recherchent l'acquisition d'une expérience et l'efficacité professionnelle. Possédant une (la plus !) longue expérience depuis que, dès 1730, Frédéric le Grand prônait « une étude historique disciplinée et des visites des champs de bataille », ils ont véritablement institué le Staff Ride. Les Américains, soucieux de la formation de leurs jeunes élites, recherchent dans ces visites, surtout à l'issue des traumatismes de la guerre de Sécession et du Vietnam, le développement de la réflexion et de l'esprit critique utiles dans les situations inattendues. L’armée de terre britannique, quant à elle, évalue à 300 (!) par an le nombre de ses voyages d'études et visites qui placent ses soldats sur les champs de batailles et font appel à leur esprit critique pour ainsi participer activement à leur développement professionnel. L'Advanced Command and Staff Course (ACSC), équivalent du Collège Interarmées de Défense, emploie 2 % de son temps en Battlefield Tours et le Higher Command and Staff Course (HCSC), le «cours des généraux » sans véritable équivalent en France[2] , effectue un « Staff Ride marathon » de 2 semaines en France, sur un total de 15 semaines de stage.


 


·         Le Battlefield Tour.

Reprise de l'idée allemande, le Battlefield Tour est devenu une véritable tradition anglaise qui aurait débuté à … Waterloo : en 1815, le Sergent-chef E. Cotton du 7ème Régiment de Hussards de la Reine, après avoir participé à la célèbre bataille, (dont nous ne pouvons qu'attendre avec une vive impatience le 200ème anniversaire !) revint se marier avec une jeune fille du cru. Son pragmatisme naturel, son statut d'ancien combattant et sa mauvaise maîtrise de la langue locale le conduisent à organiser pour ses compatriotes, des visites du champ de sa bataille de Waterloo. De la même façon, de nombreux anciens combattants de la guerre de Sécession américaine vécurent en guidant les visites des sites de Fredricksburg, Chancellorsville, Gettysburg …

Moins interactif, plus superficiel et, par conséquent, plus rapide que le Staff Ride, le Battlefield Tour est une sorte de pèlerinage mené par un témoin ou un expert, universitaire ou militaire, sur un lieu du passé militaire. S'il est riche d'enseignements, il contribue surtout à l'indispensable "devoir de mémoire" au profit d'un ensemble ou d'une catégorie de personnes, renforçant ainsi leur identité, leur cohésion et leur moral en donnant un sens concret au sacrifice suprême dans une société qui perd ses repères.


 


·         Le Staff Ride.


·         Origine et buts.

Au Royaume-Uni, le Staff Ride naît de l'initiative du Colonel JF Maurice, professeur au Staff College de Camberley en 1870, qui se dépensait déjà pour financer l'idée que les plans des commandeurs des conflits récents devaient être étudiés sur le terrain. Les premiers Staff Rides prenaient alors la forme de TEWT sur les champs de bataille de la guerre franco-prussienne puis, après la première guerre mondiale, ils se sont concentrés sur les aspects tactiques des batailles, oubliant de prendre en compte les enseignements des niveaux opératifs et stratégiques. Dans la deuxième moitié du XXème siècle, ces « conférences de terrain » devinrent dépendantes de l'enthousiasme (et de la vitalité !) des commandeurs de la 2ème guerre, qui témoignaient de leurs décisions et des actions de leurs troupes. Afin d'homogénéiser la qualité des enseignements retirés et d'optimiser leur plus-value, il fut décidé de les intégrer de façon formelle dans la scolarité du Staff College et de porter l’effort sur les niveaux opératifs et stratégiques.

Le Staff Ride permet de penser la bataille de l'intérieur afin de comprendre le procédé de prise de décision, d’appréhender les "frictions" et les limitations rencontrées par le commandeur, de mesurer de façon tangible le chaos et la complexité des batailles. Il consiste en une étude préliminaire d'une campagne précise, une visite extensive sur les sites des batailles, qui recouvre l’orientation sur le terrain et la description historique, et, enfin, au développement par les stagiaires in situ d’un aspect particulier d’une bataille ou de la campagne. Cet exposé introduit une discussion qui sera conclue par le directeur de l’exercice par une synthèse des principales leçons de la bataille. Une analyse après action sera tenue en fin de Staff Ride où les stagiaires, puis le directeur d’exercice, exposeront les principaux enseignements de la campagne. Le Staff Ride procure ainsi une opportunité de s'imprégner des leçons de batailles et d’une campagne dans un domaine déterminé qui est en cohérence avec le module d’enseignement en cours. L’implication du stagiaire avant l'arrivée sur le site est maximale afin de garantir la qualité de la pensée, de l'analyse et de la discussion. Précédés et souvent conclus d’une période exigeante de lecture, les travaux de recherche, d'écriture et d'exposé in situ des stagiaires font l'objet d'une évaluation par des experts universitaires et militaires. Ainsi, le Staff Ride participe à la sélection des élites militaires britanniques : d’une part, il permet de vérifier la compréhension par les stagiaires des principes guerriers et leur virtuosité dans l’art de la guerre ; d’autre part, il permet à l’encadrement de s’assurer de la cohérence de leur formation car il valide l'objectif fixé à une phase d'enseignement et en évalue le degré d’atteinte.


 


·         La puissance de l’outil.

L'aspect pédagogique du Staff Ride est important. Certains, qui souvent opposent inconsciemment la théorie lue dans les livres à la pratique réalisée sur le terrain, préfèrent apprendre en confrontant leurs sens aux réalités physiques plutôt que par la lecture et la recherche. Le Staff Ride représente un moyen efficace et raisonnable d'examiner les difficultés pérennes du commandeur en s'appuyant sur un cas concret, d'établir des méthodes simples pour l'application ou la pratique de certains principes. En cela, il doit enseigner à des générations d'officiers comment penser et non que penser.

De plus, la vision du terrain renforce l'étude théorique d'une bataille et révèle les difficultés pratiques pour le commandeur et sa force : complexité du terrain, adaptabilité et efficacité des équipements, valeur et pertinence des informations reçues et des ordres donnés. Le stagiaire, intégré au cadre, devient acteur et découvre la dimension morale de la bataille : le pouvoir et la responsabilité du commandeur, la synergie ou l'empathie d’un groupe, la foi dans l'efficacité de l'action, la lutte des volontés adverses. Il assiste au chaos, au choc du rationnel et de l'irrationnel dans la bataille.

Les batailles deviennent un moyen de montrer le véritable visage de la guerre et d’authentiques laboratoires d'étude de la prise de décision. Aussi, le Staff Ride ne doit pas se contenter d'examiner les décisions des commandeurs sur le terrain mais permet de s'imprégner du procédé décisionnel qui a conduit aux choix du chef, d'évaluer leurs causes et leurs conséquences au niveau considéré. Il évalue concrètement l’importance de chaque fonction ou de chaque composante, en remarquant les bienfaits d'une manœuvre logistique bien planifiée ou d’une opération amphibie bien conduite. Pour être tout à fait adapté aujourd'hui, il doit s'efforcer d'être interarmées et peut même intégrer des civils, dans un intérêt réciproque, à un moment où l'approche des crises est globale.

Conscient des capacités de cet outil, le HCSC, cours interarmées et intergouvernemental, utilise "l’histoire militaire appliquée", méthode qui consiste au cours de son Staff Ride en France à mettre en lumière, à partir d'exemples historiques, les problèmes contemporains, et ainsi fournir un angle pour l'étude des problèmes de commandement et de la conduite des campagnes et des opérations futures dans un contexte interarmées et multinational. Ainsi, le développement professionnel du général britannique passe par une réflexion sur une expérience d'une guerre passée, confrontée à l'environnement socioculturel actuel. La valeur du terrain dans ce Staff Ride y est d'autant mieux reconnue que les chefs, en adoptant les technologies nouvelles, tendent à s'éloigner du champ de bataille et sont exposés au risque de perdre le contact des hommes et des réalités.

Enfin, permettant de créer des contacts entre des militaires d'une nation avec des autorités de la nation hôte, les objectifs premiers d'un Staff Ride peuvent aussi être d'ordre politique ou diplomatique.

Cependant, l’efficacité du Staff Ride dépend de la précision de la définition de sa portée et de son objectif, du niveau considéré (tactique, opératif, stratégique), de la composante étudiée (morale, physique, tactique), de l’approche déterminée (militaire, socio-politique, universitaire humaniste ou militaire professionnelle).


·         Une extension du Staff Ride: le "Tactical Exercise Without Troop" appliqué à l’histoire.

Formellement, le TEWT est un exercice d’entraînement sur le terrain, sans troupe, bâti sur un scénario hypothétique et conduit avec les procédures, les techniques et tactiques actuelles. Cependant, afin d’inclure les leçons de l’histoire, plusieurs variantes sont possibles, qui nécessitent de trouver le bon équilibre entre les enseignements et outils du passé et les problèmes contemporains.

L’une des options s’appuie sur un exercice stimulant où la bataille est recréée sur le terrain dans une sorte de jeu de guerre élaborée. Les informations et les renseignements disponibles pour le commandeur à la veille de la bataille sont exposés : la situation, les conditions physiques de la bataille, les ordres et comptes-rendus reçus, l'organisation, les capacités et la disposition des moyens amis et ennemis aux différents niveaux hiérarchiques. A l’issue de la reconnaissance terrain, les clarifications nécessaires sont apportées et les stagiaires élaborent leur plan tandis que la situation et les renseignements sont mis régulièrement à jour. Le récit de la bataille authentique, qui insiste sur les enseignements et sur un éventuel thème d’étude, conclut l’exercice. Les stagiaires, qui assument les responsabilités de leurs illustres anciens, prennent ainsi conscience de la fragilité humaine, du "brouillard de la guerre" et des "frictions du combat". Si ce jeu de rôle sur le terrain tend à disparaître car il représente un travail considérable pour un résultat non garanti, les Britanniques réalisent un exercice théorique de niveau opératif, où après plusieurs années de planification de la campagne de Norvège de 1940, le cours de l’ACSC, à l’instar de l’HCSC, exige de chacun de ses stagiaires de développer pendant 48h00 une partie de l'OPLAN de l’Opération Husky de 1943 en Sicile.

Une autre option, plus adaptée, repose sur l’intégration de séances de planification contemporaine au cours d’un Staff Ride. Ces séances sont conçues pour inciter les stagiaires à utiliser leurs méthodes de raisonnement et de planification opérationnelles, à décider dans un scénario contemporain cohérent avec la campagne historique étudiée. En d’autres termes, il s’agit d’accommoder un Staff Ride et un TEWT sur un même terrain en s’appuyant sur des domaines d’études communs. Après la présentation d’une bataille par un expert, qui insiste sur un éventuel thème d'étude tel que les opérations amphibies, l’efficacité des appuis, la manœuvre logistique ou la coopération aéroterrestre, les stagiaires prennent en compte la situation contemporaine, effectuent leur analyse puis exposent alors leur intention et les modes d'actions dans le cadre du domaine étudié. Si ce type d’exercice est plus difficile à préparer et à conduire, l’intérêt pour l’entraînement des stagiaires est considérable. L’acquisition des méthodes de raisonnement, la prise de décision sont étroitement associées au chaos et à la complexité de la bataille. Ce type de TEWT permet d'apprécier les qualités nécessaires pour le commandeur et de se convaincre de la pertinence des procédés enseignés.


 


Conclusion.

 

Par essence, l'histoire militaire offre des exemples pour tout type de situations, avec tout type de menaces, dans des périodes de grande incertitude et de tension extrême. L'histoire nous offre des exemples de sièges, comme à Bassorah et Bagdad, de guerre-éclair, de guerre psychologique, d'opérations médiatiques ou civilo-militaires. Elargissant le cercle d'action au-delà du domaine militaire, pour contrôler un territoire, le Maréchal Gallieni privilégiait déjà une approche globale au travers du triptyque "bataille-marché-école" : son message, «l’occupation militaire est une organisation qui marche», reste pertinent même si les enjeux, les acteurs, les moyens, les interactions avec l'environnement sont plus complexes. L’apprentissage de l’histoire militaire est plus que jamais adapté à notre époque d’incertitude. Les Anglo-saxons l’ont bien compris : ils s'intéressent d’ailleurs aux conflits les plus récents des armées françaises et restent ébahis par notre dédain de ces pages de notre histoire, qui se renouvellent sous nos yeux et dont nous ignorons souvent les leçons.

Comme beaucoup d’autres, les Britanniques considèrent que les techniques de planification opérationnelle, la méthode d'élaboration des ordres peuvent s'apprendre dans le milieu aseptisé d'une salle de cours. En revanche, la véritable valeur des renseignements, des informations, des appréciations de situation, la réalité de la mise en œuvre des plans et les difficultés créées par l'environnement, par l'intervention d'une décision, d'une pression politique ne seront appréciées, comprises et assimilées à leur juste valeur, qu’au travers d’un cas concret exposé sur le terrain, dont la carte n'est, après tout, qu'une indulgente représentation. Il est possible d'étudier au fond d'un amphithéâtre l'horreur du combat, les défis au commandement dans un monde incertain et versatile, mais la valeur ajoutée de l'étude sur le terrain est immense, qui permet la prise de conscience des réalités de cette lutte paroxystique entre deux volontés, luttant avec des moyens, des objectifs, des rationalités symétriques ou non. Chaque erreur, chaque hésitation a un coût dont la mesure est dévoilée à quelques pas, dans le cimetière militaire visité, où les tombes ont un nom, un âge, une existence. Enfin, au-delà de son réalisme, le Staff Ride est conçu et appliqué outre-Manche comme un excellent outil pour apprendre aux officiers, dans le cadre de leur formation et de leur entraînement, à penser la guerre … de demain.

Mais le Staff Ride n’est pas le paradigme ni l'arme absolue de l'éducation ; il possède des dangers qui résident dans la délivrance d'un message qui promeut la sacralisation de recettes techniques, engendre l'uniformité tactique et conduit à la création de dogmes dans l'esprit des plus jeunes officiers. Il est très aisé pour un historien de délivrer un message erroné, de trouver des exemples historiques qui soutiennent virtuellement toute hypothèse, de confondre cause et conséquence et, parfois, de lier des événements disjoints. L’interprétation erronée sera évitée en analysant les événements dans leur contexte, en recherchant l’authenticité de l’histoire sans effacer le rôle de l’incertitude, qui s’est estompé avec le recul du temps et de l’analyse postérieure.

L'histoire et ses applications pratiques que sont Battlefield Tours et Staff Rides ne sont là que pour stimuler la réflexion sur des cas qui ont été identifiés et isolés. Ce sont des outils de l'intellect qui permettent d’apprendre à penser.



[1] Le Général Dempsey commandait un corps d'armée en Afrique du Nord sous les ordres de Montgomery, puis, par la suite, la 2ème Armée en Normandie. Adepte des Battlefield Tours, il avait ainsi développé un sens aigu du terrain sur lequel il devait se battre lors de ses campagnes.

[2] Le HCSC pourrait toutefois être comparé au CHEM axant ses travaux sur les planification et maîtrise des opérations aux niveaux stratégique et opératif.

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