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Armée de Terre dans la société

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Du bon emploi des politiques de communication pour entretenir le lien armée-nation

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Par le chef de bataillon STÉPHANIE PIQUET

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Les politiques de communication, les concepts d’emploi et les outils utilisés par l’armée britannique sont modernes et innovants. Ses membres, de tous grades, sont encouragés à s’exprimer. L’Army bénéficie en retour d’une bonne image et du soutien appuyé de la population et de ses élites « Communiquer répond à un devoir d’information du public afin de répondre aux attentes de l’opinion nationale. L’information de nos concitoyens est d’autant plus nécessaire que leur adhésion est indispensable. Le soutien de l’opinion publique française est un gage de légitimité de l’intervention ainsi que celle de nos troupes». C’est ainsi que le colonel Benoît Royal justifie la nécessité pour l’armée de Terre de communiquer en externe[1].

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Ce qui est valable en France l’est outre-manche. Ainsi, l’acronyme KAPE «Keeping the Army in the Public Eye», usité dans les milieux médias de l’armée britannique, résume ce besoin de communication externe.

Au sein de l’Army, cette abréviation est considérée comme un terme de mission. Nos voisins ont totalement assimilé que les guerres modernes se gagnaient par l’influence médiatique tournée vers l’ennemi, soit, mais aussi vers ceux qui assurent le moral des forces en leur accordant un soutien inconditionnel, qui sont aussi ceux qui acceptent de payer un tribut financier conséquent, même en période de crise financière, et qui constituent le peuple britannique.

Pour assurer cette mission d’information du public britannique l’Army, dispose d’un panel de moyens particulièrement efficaces.

Le but n’est pas ici d’établir un catalogue mais bien de souligner quelques politiques médias menées avec brio grâce à l’emploi d’outils performants. Pour ce qui est d’évaluer la réussite de cette volonté communicationnelle, il suffit de feuilleter la presse écrite quotidienne pour s’apercevoir que chaque jour, dans chaque édition l’armée est citée, connue et aimée. Néanmoins, il est nécessaire d’accompagner cette impression des lecteurs par des faits et des actions qui tendent à prouver cette réussite.

Pour une armée, mal communiquer avec le monde civil est une crainte légitime car cela compromet les chances de s’équiper correctement et de faire face à la menace.

Cela peut aussi mener à la ghettoïsation, voire à la banalisation du métier de soldat. Ce désintérêt et cette méconnaissance par la population de son outil de défense, de ses forces et de ses faiblesses, étaient déplorés en France en 1996.

Dans le rapport «l’avenir du service national»[2] Monseigneur Dubost, évêque aux armées, l’exprimait ainsi dans ses propos sur les conséquences de la professionnalisation : «Le relatif désintérêt vis-à-vis du débat en cours souligne le changement d’attitude à l’égard de l’armée. Je suis frappé par le fait que le débat est difficile à nouer». Pour éviter ce fossé entre une armée professionnelle et la population, l’Army assure une présence constante dans le débat public.

Dans ce sens, une directive imposant des prises de parole, notamment par les officiers généraux en postes de commandement opérationnel ou régional, a été établie : c’est le «Senior army leaders’ public engagement programme» (PEP). Ce document encourage l’ensemble du personnel, militaire et civil en poste de responsabilité, à informer et à influencer l’audience interne et externe. Concrètement, les généraux en poste de responsabilité ont l’obligation de s’adresser au moins trois fois par trimestre au grand public (national), deux fois à une audience externe ciblée (cadets, habitants du comté, public de la radio de garnison) et une fois en interne.

Parallèlement, dans une directive[3] sur les contacts avec les médias, il est clairement affirmé : «we want our people to talk and write about what they do so that the roles and achievements of the Armed forces and MoD (Ministry of Defence) can be better understood». Si les procédures à suivre sont présentées dans ce document, le ton, les termes, «members are encouraged to engage with the public/everyone should look for opportunities to explain what defence is about», incitent et donnent effectivement envie de prendre la parole, de répondre aux sollicitations sans la peur d’une censure potentielle.

Cette politique clairement affirmée de liberté d’expression, encouragée dans le respect des règles de sécurité du personnel et des opérations, est facilitée par la publication d’éléments de langage [4]: une vingtaine de pages mensuelles, accessibles à tous sur Intranet.

Il s’agit d’un document particulièrement complet où sont diffusées des informations concrètes sur les domaines suivants : les opérations (Afghanistan, contre-terrorisme, piraterie), le personnel (effectif, logements, soutien médical, pensions), l’équipement/la logistique et la politique de défense (budget).

Le ministère de la défense a également pris conscience de la possibilité, désormais plus que probante, que la prise de parole se fasse par Internet, et plus particulièrement via les réseaux sociaux.

C’est pourquoi il mène depuis cet été une politique d’emploi du web par le personnel, concrétisée par un guide d’emploi

[5]. Dans ce document, il est stipulé que les réseaux sociaux sur le web sont populaires, qu’employés correctement ils sont efficaces et que l’ensemble du personnel est encouragé à s’y exprimer.

Dans sa politique d’ouverture vers twitter, facebook, youtube et les blogs, l’Army va même au-delà de la simple autorisation d’emploi puisqu’elle propose au personnel de se porter volontaire pour diffuser de l’information sur l’armée via les pages personnelles. Il s’agit alors, par le biais «d’ambassadeurs» parmi les militaires et les civils, d’effectuer une communication informelle sur des sites personnels et privés. C’est pourquoi, dans la politique d’emploi des réseaux sociaux, trois présences complémentaires sont clairement identifiées : corporate, sponsored et personal.

Car l’expression corporate, c’est à dire la voix officielle, n’est pas en reste puisque l‘Army est présente sur youtube depuis un an, sur twitter depuis quelques mois, sur facebook et sur audioboo[6] depuis peu, comme compléments du site internet et du site de recrutement[7].

Parallèlement à ces nouveaux médias, elle produit en presse écrite Soldier, l’équivalent de notre Terre Information Magazine, mais aussi Territorial Army Quarter, Camouflage destiné aux adolescents et Army magazine pour le recrutement. De plus, elle émet sur les ondes par un réseau radio des garnisons couvrant le territoire national, et lui-même associé à un site internet[8]. Enfin, pour répondre aux nombreuses sollicitations civiles (environ 40 projets par mois), une équipe est entièrement dédiée au lien avec les producteurs TV, radio, cinéma, les écrivains, les artistes et les galeries d’art désirant des renseignements en relation avec leurs projets.

Ces différents outils servent une politique de communication qui n’a pas d’autre ambition que d’entretenir le lien armée-nation. Cette politique a su efficacement créer une demande d’informations pour mieux comprendre l’outil de défense en général, et soulever un engouement pour l’armée en particulier, lui assurant un soutien financier et un soutien moral au moment où elle déplore plus de 230 morts en Afghanistan. Cette transparence et cette ouverture servent l’intérêt de l’Army en contribuant au développement du «Military Covenant», renforcé depuis les années 2000.

Le «Military Covenant» est initialement un accord informel entre la nation et les forces armées. Si ce contrat moral a toujours été présent dans la conscience collective, il a clairement été développé en 2000 avec la diffusion d’un texte : «Soldiering-the military covenant».

Il pourrait s’agir de notre code du soldat mais où, en sus, les droits et devoirs de la nation sont explicitement affirmés. Ceci n’est pas sans rappeler le catéchisme cité par Mgr Dubost[9]«les pouvoirs publics ont le droit et le devoir d’imposer aux citoyens des obligations nécessaires à la défense nationale».

C’est par la volonté d’un chef d’état-major que cette obligation pour la Couronne et le peuple de traiter justement ses forces armées a été écrite, puis relayée. Grâce à une communication autour des valeurs et des missions des armées, ce contrat est désormais soutenu par l’opinion publique, consciente que le sacrifice de ses soldats «nécessite à juste titre des compensations, une garantie de vie décente et des récompenses»[10]. Actuellement, ce contrat s’exprime par un soutien populaire exacerbé, dont les cérémonies de rapatriement sont les tristes témoignages, et aussi de façon moins dramatique mais pas anecdotique, par l’affichage du slogan «help for heroes» sur des autocollants et sur des bracelets.

De manière plus mesurable, les enquêtes d’opinion commandées par l’Army tous les six mois, et alternativement réalisées avec celles de la Défense, donnent des chiffres éloquents : «The British Army’s already high favourability rating has improved further and stands at 85%, 2/3 of the general public have at least a little knowledge about the equipment used by the Army, 4/5 believe that the British Army is doing a good job in Afghanistan»


Cet engouement se retrouve dans toutes les strates d’âge de la population, car une des grandes réussites des relations publiques est l’existence de l’Army Cadet Force, ainsi que de clubs d’étudiants subventionnés au sein des universités. Ces deux activités civiles, non pas encadrées, mais soutenues humainement et matériellement par l’armée, permettent non seulement de créer des vocations, mais avant tout de diffuser les valeurs des armées, de les faire connaître et reconnaître. Ce moyen efficace était déjà souligné en 1995 par le commandant britannique Thompson invité au débat du Sénat, cité en référence : «Depuis 50 ans les cadets existent, c’est un moyen primordial pour maintenir le lien entre la société et l’armée».

De manière plus pragmatique, la politique de soutien se traduit par des mesures facilitant la vie privée des militaires. Ces mesures définies sous le nom de Service Personnel Command Paper, et pour certaines signées récemment, ont pour objectif de rétablir un équilibre face aux désavantages des mutations et des contraintes opérationnelles. Il s’agit par exemple de simplifier l’accès au système de soins, d’éviter les listes d’attente pour l’attribution de logements sociaux ou de bénéficier de tarifications différenciées pour la consommation d’eau et d’électricité dans les logements appartenant au ministère de la Défense.

Le ministère de la Défense, submergé par les dons des associations pour Noël au profit des soldats en Afghanistan, a dû les ralentir. En termes de communication la décision est certes critiquable, néanmoins ces dons sont un résumé du lien armée-nation entretenu par une communication globalement performante et l’emploi d’outils modernes ci-dessus évoqués.

Philippe de Gaulle s’exprimait ainsi à propos de la France en 1995 

[12]: «Au sénat ou au parlement, quand des problèmes militaires sont évoqués à la tribune ou dans l’hémicycle, cela commence au mieux à 21h, cela se poursuit dans la nuit, il n’y a pas un seul journaliste – et l’ensemble de la nation se désintéresse totalement de l’affaire». En Grande Bretagne au contraire, l’Army a profité judicieusement du 11 novembre, pour diffuser au sein même de la Chambre des communes, un document destiné aux parlementaires, «The British Army, land power for today and the future».

D’ailleurs, pour cette date anniversaire, le pays se couvre fièrement de «poppies» et respecte de manière quasi religieuse une minute de silence. En observant à la fois ce devoir de mémoire entretenu et parallèlement l’Union Jack arboré lors des concerts populaires (les Proms de Hyde park), il apparaît qu’un débat sur l’identité nationale en Grande Bretagne est superflu.




[1] Terre Information Magazine, juillet août 2009

[2] «L’avenir du service national» Mr Serge Vincon, sénateur, rapport 349/1995-1996/Commission des affaires étrangères  de la Défense et des Forces armées.


[3] Defence Instructions and Notices, DIN, novembre 2008


[4] MoD top level messages


[5] Guidelines for the use of social mediasites(blogs,twitter,facebook,youtube) août 2009


[6] youtube.com/britisharmy,twitter.com/britisharmy,facebook.com/britisharmy,audioboo.fm/profile/britisharmy


[7] http://army.mod.uk,http://www.armyjobs.mod.uk


[8] www.armytalk.co.uk

[9] «L’avenir du service national», Mr Serge Vincon, sénateur, rapport 349/1995-1996/commission des affaires étrangères  de la Défense et des Forces armées


[10]‘Safeguards rewards and compensation.


[11] British Army Reputation Tracking,Topline Report Summer 2009

[12]  «L’avenir du service national» Mr Serge Vincon, sénateur, rapport 349/1995-1996


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