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Relations internationales

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Entre acculturation et compromission, quels repères pour le chef militaire en opération ?

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Par le CBA Tugdual BARBARIN

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Le port du voile est-il seulement le moyen pour une femme d’être plus facilement acceptée par la population locale ou la marque d’une adhésion à des valeurs particulières ? Le fait de saluer mon interlocuteur dans sa langue est-il une façon d’installer un climat de relative confiance ou une marque de soumission envers lui ? Ces interrogations soulignent la difficulté que présente parfois le fait de vivre au contact d’une culture étrangère. Cette question est bien connue de tous les expatriés. Elle revêt cependant un caractère particulier pour un militaire en opération : ce dernier peut se trouver très rapidement immergé dans un pays qu’il ne connaît pas, où il n’a pas choisi d’aller et dans lequel il a une mission à accomplir. Ce propos n’a pas pour ambition de trouver une solution-type qui n’existe pas à un problème si complexe. Son objet est plutôt d’aider le chef militaire qui côtoie des militaires ou des civils étrangers sur le terrain, à trouver des repères qui lui permettront d’adopter l’attitude la plus juste possible, c'est-à-dire le comportement qui, dans le cadre de la mission qui lui est confiée, lui permettra de respecter à la fois sa sensibilité et celle de ses interlocuteurs.

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Trois questions peuvent servir de repère au chef militaire confronté à des situations dans lesquelles il doit réagir sous le regard de personnes étrangères.

 

Qui suis-je ? L'homme de convictions.

Cette première interrogation permet de se positionner personnellement face à une culture différente de la sienne. Etre conscient de sa propre identité, de ses convictions, permet notamment à chaque individu de se positionner sur deux plans. Tout d'abord, cela conduit à identifier ce qui rapproche ou éloigne ses propres valeurs des références de ses interlocuteurs. Ensuite, c'est une opportunité de discriminer l'essentiel de l'accessoire, le « non négociable » de ce qui peut être mis de côté sans être trop lourd de sens. Cette réflexion doit être menée largement en amont d'une période d'exposition à une autre culture. En effet, les éléments de réponses seront alors moins susceptibles d'être influencées par des réactions circonstancielles souvent d'autant plus épidermiques que la différence est grande entre sa propre culture et celle à laquelle on est exposé.

 

De qui / de quoi suis-je le représentant ? Le citoyen.

Arborant les couleurs d'un pays, le militaire ne s'appartient pas totalement. Il représente la communauté à laquelle il appartient et se doit d'avoir en permanence à l'esprit les raisons pour lesquelles il a été envoyé en opération. Ces motifs peuvent différer des valeurs qui sont les siennes. Dans des circonstances extrêmes, cette différence peut donner lieu à des cas de conscience particulièrement difficiles à vivre. Toutefois, dans la majorité des cas, les cadres militaires qui ont choisi de servir leur pays le font parce qu'ils partagent les valeurs de la nation dont ils sont les représentants ; les motifs de leur projection en opération extérieure ne leur sont donc pas totalement étrangers. Cette deuxième étape du raisonnement permet, sur le plan collectif cette fois-ci, de faire la part entre l'essence des valeurs dont l'attitude du militaire est le témoignage et les comportements dont la signification est moins marquante. Elle aide aussi le chef à identifier l'écart qui peut exister entre sa perception personnelle et l'attitude qui il lui incombe lorsqu'il incarne des idéaux nationaux.

L'évocation de ces deux premières questions donne l'occasion de rappeler combien il est important de bien connaître la culture de la population que le soldat est amené à fréquenter. Parce que la multinationalité des engagements devient la règle, que la guerre moderne s'effectue au sein des populations, et que ces dernières constituent bien souvent dans les conflits actuels un enjeu majeur, tout soldat participant à une opération extérieure doit être sensibilisé à la culture de ses futurs interlocuteurs. Cette préparation préalable permet de mieux appréhender la façon dont seront perçues les actions de la force et peut éviter des comportements inadaptés qui auraient des effets dévastateurs sur l'accomplissement de la mission.

 

Quelle est ma mission ? Le militaire.

Alors que les deux premières étapes de notre démarche permettent de dresser un état des lieux de ce qui rapproche ou éloigne les cultures considérées, cette dernière interrogation a pour but de discerner des paramètres plus circonstanciels liés à l'esprit de la mission. En effet, sur le même théâtre d'opération, au contact de la même culture locale, étrangère à la mienne, le comportement le plus adapté peut varier en fonction de la nature de la mission à remplir : un chef militaire n'a pas besoin d'être acculturé au même degré selon qu'il doit combattre avec son unité aux côtés d'une troupe autochtone ou qu'il a pour mission de mettre sur pied des unités de partisans locaux ayant pour vocation finale d'agir en autonomie. Il est donc nécessaire d'être pénétré de l'esprit propre à sa mission et de bien mesurer l'importance que revêt l'attitude du militaire vis-à-vis de la culture de son interlocuteur dans l'accomplissement de celle-ci.

Les trois interrogations proposées comme repères peuvent sembler très théoriques et il ne paraît pas évident de trouver des éléments de réponse satisfaisants dans les contraintes de temps et de fatigue qui sont parfois celles du terrain. L'utilisation de ces mêmes critères en « négatif » peut alors s'avérer plus aisée : quelles sont les actions qui vont à l'encontre de ce que je suis ? Quels sont les comportements qui contredisent ce que je représente ? Quelles sont les attitudes qui remettent en cause l'exécution de ma mission ? En raisonnant ainsi, chacun parviendra à déterminer les limites au-delà desquelles l'acculturation se transforme en compromission.

En envisageant les trois angles évoqués ci-dessus, le chef militaire sur le terrain dispose des repères minimum nécessaires pour analyser la situation particulière dans laquelle il se trouve et adopter le comportement qui lui semblera alors le plus juste. Cette réflexion ne fournira que rarement une solution évidente et idéale, mais au moins permettra-t-elle dans bien des cas d'éviter des comportements trop préjudiciables à l'accomplissement de la mission, tant dans la lettre que dans l'esprit.


1 Acculturation : adaptation d'un individu ou d'un groupe à la culture environnante. (Référence : www.larousse.fr/dictionnaires/français).


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