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Histoire et Stratégies

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Foch et l’établissement d’une nouvelle doctrine défensive française sur le Rhin (1ère partie)

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Par le lieutenat-colonel Olivier LAHAIE

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Moins de onze années après la signature de l’Armistice disparait le maréchal Foch. Successivement Général en chef des Armées alliées, Président du comité militaire allié de Versailles chargé du contrôle de l’exécution des clauses du traité de paix et Commandant en chef des troupes alliées d’occupation en Allemagne, l’homme a exercé des fonctions d’une importance exceptionnelle. Conscient de ses responsabilités comme de son aura, il souhaite faire comprendre que malgré la victoire, rien n’est définitivement acquis et que le Reich défait peut recouvrer sa puissance et redevenir une menace.

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 Avant même la victoire, Foch tente de faire valoir ses vues en matière de sécurité, persuadé que seules les considérations militaires assureraient un avenir plus sûr à la France. L'armistice, annonciateur de la paix à venir, a renforcé la vigueur de son plaidoyer. « Le Rhin ! Depuis Rethondes, il ne parlait que du Rhin », écrit Louis Madelin1. Jusqu'en 1929, Foch va littéralement « batailler »2 pour le fleuve, voulant faire entériner ses conceptions sécuritaires face à l'Allemagne ; mais ce combat, livré dans un contexte international en pleine mutation et de surcroît en période de réorganisation de l'armée française, va lui apporter les plus amères déceptions. Pugnace, ce grand capitaine le conduira jusqu'au crépuscule de sa vie mais finira par le perdre.
 
 
1- Pendant la guerre
 
Les conditions du déclenchement de la Grande Guerre et ses développements ultérieurs amènent Foch à réfléchir sur la question du Rhin. Les gains territoriaux obtenus grâce au traité de Francfort ont permis à l'armée allemande de préparer son offensive d'août 1914 sur toute la longueur du fleuve, alors qu'en 1870, l'armée prussienne avait dû se contenter du Palatinat pour effectuer sa concentration. Foch pense qu'il ne faut plus de troupes germaniques sur la rive gauche afin de contrarier tout « déploiement stratégique », et même qu'il faut contrôler les ponts de Cologne, Coblence et Mayence afin de pouvoir masser rapidement des troupes sur la rive droite pour une offensive. Faire de la Rhénanie un Etat indépendant, sorte de « marche » entre l'Allemagne et la France, sans forcément la délier du paiement des crimes allemands, lui paraît être une possibilité toute aussi viable que la création de la Belgique, un siècle plus tôt3. Il considère que la région peut constituer un « Etat-tampon » entre la France et l'Allemagne et qu'un glacis militaire, constitué par la rive gauche du Rhin, améliorera la sécurité de la France. Dans son esprit, ce concept n'est ni une nouveauté ni une hérésie de la pensée4 ; en 1805, les Anglais ont songé à réunir la Belgique et la Hollande pour se protéger de la France, et en 1814-1815, ils ont voulu créer un « Etat-lotharingien »5 entre la France et le Rhin, avec le souci de contenir les visées expansionnistes françaises. Foch a conscience de la précarité des frontières de 1815 ; or la victoire « était l'occasion ou jamais de les corriger, de les reporter à Landau et à Sarrelouis, comme sous la Révolution »6. En 1870, le Reich s'était emparé de Metz et de Strasbourg pour garantir sa sécurité ; la France n'a-t-elle pas le droit de faire de même avec la Rhénanie pour épargner son sol des ravages d'une guerre future ? Foch le pense, et il va même plus loin : il faut agir pour séparer la Rhénanie du reste de l'Allemagne, ceci afin d'affaiblir la Prusse, et occuper militairement cette région avec nos Alliés autant de temps que dureront les obligations du traité de paix. Une frontière douanière pourrait englober tous les Etats de la rive gauche « de manière à leur garantir des avantages économiques communs »7. En cas de nouvelle guerre, le territoire national serait préservé des destructions. Il y a aussi des considérations mystiques à prendre en compte : les Rhénans sont majoritairement catholiques et le Kulturkampf prussien heurte leur sentiment religieux8. Or pour ce qui se rapporte à la nécessité de les protéger du protestantisme, Foch n'a pas une vision si éloignée de celle d'un Barrès9. Mais, quoi que l'on fasse de la Rhénanie, « il faut » que le fleuve devienne la frontière occidentale de l'Allemagne. Le 8 octobre 1918, il écrit à Clemenceau : l'occupation de la rive gauche doit figurer comme condition à l'armistice et l'on doit exiger l'évacuation des troupes allemandes10. Des troupes alliées les remplaceront. L'essentiel est aussi de pouvoir disposer de têtes de pont sur la rive droite, à hauteur de Rastadt, Strasbourg, Neu Brisach11 « au cas où les négociations de paix n'aboutiraient pas »12. Il envisage aussi de ne pas restituer cette zone et de la partager en « Etats-tampons lotharingiens », indépendants et neutres13. Le lendemain, il s'entretient de ces questions avec le Tigre14. « - La question du Rhin domine toutes les autres. Si nous le tenions solidement, la France pouvait être tranquille. Elle aurait à la fois les réparations et la sécurité. Si elle ne le tenait pas, elle n'aurait ni l'un ni l'autre. Tout ce qu'on lui offrirait, tout ce qu'on lui donnerait en échange, ne serait qu'illusion »15. Le 16, Foch demande que le Quai d'Orsay lui explique la politique rhénane française (et également celle des Alliés), de manière à formuler avec précision les conditions d'armistice. « La question de la sécurité me concernait au premier chef », affirme-t-il16. Dans son esprit, ces conditions doivent servir de préalable à celles figurant dans le traité de paix ultérieur17, lesquelles doivent « à coup sûr » contraindre l'Allemagne à payer les réparations de guerre. Nouvelle lettre de Foch au Tigre : « L'évacuation de la Belgique, du Luxembourg et de l'Alsace-Lorraine ne nous fournira aucune garantie pour les réparations nécessaires, et si l'armistice était rompu, ne nous fournirait aucun moyen de briser la résistance ennemie derrière le Rhin dont elle ne nous donnerait aucune porte »18. Clemenceau répond qu'il ne revient pas aux conseillers militaires de débattre de problèmes économiques ou diplomatiques dans la définition des gages à imposer à l'Allemagne ; ils seront consultés mais uniquement sur des questions militaires. Le 25 à Senlis, Pétain plaide pour l'occupation de la rive gauche du Rhin et de têtes de pont sur la rive droite par des contingents alliés ; il est rejoint dans cette idée par Pershing. Haig se montre en revanche plus réservé, demandant uniquement l'occupation de Metz et Strasbourg, l'évacuation par l'armée allemande des territoires occupées et de l'Alsace-Lorraine. Foch fait valoir ses vues concernant le Rhin devant ses grands subordonnés : retrait des forces allemandes, occupation de la ligne du Rhin et de la rive gauche par des forces alliées. Il expédie le 26 un rapport à Clemenceau sur les conditions militaires à présenter par les Alliés en cas de demande d'armistice par le Reich : évacuation des pays envahis (Belgique, France, Alsace-Lorraine, Luxembourg) en 14 jours, des pays rhénans en 11 jours supplémentaires, maintien des administrations locales puis occupation par les forces alliées, occupation de têtes de pont de 30 km de rayon à Mayence, Coblence, Cologne, Strasbourg et création d'une zone neutre de 40 km de large à l'Est du Rhin, de la Suisse à la Hollande.
 
Le 1er novembre, a lieu une séance plénière du Conseil suprême de Guerre pour examiner les conditions d'armistice à imposer à l'Allemagne ; Lloyd George et Haig s'opposent à Foch sur la question de l'occupation de la rive gauche du Rhin et des villes de Mayence, Coblence et Cologne. Le généralissime insiste : « les armées alliées pouvaient perdre le bénéfice de leurs dures victoires »19 ; (il) « ne consentirait jamais à un rétablissement allemand derrière l'obstacle du Rhin ; (finalement) Lloyd George se rendit aux raisons du maréchal »20, puisqu'entre les mains des Alliés, « le Rhin consoliderait leur victoire définitive et donnerait aux gouvernements les moyens d'imposer la paix »21.
 
On attend de grands résultats de l'offensive en Lorraine, prévue le 14. Poincaré souhaite la signature d'une paix à Berlin ; mais pour éviter les pertes22, Clemenceau et Foch penchent pour la cessation des hostilités si les Allemands acceptent les conditions de l'armistice23.
 
 
 
2- De la Victoire au traité de Versailles
 
A Rethondes, les Allemands ont été contraints de céder l'Alsace-Lorraine et la rive gauche du Rhin, et « il a été reconnu que le front des Alliés devait franchir le cours du Rhin et englober sa rive droite pour constituer une base offensive avantageuse s'il fallait se remettre en campagne »24. Foch est satisfait ; « la main mise sur le Rhin suffisait pour consacrer les résultats de la victoire »25. Le 15 novembre, il fixe les principes de l'administration civile des territoires occupés par une instruction ; ce sont aux généraux alliés, chacun dans leur zone de responsabilité, mais sous l'autorité du commandant en chef, de contrôler les administrations allemandes. Le 27, Foch adresse une note à Clemenceau, puis le 28 aux Etats-majors alliés, où il recommande de fixer à la rive droite du Rhin « la frontière militaire occidentale des peuples allemands. Il faut tenir au Rhin la barrière commune de sécurité nécessaire à la Société des Nations démocratiques », dit-il. « Pour arrêter les entreprises vers l'Ouest de cette nation, de tout temps belliqueuse et envieuse du bien d'autrui, entraînée à la conquête par la force, au mépris de tous les droits et avec les procédés les plus contraires aux lois, aspirant à l'hégémonie du monde, la nature n'a disposé qu'une barrière : le Rhin. Il faudra donc y maintenir longtemps des forces importantes. Aucune nation ne peut à elle seule y suffire. Seule l'alliance permet d'y répondre. Encore ne faut-il pas d'efforts dispersés, mais concentrés sous une direction unique (et) la préparer en organisant toutes les ressources de l'Europe occidentale »26. Son souci d'avoir des troupes alliées en Rhénanie montre qu'il désire conserver dans la paix les alliances nouées durant la guerre. De plus, « l'occupation de la Rhénanie, en vertu de l'armistice, constituait aux mains des Alliés, une hypothèque capable de garantir le règlement des indemnités qu'ils allaient avoir à réclamer »27.
 
Foch préconise de détacher politiquement de la Prusse la Rhénanie et le Palatinat, auxquels il faudra accorder un statut politique particulier. Son souhait est d'arriver à persuader la population rhénane d'intégrer progressivement un système militaire occidental28. Le 1er décembre, les Alliés entrent en Allemagne. Lors du renouvellement de l'armistice, Foch - à qui les Gouvernements alliés ont confié la Présidence d'une Commission interalliée « chargée d'étudier et de leur présenter un projet de statut militaire auquel serait réduit l'ennemi vaincu »29 et désarmé - impose aux Allemands le droit d'occuper « quand il le jugerait convenable, à titre de nouvelle garantie, la zone neutre de la rive droite du Rhin, au nord de la tête de pont de Cologne et jusqu'à la frontière hollandaise »30. Il rappelle à Clemenceau l'urgence de fixer les frontières militaires de l'Allemagne, son désarmement ne pouvant « forcément produire que des résultats relatifs et provisoires »31.
 
Justifiant la légitimité de ses initiatives par l'état de siège, Foch place des organismes français aux côtés des administrations allemandes en Rhénanie ; le 28 décembre, le Contrôle général de l'administration des territoires rhénans occupés est institutionnalisé et placé sous la direction de Paul Tirard32. Depuis Rethondes, Foch est au faîte de son pouvoir, mais cette situation est temporaire ; il a été l'homme de l'armistice mais ne sera pas celui de la paix33. « Pour l'armistice, étant le premier juge, j'ai fait, non sans difficulté, triompher mes vues sur la ligne du Rhin. Pour la paix, malgré mes objurgations, mes appels réitérés, on a passé outre », confiera-t-il34.
 
Certes, il acquiert après la victoire un statut d' « expert militaire » qu'on va consulter en amont de l'ouverture de la conférence de Paris à propos des dossiers : rive gauche du Rhin, clauses militaires, clauses aériennes, garanties d'exécution35, mais parce que la conférence de la paix va embrasser bien des aspects, soulever des questions très diverses, on ne se satisfera pas de ses seuls avis. Le 3 janvier 1919, il rédige un mémoire pour Clemenceau36, bien accueilli par Tardieu. Il en envoie un autre aux Gouvernements alliés le 1037. Après y avoir dressé le bilan démographique de part et d'autre du fleuve, il souligne l'importance militaire de l'obstacle constitué par les 600 km de la ligne du Rhin et l'importance qu'il y a à la conserver puisque le contrepoids, offert par la Russie, a disparu : « L'Allemagne reste pour longtemps encore, jusqu'à l'achèvement de sa transformation politique et philosophique, une menace redoutable pour la civilisation »38. Il insiste pour que l'occupation militaire interalliée des rives du Rhin transforme cette région en zone tampon, « barrière commune » garantissant la sécurité européenne. « - Sans cette frontière du Rhin, les Puissances d'Occident verraient se renouveler le passé »39. Dans son esprit, la menace germanique mettra une trentaine d'années à se reconstituer, et ce jour-là il faudra pouvoir livrer bataille loin du sol français. Bien qu'il soit un militaire, Foch ne dissocie pas la question des réparations de celle de la sécurité ; il compte sur l'occupation de la Rhénanie pour contraindre l'Allemagne à s'acquitter de ses dettes en menaçant la Ruhr40. Il est suivi dans ses conclusions par Clemenceau et Tardieu qui décident de s'en inspirer pour exposer les revendications françaises aux Alliés. A la mi-janvier, Foch redéfinit ses exigences sur le Rhin. A titre de nouvelle garantie, les Alliés occuperaient le secteur de Strasbourg, constitué par les forts de la rive droite et une bande de terrain de 5 à 10 km plus avant41. Le 2 février, il ordonne l'occupation de Kehl pour contraindre les Allemands à obéir aux clauses de l'armistice.
 
A partir du 12 février et jusqu'au 24 mars 1919, le Conseil des Dix siège deux fois par jour à propos des dispositions du traité de paix. Wilson doit néanmoins retourner aux Etats-Unis pour la campagne présidentielle. Mis au courant des prétentions françaises, House en apprécie la portée. « Du côté anglais, au contraire, une forte résistance se dessinait et le ton amical dont elle s'enveloppait n'en diminuait pas la fermeté »42.
 
Le 16 février, Clemenceau développe ses ambitions territoriales devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat ; en plus de l'Alsace-Lorraine, il souhaite que la France recouvre ses frontières de 1790 qui incluaient une partie de la Sarre. Il défend la transformation de la Rhénanie en un Etat autonome, occupé et rattaché par une union douanière à la France, libre un jour de choisir son destin par un plébiscite : « - On occupera jusqu'à ce que le pays soit disposé à se réunir à la France », déclare-t-il sans ambages. Le lendemain, Foch fait savoir aux Allemands que les Alliés sont disposés à reprendre les hostilités sur préavis de trois jours. Mais « l'Angleterre ne pouvait pas voir d'un bon oeil la France, même au titre de représentante des Alliés, installée militairement sur le Rhin, non plus qu'une Rhénanie soustraite à l'Allemagne, appelée par cela même à graviter plus ou moins politiquement, économiquement, dans l'orbite de la France. Tout cela signifiait, aux yeux de l'Angleterre, une Allemagne trop faible vis-à-vis d'une France trop forte »43.
 
Le 19, il adresse une note aux commandants en chef des armées alliées où il insiste sur l'importance stratégique à considérer le Rhin comme frontière de l'Allemagne et écrit : « Il appartiendra au traité de paix de fixer le statut des populations de la rive gauche du Rhin non comprises dans les frontières françaises ou belges ».
 
Le 25, la délégation française44 remet un mémoire aux Alliés45. Mis en forme par Tardieu, il suit dans les grandes lignes les recommandations sécuritaires de Foch à propos du Rhin et s'attache à expliquer les prétentions françaises. La France a délibérément choisi de placer sa propre sécurité sur un plan interallié et demande de faire du Rhin la « frontière de liberté des démocraties d'Occident » car, selon les idées du maréchal, « c'était bien au Rhin qu'il fallait couvrir les débarquements des Alliés en Europe46. Ainsi que l'expliquera plus tard Foch, « c'était la meilleure réponse à ceux qui accusaient la France de poursuivre, en demandant le Rhin, des intérêts particuliers, des visées annexionnistes. Le Rhin n'était pas la frontière de la France, mais celle de tous les peuples ayant combattu avec elle pour la défense du droit »47.
 
« Il fallait que la frontière militaire de l'Allemagne fût fixée de telle sorte que ni la rive gauche du Rhin, ni les ponts, ni la zone voisine de la rive droite ne pussent redevenir contre la France l'offensive place d'armes du passé. Il fallait qu'aussi longtemps que l'Allemagne disposerait de plusieurs millions d'hommes entraînés, l'occupation de la rive gauche et des têtes de pont assurât à notre pays une garantie matérielle. La démilitarisation totale de la rive gauche du Rhin et d'une zone de 50 km à l'Est du fleuve fut acceptée »48.
 
Sur le plan politique, la France propose de reconnaître une Rhénanie indépendante et neutre, dont le territoire démilitarisé serait garanti par la SDN. Nulle revendication d'annexion. Sur le plan économique, elle serait incorporée dans une union douanière avec la Belgique et la France. Il y aurait donc trois frontières pour l'Allemagne : celle de 1870 comme frontière politique, le bassin de la Sarre donné à la France comme frontière économique, et une frontière militaire tenue par des contingents interalliés de la Lauter à la Wesel avec des têtes de pont sur la rive droite.
 
Le 11 mars, les Alliés discutent des propositions françaises concernant le Rhin ; Italiens et Anglo-saxons se montrent très réservés. Ce n'est pas que les Anglais minimisent le besoin de sécurité des Français, mais ils s'opposent aux moyens qu'ils souhaitent employer pour y répondre : Lloyd George déclare : « - Maintenant que nous allons désarmer l'Allemagne, vous n'avez plus besoin de troupes sur le Rhin », indignant le Président du Conseil et Poincaré49. Le lendemain, Tardieu remet une seconde note50 au nom du Gouvernement français51. Il y reprend les conseils de Foch et propose une occupation interalliée de la ligne du Rhin « en vertu d'un mandat de la Ligue des Nations », de constituer en Rhénanie un ou plusieurs Etats indépendants, placés sous la protection de la Ligue des Nations, de fixer la date et les conditions de l'évacuation des têtes de pont de la rive droite et des territoires de la rive gauche par le traité de paix, en fonction des garanties à prendre pour l'exécution au moins partielle des clauses financières.
 
Jusqu'au 7 mai 1919, le Conseil des Quatre doit en effet aborder les problèmes territoriaux de l'Europe. Or malgré toutes les précisions clarificatrices, la France se heurte au double refus anglais et américain. Lloyd George et Wilson lui ont soumis l'idée d'un Pacte de garantie dès le 14 mars : « Il n'y aura ni constitution d'Etats indépendants sur la rive gauche du Rhin, ni occupation de la ligne du Rhin, (mais une) aide à donner à la France en cas d'agression allemande non provoquée : dans le cas où les stipulations suivantes, concernant la rive gauche du Rhin et contenues dans le traité de paix avec l'Allemagne (art. 42 à 44) n'assureraient pas à la France la sécurité et la protection appropriées, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis consentent à venir immédiatement à son aide dans le cas de tout acte non provoquée d'agression dirigée contre elle par l'Allemagne »52. Clemenceau est réservé : « - Rien ne prouve que le sénat américain ratifiera ce traité. Si la France abandonne la Rhénanie, l'Amérique et l'Angleterre sont bien loin pour aider la France, en cas d'attaque, à garnir à temps sa frontière de l'Est complètement ouverte »53. Il en parle à Poincaré (qui ne dit mot) puis se ravise : « - Je ne vois pas très bien comment je proposerais au peuple français, alors qu'il a vaincu l'Allemagne avec les Anglais et les Américains, de refuser la garantie militaire de ces deux peuples pour assurer la paix »54.
 
Foch proteste devant ce qu'il voit comme « une solution de paresse, une combinaison hasardeuse et instable »55: « - Si nous n'avons pas de contrôle permanent sur le Rhin, il n'y aura pas de neutralisation, de désarmement, de clause écrite d'aucune nature qui puisse empêcher les Allemands de le traverser pour envahir notre territoire en s'assurant une position dominante. En pareil cas, aucune aide anglaise ou américaine ne pourrait intervenir à temps et sauver la France d'une complète défaite », prévient-il. Etant bien informé par des amis américains, il doute également que Wilson puisse imposer ses vues devant son propre sénat56 ; dès lors, que vaudront ses promesses ? Pour Clemenceau, il semble primordial pour l'avenir d'éviter un blocage avec les Alliés. Sans repousser l'idée de ce pacte, il leur demande un certain nombre de garanties pour s'assurer du respect par l'Allemagne des clauses de l'armistice, souhaitant que la France recouvre sa frontière de 1814 et obtienne aussi le droit d'occuper, sans l'annexer, la partie du bassin sarrois à l'extérieur de cette frontière.
 
Le 17 mars, Tardieu remet une note répondant aux propositions anglo-saxonnes. Il martèle la nécessité de garder militairement le Rhin, « seule bonne position défensive » (même si on limite l'outil militaire germanique), de démilitariser la rive gauche et 50 km de la rive droite, tout en acceptant bien volontiers l'idée d'un pacte à faire jouer en cas d'attaque de la France ou de la Belgique par l'Allemagne. La France demande également à ce que le retrait des têtes de pont sur la rive droite et la fin de l'occupation de la rive gauche soient conditionnés par le paiement des réparations57. Rien n'y fait.
 
Clemenceau tente vainement de convaincre Foch d'accepter l'idée du pacte ; « le fossé qui allait séparer les deux hommes était creusé. (Ce) dissentiment ne fit que grandir en raison de la tournure prise par les débats et les sépara jusqu'à leur mort »58.
 
«- L'annexion à la France de la Sarre et des régions à l'ouest du Rhin n'a pas de base historique suffisante. Une partie de ces territoires n'a été française que pendant 22 ans ; le reste a été séparé de la France pendant plus de 100 ans », finit par déclarer Wilson le 28. Réaliste, Clemenceau fait un double constat : il y a une parfaite collusion entre les Anglais et les Américains et il semble qu'un consensus soit impossible, raison pour laquelle il faut accepter le pacte. Tardieu et lui se doutent de la réaction prévisible de Foch, mais ainsi que l'écrira le premier, « la paix était une oeuvre politique, une oeuvre d'harmonie succédant à une période de lutte. Deux conséquences en résultaient. La première, c'est que les motifs techniques devraient, à l'heure des solutions, être parfois primés par des raisons d'ordre général, dont les experts n'étaient point juges. La seconde, c'est que, pour aboutir, il fallait l'unanimité »59.
 
Effectivement, Foch se met hors de lui lorsqu'on l'informe de l'état des tractations, tempêtant contre Clemenceau et Tardieu, dénonçant le marché de dupe proposé à la France par les Anglo-saxons60. Le 31 mars, il rédige une note qu'il développe devant le Conseil des Quatre, en présence des généraux alliés61. Il déploie une carte sur laquelle il a tracé à la plume trois frontières : celle de 1815 en vert, celle de 1814 en rouge, et celle qu'il propose en bleu, cette dernière suivant grossièrement le tracé de la précédente, mais à 80-100 kilomètres plus au nord62. Cette carte « qu'il avait étalée sur le tapis, faute d'un endroit plus convenable pour le faire »63, doit servir à appuyer son propos, mais l'auditoire ne daignera pas la regarder64.
 
Foch affirme parler « pour le salut des Peuples de l'Europe Occidentale » et rappelle les souffrances de la France et de la Belgique. Il craint l'alliance possible de l'Allemagne avec les bolcheviks, ce qui aurait pour conséquence d'augmenter d'autant la masse d'ennemis à contenir sur le Rhin. Les Quatre paraissent distraits65. Wilson conclut : « - Je remercie le maréchal de la manière si forte et si lumineuse dont il a présenté ses vues », puis l'invite à sortir.
 
Foch est dépité ; il a conscience du bien-fondé de ses arguments, mais comprend qu'il est trop tard : en acceptant le pacte, Clemenceau a fait des concessions sur lesquelles il est impossible de revenir66. Il voit la situation lui échapper et ses propositions rejetées ; il écrit le 6 à Clemenceau : « A mesure que les pourparlers entre les chefs de Gouvernements alliés avancent, des engagements peuvent être pris sur lesquels il sera difficile de revenir. Il me semble donc indispensable d'être réuni avec les délégués plénipotentiaires français afin de connaître l'état exact des négociations »67. Il se raidit encore, déclarant le lendemain à Tardieu et Cambon : « - Il y aura peut-être un jour une Haute cour pour nous juger parce que la France ne comprendra pas que de la victoire, nous ayons fait sortir la faillite. Ce jour-là, je me présenterai la conscience tranquille et mes papiers en règle »68.
 
Le 9, il reçoit une lettre du Tigre69 ; on lui expose qu'il ne fait pas partie des délégués plénipotentiaires et, qu'en tant que généralissime, il est uniquement autorisé à prendre la parole sur des questions militaires, pour faire profiter les membres du Gouvernement de son expertise. En revanche, il n'est pas autorisé à délibérer avec les membres de la délégation (qui ne sont pas eux-mêmes qualifiés pour traiter des questions militaires). Le 12, Wilson envoie une note à Clemenceau où il rappelle ses positions, son unité de vue avec Lloyd George, ainsi que les garanties offertes à la France par le pacte, lesquelles « représentent le maximum de ce (qu'il) juge nécessaire à la sécurité de la France et possible de la part des Etats-Unis »70.
 
Clemenceau repousse finalement les idées que Foch défendait, et que jusque-là il avait fait siennes : il renonce à exiger le Rhin comme frontière militaire permanente avec l'Allemagne, acceptant en contrepartie le pacte et une « occupation temporaire et interalliée de la rive gauche du fleuve » dont il reste à négocier la durée. Foch rencontre Paul Deschanel et demande à être entendu par la Commission de l'Armée de l'Assemblée mais n'obtient pas l'autorisation voulue71.
 
Le 15 avril, Wilson annonce brusquement que les Allemands vont être convoqués à Versailles dix jours plus tard ; Foch demande de développer son point de vue devant le Conseil des ministres renforcé de la délégation française72. « Je faisais connaître, de la manière la plus nette, ma désapprobation formelle du compromis qui se préparait : l'occupation des pays rhénans pour une durée de 15 ans, avec des retraits successifs, me paraissait, du point de vue militaire, impossible à accepter par la France. Elle nous laisserait dans la plus complète insécurité, aussi bien pour la défense du territoire que pour le paiement des indemnités »73.
 
Le 18, Poincaré lui transmet une réponse de Clemenceau : impossible de convoquer le Conseil dans l'immédiat. « Or c'était le moment où il discutait avec Wilson et Lloyd George les modalités de notre occupation temporaire en Rhénanie »74. Le lendemain, un article anonyme du Matin présente les avantages à considérer le Rhin comme frontière militaire de l'Europe occidentale, et le même jour, le Daily Mail publie une interview de Foch présentant l'argumentaire que celui-ci a développé devant les Quatre. Mécontent de ces indiscrétions comme du refus d'obtempérer du commandant suprême des forces alliées, Lloyd George se tourne vers Clemenceau pour lui demander des explications ; ce dernier convoque alors Foch. Le maréchal fait la sourde oreille puis finit par exprimer des regrets pour s'être confié à la presse75.
 
Le 25 avril, Clemenceau aboutit péniblement au compromis suivant ; l'occupation de la rive gauche du Rhin ne sera que « temporaire » et organisée comme suit : dans la zone sud, la plus proche de la France, l'occupation durera 15 ans ; en Rhénanie moyenne, elle sera de 10 ans et de 5 ans dans la région de Cologne. La rive droite sera démilitarisée sur une largeur de 50 km et les Allemands ne devront y construire aucune fortification. Les Anglo-saxons interdisent en revanche à la France de favoriser le séparatisme rhénan, exigence qui provoquera le limogeage du général Mangin, commandant la 10ème armée en Rhénanie76, jugé trop favorable aux idées du Dr. Dorten77. Le même jour, Foch passe enfin devant le Conseil des ministres et la délégation française à Versailles78 avant le débat sur les propositions anglo-saxonnes. Clemenceau introduit la séance et annonce qu'il s'agit seulement d'entendre le maréchal et pas de discuter les engagements pris devant nos Alliés, dont la nature doit rester secrète ; de toute manière, la délibération est affaire de gouvernement. Foch réclame qu'un procès-verbal soit rédigé ou menace de se retirer ; le Tigre refuse pourtant, sous prétexte que cela est contraire au règlement du Conseil. Poincaré fait remarquer qu'il ne s'agit pas d'une séance ordinaire (puisqu'elle est ouverte à la délégation française) et qu'il peut être fait une exception. Clemenceau tolère alors une prise de notes, effectuée par son chef d'Etat-major, mais menace de démissionner si l'on procède à une délibération en présence de Foch79. Il rappelle sa position : conservation de nos anciennes frontières et acceptation du pacte offert par les Anglo-saxons, puis cède la parole au maréchal. Foch déclare qu'on n'a pas voulu lui communiquer le projet de traité de paix, puis donne lecture de sa « Note sur le Rhin » du 10 janvier dans laquelle il tire la sonnette d'alarme : « - La fortune des armes a mis entre nos mains la ligne du Rhin. Abandonner cette solide barrière naturelle sans autre garantie que des institutions morales et d'un effet lointain et inconnu, c'est, dans le domaine militaire, courir au-devant des plus grands risques. Les armées savent d'ailleurs le sang qu'elle leur a coûté ». Pour lui, le Rhin demeurera toujours un enjeu stratégique pour la France et l'Allemagne. Il lit ensuite sa note du 31 mars. Poincaré lui demande ce que vaut l'alliance défensive avec les Anglo-saxons, et si elle peut suppléer les garanties offertes par une défense établie sur le Rhin. Foch fait état du temps que prendrait une intervention anglaise à notre profit, sans parler de celle des troupes américaines, en s'appuyant sur les événements de 1914 et de 1917.
 
Poincaré demande encore si la neutralisation de la rive gauche peut compenser l'occupation du fleuve. Sans hésiter, Foch déclare : « - Cette garantie est égale à zéro ! ». Il insiste sur la facilité qu'il y a à garder facilement le fleuve, puis souligne le caractère forcément « provisoire » du contrôle du désarmement allemand. Il ne fait aucun doute que la défense de la France - mais aussi de l'Angleterre - soit au Rhin, et que le paiement des réparations soit conditionné à l'avenir par la présence alliée en Allemagne. Lorsque des ministres lui demandent comment il conçoit l'occupation du Rhin, il recentre le débat sur les intérêts français : pour la sécurité du pays, pour son relèvement économique aussi, l'occupation des têtes de pont est vitale. « - Mon idée est de maintenir l'occupation tant que les paiements ne seront pas effectués et tant que l'état des esprits en Allemagne ne nous donnera pas une entière sécurité. Les alliances sont insuffisantes pour assurer à la France les garanties qu'elle a le droit et le devoir d'exiger de ses Alliés comme de ses ennemis. Il faut l'occupation du Rhin. Y renoncer, c'est placer, c'est faire vivre la France sous la menace d'un immense danger, c'est mettre en jeu son existence. Je n'y consentirai jamais »80.
 
Clemenceau invite alors tous ceux qui ne sont pas ministres à sortir puis exprime son opinion: la France ne risque rien à accepter les propositions alliées car elle garde la possibilité de réoccuper ou de prolonger l'occupation en Allemagne : il se dit persuadé de la faillite de l'ennemi, prétexte pouvant servir à maintenir indéfiniment l'occupation en toute légalité. Le Conseil approuve le pacte et les garanties du traité81. Dehors, Foch qui s'est retrouvé avec Tardieu et Cambon et qu'on met au courant du résultat de la délibération leur jette : « - Nous passerons tous en haute cour parce que le pays ne comprendra jamais que de notre victoire, on ait fait sortir la faillite ! ». Excédé, Tardieu lui lance : « - Vous parlez comme un général factieux ! ».
 
Le 28, Foch se plaint par écrit à Clemenceau de n'avoir toujours pas pu lire le projet de traité allant être remis aux Allemands ; « personne n'avait pris soin de m'en informer officiellement et avec quelques précisions. Ce que je savais, je ne le connaissais que par bribes, même en ce qui touchait au côté militaire, qui me concernait particulièrement. Pour donner plus de force et surtout plus de précision à ma critique, il fallait tout au moins que j'eusse le traité sous les yeux. Or, je ne l'avais pas encore »82. On lui donne enfin à lire...
 
« Il m'apparut très vite que touchant le problème capitale de la sécurité sur lequel j'avais le droit et le devoir d'exprimer mon avis, la France n'obtiendrait aucune des garanties solides qui lui étaient indispensables, notamment la fixation immédiate des frontières de l'Allemagne, celle d'une indemnité de 100 milliards de marks garantie par des gages solides, payable dans un délai assez court »83. Il demande à être entendu en séance plénière de la Conférence de la Paix. Il menace également de démissionner de son poste de commandant en chef des armées alliées si les clauses militaires et le calendrier d'occupation de la Rhénanie ne sont pas modifiés. Envisageant cette éventualité, Clemenceau choisit Pétain comme successeur éventuel de Foch, recevant l'approbation de Lloyd George et de Wilson84. Mais Foch retire sa menace et Clemenceau abandonne son projet. Le lendemain, Clemenceau et Wilson finissent par s'entendre sur le contenu des articles du futur traité de paix réglant l'occupation en Allemagne ; ils mettent au point l'article 428 qui établit les têtes de pont sur la rive droite pour 15 ans, c'est-à-dire le temps nécessaire à l'obtention des garanties exigées par les Alliés. Quant à l'article 429, il donne à la France la possibilité de retarder l'évacuation de la rive gauche du Rhin, si l'Allemagne n'honore pas ses engagements en matière de sécurité85. En séance plénière de la Conférence de la paix, organisée le 6 mai au Quai d'Orsay, Foch proteste contre le contenu du traité qui doit être remis le lendemain aux Allemands86.
 
« J'essayai d'être bref, nerveux, empoignant. Les arguments n'étaient pas exposés mais assénés comme des coups de poing », dit-il87. Après avoir rappelé qu'il n'a pas lu le traité définitif88, il déclare encore vouloir tenir le Rhin sans limitation de durée afin de protéger la France et contraindre l'Allemagne à payer les réparations en menaçant la Ruhr89. Foch jette « un froid », faisant naître « une certaine gène, mêlée d'étonnement », mais continue, voulant « lutter jusqu'au bout et prendre position devant l'histoire »90. Obstination ? Manque de discernement ? C'est plutôt la haute idée qu'il se fait du devoir qui l'aiguillonne. « Qu'aurait pensé de lui le pays si, se reposant à l'abri de ses lauriers, il se fût contenté de défiler sous les arcs de triomphe et d'être applaudi par les foules de tous les continents ? ».
 
Tardieu donne lecture des clauses concernant l'occupation et l'évacuation des territoires rhénans. Foch précise « que certaines contiennent des dispositions dangereuses auxquelles il ne peut souscrire »91. Il demande à ce que les dispositions militaires du traité soient relues par des experts avant que les Allemands en prennent connaissance. Foch n'est pas au courant des acquis obtenus par Clemenceau, ce qui a forcément réduit la pertinence de son argumentation92 ; les Quatre sont en revanche abasourdis par sa demande finale et se retirent pour délibérer. Doit-on faire réexaminer le titre XIV par les experts militaires ? Peuvent-ils en modifier le contenu ? Cela créerait assurément un précédent, même si cela semble de leur compétence. On décide de ne rien faire...
 
Alors que Clemenceau, Lloyd George et Wilson prennent le thé, Foch demande assez abruptement au premier : « - J'ai l'honneur de poser une question, je voudrais bien une réponse »93. Clemenceau lui répond : « - Notre réponse est qu'il n'y a pas de réponse. Vous croyez que le monde tourne autour de vous, monsieur le maréchal. C'était bien pendant la guerre, mais c'est fini ! ». Piqué au vif, Foch réplique : « - Je me demande si je vous accompagnerai demain à Versailles. Je me trouve devant le cas de conscience le plus grave que j'ai connu dans mon existence. Ce traité, je le répudie et je ne veux pas, en m'asseyant à vos côtés, en partager la responsabilité »94. Après cette altercation, Bonar Law déclare à Clemenceau : « - Si un général anglais adoptait contre son gouvernement une telle attitude, il ne resterait pas cinq minutes en fonctions ». Le Tigre lui répond : « - Vous connaissez mon opinion. Quelque regret que m'inspire son attitude, nous ne devons pas oublier qu'il a mené nos soldats à la victoire »95. Plus tard, Clemenceau envoie Jean Dupuy chez Foch pour le convaincre de venir à la remise des conditions de paix. Le lendemain, en présence de Foch, c'est une version non modifiée du traité qui est remis aux plénipotentiaires germaniques. Le généralissime est visiblement ému par ce qu'il considère comme une capitulation française face aux Anglo-saxons. « Les plénipotentiaires français ont d'abord exigé, sous mon influence, la frontière militaire du Rhin, à quoi ils ont renoncé bien fâcheusement contre un pacte d'alliance qui ne valait rien »96. Lui n'a pas varié dans ses opinions, malgré les assurances prodiguées. « La première fois qu'on m'a parlé du pacte, j'ai répondu : « - C'est de la monnaie de singe »97, des certitudes échangées contre des promesses. Car trois invasions (1815, 1870, 1914) l'ont convaincu qu'il fallait à la France une frontière stratégique. « - Nos Alliés nous ont dit : « En échange de la frontière militaire du Rhin que vous demandez, nous allons désarmer, neutraliser au point de vue militaire la rive gauche du fleuve, ainsi qu'une bande de 50 km sur la rive droite ». Je réponds : « cette garantie-là est purement illusoire. L'essentiel, ce sont les ponts du Rhin. Qui les tient est le maître. Or si la Prusse en est à 50 km, une fois la Rhénanie évacuée nous en sommes à 150. Voilà pourquoi j'avais demandé la garde militaire du Rhin »98.
 
 
 
3- Foch et la signature du traité de Versailles
 
Pendant un séjour à Mayence, Foch se confie au Daily Mail et porte un regard critique sur le traité. Revenu à Paris, il déclare à Poincaré : « - Clemenceau est un criminel ! Je demanderai à comparaître avec lui devant la haute cour ; il sera flétri et je sortirai la tête haute ! »99.
 
Le 29, la délégation germanique remet aux Alliés un contre-traité ; Berlin se refuse à accepter les conditions relatives à la Rhénanie. Français et Américains décident de contraindre l'Allemagne à signer. Le même jour, un comité intergouvernemental est créé à Paris pour participer aux débats de la Commission interalliée de la rive gauche du Rhin, dont la mission est de rédiger un projet de convention relatif à l'occupation100. Foch est associé aux travaux en tant qu'expert militaire. Les Français pensent imposer un régime semblable à la convention de 1871, appliquée par la Prusse à la France, mais les Britanniques penchent pour la création d'une Haute-Commission interalliée civile impliquant la suppression de l'état de siège101. Coblence est d'ores et déjà choisie pour l'héberger, occupant une position centrale dans le dispositif interallié. Le gouvernement allemand ayant fait savoir qu'il considérait les conditions de paix comme « un odieux abus de la force »102, le 17 juin, Clemenceau demande à Foch de prévoir pour le 23 une marche sur Berlin. Le maréchal, se sachant approuvé par Poincaré103, profite de l'opportunité pour qu'on favorise le plan des séparatistes rhénans en haut lieu : « - Nous n'avons plus que 39 divisions. La marche directe n'est pas possible, nous devons passer par la vallée du Main, mener une « stratégie de séparation », aidée par une politique séparatiste, mettre l'Allemagne du Sud hors de cause par un traitement spécial et une paix définitive ». En tendant la main aux Tchèques, on pourrait dès lors couper l'Allemagne en deux. Clemenceau lui répond : « - Il ne faut pas mêler la politique avec la stratégie. La politique n'a pas à se mêler aux prévisions militaires, pas plus que la stratégie n'est intervenue ici dans nos conseils. Il ne s'agit pas de rejeter les responsabilités sur l'un ou l'autre ». A côté de Foch, Weygand s'insurge : « - Vous dénaturez sciemment les paroles du maréchal ! »104. Un ultimatum est finalement adressé à Berlin le 20 : l'Allemagne dispose de trois jours pour se plier aux exigences des vainqueurs, ou bien le maréchal Foch reprend l'offensive. Le 23, l'Allemagne fait savoir qu'elle accepte de signer et annonce l'envoi de cinq plénipotentiaires à Versailles le 28. Le 26, les Alliés trouvent un arrangement à propos du Rhin : une Haute-Commission Interalliée des pays rhénans, organisme civil établi à Coblence qu'on fait présider par Tirard ; celle-ci va régler le détail et la répartition de l'occupation militaire quadripartite de la rive gauche, donnera également ses directives d'ordre économique et administratif aux armées mais toujours sous couvert de l'autorité de Foch, commandant en chef des Armées alliées105.
 
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1919-1939. A la lecture du texte final du traité, Foch a dit de manière prémonitoire : « - Ce n'est pas la paix, c'est un armistice de vingt ans »106. Dans son for intérieur, il avait le sentiment que d'une paix mal faite pouvait naître la guerre ; il était également persuadé que les garanties proposées par la SDN procuraient à la France « une fausse sécurité »107. Foch qualifiait ce traité de « drame », accusant en privé les hommes d'Etat et les diplomates alliés (mais surtout français) de lui avoir « saboté » sa victoire en amoindrissant ses résultats108. « Le 11 novembre, j'avais mis entre les mains des négociateurs un outil avec lequel ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient. Ils n'ont pas su s'en servir. Ils ont abîmé ce que je leur avais donné. Ils ont perdu l'occasion. Leur Traité ? Je n'ai pas voulu le signer. Il ne nous assurait aucune des deux choses auxquelles nous avions droit : réparations et sécurité. Je l'ai dit à qui voulait l'entendre, ou plutôt à qui ne voulait pas ; je l'ai répété sur tous les tons ; je l'ai crié, non pas après comme d'autres, mais pendant les négociations. J'ai fait tout ce qui était humainement possible de faire pour qu'il fût modifié. J'ai adressé trois notes au Gouvernement. J'ai fait plus. J'ai demandé et obtenu, non sans peine, d'être entendu par le Conseil des ministres spécialement réuni à cet effet. J'ai montré, preuve en main, dans quelle voie dangereuse, désastreuse, on s'engageait. On ne m'a pas écouté. Que pouvais-je faire de plus ? Rien, malheureusement. Si la victoire n'a pas donné tous les résultats qu'on était en droit d'en attendre, ce n'est pas la faute aux militaires, mais uniquement aux hommes d'Etat »109.
 
Jean Galtier-Boissière a écrit ces phrases terribles que « la paix de 1919 pouvait, soit par des dispositions d'une extrême rigueur, assurer à la France une trêve de très longue durée, soit, par des mesures généreuses à l'égard de l'Allemagne, permettre la réconciliation prochaine des deux premiers peuples de l'Europe. Versailles a réussi cette véritable gageure de ne pas assurer la sécurité de la France et d'empêcher la réconciliation franco-allemande »110. Mais mérite-t-il vraiment la mauvaise presse qui lui a été faite, notamment par Foch111 ? En toute honnêteté, on ne peut rester insensible aux arguments de Tardieu pour la défense de son contenu et pour celle de ses contemporains : « Pas plus qu'aucun homme vivant en ce monde, Foch, fils du passé, n'était père de l'avenir. Avec la politique qu'ont faite, sauf de rares exceptions, les trois grands vainqueurs de 1918 à 1939, ni armistice, ni traité ne pouvaient tenir. Et l'entrée des Alliés à Berlin n'aurait rien empêché, ni même retardé. L'Allemagne, en 1920, était totalement désarmée, et en 1939, elle met l'Europe en transes à la seule menace de faire la guerre. Rien de cela n'est imputable à Foch. Les traités ne valent que ce que vaut la main qui les applique. Si les vainqueurs en sont venus où l'on sait, c'est qu'ils ont, 20 ans durant, pour des raisons de politique parlementaire, capitulé. Aucun texte, aucun homme de 1919 n'en est fautif »112.
 
Foch était-il « en avance » ou « en retard » sur son temps ? Plus que toute autre personnalité de son époque, il a pris soin de se démarquer du traité de Versailles pour que la postérité ne puisse jamais l'associer à sa prévisible faillite. « Foch ne croyait pas à l'efficacité du traité et me disait quelques fois : « - Ceux qui l'ont fait devront en répondre un jour devant le pays... Nous irons devant la Haute cour ; mais j'irai la tête haute, avec mes papiers en règle »113. Ce n'était pas qu'une façon de parler, car le maréchal avait gardé des copies des pièces se rapportant à la question du Rhin ; exposant ses prises de position, elles étaient méticuleusement classées, comme autant de preuves à charge contre la délégation française à Versailles et son chef Georges Clemenceau, et remplissaient une série de cahiers que Foch remit à Raymond Recouly en prévision de son Mémorial en lui disant : « - J'ai la conscience parfaitement tranquille. Je me suis mis en règle vis-à-vis de la postérité. Mes notes, le P.-V. des séances où j'ai tenté de faire prévaloir mes vues sont là pour attester devant l'histoire que j'ai accompli tout mon devoir. Je souhaite que tout le monde puisse en dire autant. Un jour, sans doute, vous écrirez tout ce que je vous ai raconté. Faites-le de la façon la plus précise, la plus objective. Ceux qui vous liront verront si j'ai négligé quoi que ce soit pour défendre les intérêts essentiels de mon pays »114.
 
Atteint au coeur par cet ouvrage posthume, le Tigre donnera un dernier coup de griffe dans Grandeurs et misères d'une victoire envers ce maréchal encore bien récalcitrant : « Confiant dans la grandeur de l'entreprise que nous avions la témérité d'engager pour obtenir une paix durable en mettant la force au service du droit, nous poursuivîmes notre tâche parmi les criailleries de ceux qui avaient manqué l'occasion de vaincre et ne nous le pardonnaient pas. Foch vivait dans l'amertume de sa déconvenue, (et) quand le maréchal s'avise d'une protestation de la tombe, ce n'est pas pour élever la voix contre les scandaleuses mutilations du traité, c'est pour satisfaire ses rancunes privées qui sont le résultat de ses insuffisances ». Il l'accuse de n'avoir rien fait pour inclure l'obstacle du Rhin dans un système défensif visant à stopper une offensive germanique, d'avoir parlé sans arrêt de la « frontière du Rhin » sans avoir jamais oeuvré à transformer le fleuve en instrument de défense, et de ne pas avoir protesté devant les insuffisances de la défense française auprès des ministres de la Guerre successifs depuis 1920, préférant laisser pourrir une situation en optant pour la politique du « tout ou rien » uniquement parce qu'il n'avait pas eu la satisfaction de voir valider ses considérations stratégiques115. Ces arguments sont en partie fallacieux et injustes, car que pouvait réellement faire Foch, ayant été progressivement écarté des postes de responsabilité à cause de son irascibilité ? « - Les seules armes dont je pouvais me servir étaient mon autorité, mon prestige, la force de mes arguments ; or, ces armes-là furent insuffisantes »116. Comme à son habitude, il n'avait pas lâché prise devant l'adversité et avait décidé de faire front, là où d'autres auraient connu le découragement et se seraient éclipsés; il avait exercé les fonctions qu'on avait bien voulu lui confier et avait tenté de corriger ce qui pouvait l'être117, tout en ayant soin de marquer son opposition aux décisions successives, souvent prises sans qu'on tienne compte de ses avis.
 
« Foch ne se payait jamais de mots et avait coutume de rappeler que les réalités l'emportaient sur tous les raisonnements »118. Dès 1919, les Alliés lui ont reproché de « vouloir ameuter les gens contre l'Allemagne »119 ; devant le Conseil des ministres, Foch a « adjuré une dernière fois les membres du gouvernement de ne pas consentir à une paix qui mutilait les droits essentiels de la France »120. A l'heure où l'internationalisme et le pacifisme étaient en vogue, il a voulu continuer à mener des relations bilatérales, « vainqueur-vaincu » avec l'Allemagne. Refusant d'adapter son discours à la mode du temps, il s'est discrédité aux yeux du plus grand nombre, paraissant obtus voire dépassé par les événements.
 
Parce qu'il revenait toujours aux mêmes conclusions et faisait fi d'un contexte international en constante mutation, Clemenceau a reproché à Foch d'être un être limité, admirable chef de guerre certes, mais incapable de sortir de son domaine de compétence ; « le maréchal, dont les inspirations simplistes ne permettaient d'envisager que l'aspect militaire du problème de la paix, tenait pour une solution décisive, l'annexion de la Rhénanie. Tout absorbé par ses préoccupations militaires, il ne se cassait pas la tête pour savoir ce que deviendrait 5,5 millions d'habitants. Il n'a pas rédigé le traité à sa guise : voilà son grand sujet de plainte », dira-t-il encore méchamment de lui121. Il ne s'agit pas ici de commenter ce jugement ; ce qu'on peut dire en revanche, c'est qu'au-dessus du cadre militaire dans lequel Foch voyait perdurer des relations franco-allemandes conflictuelles, existait un autre espace, celui de Wilson (et plus tard de Briand) où l'on rêvait de poser les bases d'une paix universelle et définitive. Or l'entente entre le premier univers (qui représentait le lien avec le passé) et le second (qui se voulait garant de l'avenir) n'était pas possible. Pragmatique et réaliste, Foch considérait Versailles comme une pax americana où dominaient les conceptions nuageuses de Wilson122. Le désaveu que ce dernier avait connu devant son propre sénat n'avait pas tué son rêve idéaliste ; alors même que la menace germanique avait semblé s'estomper, il avait fait partout des émules. Confiant dans son propre jugement, Foch avait « campé sur ses positions », cultivant l'intransigeance sur la question du Rhin. Sa conception exacerbée du patriotisme l'avait empêché de manifester l'ouverture d'esprit instamment réclamée par le gouvernement.
 
C'est incontestable, Foch ne pensait qu'à la ligne du Rhin, souvenir d'un passé napoléonien tant admiré. « - Toute autre solution que la frontière des Alliés sur le Rhin est mauvaise : elle ne nous donne que des semblants de garantie, nullement une garantie véritable. Cette frontière a l'immense avantage de pouvoir être solidement gardée par des effectifs très réduits, ce qui permet à la France et à la Belgique de diminuer d'autant leur effort militaire. Tels sont les points essentiels de cette doctrine que j'essayai vainement de faire adopter par le gouvernement français. Ces divers éléments se tiennent très étroitement. Ils constituent un tout. Elle est à la fois une, simple et claire »123. On peut évidemment s'interroger sur l'évolution de la situation en Europe si le maréchal l'avait finalement emporté et si la France avait obtenu le fleuve comme frontière stratégique avec l'Allemagne. Mais entre 1919 et 1929, la situation diplomatique internationale avait d'évolué et pas forcément en faveur de ses thèses, et si « en octobre 1918, tous avaient besoin de lui, on croyait, en janvier 1919, qu'on en avait moins besoin. Un jour vint où il parut vraiment un gêneur. On ne le consulta plus. « - On ne me demande pas mon avis, disait-il. Je le donne quand même, je mets les pieds dans le plat »124.
 
Après sa mort en 1929, Raymond Recouly écrit : « Quant à savoir qui, de Foch ou de ses contradicteurs, avait raison, l'histoire le dira, si tant est qu'elle ne l'ait pas déjà dit »125, interrogation que Poincaré s'était déjà posé le 5 février 1920 lors de la réception du maréchal à l'académie française: « - Ce n'était pas à vous de faire la paix. Vous aviez cependant le droit de dire ce que, d'après vous, la paix devait être pour mieux empêcher la guerre. Souhaitons que le monde n'ait jamais à se repentir de ne s'être qu'incomplètement inspiré de votre avis ». Observateur privilégié, le Gal Réquin est catégorique : « Foch avait raison : il manquait au traité de Versailles une garantie de sécurité « physique », exclusive de toute discussion ultérieure : le Rhin était une barrière ; il n'y en avait pas d'autre où l'on pût contenir les débordements germaniques dans l'avenir. Pour faire appliquer le traité, il ne fallait pas renoncer à l'emploi de la force et l'on faisait beaucoup trop appel à la SDN qui n'en avait pas ». En décembre 1929, les accords de La Haye « comme ceux de Locarno, n'opposaient aucune action efficace en cas d'agression le plus à craindre : la violation de la frontière »126.
 
« Liée » à la France - ou « indépendante » - la Rhénanie aurait-elle constituée une « nouvelle Alsace-Lorraine » pour les Allemands, ainsi que le craignaient les Anglo-saxons ? Peut-être. Aurait-elle affaibli l'unité allemande en encourageant les Etats du sud de l'Allemagne à se libérer de la tutelle instaurée par Bismarck ? Difficile de l'affirmer. Aurait-elle aussi amélioré la sécurité de la France, ainsi que certains observateurs avisés le pensaient ? C'est possible, mais les Rhénans n'étaient pas aussi francophiles que les Français le pensaient. « - Partout, en Rhénanie, le Français, après cette longue guerre, était resté l'ennemi. Croire que les Rhénans, ou tout au moins la plus grande partie, pouvait venir à nous, après s'être tournés contre Berlin, c'était pure folie. Quant à croire que l'on en arriverait à détacher les Rhénans de la Prusse, c'était là une idée qui n'avait pu prendre naissance que chez les politiciens n'ayant jamais mis les pieds en Allemagne »127. Admettons pourtant qu'un Etat rhénan fût créé. Son territoire et son régime, de nature républicaine et démocratique, auraient-ils dissuadé une agression venant de l'Est ? Foch en était persuadé, à condition de mener une défense ferme sur le Rhin, le temps d'envoyer en Rhénanie des renforts pour contre-attaquer. La solution préconisée par le maréchal, c'est-àdire cette « fatidique thèse du canon français sur le Rhin » tant décriée par Clemenceau128, si elle avait été mise en oeuvre, aurait peut-être définitivement ôté à l'Allemagne toute possibilité de reprendre un jour les armes. « Ce qu'il faut avant tout, c'est empêcher la guerre d'éclater, ôter à l'adversaire la possible envie, la tentation de vous la déclarer. Le meilleur moyen pour cela, le seul, est de posséder une frontière solide et une excellente armée »129. C'était pour Foch un moyen de la contraindre au pacifisme - et non de l'y convertir, chose qu'il croyait irréalisable du fait de sa nature - en rendant physiquement impossible toute guerre future contre la France.130
 
Que dire maintenant de ses conceptions défensives, lui le stratège de la Grande Guerre, si elles s'étaient concrétisées pendant l'entre-deux-guerres ? Elles s'appuyaient invariablement sur l'obstacle naturel constitué par le Rhin et consistaient à « vanter la vertu intangible du fameux glacis stratégique à tout faire »131 formé par la Rhénanie. Certes, en 1918-1929, un fleuve comme le Rhin demeurait un obstacle sérieux, toujours problématique à franchir ; mais l'évolution des moyens de franchissement ou de projection par voie aérienne aurait permis chaque jour un peu plus de s'en affranchir. Ses conceptions n'auraient-elles pas été « dépassées », avec l'apparition de techniques de guerre nouvelles et surtout l'extraordinaire capacité agressive des armées hitlériennes ? Cette défense statique n'aurait-elle pas été tournée, comme le furent - déjà - nos forts de l'Est en 1914, ou la ligne Maginot en 1940 ? C'est plus que probable. On ne peut pas dire qu'en 1945 le Rhin ait constitué un obstacle très dissuasif pour les Alliés, ni même qu'il se soit révélé d'une importance majeure pour la défense du Reich hitlérien aux abois...
 
1 L. MADELIN, Foch, Plon, 1929, p. 215.
 
2 C'est l'expression utilisée devant l'un de ses biographes. R. RECOULY, Le Mémorial de Foch. Mes entretiens avec le Maréchal, éd. de France, 1929, p. 180.
 
3 Ibid. p. 240.
 
4 Son argumentaire, dans lequel on peut voir à quel point l'analyse historique tient une large part, est repris dans le livre de Madelin, pp. 212-215.
 
5 Regroupant la Belgique, la Hollande, les pays à l'ouest de la Moselle et du Rhin.
 
6 C. LE GOFFIC, Mes entretiens avec Foch ; suivis d'un entretien avec le Gal Weygand, Spes, 1929, p. 42.
 
7 Foch cité in Gal E. REQUIN, D'une guerre à l'autre ; souvenirs (1919-1939), Lavauzelle, 1949, p. 15.
 
8 E. GACHOT, La dispute du Rhin, Payot, 1952, p. 315.
 
 
 
9 Voir à ce sujet les articles de Barrès dans la Revue des Deux Mondes (1920), ou son livre Le Génie du Rhin.
 
10 L. MADELIN, p. 199.
 
11 Mal F. FOCH, Mémoires pour servir à l'histoire de la guerre 1914-1918, Plon, 1931, t.2, p. 270.
 
12 Mal Foch, cité in R. RECOULY, p. 40.
 
13 CDT C. BUGNET, En écoutant le maréchal Foch, Grasset, 1929, p. 224.
 
14 Gal M. WEYGAND, Foch, Flammarion, 1947, p. 262.
 
15 Mal Foch, cité in R. RECOULY, p. 40.
 
16 Idem p.199.
 
17 L. MADELIN, p. 208.
 
18 Citée in CDT LHOPITAL, Foch, l'armistice et la paix, Plon, 1938, p. 32.
 
19 Mal FOCH, op. cit. pp. 283, 286.
 
20 Gal WEYGAND, p. 270.
 
21 CDT LHOPITAL, p. 106.
 
22 F. GAQUERE, Le Maréchal Foch, Mame, 1938, pp. 208, 231.
 
23 R. POINCARE, Au service de la France, tome X, Plon, 1933, p. 385.
 
24 R. LECOMTE, La sécurité de la France et la vallée du Rhin, E. Leroux, 1919, p. 12.
 
25 Gal WEYGAND, p. 270.
 
26 Extrait des cahiers du Mal Foch cité par Weygand, Revue historique de Armées 1948-4, p. 14 et Gal WEYGAND, p. 289.
 
27 Mal FOCH, op. cit. p. 322.
 
28 A. TARDIEU, La Paix, Payot, 1921, p. 162.
 
29 Gal WEYGAND, p. 286.
 
30 Mal FOCH, op. cit. p. 328.
 
31 Récit fait par Foch à Recouly, op. cit. p. 188.
 
32 Ancien maître des requêtes au Conseil d'Etat, apprécié par Lyautey et Foch.
 
33 L. MADELIN, « L'armistice et les militaires », Revue hebdomadaire, 16/11/18.
 
34 Mal Foch, cité in R. RECOULY, p. 40.
 
35 Il n'est pas le seul militaire associé à la réflexion ; citons les généraux Duval et Le Rond, l'Amiral de Bon, le colonel Réquin.
 
36 Il y fait le point de ses actions en faveur du développement de l'influence française en Rhénanie, parle des possibilités de la détacher du Reich.
 
37 SHD-Terre 1K130, dos. 1.
 
38 Foch, cité in CDT LHOPITAL, pp. 135, 148.
 
39 Idem in Gal REQUIN, p. 14.
 
40 Foch à R. Recouly, op. cit. p. 257.
 
41 Mal FOCH, op. cit. p. 329.
 
42 A. TARDIEU, op. cit. p. 188.
 
43 Foch à Recouly, op. cit. p. 192.
 
44 Clemenceau, Pichon, Tardieu, J. Cambon.
 
45 Cf. A. TARDIEU, pp. 165-188
 
46 Gal REQUIN, p. 245.
 
47 Foch à Recouly, op. cit. p. 184.
 
48 A. TARDIEU, p. 149.
 
49 R. POINCARE, Histoire politique (15/09/21-15/01/22), Plon, 1922, p. 229.
 
50 Cf. A. TARDIEU, p. 194.
 
51 Wilson et Lloyd George sont retournés dans leurs pays ; la négociation continue avec Mèze et Keer.
 
52 Cité in CDT LHOPITAL, p. 149.
 
53 Cité par le Gal Mordacq, Revue des Deux Mondes 1929-3, p. 763.
 
54 Cité in G. CLEMENCEAU, Grandeurs et misères d'une victoire, Plon, 1930, p. 201.
 
55 L. MADELIN, op. cit. p. 221.
 
56 Gal WEYGAND, p. 292.
 
57 Citée in A. TARDIEU, pp. 197-200.
 
58 Gal WEYGAND, p. 292.
 
59 A. TARDIEU, p. 104.
 
60 Cité in Gal REQUIN, p. 3.
 
61 Ceux-ci n'appuient pas ses idées. A. TARDIEU, p. 204.
 
62 Figurant dans les cahiers que Foch a remis à Recouly pour son Mémorial ; col. part.
 
63 Gal WEYGAND, p. 295.
 
64 Gal MORDACQ, « L'évacuation anticipée de la Rhénanie », Revue des Deux Mondes 1929-3, p. 763.
 
 
 
65 Idem.
 
66 R. RECOULY, p. 203.
 
67 Cité in R. RECOULY, p. 205.
 
68 Cité in C. le GOFFIC, p. 43.
 
69 SHD-Terre 9Yd528.
 
70 Cité in A. TARDIEU, p. 202.
 
71 P. DESCHANEL, « La politique extérieure de la France », Revue des Deux Mondes 15/06/22.
 
72 Cf. CDT LHOPITAL, p. 197.
 
73 Cité in R. RECOULY, p. 206.
 
74 Idem p. 207.
 
75 A. TARDIEU, p. 208.
 
76 Il semble que Foch ait utilisé Mangin pour favoriser la création d'un Etat indépendant sur le Rhin pendant les débats de la Conférence de la Paix, ceci afin de forcer la main aux négociateurs et les contraindre à valider de facto ses thèses sur l'avenir de la Rhénanie.
 
77 En février, l'indépendantiste a réclamé aux Alliés l'application des principes wilsoniens d'autodétermination des peuples aux Rhénans ; le 9 juin, il proclame la République autonome rhénane (capitale Cologne), sans réaction des troupes françaises. Clemenceau le considérait comme un fauteur de troubles. A. TARDIEU, op. cit.
 
p. 417.
 
78 Cf. CDT LHOPITAL, pp. 199-213.
 
79 Foch à R. RECOULY, p. 212.
 
80 Idem pp. 217, 218.
 
81 Idem p. 220 et A. TARDIEU, p. 467.
 
82 Foch à Recouly, p. 223.
 
83 Idem p.173.
 
84 SHD-Terre 1K106.
 
85 Maintien d'une capacité d'agression.
 
86 Cf. A. TARDIEU, pp. 209-213.
 
87 Foch à Recouly, p. 225.
 
88 Le 5, son ami, le Mal Sir Henry Wilson, lui a cependant fait parvenir les clauses militaires.
 
89 Gal Mordacq in « L'évacuation ..., p. 774 et J. NOBECOURT, Une histoire politique de l'Armée, t.1, Seuil, 1967, p. 31.
 
90 Gal REQUIN, p. 17.
 
91 Gal WEYGAND, pp. 293, 300.
 
92 A. TARDIEU, p. 213.
 
93 Cité in CDT LHOPITAL, p. 232.
 
94 Cité in J. NOBECOURT, p. 31.
 
95 Cités in A. TARDIEU, p. 215.
 
96 Cité in R. RECOULY, p. 37.
 
97 Idem p. 243 (1924).
 
98 Idem pp. 241-242.
 
99 Cité in J. NOBECOURT, p. 29, note 1.
 
100 MAE, Recueil des actes de la Conférence ; commission interalliée de la rive gauche du Rhin, P.V., rapports, documents. La commission travaille jusqu'au 9 juin 1919.
 
101 ***, « La France sur le Rhin », Revue des Deux mondes 1921-1.
 
102 Cité par le CDT P. LYET, « 1918-1945 », Revue historique des Armées, « La France et le Rhin », H.S. 1947, p. 74.
 
103 G. CLEMENCEAU, p. 188.
 
104 Cit. in J. NOBECOURT, p. 32.
 
105 ***, « La France... », op. cit. p. 125.
 
106 Cité par Weygand devant les officiers de la place de Bizerte, 1940.
 
107 Cité in Gal REQUIN, p. 16.
 
108 R. RECOULY, p. 170.
 
109 Foch cité in CDT C. BUGNET, p. 237 et R. RECOULY, pp. 32, 35.
 
110 Le Crapouillot, mai 1933, p. 84.
 
111 « - Le traité est mauvais, très mauvais », dit Foch à sa lecture. G. CLEMENCEAU, p. 244.
 
112 A. TARDIEU, p. 36. C'est aussi l'argumentaire de Clemenceau dans son livre.
 
113 Gal REQUIN, p. 17.
 
114 Cité in R. RECOULY, p. 171.
 
115 G. CLEMENCEAU, pp. 223, 310, 311, 345.
 
116 Foch à Recouly, op. cit. p. 180.
 
117 L. MADELIN, op. cit. p. 268.
 
118 Gal REQUIN, p. 18.
 
119 CDT BUGNET, p. 49.
 
120 Foch à Recouly, op. cit. p. 181.
 
121 G. CLEMENCEAU, pp. 154, 199, 201, 219.
 
122 R. RECOULY, p. 55.
 
123 Cité in R. RECOULY, p.180.
 
124 Cité in L. MADELIN, op. cit. p. 223.
 
125 R. RECOULY, p. VII.
 
126 Gal REQUIN, pp. 119, 244.
 
127 Déclaration du Gal du 32ème CA (avril 1920). Gal MORDACQ, La mentalité allemande, 5 ans de commandement sur le Rhin, Plon, 1926, pp. 43, 49.
 
128 G. CLEMENCEAU, p. 111.
 
129 Foch à Recouly, op. cit. p. 125.
 
130 Jacques Mortane dit que Foch a été, inconsciemment, « un acteur du rapprochement franco-allemand ».
 
131 G. CLEMENCEAU, p. 231.
 
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