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Témoignages

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Formation au Collège des forces canadiennes de Toronto

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Par le Chef de bataillon (R) Gauthier de GENTILE DUQUESNE

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Le programme de commandement et d’état-major interarmées a pour but de préparer des officiers supérieurs sélectionnés de la défense à remplir des fonctions de commandement ou d’état-major dans un environnement opérationnel contemporain, dans l’éventail complet des opérations.

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Grâce au partenariat entre l’École militaire et le Collège des forces canadiennes (CFC), j’ai eu la chance de pouvoir suivre la formation d’officier d’état major canadien. Ce cursus s’est déroulé en trois étapes: juillet 2010, l’année scolaire 2010/2011 et l’année scolaire 2011/2012.

Tout a commencé pour moi par la diffusion d’un message de l’ESORSEM recherchant des candidats voulant suivre le stage d’état major de Kingston dans l’Ontario puis la formation interarmées à Toronto. Après avoir demandé conseil au chef d’état major des forces armées aux Antilles, j’ai posé ma candidature pour ces deux formations. À cette époque, je revenais de la mission en Haïti, suite au séisme, et j’avais vraiment envie d’apprendre à travailler encore plus avec nos alliés.

Le stage à Kingston a duré trois semaines et m’a beaucoup rappelé la formation DEM que nous avions suivie en tant que réserviste, si ce n’est la découverte de leur PPO, processus de planification opérationnelle (OPP en anglais).

En août 2010, je reçois un courriel me confirmant l’inscription au CFC complété par les codes d’accès à une plate-forme d’échange. Début septembre, je reçois une première série de livres et de documents en anglais et en français, suivi d’un courriel de notre tuteur qui nous donne le programme de l’année. Pour faire simple, pendant les 18 mois qui ont suivi, cela n’a pas arrêté.

Le Canada organise cette formation de deux façons:
·          un cours d’un an, en résidence, réservé au personnel d’active;
·          un cours à distance, sur deux ans, destiné à ceux qui ne peuvent pas être sédentarisés pendant un an. Cela concerne
aussi bien le personnel d’active, affecté à une autre mission (OPEX), que le personnel de réserve.

Cet effort marqué pour l’enseignement à distance s’explique pour deux raisons:
·          pour l’active: il s’agit de donner à tous les officiers sélectionnés l’opportunité de passer leur brevet alors que les contraintes de carrière et les contraintes opérationnelles ne permettent pas à tous de venir à Toronto dans le créneau de stage qui leur est proposé.
·          pour la réserve: le Canada a besoin, comme la France, d’une réserve bien formée en complément de l’active dans les missions intérieures et extérieures. En allant au bout de cette logique, le Canada considère que toutes les formations doivent tendre à l’identique.

Ce cours est ouvert aux étudiants étrangers et 16 pays étaient représentés avec des réservistes ou du personnel d’active. Deux stagiaires (un d'active et un de réserve) et un instructeur avaient été envoyés par la France.

 Ce programme est exigeant en ce qui concerne la quantité de temps de travail avec, selon le tableau ci-dessous, un peu plus de 616 heures théoriques de travail à distance et deux périodes bloquées de 15 jours au collège de Toronto.

JCSP DL Course Hours

Joint Command and Staff Programme DL1
JCSPDL1 Courses
Title
Hours
DS 541
Leadership and Ethics
101.0
DS 542
Command and Management
71.0
DS 543
War and Society
80.0
DS 544
Basic Joint Operational Planning
73.5

Distance Learning Total Hours
325.5
DS 544 On-Site
Basic Joint Operational Planning
Approx 16 days

Joint Command and Staff Programme DL2
JCSPDL2 Courses
Title
Hours
DS 545
Component Capabilities
76.5
DS 546
Advanced Joint Operational Planning
50.0
DS 547
National Security and International    Affairs
164.0

Distance Learning Total Hours
290.5
DS 546 On-Site
Advanced Joint Operational Planning
Approx 16 days

Les formations sont découpées en modules. Si les réservistes suivent le cursus sur une plus longue période, au bout du compte le programme est identique.

Pour témoigner de cette équivalence de formation, le stage final regroupe les deux cursus et la remise des diplômes est commune à tous.

Au Canada, les frontières entre active et réserve sont plus perméables qu’en France. Nos OSC ont au Canada un statut de réserviste à temps plein, et il est possible sous certaines conditions de passer de la réserve à l’active. Cette équivalence de formation va dans ce sens.

Au Canada, il n’y a pas de concours donnant accès à cette formation. La sélection se fait au fil de l’eau sachant que chaque module doit être validé avec une moyenne de 15/20. Toute note inférieure est éliminatoire.

La clef de la réussite à ce stage repose, à mon sens, sur deux facteurs:
·          une bonne maîtrise de l’anglais: en effet, s’il est possible de rendre les travaux en français, de travailler et d’échanger des idées au sein d’un groupe francophone, la majorité des textes de référence et des documents de travail sont en anglais et leur volume impose une lecture et une compréhension aussi rapide dans cette langue qu’en français. Lors des périodes en résidence, les groupes sont internationaux et la langue de travail est l’anglais. Tous les exposés de planification sont faits par défaut en anglais.
·          une discipline de travail afin de ne pas se laisser dépasser dès la première semaine. Toutes les échéances sont connues dès le début de chaque cours et les jours passent inexorablement. Les lectures imposées et les recherches individuelles d’approfondissement consomment le plus clair du temps.

Pendant la phase d’enseignement à distance, chaque groupe d'élèves est dirigé par un tuteur, mentor militaire, officier de réserve ou officier supérieur en retraite, qui rappelle les échéances et donne l'évaluation individuelle à la fin de l'année. Il garde un contact régulier par courriel ou par téléphone.
D'autre part, chaque module est dirigé par un universitaire spécialiste de la question ou un militaire possédant au moins une maîtrise qui anime les discussions, attribue les questions et corrige les réponses et les travaux écrits. C'est lui le noteur.

Ce programme permet d’accéder à un master universitaire du Collège royal militaire de Kingston, reconnu par le ministère de l’éducation de l’Ontario. Ainsi, les critères d’évaluation académique sont ceux des universités canadiennes.

Les travaux écrits sont envoyés par courriel au tuteur qui les transmet à l'universitaire. Le tuteur reçoit en retour les travaux corrigés et les renvoie aux stagiaires. Il peut ainsi suivre de près les résultats, les forces et les faiblesses de chacun et gérer les éventuels conflits. 

Les périodes de discussions/débats autour de thèmes imposés se font par Internet sur une plate-forme partagée de type réseau social sécurisé. Contrairement aux débats oraux dans une salle de cours, et aux dires d’un correcteur, ils imposent plus de travail car «si les paroles s’envolent, les écrits restent». Conduits sur une durée de plusieurs jours, ces échanges incitent les participants à effectuer des recherches complémentaires et à approfondir les sujets.

Les périodes en résidence sont axées sur des exercices d’état-major et la pratique du processus de planification opérationnel (OPP en anglais) En fin de première année, ces exercices se situent au niveau de la planification tactique et opérative, alors qu’en fin de deuxième année ils se placent au niveau stratégique (conception des opérations pour un déploiement de 70.000 hommes d’une alliance calquée sur l’OTAN dans une région fictive d’Afrique sur fond d’enjeux énergétiques, ethniques, de gouvernements défaillants, de contre-insurrection et d’adversaire conventionnel).

Les groupes de planification avaient pour mentors des binômes formés par des officiers généraux en retraite (ancien CEMM, ancien responsable de la planification du déploiement canadien en Afghanistan) et des hauts fonctionnaires des Affaires étrangères spécialistes des aspects humanitaires et des organisations gouvernementales et internationales sur les théâtres d’opération.

Pour ces exercices, nous avons travaillé par groupes de planification de 18 officiers, panachant toutes les composantes et toutes les origines: air-terre-mer, active-réserve, résidence-EAD, Canada-international. L’objectif était de gommer toute différence liée au style de formation suivie.Les brevets de l’enseignement militaire supérieur canadien ont étés remis par le Général de brigade Hilton, commandant le CFC, en présence du Général Natynczyk, chef d’état-major de la Défense (CEMA).

Un autre intérêt de ce stage a été de permettre de créer des contacts et de nouer des relations, logiquement fort utiles, pour la suite de la carrière.

Parlant couramment l’espagnol et le brésilien, j’ai pu avoir des discussions tant pendant les séances de travail que lors de soirées au mess avec les stagiaires brésiliens et mexicains qui ont été surpris de pouvoir s’entretenir dans leurs langues natales, tout comme un officier observateur lituanien, heureux de pratiquer son espagnol.

Le contexte du cours ayant été décrit, j’aborderai maintenant les points qui me semblent important:
·          une formation interarmées et interalliée qui s’est avérée très utile dans mon affectation au sein de l’EM des FAA[1];
·          un cursus d’enseignement en anglais opérationnel;
·          la découverte et la pratique de l’OPP (procédure OTAN) qui est pratiqué dans tous les états-majors internationaux. Il existe d’ailleurs un module OPP sur SICEF;
·          des relations amicales avec des membres choisis des forces alliées.

Pour conclure, je recommanderai cette formation à tous les officiers de réserve affectés en état-major. Ce stage vient compléter la formation reçue à l’ESORSEM qui nous prépare au niveau tactique de la manœuvre terrestre au sein d’une brigade interarmes. Le souhait du Canada d’accueillir des réservistes français démontre leur besoin de cultiver leurs racines françaises et leur attachement à la culture européenne. Il est dommage que, depuis un an, il n’y ait plus de réserviste qui suive ce cours.

En deux ans, j’ai pu ressentir un accroissement de la pensée américaine dans leur doctrine. Les Canadiens francophones sont de plus en plus minoritaires dans ce cours et la présence des non-Américains illustre le souhait du Canada de se démarquer de son grand voisin. En envoyant des officiers d’état-major, réservistes, à ce cours, c’est un faible investissement qui profite autant aux formations d’emploi qu’au rayonnement de la France.

Le dernier point, très personnel, est que je regrette que cette formation ne soit pas complètement reconnue par l’institution. Nous sommes maintenant quatre officiers de réserve à avoir suivi l’ensemble du cursus au Canada, mais notre diplôme, contrairement à celui de nos camarades d’active, n’a toujours pas reçu d’équivalence avec le brevet d’études militaires supérieures français.

J’ose espérer que cette lacune sera un jour réparée.


[1] Forces armées aux Antilles
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