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Engagement opérationnel

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Gagner cette guerre sans perdre la prochaine

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Par Florent de Saint Victor

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Les problématiques engendrées par la contre-rébellion, semblent monopoliser les travaux de réflexion menés par les forces, principalement terrestres, des armées américaines et européennes. Pour remplir leurs missions, ces armées occidentales adaptent petit à petit leurs modes d’action, matériels, entrainements, manuels d’emploi, doctrines et concepts. Si l’un des visages de la guerre monopolise actuellement beaucoup d’énergies, les armées occidentales répondent-elles avec efficacité à tout le spectre possible de menaces, conflits et guerres ? En effet, l’actualité rend pertinente cette interrogation car la guerre sous toutes ses formes demeure malheureusement une activité humaine contemporaine qui impose une adaptation permanente de l’outil militaire.

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Au mois d’août 2008, le conflit entre les armées russe et géorgienne rappelle la permanence d’un possible conflit conventionnel, type d’affrontement que certains pensaient désuet. Comme lors des quarante jours de la campagne de France en 1940, sa brièveté ne permet pas une patiente adaptation semblable à celle des longues phases de stabilisation postintervention. Ainsi, il serait vital de développer en priorité des compétences à mener un conflit conventionnel qui pourrait servir également de base à la conduite d’un conflit de type non-conventionnel. Aujourd’hui, il semble donc acquis que les armées occidentales doivent demeurer capables de mener avec la même efficience ces deux types de conflit dans le cadre des missions qui leurs sont confiées. En revanche, nous pouvons nous interroger sur la capacité d’une armée confrontée des années durant à une menace asymétrique à répondre efficacement à un combat de haute-intensité. Ainsi en 2006, Tsahal aurait été affadie par plusieurs années d’opérations de basse intensité dans les « Territoires Occupées ». Ceci expliquerait, entre autres raisons, son incapacité à conquérir certains villages fortifiées et défendues par les unités du Hezbollah. Par comparaison, cela pourrait être globalement le risque encouru par les armées occidentales lors de probables et futurs affrontements conventionnels. Pour l’éviter, certains réfléchissent en ces termes : faut-il perdre la guerre d’aujourd’hui pour être prêt à gagner celle de demain ? L’analyse des situations vécues par les forces permet d’envisager une réponse moins manichéenne.

Dans les « opérations de guerre » menées quotidiennement dans le cadre de la contrerébellion afghane ou irakienne, il y a aussi bien des combats de haute-intensité lors d’embuscades de plusieurs heures que des tirs sporadiques répétitifs de basse-intensité, des attaques de FOB où une section de 35 Marines fait face à 200 insurgés que des opérations avec des chars lourds, hélicoptères et avions de chasse qui appuient des fantassins au sol, etc. En Géorgie, les SU-25 Frogfoot et les différents modèles de Hind, T-80 ou BMP remplacent les A-10 Thunderbolt, hélicoptères Apache, M1-Abrahams ou Strykers des rues de Bagdad. Malgré les mauvaises liaisons radios, les avions russes ont appuyé les troupes au sol comme ce qui se fait quotidiennement sous d’autres latitudes. Les soldats épaulaient leurs AK-47, visaient, tiraient comme ailleurs avec des Famas et autres fusils d’assaut. Le soldat russe devait discriminer sa cible avant de frapper des adversaires portant un treillis uni comme des tenues plus dépareillées de miliciens. Les colonnes de civils fuyant les combats avaient un sort aussi peu enviable que les villageois afghans quittant leur habitation. L’omniprésence des médias sur les théâtres d’intervention ne permet plus d’agir à « bas bruit » : images des pillages des milices indépendantistes passant sur les mêmes télévisions que celles ayant montré les traitements des prisonniers irakiens, soldat russe tirant sur la voiture d'un ambassadeur européen semblable au GI’s face à une voiture qui ne ralentit pas à son checkpoint.

Le conflit russo-géorgien est bien ancré dans le 21ème siècle et il n’est pas celui d’hier1 : apports de la technologie, opérations au sein des populations, « caporal stratégique », appuifeu air/sol de précision, etc. Ces similitudes donnent d’ailleurs bien plus de poids à l’affirmation : cette forme d’affrontement peut se reproduire dans le futur.

Ainsi, plutôt que de savoir si une armée qui aurait été transformée en une équipe musclée d’actions civilo-militaires était encore capable de prendre et tenir une position ou bousculer une ligne de front avant d’exploiter la percée, il faut remarquer qu’il existe des invariants au niveau opératif mais surtout tactique dans n’importe quel type de conflit d’aujourd’hui et de demain. Ces derniers paraissent pour le moment plus nombreux et structurants que les particularismes. Une distinction nette entre des compétences non interdépendantes ne semble pas en conséquence nécessaire. Ces réelles ressemblances permettent d’éviter le piège de « capable de faire l’un sans l’autre » ou « mal d’un peu des deux ».

Force est de constater que la doctrine de l’US Marines Corps « Every Marines is a rifleman » semble, par exemple, pertinente : pas de concession sur le socle commun de base puis ensuite poursuivre la préparation en fonction des situations et des spécialités. Les fréquents rappels du CEMAT à propos de « la MCP différenciée » vont dans ce sens2. Que cela soit dans les formations de base, les scénarios d’exercice ou les réflexions, ce n’est pas uniquement un « contre-insurgé » qui est modelé. Les FORAD et autres ennemis génériques doivent être encore régulièrement configurés avec des chars lourds, des pièces d’artillerie, etc.

L’enfermement dans une voie d’unique de contre-rébellion est un danger à éviter mais n’est certainement pas encore une réalité : action en zone urbaine, RESEVAC ou opérations amphibies restent des capacités pensées et préparées.

L’expérience engrangée aujourd’hui dans toutes les fonctions opérationnelles par des armées endormies lors d’années de sommeil et de routine ne peut être que bénéfique pour le futur. Savoir de quoi il sera fait permet de s’y préparer. Mais voilà, nous ne pouvons complètement « percer le brouillard » et nous ne sommes donc pas à l’abri de cette « surprise stratégique » aux conséquences imprévisibles pour les forces. Comme le font d’autres composantes des forces armées en réfléchissant par exemple sur la cyberguerre, la prolifération des armes de destruction massive ou les missiles balistiques, prenons donc acte que nous faisons actuellement une guerre et non la guerre.


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