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Relations internationales

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Hezbollah : une milice devenue force armée

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Par le CBA Romeo FRANCOIS

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« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne vous prenne par la gorge ». Cette citation de Winston Churchill, pourrait servir de maxime au Hezbollah (ou parti de Dieu), cette milice et parti politique chiite libanais qui tant dans sa forme, ses tactiques ou son organisation n’a cessé d’évoluer depuis sa création en 1982. C’est probablement plus vrai encore pour sa branche armée « la résistance islamique » qui est désormais bien loin du groupe terroriste (appellation qu’il réfute) de ses débuts.

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 A l’heure où la force armée, se conçoit dans le cadre stricte (souvent figé) et réglementé d’un Etat, le Hezbollah nous a rappelé avec force qu’une armée se construisait avant tout sur ses succès et sa capacité à évoluer. L’adéquation entre le but et les moyens reste en effet une des clés majeures de la réussite et de l’efficacité d’un outil militaire. Sa parfaite mise en oeuvre par le parti de Dieu explique en partie les victoires de sa branche armée.
Ses tactiques n’ont ainsi jamais cessé de s’adapter au terrain et à l’adversaire révélant, en particulier sous l’impulsion d’Hassan Nasrallah son secrétaire général depuis 1992, une véritable capacité de réflexion doctrinale. Son engagement en première ligne en Syrie, montre avec encore plus d’acuité ce cheminement qui s’est déroulé en quatre étapes majeures.
Les origines (1982-1990)
Créé sous l’impulsion de l’Iran, ce « proto-Hezbollah » encadré militairement par des gardiens de la révolution iraniens était probablement bâti sur le modèle d’un groupe terroriste. Même si son organisation reste sujette à spéculation, il devait vraisemblablement se caractériser par un réseau de cellules clandestines cloisonnées.
Ne possédant pas de zone d’influence (le mouvement Amal, était déjà fortement implanté dans les  zones chiites du Liban), manquant de moyens et de formation, les combattants du Hezbollah ne pouvaient de fait réaliser des actions d’envergure et coordonnées. Ils se sont donc logiquement tournés vers un combat asymétrique, cherchant à éviter tout contact et opposition directe. C’est pourquoi, leurs modes d’action se sont limités en grand partie à des actes terroristes médiatiques dont il est encore aujourd’hui difficile d’évaluer l’ampleur.
[« La résistance islamique » s’est dès sa conception considérée comme un outil militaire]
C’est à cette période que le parti de Dieu développe le concept des opérations martyres, avec cependant un certain nombre de spécificités notables par rapport à d’autres organisations du même type. En premier lieu, il a toujours distingué dans sa doctrine les opérations suicides à ses yeux illicites, des opérations martyres (licites). En outre, il prétend et revendique n’avoir toujours eu pour objectifs que des cibles militaires. Cette approche, même s’il n’est pas exclu qu’elle soit pour le Hezbollah un moyen de justifier ses actions à posteriori montre cependant que « la résistance islamique » s’est dès sa conception considérée comme un outil militaire.
En 1990, la fin de la guerre civile libanaise et l’éviction de son principal concurrent, le Amal va permettre au Hezbollah d’entrer dans une nouvelle phase où la majorité de ses moyens et de ses opérations vont se concentrer sur Israël.
La conquête d’un territoire (1990-2000)
Cette seconde étape va surtout être marquée par une nette professionnalisation de l’outil militaire du Hezbollah dans le domaine technique comme tactique. Cette mutation qui a pour objectif de créer un outil de lutte efficace contre l’occupation par « l’ennemi sioniste » du sud Liban va produire des résultats assez probants, puisqu’il force (c’est une première !) en 2000 l’armée israélienne à se retirer après avoir perdu près de 1000 soldats.
[En 2000, l’armée israélienne au Liban Sud subissait plus de 300 attaques par mois]
La « résistance islamique » va durant ces dix années complétement se restructurer, afin de tirer pleinement parti de l’extension de sa zone d’action (de la banlieue sud de Beyrouth au sud Liban) et du soutien technique et financier de l’Iran et de la Syrie. En outre, elle va parfaitement exploiter le dispositif relativement statique de Tsahal au sud Liban, en pratiquant désormais une stratégie de guérilla.
Les opérations martyres vont donc logiquement s’arrêter au profit d’une véritable tactique de harcèlement. Les unités vont se spécialiser par type d’arme et type d’opération et une plus grande autonomie va être accordée aux chefs tactiques, favorisant ainsi l’initiative et l’effet de surprise. La confrontation avec l’armée israélienne sur des objectifs ciblés, reconnus et avec un rapport de force favorable va être acceptée.

La « résistance islamique » défilant au sud Liban après le retrait des forces israéliennes en 2000
Les moyens employés ne vont cesser de se diversifier, notamment avec l’emploi de plus en plus fréquent de l’artillerie. La collecte du renseignement (et son analyse), le culte du secret vont aussi se développer, facilitant la réussite des actions armées et rendant très difficile la pénétration des cellules opérationnelles du Hezbollah. Les attaques contre les forces israéliennes vont ainsi passer de quelques dizaines par mois en 1990 à plus de 300 juste avant leur retrait.
Le départ de l’armée israélienne, succès majeur pour le Hezbollah, va cependant l’obliger à revoir sa stratégie et son organisation militaire car il n’a désormais plus « d’ennemi direct » à combattre.
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La défense du territoire (2000-2006)
Ce changement de paradigme va par contre lui offrir des possibilités inédites, puisque, talonnant le repli de Tsahal, la « résistance islamique » va rapidement occuper la zone libérée (en majorité chiite). Pour la première fois, depuis sa création, le parti de Dieu contrôle un territoire, qui plus est à la frontière avec Israël.

Exploitation médiatique par le Hezbollah de l‘échec (relatif) de l’offensive israélienne en 2006
Loin de se figer, il va à nouveau évoluer afin de profiter au maximum de cette situation qui lui confère une liberté d’action sans précédent. Persuadé qu’Israël se saisirait de la moindre occasion pour envahir une nouvelle fois le Liban, il va méthodiquement pendant 6 années renforcer et adapter son outil de combat (modernisation des moyens antichars, diversification des capacités…). Cette militarisation progressive du sud Liban entrainera (de façon inéluctable ?) la guerre de 2006 dite guerre des « 33 jours » qui se soldera par l’échec (relatif) de l’opération israélienne visant à neutraliser la composante militaire du Hezbollah.
La littérature, abondante sur cet évènement, qualifiera alors le Hezbollah de « techno-guérilla » ou d’hybride entre une guérilla et une armée conventionnelle, occultant que cette nouvelle victoire est le fruit d’une réflexion approfondie et d’une étude minutieuse des forces et faiblesses de son adversaire. En effet, la « résistance islamique » ne va pas se contenter de réemployer les tactiques de guérilla utilisées contre Israël dans les années 90, elle va concevoir un plan global et coordonné de protection du sud Liban qui se traduira notamment par une forte valorisation du terrain (bunkers, tunnels, dépôts d’armes…). Alternant les actions de harcèlement et de défense ferme (en particulier dans les zones urbaines), canalisant les blindés israéliens afin de limiter leur efficacité, elle va ainsi pendant 33 jours mener une véritable défense d’usure.
[Entre 2000 et 4000 roquettes ont été tirées par le Hezbollah sur Israël pendant la guerre de 2006]
Les derniers jours de la guerre sont particulièrement révélateurs des capacités de commandement et de coordination acquises par le parti de Dieu, puisque sa composante armée tirera une moyenne de 200 roquettes par jour sur Israël soit deux fois plus que pendant le reste du conflit. Le fait que la « résistance islamique » soit capable également de tenir les points clés du terrain (l’armée israélienne ne s’emparera par exemple jamais de la ville de Bint Jbeil) est caractéristique du développement de ses capacités tactiques.
Défense des intérêts (2006-201?)
La guerre de 2006 donne une aura internationale au Hezbollah et fait de lui un acteur incontournable du Liban. Cependant, avec cette action d’éclat, il passe aussi de la position du faible au fort et l’action défensive seule ne se révèle plus suffisante pour préserver ses intérêts.
La « résistance islamique » élargissant encore ses compétences tactiques va alors établir un véritable contrôle de zone au Liban, en mettant en place un maillage de checkpoints et de points de surveillance. Toutefois, à partir de 2011, la déstabilisation de la Syrie, un des principaux soutiens et fournisseurs du Hezbollah, va menacer cette position dominante, l’obligeant à s’impliquer directement dans le conflit.

Enterrement en janvier 2014 d’un commandant du Hezbollah disparu en Syrie
Le Hezbollah en intervenant militairement dans la guerre syrienne montre une fois de plus d’étonnantes capacités d’adaptation. En effet, non seulement sa composante armée opère relativement loin de ses bases, mais elle agit en offensive, combat qu’elle n’avait jusqu’à présent pas forcement pratiqué à cette échelle. Même si le volume de combattants du parti de Dieu en Syrie est aujourd’hui difficile à évaluer (entre 1500 et 5000, 3000 étant le chiffre le plus communément admis), il est indéniable que leur arrivée a donné un regain de confiance au régime syrien. En outre, la nécessaire intégration et coordination avec une armée syrienne dotée d’une composante aérienne, montre à quel point la « résistance islamique » a encore développé ses savoir-faire.
Enfin, afin de lutter contre les attentats récents visant les intérêts chiites au Liban, le Hezbollah a mis en place un véritable plan sécuritaire. En plus du renforcement de son contrôle de la zone, il a notamment annoncé la mise en service de moyens et de tactiques innovants tels que des scanners ou des caméras (en particulier à Zahiya, dans la banlieue sud de Beyrouth).
Bien loin du « groupe terroriste » de ses débuts, la branche armée du parti de Dieu a acquis aujourd’hui une expérience, des moyens et des compétences tactiques qui en font un outil très complet capable de mener un large spectre d’actions. En perpétuelle évolution techniquement comme tactiquement, elle cherche en permanence à conserver l’initiative en s’adaptant à son environnement. L’acquisition en cours ou la possession supposée de moyens anti-aériens légers modernes, de drones ou de compétences cyber montre à quel point sa réflexion doctrinale peut être riche et tournée vers un seul but : l’efficacité opérationnelle.

Le Hezbollah aujourd’hui
- Nombre de combattants : 20000 à 30 000
- Moyens principaux: 30000 à 50000 roquettes (portée jusqu’à 200km).
- Nombre de combattants en Syrie (estimation) : 3000
- Secrétaire général : Hassan Nasrallah
- Financement et soutien : Syrie et Iran
- Population chiite au Liban (estimation) : 30%


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