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Commandement

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Histoire de la formule de remise de commandement

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Par le CBA Krier

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L’idée d’une formule de remise de commandement identique pour tous les corps est très ancienne. Elle remonte probablement aux ordonnances du secrétaire à la guerre Le Tellier, codifiant aux débuts des années 1660 les pratiques du système mixte (le roi vend les commandements de la même manière que des licences d’exploitation actuellement). Dans une ordonnance sur le service intérieur des troupes d’infanterie en date du 2 novembre 1833, on trouve la description suivante d’une passation de commandement pour un colonel commandant un régiment (article 202):

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L’officier qui doit être reçu se place à la gauche de celui qui le fait recevoir, l’un et l’autre mettent le sabre ou l’épée à la main. Ils font face à la troupe. Celui qui reçoit fait porter les armes et ouvre un ban, il prononce à haute voix la formule suivante; «Pour la réception du colonel, de par le Roi, officiers, sous-officiers, caporaux et soldats, vous reconnaîtrez pour colonel Mr XXX et vous lui obéirez en tout ce qu’il vous commandera pour le bien du service et l’exécution des règlements militaires».

On notera que les colonels se passent le commandement de l’un à l’autre sans intermédiaire.

On retrouve une formule similaire, adaptée aux différents régimes politiques, tout au long du XIXème siècle et jusqu’à la IIIème République. La formule est alors très proche de celle en vigueur actuellement. On la retrouve encore dans le décret du 1er avril 1933 (article 7), portant règlement du service dans l’armée (applicable donc pour l’armée de terre et l’armée de l’air):

«De par le Président de la République, vous reconnaîtrez pour votre chef de corps le … ici présent et vous lui obéirez en tout ce qu’il vous commandera pour le bien du service, l’exécution des règlements militaires et l’observation des lois».

Cette formule reste appliquée jusqu’en 1959, date à laquelle, selon le général Dodelier, chef de l’EMP de l’époque , le général de Gaulle l’aurait personnellement modifiée comme suit :


«Officiers, sous-officiers, hommes du rang, de par le Président de la République, vous reconnaîtrez désormais pour votre chef  le … ici présent et vous lui obéirez en tout ce qu’il vous commandera pour le bien du service, l’exécution des règlements militaires, l’observation des lois et le succès des armes de la France»

Cette formule est reprise et appliquée également à la Marine nationale à partir du décret n° 66-749 du 1er octobre 1966 portant règlement de discipline générale (article 47, voir pièce jointe), lui-même en grande partie œuvre du général de Gaulle.

Réponse à l’auteur par le Lieutenant-colonel Claude FRANC ,
du CDEF/Division Doctrine
Parue dans les Cahier du CESAT n° 17 de septembre 2009


Dans la dernière publication des «Cahiers» de décembre 2008, le Lieutenant-colonel Goya expose magistralement l’évolution qu’a connue la formule de remise de commandement depuis l’ordonnance de 1833 jusqu’à nos jours, formulation qui n’a d’ailleurs pas beaucoup connu d’évolution avec le temps.

Mais, elle a donné lieu à un avatar peu connu qui est sa transposition quasi littérale dans la formule de prestation de serment au chef de l’État que le régime de Vichy a imposé à tous les officiers dès la fin 1940.
La formule en était la suivante:







Au lendemain du débarquement des Alliés en Afrique du Nord en novembre 1942, pour délier les officiers de ce serment au Maréchal Pétain, et leur permettre ainsi de reprendre le combat aux côtés des Alliés sans troubles de conscience, l’Amiral Darlan, nouvelle autorité française à Alger, a dû avoir recours à un subterfuge: il a accrédité la thèse de l’«accord intime» du chef de l’État, censé être tenu au silence officiel par une semi captivité en métropole, dès lors que la totalité du territoire national était à présent occupé. À Dakar, le Gouverneur général Boisson eut recours à la même casuistique pour apaiser les consciences à propos du serment et rallier ainsi l’Afrique Occidentale Française à la cause alliée. C’est ainsi que la thèse du «double jeu», supercherie de circonstance, mais dont l’heureux effet fut de faire passer en bloc l’armée d’Afrique à la dissidence en 1942, devint trois ans plus tard la clé de voute du système de défense retenu par les avocats du maréchal Pétain lors de sa comparution devant la Haute Cour.
C’est du moins la thèse de l’ouvrage que le Général Schmitt , a consacré à ce douloureux problème et qu’il a intitulé: «Pétain, le mythe du double jeu». Selon lui, en la circonstance, seul l’Amiral Darlan aurait réellement joué un véritable double jeu.

Quoiqu’il en soit réellement, il n’en demeure pas moins que ce serment exigé des officiers a constitué pour beaucoup d’entre eux une réelle restriction morale à un ralliement à la dissidence et en agissant comme il l’a fait, l’Amiral Darlan a permis le maintien de l’unité de l’armée d’Afrique et son engagement immédiat face aux Allemands qu’«elle seule, dans les premiers temps, était à même de contenir en Tunisie» .



Au sujet de l’article du lieutenant-colonel C. FRANC

«De la formule de remise de commandement
au serment prêté au Chef de l’État»,
publié dans la rubrique «votre tribune» du Cahier n° 17

Mise au point du Général d’armée (2°s) Maurice SCHMITT
Publiée dans les Cahiers du CESAT n° 19 de mars 2010.



J’ai été surpris de lire la note du lieutenant-colonel FRANC qui fait référence à l’un de mes livres, publié en 1996 aux Presses de la Cité, car le titre de celui-ci est «Le double jeu du Maréchal, légende ou réalité?» et non pas «Pétain, le mythe du double jeu» comme il l’indique.
Quant à écrire que du 8 au 13 novembre 1942, l’amiral DARLAN ait joué «double jeu», c’est aller un peu vite en besogne.
DARLAN se trouvait à Alger le 8 novembre pour des raisons personnelles (son fils, Alain, paraissait condamné par la maladie). Sous la pression du général JUIN, il décida successivement le cessez le feu en Algérie, le cessez le feu en Afrique du Nord, puis le retournement de nos forces contre les Allemands et les Italiens. Le Maréchal  ne l’approuva jamais. Sinon la flotte de haute mer aurait été sauvée et non pas sabordée.
Le début de la note du lieutenant-colonel FRANC reflète bien la réalité. Le télégramme dit de «l’accord intime», trafiqué et complété, en particulier par le général BERGERET, fut utilisé pour convaincre les militaires de l’armée d’Afrique qu’ils pourraient retourner leurs armes contre l’Axe sans être parjures. La fin a justifié (amplement) le moyen.
Devant la Haute Cour, Maître ISORNI a voulu convaincre les juges que, dès 1940, le Maréchal aurait joué double jeu. Il n’en est rien. Le but de mon ouvrage était de le démontrer.



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