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Défense et management

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L’action en zone urbaine : une préparation nécessairement globale

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Par le CBA BOELL François-Xavier

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Pour capitaliser les enseignements opérationnels récents,développer l’entraînement aux actions en zone urbaine est un moyen efficace.L’armée de Terre disposant déjà d’une capacité d’entraînement jusqu’au niveau de l’unité élémentaire, il ne resterait qu’à élargir la politique AZUR jusqu’aux niveaux brigade et état-major de force. Pour cela, il faudrait sans doute impliquer la chaîne OTIAD, afin de bénéficier de l’expertise urbaine,fournie par des fonctionnaires civils dépendant des préfectures.

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Lors de l’opération Pamir, la Task Force La Fayette a soutenu, dans la durée, la montée en puissance dautorités locales de la République islamique dAfghanistan. Des combats contre les insurgés y ont, certes, été nécessaires. Mais des actions, dans les domaines de la sécurité, du développement et de la gouvernance, ont surtout été menées pour modifier les perceptions par les Afghans de ces autorités. Pour conserver une cohérence densemble et renforcer les synergies, toutes ces actions ont été intégrées dans une manœuvre globale1.

 

En 2011, l’armée de Terre a connu deux succès opérationnels. Tout dabord, par son engagement au cœur de la ville d’Abidjan, la force Licorne a facilité le dénouement de la crise ivoirienne. Ensuite, en Libye, les frappes nocturnes contre l’armée pro Kadhafi, effectuées par les hélicoptères de l’aviation légère de l’armée de Terre2, ont complété la campagne aérienne, et surtout permis aux insurgés libyens de relancer leurs offensives en bénéficiant dun rapport de force physique et moral favorable.

 

Tous ces succès obtenus en opérations extérieures sont le résultat de la préparation opérationnelle effectuée sur le territoire national. Or «la victoire rend idiot»3, et le désengagement dAfghanistan est acté. Il y a donc un risque réel que les enseignements, payés pour certains au prix du sang, soient perdus s’ils ne sont pas intégrés dans l’entraînement des forces terrestres.

 

 

 

Par définition4, les opérations urbaines sont menées au milieu des populations et englobent des actions de force, de sécurisation et dassistance. Par la nécessité de maîtriser des compétences interarmes et de comprendre le milieu urbain, développer lentraînement aux opérations urbaines permettrait ainsi de capitaliser l’expérience opérationnelle récente, notamment afghane.

 

 

 

Pour cela il reste aussi à faire effort sur l’entraînement aux actions urbaines des postes de commandement des niveaux brigade et division. Celui-ci aurait besoin de sappuyer sur l’organisation territoriale interarmées de défense5, afin de bénéficier dexpertise civile liée au fonctionnement dune cité, car cette expertise est absente des armées.

 

En effet, grâce à une politique volontariste, l’armée de Terre dispose déjà dune capacité dentraînement aux actions urbaines au niveau du sous-groupement tactique interarmes (SGTIA)6. Si ce dernier nest pas suffisant pour obtenir des résultats durables, il est donc

important que les structures de commandement développent leur capacité à concevoir, puis

 

1 «Processus itératif visant à obtenir un effet recherché sur l’adversaire ou l’environnement par la mise en œuvre optimisée de capacités militaires ou non militaires à tous les niveaux des forces engagées et des ressources. Ce processus, qui s’appuie sur une évaluation permanente des effets obtenus, vise à atteindre directement ou indirectement les centres de gravité ou les points de vulnérabilité». Glossaire de termes, sigles, signes et symboles conventionnels militaires TTA 106 édition 2008

2 ALAT

3 F. Nietzsche

4 Les opérations urbaines CIA 3.2.2. Édition 2010

5 OTIAD

6   SGTIA: unité interarmes, constite autour d’une compagnie dinfanterie ou d’un escadron de cavalerie, regroupant au minimum de l’infanterie, de la cavalerie blindée, du génie et des observateurs d’artillerie.


mener une manœuvre globale en zone urbaine. Pour cela, elles ont besoin d’intégrer, dans

leurs exercices, l’ensemble des acteurs capables de maîtriser la gestion dune ville.

 

 

 

 

Une capacité dentraînement est déjà disponible au niveau tactique

 

 

 

 

Grâce à des efforts sur le long terme, l’armée de Terre dispose de capacités dentraînement

interarmes jusquau niveau SGTIA, enviées par certaines armées européennes.

 

 

 

 

En effet, depuis la fin des années 90, l’armée de Terre sest résolument engagée dans une politique dédiée spécifiquement aux actions en zone urbaine (AZUR) afin de répondre aux exigences de ses engagements opérationnels probables. À chaque étape, l’état-major de l’armée de Terre a préci les objectifs et défini un plan daction impliquant tous ses grands subordonnés.

 

Un concept a dabord été élaboré, puis des infrastructures dentraînement ont été bâties. La création, en 2005, du centre dentraînement aux actions urbaines (CENZUB) à Sissonne en est la réalisation la plus concrète. Après une phase de validation, le domaine AZUR a été intégré à la préparation opérationnelle des unités, puis au principal programme darmement de l’armée de Terre, SCORPION7.

 

 

 

Pour  mettre  en  œuvre  cette  politique,  l’armée  de  Terre  consent  des  investissements

importants.

 

En premier lieu, malgré les difficultés budgétaires, la montée en puissance des sites dentraînement se déroule régulièrement. Ainsi, une centaine de millions deuros a été consacrée à la construction de la ville de combat et du complexe de tir au CENZUB, dont les tranches de travaux ont été livrées selon le calendrier prévu.

 

En second lieu, linvestissement est humain. Une dynamique de mutations fournit aux sites dentraînement des cadres dotés dune expérience opérationnelle récente et ayant vocation à retourner dans les forces terrestres à courte échéance. De plus, afin de susciter leur motivation, une reconnaissance des compétences AZUR acquises leur est accordée et leur permet de prétendre à des affectations futures dans lesquelles ils pourront les restituer et les diffuser.

 

 

 

Soutenue  régulièrement  au  plus  haut  niveau  de  l’armée  de  Terre,  la  politique  AZUR sexécute dans la durée tout en conservant sa cohérence malgré les restructurations. Au bilan, l’armée de Terre dispose dune capacité dentraînement tactique cohérente et adaptée aux actions en zone urbaine.

 

 

 

 

7 SCORPION: synergie du contact renforcé par la polyvalence et l’infovalorisation


Celle-ci se fonde sur un socle doctrinal actualisé8, des sites dentraînement complémentaires et une expérience fournie par l’entraînement régulier des SGTIA. Le fait que des armées étrangères souhaitent en bénéficier indique que le dispositif répond bien aux attentes. Ainsi, depuis les accords de Lancaster House9, un nombre croissant de compagnies d’infanterie britanniques sentraîne au CENZUB.

 

 

 

Mais maîtriser la manœuvre globale conditionne le succès en zone urbaine

 

 

 

 

Maîtriser uniquement les procédés tactiques nest pas suffisant pour obtenir un résultat durable en zone urbaine. Certes, à l’instar de toutes opérations militaires, il sagit dabord de planifier   et   de   coordonner   des   actions.   Mais   les   conquences   de   ces   actions, éventuellement de combat, sur la population doivent aussi être appréciées dans un cadre global. Ainsi, en zone urbaine, le succès dépend dune bonne intégration des différents facteurs dans une manœuvre globale.

 

 

 

Les  opérations  urbaines  nécessitent  dabord  de  fortes  capacités  de  planification  et  de

conduite.

 

Une phase de contrôle de l’agglomération, même temporaire, est incontournable. Or, ses modalités dexécution dépendent des modes daction choisis pour l’offensive ou la défensive. Il faut donc anticiper leurs conséquences sur les milieux physiques et humains dès la planification. La première guerre de Tchétchénie constitue un contre-exemple. Lors de l’offensive russe de 1994 contre les indépendantistes, les destructions excessives caues à la capitale Grozny ont empêché tout retour à la normale. De plus, l’emploi de la force sans réelle discrimination contre sa propre population a sapé la légitimité russe. Alors mal contrôlée, Grozny a été reprise en 1996 par les indépendantistes tchétchènes. Suite à cet échec, les autorités russes ont accorder l’autonomie au territoire en litige et retirer leurs forces.

 

En cours daction, le milieu urbain nécessite aussi dêtre capable de conduire simultanément des actions très diverses: prendre soin des populations, parer ou isoler des factions adverses et engager le combat contre des éléments hostiles10.

 

 

 

 

De plus, la présence dune population résiduelle en ville est un présupposé essentiel. Ainsi, même au plus fort des combats, Stalingrad ou Berlin nont jamais été totalement vidées de leurs habitants11. Les incitations à quitter une agglomération réussissent rarement à atteindre leurs objectifs. Ainsi, malgré les efforts «PSY OPS» de l’armée américaine en amont, des

civils étaient toujours présents dans Fallujah lors de sa reconquête en 2004.

 

8 Ce socle doctrinal couvre l’ensemble des niveaux de l’armée de Terre:

-      À partir du GTIA: Doctrine demploi des forces terrestres en zone urbaine et périurbaine (EMP 20.422. Édition 2012)

-      De la section au SGTIA: Manuel du SGTIA en zone urbaine (édition fin 2012)

-      Du niveau combat à groupe: mento des actes émentaires en zone urbaines (édition 2011)

9 Accords franco-britanniques signés le 2 décembre 2010 visant à renforcer la coopération dans le domaine de la fense

10 The Three Block War: Fighting in Urban Areas article du Général Charles Krulak (USMC), paru en octobre 1997

11 «Stalingrad» et «La chute de Berlin» dAnthony Beevor


Les obligations légales12  liées à cette présence contraignent évidemment la force à discriminer les civils et les combattants et à limiter l’emploi des armes. La manœuvre logistique doit aussi en tenir compte; les modalités dapprovisionnement des populations civiles doivent y être précies. En prévision de l’offensive de la 2ème division blindée du Général  Leclerc,  le  commissaire  de  la  République  de  Rennes  avait  réquisition des camions et des conducteurs, puis constit des convois de ravitaillement à destination de Paris dès le 20 août 194413.

 

 

 

Enfin,  par  sa  présence,  toute  force  militaire  remet  en  cause  les  équilibres  urbains, notamment sécuritaires et politiques. Le comprendre permet à la force de conserver sa capacité de manœuvre et sa légitimité.

 

Veiller aux besoins des populations civiles ne constitue pas l’unique obligation de la force militaire. Assurer l’ordre public et le respect des propriétés en est une deuxième dès la prise de contrôle dune agglomération. Or cela doit aussi être préparé avant sa conquête, sous peine dêtre pris au dépourvu. Tel ne fut pas le cas à Bagdad en 2003 après l’écroulement complet de l’État irakien. Il fut notamment reproché à la coalition14, devenue «puissance occupante», de navoir pas su prévenir les pillages, notamment celui du musée national dIrak.

 

Pallier l’absence ou la désorganisation des autorités civiles est une troisième obligation. Mais cela doit durer le moins longtemps possible, sous peine de perdre toute capacité de manœuvre. Pour l’éviter, il est nécessaire danticiper les modalités de rétablissement, puis de transfert dautorité au plus tôt. Dès la conquête de Strasbourg terminée par la 2ème

division blindée du Général Leclerc le 25 novembre 1944, des autorités légales le commissaire de la République, le préfet et le maire furent installées malgré la présence de

forces allemandes à Kehl15. Cela permit ainsi à la 2ème   DB de ne pas être fixée dans

Strasbourg lors de la contre-offensive allemande de l’hiver 1944-1945.

 

 

 

 

Laction en zone urbaine, donc généralement en présence dune population civile encore nombreuse, ne peut pas senvisager suivant une simple composante tactique. Concevoir et conduire des opérations urbaines nécessitent donc un entraînement particulier des postes de commandement à la manœuvre globale.

 

Aussi les exercices ont besoin dintégrer l’expertise urbaine des préfectures

 

 

 

 

En  milieu  urbain,  le  poste  de  commandement  est  confronté  à  trois  défis  majeurs:  la

compréhension du milieu, la mobilité et l’agression contrôlée. Pour sentraîner à répondre au

premier défi, l’armée de Terre ne dispose pas en propre de l’expertise nécessaire. Pour

 

 

 

12  Article 57 du protocole additionnel 1 de la Convention de Genève du 12 août 1949: «les opérations militaires doivent être conduites en veillant constamment à épargner la population civile, les personnes civiles et les biens de caractère civil».

13 «Mémoires de guerre/luni: 1942-1944» du Général de Gaulle

14  Coalition militaire, essentiellement américano-britannique, ayant envahi l’Irak en 2003 dans le cadre de l’opération Iraki

Freedom

15 «Mémoires de guerre/le salut: 1944-1946» du Général de Gaulle


combler  ce  déficit,  elle  pourrait  associer  les  savoir-faire  de  l’organisation  territoriale

interarmées de défense (OTIAD) à sa préparation opérationnelle.

 

 

 

 

Quant aux autres défis, ils se préparent déjà au centre dentraînement des postes de commandement (CEPC) de Mailly-le-Camp. Dans ce cadre, les procédures délaboration des ordres et de conduite des opérations y sont travaillées et évaluées.

 

Acteur des mises en condition opérationnelle pour l’Afghanistan, le CEPC dispose aussi dune expérience certaine de la manœuvre globale. De plus, les principes de la guerre et la méthode délaboration des ordres nétant pas modifiés dans les opérations urbaines, il ny a donc pas lieu de créer un centre dentraînement supplémentaire.

 

Toutefois, pour faire appréhender les impératifs et contraintes particuliers au terrain urbain, il serait utile que le CEPC dispose de logiciels capables de simuler les effets des actions en zone urbaine, notamment sur les milieux physique et humain.

 

 

 

Si maîtriser le fonctionnement dune cité ne fait pas partie des missions de l’armée de Terre, ce  savoir-faire  est  présent  dans  les  préfectures.  En  particulier,  les  directions départementales interministérielles16 possèdent des compétences dans les domaines de l’aménagement du territoire et de la protection des populations.

 

Ainsi, la participation à certains exercices de fonctionnaires civils, spécialistes du transport, des réseaux et des risques technologiques serait bénéfique à double titre. D’abord, cela enrichirait les capacités des postes de commandement à intégrer ces acteurs en vue dopérations  urbaines.  Et  surtout,  en  cas  de  crise  sur  le  territoire  national,  cette connaissance mutuelle améliorerait les capacités de réaction de l’État. Le Japon en est une illustration. Après le tremblement de terre et le tsunami de 2011, les forces dautodéfense japonaises ont été fortement sollicitées pour agir au profit de leur population. La rapidité et l’efficacité de leur engagement proviennent sans doute, en partie, des exercices réguliers menés avec les préfectures, notamment celle de Fukushima.

 

 

 

Pour parvenir à une participation régulière de ces experts civils à l’entraînement des forces terrestres, l’organisation territoriale interarmées de défense peut être un levier important, même si elle ne dépend pas de l’armée de Terre.

 

En effet, par construction, l’OTIAD est structurée en miroir de la chaîne de décision gouvernementale et préfectorale. Afin de préparer et conduire les missions à caractère opérationnel sur le territoire national, elle dispose de contacts habituels avec tous les acteurs locaux dune agglomération et dune préfecture.

 

Ainsi, la participation de l’OTIAD pourrait prendre la forme dun exercice de niveau brigade, voire division, ayant pour cadre une ville française bénéficiant dun état-major interarmées de zone de défense17. Pour cela, l’exercice sans troupe de niveau brigade URBAN WARRIOR

 

 

16 cret n°2009-1484 du 03 décembre 2009 relatif aux directions partementales interministérielles

17 EMIA ZD: état-major régional de la chaine OTIAD


III organisé par l’armée de terre britannique en 2011 dans la ville de Southampton pourrait servir de modèle.

 

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Ainsi, pour capitaliser les enseignements opérationnels récents, développer l’entraînement aux actions en zone urbaine est un moyen efficace. Larmée de Terre disposant déjà dune capacité dentraînement jusquau niveau de l’unité élémentaire, il ne resterait quà élargir la politique AZUR jusquaux niveaux brigade et état-major de force18  sans omettre le niveau GTIA, et en l’inscrivant dans une perspective interarmées. Pour cela, il faudrait sans doute impliquer la chaîne OTIAD afin de bénéficier de l’expertise urbaine fournie par des fonctionnaires civils dépendant des préfectures.

 

Néanmoins, du fait de la sensibilité médiatique aux opérations urbaines, des réticences sont probables face à un exercice de type URBAN WARRIOR en France19.

 

Pourtant, si «dans une nation, jamais aucun corps professionnel nest, à lui seul, totalement responsable  de  ses  propres  actes»20,  alors  la  préparation  opérationnelle  des  forces terrestres ne peut pas reposer uniquement sur les ressources de l’armée de Terre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

18 EMF: état-major de niveau division

19 Les ticences peuvent être causées par la crainte d’une interprétation erronée de l’entraînement d’une brigade dans une ville française suite aux clarations controversées de Madame le sénateur Samia Ghali demandant lintervention de l’armée à

Marseille en août 2012, ou par un amalgame avec l’engagement de la 10e Division Parachutiste à Alger en 1957

20 Létrange faite Marc Bloch


 

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