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Tactique générale

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L’Air mobility La “1st Cav” U.S. au Vietnam 1965 – 1972

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Par DESTIA

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Dès 1963, pressentant que l’armée américaine aurait à s’engager directement au Vietnam, le général Wheeler, chef d’état-major de l’armée de terre américaine décide la constitution d’une grande unité aéromobile destinée à la lutte anti subversive en région lointaine et à l’intervention rapide. Entre 1950 et 1960, l’armée US avait connu un accroissement exponentiel de sa capacité aéromobile, passant de 57 machines à plus de 5 000. Mais, alors que jusque là, le concept d’emploi des unités de l’ « Army Aviation »américaine était demeuré fondé sur le soutien aéromobile, c'est-à-dire un appui depuis les hélicoptères à la manœuvre terrestre et à son rythme, dans le cas présent, il s’agit de disposer d’un outil du niveau divisionnaire qui intègre les hélicoptères à la manœuvre terrestre, mais à leur rythme propre et indépendamment de celui des opérations conduites au sol.

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La nouvelle grande unité, dun effectif de 15 500 hommes, reprend lappellation de la 1ère division  de  cavalerie,  aligne  450  hélicoptères1, 1 500  véhicules  et  une  artillerie  limitée initialement au calibre de 105. Articulée en 3 brigades, elle engerbe 8 bataillons dinfanterie (dont 3 possèdent la double capacité aéromobile et aéroportée), 3 groupes d’artillerie de 105,

1 bataillon de reconnaissance embarqué et deux forts groupements dhélicoptères, un de transport et un dassaut. Sa mise sur pied nécessitera deux ans : dix huit mois consacrés à l’expérimentation des  bas  échelons  tactiques,  jusquà  lunité  élémentaire  (compagnie  et

escadrille), puis à celui du pion de manœuvre, (bataillon et groupement dhélicoptères) avant

de consacrer les six derniers mois de l’année 1964 au rodage des états majors des brigades et de la division et à la manœuvre combinée avec lUS Air Force. Déclarée opérationnelle en juin 1965, elle est déployée au Vietnam en septembre de la même année et est engagée en opérations dans le mois qui suit.

 

 

 

Modes daction des unités de la « 1st Cav ».

 

Comme il s’agit de manœuvrer au rythme des hélicoptères, toute formation aéromobile est invariablement mixte, hélicoptères de manœuvre (H.M.) et hélicoptères dattaque (H.A.), et le vol tactique systématique. L’emport dun bataillon dinfanterie avec ses appuis2, soit le pion de manœuvre de la division, nécessite 49 H.M. La reté de son déplacement en vol et lors de la phase, très vulnérable, de la mise à terre des compagnies nécessite son accompagnement par  44  H.A.  Cette  formation  est  scindée  en  formations de  base  dites  « Eagle »,  soit  1 hélicoptère PC, 7 H.M., 5 H.A. et 1 HM sanitaire. La formation en vol est le « V », les HA précédant la vague de transport et « éclatant » à hauteur de la zone de poser. Celui-ci et la mise à terre de lintégralité des 3 compagnies du bataillon et de ses appuis ne doit pas exder deux minutes.

 

 

 

1 Grosso modo 300 H.M.(CH 21) peu armé et 150 H.A. (UH 1B) armés de 4 mitrailleuses et de 4 paniers lance roquettes. Comme ni la guérilla viet cong, ni le corps de bataille de larmée populaire du Vietnam ne disposent de blindés à cette époque, limpasse est sciemment faite sur lhélicoptère anti char.

2 Une batterie dartillerie


Le poser et le déploiement du bataillon, phase critique, est confié à une équipe d’éclaireurs les

« Pathfinders », discrètement mise à terre 3 heures avant lopération sans appui aérien pour ne pas donner l’alerte, au plus ps de lobjectif du bataillon. Ayant reconnu et équi la zone de poser, ces équipes (2 officiers et 13 hommes) prennent contact radio avec la formation en vol à  15 km de la zone de poser pour la guider, en mesure de la dérouter ou même d’annuler lhéliportage jusquà 7 km de celle-ci. En deçà, aucun variantement n’est plus possible, sauf l’annulation du poser. Durant la phase de mise à terre par les H.M., les H.A. demeurent en vol stationnaire au dessus de la zone pour leur permettre un tir stabilisé, et fournissent ainsi un appui feu immédiat au bataillon, généralement à base de grenades et de roquettes pour saturer les abords de la zone. Chaque bataillon dispose dune plage de fquences radio communes avec les groupements dhélicoptères.

 

Au sein des bataillons, les fantassins sont allégés au maximum. Les bataillons, contrairement à ceux des divisions dinfanterie ne disposent pas de leur autonomie en matière de transport terrestre : alors quune division motorisée aligne 3 500 véhicules à roues, la division n’en possède que moins de la moitié. Ceci se retrouve pour les trains de combat : la majeure partie de la logistique des brigades (approvisionnement en vivres et en munitions et évacuations) est donc assurée par les seuls hélicoptères. Cette contrainte limite drastiquement la portée des actions des brigades, 80 kilomètres constituant un maximum dès lors que l’action sinscrit dans la durée, ce qui est le cas des opérations au Vietnam.

 

S’agissant de lorganisation du commandement au niveau du théâtre vietnamien, la division est directement subordonnée au général Westmorland dont elle constitue la force principale de ses serves générales.

 

 

 

Les opérations de la « 1st Cav »3.

 

Du 22 octobre au 27 novembre 1965, la 1st Cav est engagée dans les opérations Long Beach, All the way, et Silver bayonet, face à la division 304 et aux régiments réguliers de lAPNV4

TD 32, 36 et 66 lors de l’attaque de Pleiku par les forces spéciales et dans la Drang Valley. Elle y a engagé ses trois brigades, toute son artillerie et lintégralité de ses hélicoptères. Elle a été appuyée par 96 sorties de B 52 (30 tonnes de bombes chacun) et 741 sorties de chasseurs bombardiers (2 tonnes de bombes chacun). Son bilan est éloquent : 897 armes individuelles et

126 armes collectives récupérées et a décompté 3 500 cadavres ou blessés graves viet congs (V.C) au prix de 300 tués et 524 blessés et la perte de 59 machines. En un peu plus dun mois dopérations, 24 598 sorties dhélicoptères ont été conduites pour exécuter 193 posers de compagnies. La division a consommé 7 250 m3 de carburant, 1 million de cartouches de 5,56,

15 000 grenades de 40 mm5  et 40 000 obus de 105 mm. La distance moyenne des vols effectués a été de 65 kilomètres.

Le premier enseignement a été que compte tenu des pertes (près de 8% du personnel et des machines),  et  de  la  consommation  de  munitions,  les  opérations  nauraient  pas  pu  se poursuivre à ce rythme au-delà dun mois. En outre, l’estimation initiale de la nature et du

 

 

 

3 Les données chiffrées sont issues de la thèse dEtat soutenue par Raymond Toinet, Saint Cyrien de la promotion Nouveau Bahut (1945-1947) qui a combattu au sein du CEFEO dans les rangs de lartillerie coloniale de 1950 à 1952 avant une reconversion dans lindustrie. Cette thèse a donné lieu à une publication : Une guerre de trente cinq ans. Indochine Vietnam (1940 1975). Paris. 1998. Lavauzelle. 543 pages.

4 Armée populaire du Nord Vietnam.

5 Grenades tirées depuis le nez des H.A.


 

volume de l’appui aérien indispensable avait été sous estimé. L’appui de l’artillerie6  s’est vélé déterminant, notamment, l« artillerie aérienne », les roquettes tirées depuis les H.A., capables de délivrer des feux instantanément nétant pas tributaires des délais incompressibles de mise et de sortie de batterie. Ce système darmes est employé pour neutraliser une zone par saturation et non pas pour tirer sur des objectifs observés. Mise en alerte en 2 minutes et positionnée à proximité immédiate de la zone à battre, la « batterie aérienne7 » est capable d’assurer une permanence des feux en relayant ses sections de tir toutes les 3 minutes.

Lappui  des  canons  de  105  s’avérant  sous  dimensionné,  le  recours  à  lhélicoptère  de manœuvre CH 54 a permis lhéliportage de pièces de 155 tractées. Mais dans ce cas de figure, l’état-major de la division s’est trouvé confronté à dinsolubles problèmes logistiques, le nombre dHM disponibles pour approvisionner les batteries en obus étant insuffisant.

Compte tenu des contraintes logistiques évoquées supra, la portée des actions des brigades na jamais ex 65 kilomètres. Ceci a évidemment une implication directe sur la conduite des opérations. Les groupements dhélicoptères agissant depuis des bases temporaires il faut donc manœuvrer celles-ci au fur et à mesure du développement de lopération en cours pour lui conserver son caractère de mobilité. Cette contrainte s’est avée très lourde et génératrice de délais.

 

En  1966,  la  division  est  de  toutes  les  grandes  opérations  « Search  and  destroy », dénomination officielle des opérations d’envergure conduites par le général Westmorland : Matador (à nouveau à Pleiku), Masher, White wing et Crazy horse. Pour cette dernière, dune due de trois semaines, l’équivalent de 30 000 hommes aura été héliporté et lartillerie aura tiré 12 500 obus par jour, soit l’équivalent, journellement, de 4 unités de feu.

 

Jusqu’en 1968, loffensive du Têt, la division sera engagée sur ce rythme, particulièrement usant. Le général Tolson, commandant la division de janvier 1967 à juin 1968 a indiqué les chiffres suivants :

1967 : 977 933 sorties dhélicoptères. 688 machines touchées, 36 abattues.

Six  premiers mois  de  1968 :  407 806  sorties  dhélicoptères, 271  machines touchées, 66 abattues.

Le VC a en effet su sadapter à cette nouvelle menace et l’armée populaire vietnamienne a singulièrement développé ses moyens sol-air. Durant le siège de Khe San8, notamment, toute intervention dune unité de la division donnait systématiquement lieu à l’aveuglement préalable des bases de feu sol air adverses par lAir Force. Cet accroissement des pertes est également à l’abandon partiel des modes d’action spécifiques de la division et le recours à ses unités pour des missions de reconnaissance, dobservation et de liaison par une ou deux machines que nimporte quelle formation aéromobile organique aux divisions dinfanterie auraient prendre à leur charge.

 

 

 

Les enseignements des engagements de la « 1st Cav ».

 

La manœuvre aéromobile, marquée par lintégration en masse des formations dhélicoptères dans la manœuvre selon leurs propres spécificités, constitue une plus value indiscutable en

 

 

6 Selon les appréciations et les normes américaines.

7 Groupement de 35 hélicoptères dattaque armés de 4 paniers de roquettes.

8  Sur le plan de la conduite des opérations, il est maintenant avéré que le « siège de Khe San », longtemps assimilé à un « Dien Bien Phu qui aurait réussi » ne constituait pour lAPV quun leurre sous forme dabcès de fixation pour masquer ses préparatifs de loffensive du Têt et le basculement de son effort vers les zones urbaines.


vue du succès tactique. Néanmoins, de fortes contraintes pèsent sur cette forme d’engagement quil est crucial de prendre en compte :

-     La  manœuvre  aéromobile  est  indissociable  dun  appui  aérien  préalable  puissant (mission de suppression of ennemy air defense SEAD) avec lequel elle doit être étroitement coordonnée.

-     La  protection des  hélicoptères au  sol  est  indispensable. Leur  dispersion liée  aux contraintes de leur maintenance exige la constitution de bases solides avec toutes les mesures de sécurité afférentes (alvéoles, soutes protégées, patrouilles au sol consommatrices de moyens et vols de nuit de protection consommateurs de potentiel).

-     Système  d’alerte  permanente  au  sol  dhélicoptères  de  manœuvre  et  planification rigoureuse des tonnages des ravitaillements logistiques des unités de la division.

-     Complémentarité et coordination des feux de l’artillerie organique de la division avec les feux spécifiques délivs par les hélicoptères armés.

-     Culture du risque à entretenir au sein des équipages.

 

En conclusion, dans son analyse à chaud de la guerre du Vietnam, le général Beaufre note9 :

« Lemploi  géralisé  dlicoptères  conduisait  à  établir  une  série  de  bases protées qui absorbaient d’importants effectifs rigoureusement statiques. »

Ce qui revient à dire que, même si l’aéromobilité menée par la 1st Cav a été source dune

accélération appréciable du rythme voire de la puissance de la manœuvre, celle-ci est toujours demeurée tributaire des contraintes inhérentes à la mise en œuvre de moyens aussi conséquents. Utilisée de manière quasi expérimentale à léchelle du théâtre vietnamien, l’engagement de la  « 1st Cav » a malgré tout permis dimposer lhélicoptère de combat comme un élément incontournable des opérations modernes.

 

De nos jours et ramené à l’échelle de l’armée de Terre française, un tel concept est surdimensionné. Néanmoins, les formations dhélicoptères sont tout à fait intégrées à la manœuvre, non pas en tant qu’appui à celle-ci, mais réellement comme un pion de manœuvre comme lillustre ce numéro de Doctrine terrestre consacré à laérocombat, véritable composante de la fonction tactique « Contact ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9 Beaufre. néral. La guerre révolutionnaire. Paris. 1972. Fayard. Page 233.

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