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Témoignages

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L’armée de terre espagnole d’aujourd’hui et de demain (2ème partie): sa coopération avec l’armée de Terre française

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Par le Lieutenant-colonel Bertrand MENNESSON

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Comme annoncé dans le précédent numéro, les Cahiers repartent de l’autre côté des Pyrénées pour le deuxième temps de la visite de l’armée de terre espagnole. Ce numéro sera consacré aux synergies et à la coopération avec l’armée de Terre française.

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Une proximité accrue entre les forces terrestres espagnoles et françaises.

L’ET se recentre ainsi sur un format se rapprochant de plus en plus de celui de l’AdT française: force terrestre de 60.000 hommes environ, unités professionnelles tournées vers la projection dans un cadre multinational voire national sur des procédures OTAN selon une logique de corps expéditionnaire.
L’évolution récente du contexte sécuritaire en Afrique, principalement en Afrique du nord et dans la bande sahélienne, a permis une prise de conscience de l’ET quant à ses zones d’engagements futurs les plus probables. L’ET réoriente sa formation et sa préparation opérationnelle vers la bande sahélo-saharienne, dans le golfe de Guinée et dans la corne de l’Afrique afin de préparer l’avenir.

Dans cette optique, l’ET s’engage d’ores et déjà dans cette direction par:

  • Une réorientation de l’enseignement des langues, avec un effort nouveau sur le français, sans pour autant sacrifier l’anglais qui demeure prioritaire. Réorientation qui se concrétise déjà par des échanges d’élèves officiers puis, à court terme, de professeurs –chercheurs, entre les ESCC et l’Academia General Militar.
  • La recherche d’une préparation opérationnelle des unités au combat en zone désertique et l’étude des savoir-faire français dans ce domaine (visite du CECAD à Djibouti prévue en septembre 2014).
  • Des propositions systématiques de l’ET vers l’EMAD (l’EMA espagnol) pour participer aux OPEX françaises en Afrique.
  • Une multiplication des partenariats avec les pays africains (exercice avec la Mauritanie; accueil et formation de sapeurs sénégalais pour les former au C-IED niveau 3, etc.).
  • La mise en place d’un cycle à quatre temps de prépa OPS et d’alerte ressemblant de plus en plus au cycle français.

L’ET a aussi pour ambition de créer des brigades internationales du type de la brigade franco-italienne à EM non-permanent afin d’être en mesure d’intervenir au sud de la Méditerranée

À terme, cette profonde restructuration permettra à l’armée de Terre espagnole de rationaliser son organisation antérieure avec un format plus restreint, plus souple et plus réactif. Cette nouvelle structure, fondée sur les BOP[i], permettra ainsi d’établir une meilleure rotation des brigades dans le cadre du cycle de disponibilité, de disposer en permanence d’un spectre de forces équilibrées et homogènes, de faciliter le processus de génération de forces et la préparation opérationnelle et donc, in fine, les projections et engagements.
Ainsi, à l’image de ses alliés les plus proches, cette modernisation de sa force terrestre devrait permettre à l’ET une interopérabilité accrue, renforçant son statut de partenaire crédible et efficace, notamment pour la France.


Vers de nouvelles synergies entre l’armée de Terre française et l’Ejercito de Tierra?

Malgré la crise économique profonde qui a fortement amputé les capacités de l’Ejército de Tierra depuis 2008 (avec une baisse de 30% du budget de la défense depuis le début de la crise), la culture et les fortes traditions militaires de l’Espagne, faisant ressortir de nombreux points communs, devraient inciter l’AdT française à s’intéresser davantage à l’Ejército de Tierra. Celle-ci opère en effet depuis plus de 20 ans une mutation en profondeur au gré de ses engagements opérationnels, dont la réforme des BOP doit en constituer l’aboutissement.

Au terme de cette transformation prochaine, l’ET sera comparable à nombre de ses homologues européennes, notamment française, sur bien des plans: format de brigades interarmes similaires (4.000 hommes), matériels majeurs communs (tels le Tigre et le NH90), emploi des standards OTAN, un cycle de préparation opérationnel proche, une culture commune de la projection…

Enrichie par son expérience des engagements opérationnels de ces dernières années (Bosnie, Kosovo, Irak, Afghanistan, Liban, Somalie, Mali...), l’ET est particulièrement allante pour être engagée en opérations, raison d’être de son existence. À titre d’illustration, l’EMAT espagnol avait proposé d’engager un bataillon complet au sein de l’opération SERVAL; requête qui fut rejetée par les niveaux inter-armées et politique.

Dans ce contexte, il semble alors pertinent de réfléchir à l’intérêt en matière d’interopérabilité, voire de mutualisation, que pourrait en tirer l’armée de Terre française.

À la lumière des motivations espagnoles, une synergie et une certaine complémentarité entre nos deux armées de terre pourraient se matérialiser autour des axes suivants:

  • Possibilité de favoriser des alertes communes au sein de l’UE.
  • Participation française à des exercices s’appuyant sur l’emploi d’une capacité HM lourds que ne possèdent pas les forces terrestres françaises. La faiblesse de la capacité de transport HM à longue distance s’est fait cruellement sentir à SERVAL. Les CH-47 Chinook espagnols existent et leur présence aurait été appréciable pour les troupes au sol et pour l’appui de la manœuvre logistique. Commencer par quelques exercices concrets dans la bande sahélo-saharienne est de l’ordre du possible.
  • Participation à une base logistique de théâtre avec la mise sur pied d’un BATLOG à l’EM franco-espagnol permettant, entre autres, de générer des économies d’échelle et d’incorporer des unités logistiques espagnoles, de transport par exemple (principe susceptible d’être étendu à des unités opérationnelles). Cela ne peut passer que par la poursuite du rapprochement commencé entre les deux brigades logistiques et des échanges entre les deux chaînes de commandement logistique terrestres respectives. Les Espagnols se disent également intéressés par les travaux menés actuellement sur le Joint Logistics Support Group.
  • En matière d’enseignement, favoriser les échanges d’élèves-officiers entre écoles de formation d’officiers afin de réactiver et promouvoir une connaissance interculturelle et linguistique.
  • Dans le cadre du combat en milieu semi-désertique ou désertique, rapprochement possible de la BFST et du commandement des opérations spéciales espagnol par l’échange et la participation de commandos spécialisés à des exercices majeurs (GORGONES et MACHETE).

Par ailleurs, l’histoire et les traditions étant comme une seconde nature du soldat espagnol, le volet institutionnel d’activités bilatérales est toujours apprécié.

Il est vrai qu’une coopération accrue entre les deux armées de terre se heurterait à de fortes contraintes budgétaires voire politiques, la Constitution espagnole soumettant l’envoi de forces en opérations à un vote parlementaire.

Malgré ces limites, qui ne sont pas forcément insurmontables, le développement de la coopération entre les deux armées de terre, similaires quant à leur culture et leur organisation, devrait inciter à un rapprochement plus étroit ou au moins à une interrogation sur ce que l’ET pourrait apporter à l’armée de Terre française.

Une fois la Transformation terminée, l’Ejército de Tierra disposera de BOP similaires à nos BIA, dotées de matériels communs, s’entraînant sur les procédures OTAN et participant aux mêmes opérations. Une culture militaire commune, très latine, entre l’ET et l’AdT, ne peut que pousser à ce rapprochement et en faciliter le succès.

Officier de cavalerie, ayant intégré l’armée de Terre sur titres universitaires en 1993, le Lieutenant-colonel Bertrand MENNESSON a servi dans différents régiments de chars Leclerc. Il a participé à différentes missions opérationnelles, au Sahara occidental comme observateur militaire de l’ONU, et en Côte d’Ivoire à la tête d’un escadron blindé. Il a également été affecté durant deux ans aux Émirats arabes unis comme instructeur au sein d’un bataillon de chars Leclerc. Breveté de l’École de guerre, titulaire d’un master en droit international et d’un master en géopolitique et relations internationales, il a ensuite servi à l’état-major de l’armée de Terre. Il est également diplômé du Geneva Center for Security Policy de Genève. Il sert actuellement comme officier de liaison au sein de l’armée de terre espagnole.










[i] BOP: brigades opérationnelles
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