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Témoignages

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L’armée de terre espagnole d’aujourd’hui et de demain.

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Par le Lieutenant-colonel Bertrand MENNESSON

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Le site renoue avec la rubrique traditionnelle des Nouvelles des armées étrangères. Nous partons donc, et pour la première fois, de l’autre côté des Pyrénées pour une visite en deux temps de l’armée de terre espagnole. Ce numéro sera consacré à sa présentation générale et à la transformation en cours, celui de juin aux synergies et à la coopération avec l’armée de Terre française. Les Cahiers remercient chaleureusement le colonel Calvez, chef du détachement de liaison Terre, et les officiers en poste à ses côtés, dont le lieutenant-colonel Mennesson, principal rédacteur de cet article.

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L’Ejército de Tierra aujourd’hui

Forte de plus de 77.000 hommes (20.900 cadres et 49.300 MDR), l’armée de terre espagnole (ET) actuelle est le fruit d’un long processus de transformation, passant d’une armée de conscription territoriale à une armée professionnalisée depuis 1999, répondant aux standards OTAN. Cette armée est dotée de matériels modernes, mais est frappée de plein fouet par la crise économique.

Son évolution s’est réalisée dans un contexte de baisse budgétaire continue, se traduisant notamment par une réduction des effectifs et la dissolution de nombreuses unités. Ainsi, pour la période de 2006 à 2012, 22.500 postes ont été supprimés ainsi qu’un état-major de niveau division, deux états-majors de brigade, six régiments avec leurs bataillons subordonnés, 11 bataillons et 28 unités diverses.

Néanmoins, l’armée de terre (ET) demeure une force expéditionnaire de taille moyenne, possédant tout le spectre des savoir-faire terrestres, rustique, aguerrie et riche d’une expérience opérationnelle acquise lors de ses engagements récents dans les Balkans, en Irak, en Afghanistan, au Liban et en Afrique.

La Force (par opposition à la structure d’Appui à la Force) est constituée d’un EM NRDC-SP (Cuartel General Terrestre de Alta Disponibilidad), équivalent du CRR-FR, de la Force terrestre (FUTER), du Commandement terrestre des îles Canaries (MCANA) et de la Force logistique opérationnelle (FLO)[i].

Depuis le plan «Armée de Terre 2020-2025», initié en 2010 par le précédent CEMAT (GA Coll Bucher), la Brigade Interarmes s’est affirmée comme le pion de manœuvre central autour duquel s’articulent tous les moyens.

Fondamentalement, la Force Terrestre peut s’appuyer sur 10 brigades spécialisées dont huit BIA (quatre brigades légères, en incluant celle des îles Canaries et quatre brigades lourdes). Celles-ci suivent le cycle de disponibilité opérationnelle de quatre fois six mois, soit 24 mois. Les BIA se caractérisent toutes par une spécificité (BRILEG II Légion, BRIPAC VI parachutiste, BRIAC XII blindée, BRC II Brigade de cavalerie,…) avec des moyens très différenciés. Deux autres unités, intégrées dans les forces légères, ne possèdent en propre ni appui au combat ni soutien logistique. Il s’agit de la BRIL V et du Commandement des troupes de montagne (JTM).

De plus, trois commandements outre-mer (Comandancia General) sont régis par des statuts très différents. Ceuta et Melilla, avec un volume de force proche d’une BIA chacune, sont des forces de souveraineté prépositionnées et inamovibles, aptes à faire face à des «menaces non partagées» directement sur le territoire national. Le Commandement des îles Baléares n’a plus qu’un bataillon d’infanterie légère sous ses ordres.

S’agissant de la polyvalence, thème récurrent de la transformation à venir, la notion de réversibilité (à titre d’exemple, une unité de chars Leopard a été déployée au Liban sur BMR 6X6) et la notion d’entraînement multi-rôle propre à toute unité terrestre, proche de notre concept MICAT, seront renforcées dans le cadre de la réforme à venir.

La transformation de l’Armée de Terre espagnole:

Les brigades organiques polyvalentes

Dans le cadre du grand chantier de modernisation et de transformation des forces armées, décidé par le ministre de la Défense et le CEMA en 2012, l’armée de terre espagnole (ET) s’est engagée dans une profonde restructuration de sa force terrestre devant conduire à la création de huit brigades organiques polyvalentes (Brigadas Orgánicas Polivalentes; BOP).

Validé par la directive 08-12 «Transformation de la structure de la Force de l’Armée de Terre», signée le 9 novembre 2012 par le chef d’état-major de l’armée de terre (JEME), ce concept ambitieux se veut avant tout réaliste compte-tenu des fortes contraintes budgétaires liées à la crise. Le décret royal 872/2014 sur l’organisation de base des forces armées et la directive 02/15 sur le plan de transition de la structure de forces de l’ET fixent le cadre de la réforme.

Ce chantier de transformation de la force terrestre donnera naissance à une force terrestre homogène et modernisée, parfaitement projetable et interopérable, apte à répondre aux ambitions et aux menaces recensées dans le cadre stratégique décrit par la Directive de la défense nationale 2012 et la stratégie de sécurité nationale 2013. Cet engagement doit pouvoir se faire dans un contexte d’engagement national comme international.

Les BOP: un concept ambitieux et réaliste

Dans un contexte général de transformation des structures des forces armées pour laquelle l’armée de terre espagnole a fait preuve d’une grande réactivité, le projet de brigade polyvalente, s’inspirant des exemples existant dans les autres armées alliées et notamment française, a pour objectif d’adapter la Force terrestre afin de la rendre plus flexible, plus apte à répondre aux ambitions nationales et à tous les types de menaces engendrées par les conflits futurs.

Cette transformation doit se réaliser en évitant des transferts géographiques coûteux et en limitant au mieux l’impact sur le personnel, déjà durement touché par les gels des soldes et des primes (baisse de 7 à 5% de la solde selon l’échelon et le grade).

 Pour mener à bien ce projet, une structure ad hoc, dénommée «Centre de la transformation de l’armée de terre», a été créée en janvier 2014 au sein de l’état-major. Commandé par un général de division, ce centre est directement placé sous les ordres du SEJEME (le MGAT) et sera activé le temps nécessaire à la transformation.

 Devant atteindre ce nouveau modèle en 2020, le projet a pour ambition de structurer la Force terrestre en un état-major NRDC-SP, un état-major FT, deux états-majors de niveau division aptes à la projection formant le noyau d’un LCC pour une OPEX multinationale, et huit brigades polyvalentes. Il s’agit de constituer un modèle de forces médianes centré sur un nouveau véhicule de combat d’infanterie 8X8, mais également d’améliorer le cycle actuel de disponibilité à quatre phases afin de pouvoir disposer à tout moment de grandes unités polyvalentes possédant un spectre élargi de capacités, voire d’une spécificité propre (parachutiste, montagne, chars…).

Les principes de cette transformation sont les suivants:
La brigade reste au cœur du système de la force terrestre comme unité de base, comme intégrateur de capacité et pour un déploiement opérationnel,
Principe de réversibilité (Alta reversibilidad) pour toutes les unités d’emploi, soit une aptitude accrue à assurer des missions autres que celles effectuées ordinairement,
Le bataillon reste l’unité d’emploi au sein de la brigade.

Une Force Terrestre transformée.
Sans attendre la mise en place des nouveaux matériels (notamment celle du futur VCI 8X8) et anticipant un contexte économique de sortie de crise, l’ET, dans un souci de réalisme opérationnel et d’économie, a décidé de s’appuyer sur un modèle de BOP idéale: effectif de 5.000 hommes, cinq bataillons de manœuvre, majoritairement équipés de VCI 8X8.

Ainsi, les 10 brigades spécialisées actuelles, principalement réparties au sein du Commandement des forces légères et du Commandement des forces lourdes, seront profondément réarticulées pour les transformer en huit BOP dites «viables de transition».

Deux modèles de BOP différents ont été retenus. Le premier, dit «médian-roues», qui regroupera 4.300 hommes, sera composé de quatre bataillons de manœuvre et de ses appuis et soutiens. Le matériel majeur de ces BOP, intermédiaires et aérotransportables, sera le VCI 8X8. Quatre BOP seront formées à partir des quatre brigades légères actuelles y compris la brigade des Canaries.

 Le deuxième modèle de BOP, dit «médian-chenilles» regroupera 5.000 hommes et sera formé de cinq bataillons de manœuvre, dont un de chars de bataille, avec les mêmes appuis et soutiens que pour le modèle 1. Ce type de BOP sera formé à partir des cinq brigades blindées mécanisées actuelles.

 Enfin, les capacités parachutiste et montagne, seront préservées, quoique réduites. À terme, seuls les éléments nécessaires à la constitution d’un GTIA parachutiste et de montagne devraient subsister.

Ces deux types de BOP seront répartis sous les ordres de deux états-majors de division.
La première, Castillejos, installée près de Madrid, regroupera les brigades médianes légères, soit la BOP II (Legión), la BOP VI (parachutiste) et la BOP VII (aérotransportable). Lui sera adjointe la BOP implantée aux Canaries (qui devrait avoir une vocation tournée vers le combat en zone désertique ou semi-désertique).

La seconde, San Marcial, localisée à Burgos, aura sous ses ordres les BOP de modèle 2, médianes lourdes, soit les BOP I, X, XI et XII.


[i] La Force logistique opérationnelle, composée d’une brigade logistique et d’une brigade sanitaire constitue, à l’image des autres grands commandements de premier niveau, un commandement indépendant directement placé aux ordres du CEMAT.
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