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L’armement des tribus iraquiennes par l’armée américaine

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Par DESTIA

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La récente révolte de miliciens sunnites à la fin du mois de mars 2009 à la suite de l’arrestation de leur chef par le gouvernement iraquien révèle la fragilité d’un procédé tactique employé depuis 2006 par l’armée américaine : l’armement et le financement de milices tribales pour lutter contre Al Qaïda en Irak. Ce procédé, s’il a incontestablement contribué à l’amélioration de la situation sécuritaire depuis la fin de l’année 2007, pose le problème de l’incohérence entre la méthode et le but, car la recherche de gains tactiques à court terme peut s’avérer préjudiciable à la stratégie de long terme et modifier radicalement l’état final recherché.

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Le succès à court terme dune tactique dopportunité

 

Aps plus de six années passées en Irak, l’armée américaine a entamé son retrait en laissant une situation fragile mais relativement stabilisée. Pourtant, entre 2003 et 2007, aps une bve  phase  de  coercition  couronnée  de  sucs,  la  Coalition  s’est  avérée  incapable d’empêcher l’essor dorganisations rebelles luttant contre « loccupation » américaine. Confrontée à la décision de l’administrateur Bremer de purger l’administration baasiste et de démanteler larmée iraquienne, les  militaires américains ont  essayé de  parer ces  deux erreurs en formant une nouvelle armée et une nouvelle police et en tentant de intégrer les Sunnites dans le jeu politique. Or, cette tentative s’est heurtée à des problèmes considérables : fiabilité des recrues, fort taux d’absentéisme, infiltration par les milices, sous repsentation sunnite, inefficacité et corruption.

 

Initié en 2006 par des chefs de tribus sunnites de la province dAl Anbar, le mouvement du « Réveil » (1) (Sahwa en arabe) est parvenu à éradiquer la bellion jihadiste dans la province. Larmée américaine, confrontée à une impérieuse nécessité de sultats, a soutenu le mouvement en fournissant des armes et des équipements, puis en payant les salaires des recrues. Conjugué au renfort de 30 000 hommes envoyé au début de lannée 2007 et à la trêve décrétée par le leader chiite Mouqtada al Sadr, l’armement de ces milices a contribué à la baisse significative de la violence à partir de la fin de l’année 2007. Le mouvement s’est peu à peu étendu à d’autres provinces et a fini par rallier les anciens insurgés eux mêmes, à la fois par lassitude des attentats indiscriminés des combattants dAl-Qaïda et par intérêt financier.

 

L’armement de milices indigènes n’est pas un pro nouveau. Dès lAntiquité, les Romains utilisaient et finançaient des troupes supplétives pour assurer la sécurité aux marges de l’empire, en particulier face à l’empire perse. Le maréchal Soult l’avait expérimenté en Espagne en recrutant des autochtones au sein de milices (« escopeteros ») utilisées pour des tâches de police. Ils étaient soldés et touchaient des primes pour la capture des insurgés. Au Mexique, en 1864, sous limpulsion du colonel Du Pin, une troupe dhommes du pays agissait en marge de l'armée française. De même, au Laos, en Algérie, au sud Liban, le pro a été utili par les armées américaine, française et israélienne.

 

L’entraînement et l’équipement de forces locales est un prodé qui fait partie intégrante de la doctrine américaine de contre insurrection. Il a été mis en œuvre en Afghanistan, lors de linvasion soviétique puis au travers de la coopération entre les forces spéciales américaines et lAlliance du Nord qui a chassé les Talibans en 2001. Mais de quel côté se trouve Hekmatyar aujourdhui ?  Car  un  tel  mode d’action est  porteur de  risques pour l’avenir, le  sauveur d’aujourdhui pouvant devenir lennemi de demain. Au regard des résultats obtenus, le pacte entre les tribus et la Coalition s’avère efficace, néanmoins sa pérennité est douteuse : les groupes sunnites exigent lintégration de 70 0000 miliciens aux forces de sécurité et la prise en charge de leurs salaires par un gouvernement à majorité chiite qui nest guère disposé à pondre à leurs attentes.

 

Les conséquences stratégiques dune tactique utilitariste

 

Au début de l’année 2009, ce sont plus de 100 000 miliciens, à 80% sunnites, qui ont été armés et finans par la Coalition. Mais ces groupes ralliés aux Etats-Unis dans la lutte contre-insurrectionnelle peuvent basculer à tout moment, d’autant quune partie d’entre eux combattaient auparavant aux côtés dAl Qaïda.

 

Dans les faits, l’armement des tribus na pas connu partout la même efficacité. Si Al Qaïda en Irak a nettement reculé, le mouvement jihadiste na pas disparu pour autant. L’action des milices tribales dans la province dAl Anbar a provoqué un reflux des insurgés dans des zones où l’emprise tribale est moins affirmée comme les provinces de Salah Ad Din et Diyala les attentats continuent. En outre, la psence de miliciens armés a engendré dans de nombreuses villes des frictions, tant avec les hommes de la Coalition qu’avec les forces de sécurité gouvernementales. Les affrontements se sont ainsi multipliés au cours de l’année 2008, en particulier à Bagdad.

 

Ce genre de prodé a rarement fonctionné dans le passé et, la plupart du temps, s’est avéré lourd de  conséquences à  long terme : conséquences pour  le  pays  « occupé » (instabilité chronique, guerre civile, etc.) et conséquences pour la puissance « occupante » (perte de légitimité, contradictions entre les principes défendus et les moyens employés, échec des objectifs poursuivis, politiques ou économiques, etc.). Les exemples de succès à court terme aux  conséquences  stratégiques  négatives  sont  nombreux : Harkis,  milices  chtiennes soutenues par larmée israélienne dans les années 80 au Liban, milices pro russes en Tchétchénie au début des années 2 000, etc.

 

En outre, dans le cas iraquien, cette tactique na pas été véritablement choisie. C’est une tactique dopportunité qui na été ni pensée ni correctement élaborée. La dissémination de ces milices, hétérogènes tant dans leur composition que dans leurs objectifs, a rendu leur contrôle impossible, et dans certains cas les armes fournies aux miliciens se sont retrouvées chez les insurgés. Il ne sagit dans ce cas ni plus ni moins que d’armer son propre ennemi.

 

L’armement des tribus sunnites a été déci et me par l’armée, mettant les autorités politiques américaines comme le gouvernement iraquien devant le fait accompli. Mais, pour reprendre lanalyse dAlexandra de Hoop-Scheffer (2), les raisons de cette ppondérance des militaires sont à trouver dans la culture stratégique américaine : quand les armes parlent, le politique  a  tendance  à  s’effacer  derrière  le  militaire.  En  Irak,  les  objectifs  politiques demeurent flous et le militaire se trouve privé de directives précises, ce qui lui permet paradoxalement de mener des essais sur le terrain. Or, dans la phase de stabilisation comme dans la phase de normalisation, l’état-major de larmée américaine a eu une vision trop tactique et pas assez stratégique : l’armement des tribus sunnites participe de cette vision utilitariste de court terme.

 

 

La conséquence en Irak est que la tactique tend à déterminer la stratégie à long terme : l’armement des tribus modifie considérablement le rapport de force confessionnel dans le pays, favorise une partition de fait et risque de déstabiliser à terme un gouvernement que les Américains ont voulu et soutenu, qui constitue en quelque sorte la raison d’être de leur intervention.  John  Hamre,  ancien  Sectaire  adjoint  à  la  Défense  sous  l’administration Clinton, déclarait en mai 2005 : « notre objectif politique donner davantage d’autorité au gouvernement irakien entre en contradiction avec notre impératif tactique et militaire agir indépendamment de la stratégie politique ». Or, la tactique doit être imposée par la stratégie, non la définir.

 

Le maréchal Soult estimait que tous les moyens sont bons dans la lutte contre une guérilla. Pourtant, à lheure CENTCOM envisage de transposer en Afghanistan ce « remède miracle » quest l’armement des tribus (un peu comme une société pharmaceutique commercialiserait un médicament qu’elle n’aurait jamais testé que sur un seul patient), il est peut être pertinent de se demander ce que deviendront ces milices lorsque le dernier soldat américain aura quitté le territoire iraquien.

 

 1.   Groupes  tribaux  sunnites  ralliés  à  la  Coalition  aux  appellations  diverses  dont  les  plus  courantes  sont « Awakening councils », « Conseils du Réveil » ou « Sons of Iraq », « Fils dIrak ».

 

2. Diplômée de Sciences Po Paris et titulaire de deux Masters en Science Politique et en Relations Internationales, Alexandra de Hoop Scheffer est politologue spécialiste de la politique étrangère américaine et des questions de reconstruction post conflit. Elle achève actuellement une thèse consacrée à lintervention militaire américaine en Irak.

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