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Expériences alliées

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L’Army National Guard

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Par le Colonel Nicolas AUBOIN

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Dans le numéro 35 des Cahiers, de mars 2014, les «Nouvelles d’Amérique» avaient présenté la composante réserve de l’US Army, véritable force opérationnelle complémentaire à plus d’un titre de l’armée d’active. Dans le même esprit, il a paru intéressant de présenter cette fois la composante Army de la Garde nationale, sur laquelle courent souvent en France des idées erronées, comme le souligne l’auteur de cet article dans son introduction.

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Très présente sur le territoire national, la garde nationale US (ARNG) actuelle est loin de l’image donnée par la filmographie des années 80[i] d’une force locale dépassée par les événements, teintée de joyeux amateurisme. S’appuyant sur la Constitution et sur des statuts initiaux datés de 1792 qui régularisaient l’existence de milices issues des 13 colonies, l’ARNG a évolué pour devenir au cours du XXIème siècle une force complémentaire de l’armée d’active jusqu’à en devenir un appoint indispensable, notamment dans la conduite des campagnes des années 2000. En effet, tout en conservant la dualité de son statut et ses capacités de réaction immédiate au profit des autorités locales, l’ARNG est équipée, organisée et entraînée comme l’US Army et a été engagée dans tous les conflits depuis la Première Guerre mondiale. Parfois encore suspecte de manque d’efficacité opérationnelle de la part de l’US Army, l’ARNG s’affiche sans complexes comme une force opérationnelle et s’appuie sur un ancrage local et un appui marqué des gouverneurs d’États.

Une force au statut dual


La spécificité de l’ARNG tient d’abord de l’organisation de son commandement. L’ARNG peut en effet être employée par le gouverneur d’État ou par le gouvernement fédéral en fonction des missions qui lui sont assignées[ii].
L’ARNG ne peut être employée en même temps sous ces deux statuts. Elle est soit aux ordres d’un gouverneur d’État (et de son autorité désignée ‒ State Adjutant General) soit aux ordres du gouvernement fédéral[iii].
Les missions relevant de l’autorité d’un gouverneur d’État incluent de manière organique les missions d’appui aux forces de police. Payée par l’État[iv] dans le cas d’un recours local (comme ce fut le cas à Fergusson, Missouri, en 2014 par exemple), l’ARNG est payée par le budget fédéral pour les missions correspondant au «titre 32» du code des États-Unis, c'est-à-dire pour son entraînement, en cas de situations d’urgence humanitaires nationales (ouragan Katrina en 2006 par exemple) ou de soutien aux opérations contre-narcotiques.
Les missions relevant de l’autorité fédérale sont régies par le «Titre 10» du code des US et correspondent essentiellement aux opérations extérieures et à leur préparation. L’appui aux opérations de police est exclu de ce champ, sauf circonstances exceptionnellement graves avec, dans ce cas, une autorité accordée au gouvernement fédéral par le Congrès.

Une organisation opérationnelle et en constante évolution


  • Le cadre législatif et réglementaire

L’ARNG telle que nous la connaissons en 2015 est le fruit d’une évolution statutaire au cours du XXIème siècle. Une série de textes législatifs a défini le périmètre des responsabilités respectives fédérales et des États débouchant sur le statut dual de 1933. Ce cadre législatif est complété par deux séries de cadres réglementaires (2008 et 2012) qui donnent entre autres une meilleure visibilité à l’ARNG en créant un poste de Chief National Guard Bureau au Pentagone qui sera placé au même niveau que les chefs d’états-majors d’armées[v].


  • Une structure opérationnelle
Bien que disséminée sur tout le territoire des USA, l’ARNG offre en termes de capacités opérationnelles des capacités structurées sur le même modèle que l’armée d’active, en états-majors et brigades, et est équipée avec les mêmes matériels que l’armée d’active. Ainsi, l’ARNG affiche huit états-majors de division, 28 BCT[vi], 50 brigades spécialisées, 49 brigades d’appui mixtes et deux brigades de forces spéciales[vii].
Cette structure a vu des unités organiques de l’ARNG engagées sur tous les théâtres depuis la Première Guerre mondiale. Les campagnes d’Irak et d’Afghanistan notamment ont vu l’ARNG jouer son rôle de réserve stratégique pour l’US Army, plus spécifiquement sur le théâtre iraquien avec un total de 54 BCT déployées en dix ans[viii].
Dans le même temps, l’ARNG a continué ses engagements sur le territoire national à un rythme soutenu[ix], que ce soit sous statut purement d’État ou sous le titre 32 avec, par exemple en 2014, 44 déclarations de sinistres justifiant l’engagement de l’ARNG dans 32 États.

Parfois questionnée, l’ARNG s’affiche sans complexes

Dans l’atmosphère actuelle de conquête des ressources, notamment financières, les débats autour de l’efficacité du modèle sont nombreux. Dans ce contexte, l’ARNG s’affiche sans complexes comme une force opérationnelle dans les deux volets de son statut, efficace et au coût relativement peu élevé. Elle peut aussi s’appuyer sur un maillage d’influence dû à son statut local, à son implantation et à sa proximité avec les élus dans chacun des États.

  • Une ARNG aguerrie et disponible

Si, en 2001, seuls 1,8% du personnel de l’ARNG avaient une expérience opérationnelle, 51,1% en disposaient en 2011 (45,8% aujourd’hui). Avec malice, l’ARNG souligne qu’elle ne prend pas en compte dans ses statistiques le personnel qui a pu avoir une expérience opérationnelle antérieure à son engagement dans la garde.          
Par ailleurs, l’ARNG annonce pouvoir fournir des BCT aptes au combat en 80 jours avec certification maximale au niveau compagnie. Les hélicoptères de l’ARNG sont annoncés opérationnels en 72 jours. Ces temps affichés sont cohérents avec un régime de disponibilité opérationnelle différenciée dans un contexte dans lequel l’US Army lutte pour maintenir sa «readiness».

  • Relativement peu onereuse (?)

C’est sur le volet du coût que l’argumentation de l’ARNG est la plus biaisée. Elle se présente en effet comme une force relativement économique avec un coût de seulement un tiers de la composante d’active. Ainsi, l’ARNG ne représente que 11,5% du budget du Department of the Army pour un effectif de 33,7%. Les statistiques présentées ne donnent pas la comparaison en hommes/jours et n’incluent pas les équipements, donnant une impression biaisée de coûts faibles.

  • Qui peut s’appuyer sur un réseau d’appuis politiques locaux

Bénéficiant par construction d’un maillage territorial couvrant la totalité des États et territoires des USA[x] et, de par la nature même de ses missions, intimement liée aux gouvernements locaux, l’ARNG peut s’appuyer sur un réseau d’appuis locaux. Par ailleurs, son impact local en termes économiques est loin d’être négligeable.
Ainsi, l’ARNG peut-être un vecteur d’influence de poids pour l’US Army, comme un adversaire puissant lors de demandes d’arbitrages financiers par exemple.

Conclusion


Le concept de Garde nationale développé aux USA s’appuie sur une culture et une législation très spécifiques, difficilement transposables dans le système français. Les arguments de l’ARNG concernant son coût faible ne sont pas convaincants et sont à modérer par le coût en équipements supporté par le Department of the Army ainsi que par une analyse plus fine en coût hommes/jours de ses opérations et entraînements. L’ARNG n’en demeure pas moins un outil unique de gestion des crises domestiques en l’absence de lois permettant l’emploi des composantes d’active ou de réserve sur le territoire national (ce dont ces deux composantes ne veulent pas), qui a su trouver par ailleurs un rôle d’appoint stratégique dans les opérations extérieures, ancrant encore plus son rôle dans le spectre des capacités militaires US.



[i] Voir le film RAMBO 1 par exemple
[ii] Voir annexe 1
[iii] Voir annexe 2
[iv] Dans ce cas d’appel à l’ARNG, légalement, l’État doit payer systématiquement 30 jours de solde aux rappelés de manière à limiter les recours abusifs.

[v] Voir annexe 3
[vi] Brigade combat team
[vii] Voir annexe 4
[viii] Voir annexe 5
[ix] Voir annexe 6
[x] Voir annexe 7
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Annexe 1

Annexe 2

Annexe 3

Annexe 4

Annexe 5

Annexe 6

Annexe 7

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