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Engagement opérationnel

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L’équitation militaire, un outil séculaire répondant aux exigences modernes du cycle de projection des armées.

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Par le Capitaine Kevin PAUCHARD

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L’auteur de cet article nous livre un vibrant plaidoyer de l’équitation militaire. Pour lui, elle participe au cycle de projection des unités en mettant à disposition un outil polyvalent répondant aux exigences d’une armée moderne. Elle est aussi en appui de la préparation opérationnelle, mais aussi de la reconstruction individuelle et collective. Enfin, elle est un acteur majeur de la condition du personnel et du développement du lien armée nation.

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Les armées françaises portent l’héritage d’une longue et riche tradition militaire ayant participé à la construction d’un outil de combat moderne à l’expertise et aux savoir-faire unanimement reconnus par nos alliés. La structure de formation et les méthodes d’enseignement se sont perfectionnées, mais l’histoire commune et la diversité des moyens à disposition sont une richesse plus ancienne qui participe pourtant directement à l’atteinte des objectifs opérationnels. Loin d’être un simple artifice de tradition, la filière équestre militaire propose une grande variété de possibilités d’utilisation du cheval, répondant ainsi aux exigences contemporaines des armées. L’outil désuet qu’il semble être, porteur d’une image ancienne à forte connotation, masque souvent la réalité d’un animal dont l’immense potentiel peut avoir une action déterminante si l’on accepte de le regarder sous un angle différent.
L’équitation militaire offre une réponse naturelle aux problématiques directes et environnementales liées au cycle de projection des armées et permet également le développement du lien armée nation.

C’est bien dans cette perspective que seront observés les apports de l’équitation militaire. À cet égard, il est remarquable de constater son action dans l’acquisition des valeurs structurantes de nos armées lorsqu’il s’agit de préparer une unité au déploiement. Son action est également significative dans la stabilisation de l’environnement personnel du combattant et l’ancrage local des unités durant la phase de projection. L’action de l’équitation militaire s’impose également dans la phase de reconstruction individuelle et collective lors de la remise en condition des unités de combat.

L’équitation: une pratique sportive en appui de la construction physique et mentale du soldat

Le sport dans les armées est une activité de formation morale et physique de troupes opérationnelles dont la participation aux opérations intérieures et la projection en opérations extérieures ont atteint un taux élevé ces dernières années. Au-delà de la préparation physique du soldat, son équipement a atteint un poids et un encombrement aujourd’hui réellement préoccupants[1]. De plus, le militaire évolue sur des théâtres d’opération au terrain rude et agressif et aux conditions météorologiques éprouvantes. La question se pose alors de la mobilisation de ses capacités physiques par un esprit clairvoyant et lucide ainsi que l’acquisition de valeurs structurantes.

La progression équestre dans les armées, n’est, à cet égard, pas une fin en soi mais plutôt un outil. Au cours des phases de préparation décentralisées ou encore en école de formation initiale, le cheval se révèle être un excellent révélateur de personnalité. L’homme est à cheval comme il est dans la vie. Mettre quelqu’un en interaction avec des chevaux, c’est, pour qui connaît les modalités du comportement éthologique et de communication de ces derniers, se donner le moyen de constater chez l’homme un ensemble de réactions qui ont trait à la maîtrise des émotions, du mental et des qualités de leadership[2]. Ainsi, l’instructeur peut participer à la définition typologique d’un groupe et caractériser précisément chaque individu, devenant en cela une aide précieuse au commandement. Des expérimentations in vivo, conduites à l’École de cavalerie de Saumur, ont clairement démontré la convergence entre les évaluations d’une section faites par un instructeur en équitation lors d’une séance et les appréciations de l’encadrement sur la manière de servir après quelques mois d’activités communes.

De plus, l’équitation requiert des qualités directement employables en situation de crise. En effet, le cheval est un animal imposant dont nous nous sommes passés au fur et à mesure du temps; il est devenu une source de stress pour quiconque n’a jamais ou peu pratiqué l’équitation. Mettre un soldat à cheval, toujours sans notion d’apprentissage de savoir-faire technique, c’est le placer dans un environnement agressif et oppressant, et donc, en partie, simuler une situation de combat. En effet, il est inhabituel et surtout angoissant de se retrouver sur un animal pesant 600 kg en mouvement, usant de sa propre volonté, le tout juché à 1,50 m du sol. Cela procède du même raisonnement que celui qui consiste à placer le combattant sur une falaise ou sur une poutre en hauteur comme cela peut être pratiqué dans les centres d’entraînement au combat. Le stress fait partie intégrante du quotidien du combattant. Il peut générer une énergie physique et mentale stimulante tout comme il peut entraver l’action et empêcher d’atteindre un niveau de performance habituel et nécessaire à la réussite de la mission. Ce facteur est déterminant dans l’optimisation de la mise à contribution de qualités et de savoir-faire physiques et/ou techniques[3]. Il est alors possible d’organiser un quelconque exercice dans lequel ce support simule les facteurs stressants du champ de bataille, et dont le but est de réaliser un objectif très différent de celui de devenir un fin cavalier. Ce travail est proposé dans les régiments ou les garnisons possédant une section équestre. Ainsi, il n’est pas rare de voir des soldats à cheval et en tenue de combat se livrer à des exercices de mémorisation, d’habileté, de force, de rapidité ou même de réflexion proposés par l’instructeur d’équitation, qui font suite à une réflexion conjointe avec l’équipe d’encadrement sur la définition de l’objectif de la séance.

L’équitation militaire est aussi, et avant tout, un vecteur d’acquisition et de développement des valeurs fondamentales nécessaires au métier des armes et à l’exercice du commandement. «Il force à l'humilité, il ne me passe rien et, s'il accepte un jour de me récompenser de mes efforts, sans doute l'ai-je alors mérité. C'est un grand donneur de leçons»[4]. Humilité, ardeur au travail, rudesse de la pratique, courage, rigueur, patience, juste équilibre entre exigence et doigté sont les principales qualités dictées par la pratique de l’équitation. Elles constituent un socle vertueux facilement transposable et particulièrement bénéfique à la formation du militaire. Rien d’étonnant lorsque l’on se retourne sur le passé commun du cheval et des armées. De façon générale, il semble aisé de comprendre cette idée, particulièrement lorsque l’on connaît l’expertise, saluée jusqu’au plus haut niveau, de nos cavaliers militaires dans la discipline du concours complet. Historiquement, l’épreuve du cross était un test de courage et de franchise pour les cavaliers et leurs montures sur un terrain simulant le champ de bataille et ses embûches. De manière plus ciblée, l’équitation dans les armées est intégrée à la formation des moniteurs de techniques d’optimisation du potentiel (TOP) dispensée au centre national des sports de la défense (CNSD), en participant à tester leurs qualités de concentration, de contrôle, de stimulation ou de récupération et de stabilisation. Dans ce cas encore, le cheval est employé pour toute autre chose que la simple maîtrise des savoir-faire techniques.

S’il semble acquis que l’équitation militaire participe à la formation militaire de nos soldats, elle est plus souvent connue pour son action en faveur de la stabilisation de leur environnement personnel et son action inégalable au profit de la consolidation du lien armée-nation.

Participer à stabiliser l’environnement et intégrer pleinement le milieu

Les facteurs environnementaux influent sur l’état psychologique et donc sur les performances et l’état d’implication du soldat en opération. Il est important de participer à stabiliser l’environnement proche du combattant, mais également d’œuvrer à l’ancrage local des emprises militaires et, in fine, à la consolidation du lien armée-nation.

L’un des piliers des formations équestres militaires est la condition du personnel. Par son action, la filière équestre militaire permet l’accès à un sport coûteux pour le pratiquant et aux allures élitistes. Tout d’abord, il faut s’affranchir de ces deux a priori plutôt réducteurs. D’une part, la fédération française d’équitation est depuis de nombreuses années la troisième fédération sportive de France en termes de licenciés. S’il est vrai qu’il est compliqué de pratiquer l’équitation en dehors d’un centre dédié, il est encore plus vrai qu’un réel engouement entoure ce sport au système fédéral envié par ailleurs et pourtant si peu médiatisé. Il semble donc peu réaliste de considérer ce sport comme élitiste au regard de ce paramètre. D’autre part, et cette fois-ci au sein même de nos armées, le financement de cette activité est en partie supporté par l’activité elle-même (sections adossées aux clubs sportifs et artistiques de la défense et associations loi 1901). De fait, l’activité équestre ne représente ni pour les armées ni pour le pratiquant la dépense qu’elle semble engendrer selon de nombreux a priori et au regard du service rendu[5]. In fine, et dans le cadre de la condition du personnel, un réel tissu social existe autour des sections équestres militaires, participant ainsi à la stabilisation de l’environnement immédiat du soldat. Lorsque celui-ci est en opérations et que sa famille participe à la vie de la section équestre au même titre que de nombreux adhérent de tous horizons, l’ancrage familial dans la garnison produit ses effets les plus remarquables. En effet, il est apaisant et libérateur de savoir sa famille épanouie et pratiquant une activité dérivative à coût modéré au sein d’un environnement bienveillant.

La filière équestre participe à la consolidation du lien armée-nation. Toutes les structures mises en place par le ministère de la Défense possèdent l’agrément de la fédération française d’équitation et, à ce titre, peuvent accueillir une population civile, membre ou non d’une famille de ressortissants de la défense. Cet ancrage régional contribue à la promotion d’un savoir-faire, mais aussi d’un savoir-être d’origine militaire auprès d’une population étrangère aux problématiques de défense. Un autre pilier des sports équestres militaires est celui de la formation. Cette formation est très largement reconnue dans le monde de l’équitation, et nombreux sont les cavaliers souhaitant bénéficier de la même instruction que celle ayant poussé certains de nos cavaliers militaires jusqu’à Atlanta, Sydney ou encore Londres récemment. La défense permet de mettre l’expertise de ses instructeurs/cavaliers au profit de la population civile. S’il s’agit d’un effort, il ne se fait qu’à prix raisonnable, et le retour sur investissement est des plus optimum. Par ce biais, un lien basé sur une bienveillance réciproque se crée entre les enseignants militaires et des élèves de tous âges et de toutes catégories socioprofessionnelles. Une tranche de la population, motivée initialement par la pratique sportive, se retrouve actrice de la construction du lien armée-nation.

L’ancrage de notre outil de formation n’est pas simplement local. La filière équestre militaire s’inscrit dans la politique fédérale française par la promotion des métiers du sport et le sport pour tous, qui sont deux axes de développement du ministère responsable de la jeunesse et des sports. Ainsi le lien armée-nation n’est pas simplement cosmétique et de surface, mais s’inscrit réellement dans une politique nationale et un développement cohérent par des liaisons profondes au sein des différentes entités administratives. À titre d’exemple, il faut relever les actions qui sont menées par nos quelques instructeurs en région au sein de leurs sections équestres. Ces derniers sont capables de faire vivre une activité par l’organisation de compétitions nationales et parfois internationales, de participer à la formation d’enseignants civils ou simplement de participer à l’organisation de cessions de certifications d’examens de type brevets professionnels. Les 213 personnes des sports équestres militaires (0,08% de la masse salariale de l'armée de Terre) ont ainsi une possibilité de rayonnement hors de proportion avec leur effectif; la cible potentielle est de près de 690.000 licenciés accompagnés de leurs familles[6].

L’équitation militaire participe ainsi à l’amélioration de la condition du personnel ainsi qu’à la consolidation du lien armée-nation et, finalement, semble se placer indirectement en soutien de la phase de projection du combattant par une stabilisation de son environnement immédiat. Le dernier cycle de la projection, le retour en garnison et la remise en condition, est peut être l’un des plus importants et doit s’adapter aux conditions de retour du combattant.

Une aide à la reconstruction personnelle et collective

Sur le dernier pan du cycle de projection, qui consiste au retour à la normale, le cheval s’inscrit dans une démarche de remise en place des paramètres initiaux largement effrités par une opération souvent exigeante, voire même de reconstruction, que ce soit sur un plan individuel ou collectif.

L’équitation est un sport individuel propice au développement de l’esprit de groupe et de la cohésion; l’esprit grégaire de l’animal serait-il transmissible? Quelle que soit la réponse, cette qualité est particulièrement utile en phase de reconstruction de l’identité collective et de la cohésion d’un groupe d’individus éprouvés par une phase de projection sur un théâtre d’opération complexe comme ont pu l’être l’Afghanistan ou le Mali. Dans ce cas, le cheval sera employé pour ses vertus apaisantes. Il sera un support formidable pour des activités dérivatives et de cohésion. De nouveau, ce sont des pratiques courantes dans les garnisons comptant une section équestre en leur sein. Une fois de plus, l’objectif n’est pas la progression technique.

L’efficacité de cet outil est rendue pertinente par son ancrage profond dans la tradition militaire. Ce qui a contribué à la grandeur de nos armées alors même qu’il pouvait être soit l’objet de la supériorité sur le champ de bataille soit un simple moyen de déplacement voire de convoyage, trouve aisément sa légitimité lorsqu’il s’agit de retrouver son identité profonde. Ainsi, les charges de cavalerie de Murat dans les plaines d’Eylau, les heures de gloire du train des équipages et les tours de force des attelages d’artillerie ont participé à construire une armée moderne que les traditions structurent au-delà du simple artifice décoratif. Il s’agit ici de dépasser l’idée d’un outil ancien et ne trouvant plus de pertinence dans le contexte du moment, et d’utiliser des aspects différents afin de permettre à nos soldats un retour aux valeurs acquises au fil des siècles, dont la prise en compte et l’agglomération ont participé à sa crédibilité actuelle. «L’avenir n’est pas une amélioration du présent, c’est autre chose»[7]. La reconstruction est alors collective et identitaire.

À l’extrémité du principe de reconstruction se trouvent les nombreux blessés de nos armées. La filière équestre agit en appui du service de santé des armées grâce notamment à l’équithérapie. Cette dernière concerne les soldats souffrant de troubles psychologiques et de handicaps physiques. Ainsi, une liste non exhaustive de pathologies comprenant entre autres choses les syndromes post-traumatiques et les handicaps physiques peuvent êtres pris en charge. Chaque patient reçoit un traitement adapté à sa pathologie dans lequel le cheval est utilisé comme vecteur à la fois pour les aspects psychologiques et physiques. Les difficultés de locomotion seront améliorées grâce au mouvement du cheval (muni d’un équipement spécifique) totalement irremplaçable par une machine. La blessure psychique sera elle aussi prise en charge grâce au contact de l’animal, facilitant ainsi la verbalisation du patient: «Caresser une encolure est la plus douce des médecines modernes»[8]. Ainsi, les sections équestres militaires de Metz et de Paris, en appui respectivement de l’hôpital d’instruction des armées Legouest et l’Institution nationale des Invalides, participent à des programmes thérapeutiques au profit des combattants blessés. Si ce concept est récent en France et ne permet pas un recul suffisant sur l’évaluation de ses bienfaits, il est possible de s’appuyer sur les exemples américains ou encore israéliens, où les syndromes post-traumatiques d’anciens soldats et de civils victimes d’attentats sont soignés à l’aide du cheval depuis 1980. Au fil du temps, la thérapie par l’équitation se perfectionne et la formation des enseignants se formalise[9]. Une cellule traitant de ces questions est mise en place au sein du CNSD, ayant aujourd’hui pour mandat l’organisation des rencontres militaires blessures et sports.

C’est à travers cette dernière phase que la filière équestre militaire consolide son action auprès des troupes combattantes.

En définitive, l’équitation militaire a évolué au fil des siècles pour passer d’un statut d’arme de supériorité sur le champ de bataille à celui d’activité de formation physique mais surtout morale. Forte d’une expérience multiséculaire, elle a atteint un seuil de diversification et un niveau de perfectionnement dont l’action se révèle parfaitement en accord avec les préoccupations opérationnelles et contextuelles des armées. En cela, elle est un outil moderne et polyvalent, en appui d’armées fortement engagées en opérations sur des théâtres de plus en plus difficiles et agressifs. Le Général L'Hotte, à l'origine de la célèbre doctrine de l'équitation de tradition française «calme, en avant et droit»[10], développait une doctrine parfaitement et seulement dédiée à l’équitation à la française, mais dont les contours correspondent aujourd’hui aux valeurs morales structurantes nécessaires à nos combattants.



[1] Général Ract-Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre à la commission Défense de l’Assemblée nationale à la question du député Cornut-Gentille, juillet 2012.
[2] «Le cheval au service de la communication et de l’efficacité des hommes dans les organisations», H. Dufau & B. Piazza.
[3] Professeur P. Gaudreau, «La gestion du stress durant la compétition : un pas vers l’atteinte de ses objectifs de performance», 2003.
[4] G. Garcin, «Cavalier seul», 2006.
[5] M le Drian, ministre de la Défense, «Lettre à la présidence de la commission défense», 2012.
[6] Statistiques fédération française d’équitation, 2014.
[7] E. Triolet, «Le cheval roux ou les intentions humaines», 1953.
[8] G. Garcin, «La chute de cheval», 1998.
[9] Développement de brevets fédéraux au sein de la FFE et de la FFH.
[10] Fin XIXème siècle.

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