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Engagement opérationnel

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L’innovation comme levier amplificateur de victoire : le cas du corps d’armée sous le Premier Empire

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Par le CBA Eric TALLEU

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Quel est le point commun entre la bataille de Sadowa en 1866 et la campagne de France de 1940 ? Ces deux batailles distinctes de soixante-dix ans, se sont conclues par des victoires d’une ampleur inattendue, victoires qui reposent avant tout sur une supériorité relative découlant de l’exploitation d’une innovation. Cette innovation, qui peut être matérielle (fusil se chargeant par la culasse à Sadowa) ou doctrinale (blitzkrieg) procure un avantage décisif sur l’adversaire du moment. Cet axiome se vérifie-t-il lors des éclatantes victoires de Napoléon entre 1805 et 1809 ? Si ces victoires ont été facilitées par l’émergence de chefs illustres et l’arrivée à pleine maturité d’une armée de vétérans forgée lors des guerres révolutionnaires, c’est l’innovation doctrinale reposant sur la création des corps d’armée qui a permis de transformer un avantage relatif en avantage absolu.

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Cette innovation a procuré à l'armée française deux avantages indéniables : une mobilité permettant de concentrer les efforts à l'endroit et au moment voulu, et une décentralisation de l'interarmes permettant de multiplier les effets sur le terrain face à des armées coalisées le plus souvent ts supérieures en nombre.

 

 

 

1 - Le corps d'armée : une mise en application aboutie du principe d'armée modulaire. Jusqu'à la fin du XVIIIe, les armées formaient un bloc unique qui sultait de l'absence de segmentation en grandes unités lors de la phase de manœuvre précédant la bataille. Ces armées étaient connues sous le nom d'armées gimentaires. Cette organisation monobloc

entraînait une congestion des axes de progression, une duction des capacités de commandement, limitait les effectifs des armées et duisait leur capacité de mouvement. Quelques tentatives inachevées de mise sur pied d'armées modulaires virent le jour à la fin du XVIIIe1 que se soit sous l'inspiration du maréchal de Broglie lors de la guerre de sept ans ou sous celle du comte de Guibert lors des guerres de la volution.

Fort de l'expérience des campagnes de la volution qui ont vu progressivement disparaître le principe  de  « guerre  par  consentement  mutuel »  et  l'avènement  des  armées  de  masse, Napoléon rechercha une organisation permettant à son armée de s'étendre sans se désunir afin de faire face à de fortes coalitions regroupant plusieurs grandes puissances européennes. La supériorité démographique française de l'époque ne permettant pas à elle seule de combler cette inégalité de force, la création des corps d'armée va permettre à l'empereur de développer sa manœuvre de prédilection : frapper séparément les différentes armées coalisées afin de bénéficier d'un rapport de force localement favorable. Cette organisation modulaire doit pondre à deux impératifs : occuper un maximum de terrain tout en conservant la capacité de se concentrer sur un point pour mener la bataille décisive tout en conservant une force autonome suffisante, capable de contenir une seconde armée coalisée pendant une journée. De cette double préoccupation, va naître le corps d'armée en 1805.

 

 

 

1 Le maréchal de Broglie créa des colonnes indépendantes lors de la guerre de 7 ans puis le Comte de Guibert théorisa ce principe avec la création des divisions déployées lors des guerres de la révolution dès 1794. Néanmoins, ces prémices d'armées modulaires n'intégraient pas la totalité du combat interarmes et ne possédaient pas le volume suffisant permettant de manœuvrer de façon indépendante.


Les sept premiers, créés au camp de Boulogne en 1805, prouveront leur efficacité dès la campagne d'Allemagne de la même année.

 

2 - Se déplacer sépas, combattre ensemble : l'avantage de la mobilité

Afin  d'occuper le  terrain  et  de  laisser  planer  l'incertitude sur  ses  intensions, Napoléon

manœuvre ses corps d'armée de fon isolée tout en étant en mesure de se soutenir mutuellement en cas d'initiative offensive de l'ennemi2. Cette solution lui assure un avantage conséquent en terme de mobilité, chaque corps bénéficiant de son axe de manœuvre ce qui améliore ainsi nettement sa vitesse quotidienne et son autonomie logistique3. Cet avantage incomparable permet à l'empereur d'acquérir l'initiative et de frapper sur ce qu'il a identifié comme étant le point décisif ennemi4. Ce dernier peut être militaire (une armée coalisée en particulier), politique (une grande capitale) ou logistique (la ligne de communication ennemi). Cette  dernière  manœuvre  sera  particulièrement  privilégiée  par  Napoléon.  La  manœuvre d'Ulm en octobre 1805 en est la parfaite illustration. Alors que l'armée autrichienne de Mack s'enferme dans la ville d'Ulm pour créer un point d'appui sur le Danube en attendant l'arrivée des armées russes de Koutousov et Buxhöwden, Napoléon manœuvre ses corps d'armée pour contourner la sistance autrichienne et lui couper sa ligne de communication vers Vienne tout en se couvrant face aux renforts russes. Le bilan est élogieux : 25 000 Autrichiens se rendent alors que la grande armée n'a subi quasiment aucune perte5.

Or, cette innovation ingénieuse psentait toutefois un risque assumé :  le  corps d'armée pouvait se retrouver isolé pendant 24H face à une armée coalisée très supérieure en nombre. Sa structure devait donc lui permettre de combattre de façon autonome.

 

3 - Une structure capable de combattre isolément

Sa composition pond à la vision novatrice de l'empereur : intégrer l'interarmes dans ces

armées miniatures afin de leur permettre de combattre de fon autonome si le besoin s'en fait sentir. Ces corps d'armée dont le nombre varie de 7 à 12 selon les campagnes totalisent 20000 à  40000 hommes et regroupent sous un commandement unique6  l'ensemble des fonctions opérationnelles connues de  lpoque :  l'infanterie (2  à  4  divisions), l'artillerie (12  à  50 pièces), la cavalerie (2 à 6 régiments, essentiellement légers pour les missions de sûreté et de renseignement), le génie (y compris les pontonniers pour les franchissements), le train des équipages, une structure administrative (pour la logistique) et un état-major autonome. Cette structure était innovante pour l'époque, car au sein des armées coalisées la majorité de ces fonctions opérationnelles ne se retrouvait qu'au sein de l'armée.

Ainsi pour Napoléon, cette articulation confère au corps d'armée la capacité de résister une journée malgré un rapport de force défavorable de 1 contre 3.

La manœuvre d'na en 1806 en est l'illustration la plus aboutie. L'empereur avec ses sept corps d'armée doit faire face à deux armées prussiennes. Fidèle à sa stratégie, Napoléon choisit de les battre séparément. Pendant qu'il concentre quatre corps d'armée face au général Hohenlohe qu'il bat à Iéna, il place le corps du maréchal Davout en couverture face à l'armée du duc de Brunswick à Auerstaedt. La réussite de l'ensemble de sa manœuvre repose sur la

 

 

2 Chaque corps d'armée ne doit pas être séparé de plus d'une journée de marche de son voisin afin de pouvoir en concentrer au minimum 3 sur un point décisif au moment voulu.

3 Un soldat français au sein d'un corps d'armée peut parcourir 30 à 35 Km par jour contre 20 à 25km pour son adversaire européen. Au niveau logistique, les armées de l'époque vivaient essentiellement sur les ressources du

pays traversé. Donc, la déconcentration des corps sur le terrain permet un partage optimum des ressources.

4 La notion de point décisif est très proche de ce que Clausewitz appellera plus tard le centre de gravité.

5 Le bilan exact de la capitulation d'Ulm le 20 octobre 1805 est le suivant : 25 365 prisonniers, 18 généraux dont

Mack et 28 aides de camp, 60 canons et 40 drapeaux.

6 Un corps d'armée est généralement commandé par un maréchal placé directement sous le commandement de l'empereur qui dirige la grande armée.


capacité de ce corps d'armée isolé à contenir la meilleure armée prussienne à 1 contre 2. Le volume et la composition interarmes de ce dernier vont lui permettre de remplir cette mission bien au-delà des espérances de Napoléon7.

 

 

 

Le corps d'armée, créé par Napoléon, est bien la première incarnation d'armée modulaire intégrant totalement l'interarmes. Cette innovation structurelle va lui procurer un avantage opératif8 (grâce à la manœuvre) et tactique (grâce au combat interarmes décentralisé) sur ses principaux adversaires. Elle s'impose comme un des facteurs clés de l'incroyable épopée militaire de la grande armée de 1805 à 1809.

Or,    comme  toutes  les  innovations,  elle  conserve  une  faille  consubstantielle :  elle  doit continuer à évoluer afin de devancer l'adaptation inévitable de ses adversaires. Les armées coalisées vont adopter cette structure idéale pour lpoque (les Autrichiens en 1805, les Russes et les Prussiens en 1812). Ne bénéficiant plus de cet avantage comparatif, l'empereur ne pourra plus contenir le flot des corps d'armée coalisés à partir de 1812.

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T1 : manœuvre déconcentrée permettant de tirer profit de l'avantage du corps d'armée en terme de mobilité tout en laissant planer l'incertitude chez l'ennemi et en devançant la réunion des différentes armées coalisées.
T2 : réunion des corps d'armée permettant d'agir sur le centre de gravité eni tout en assurant un soutien mutuel entre les corps.
T3 : réduction successive des armées eni afin de bénéficier d'un RAPFOR local favorable. Importance des couvertures par des corps autonomes pour 1 journée à
1/3.
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