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Histoire et Stratégies

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La campagne d’Egypte de Bonaparte 19 mai 1798- 23 août 1799 Succès et échecs d’un corps expéditionnaire entre guerre conventionnelle et contre-insurrection.

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Chef d’escadron JORDAN

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La campagne d’Egypte, souvent méconnue, apporte pourtant un éclairage intéressant sur des problématiques actuelles touchant nos armées et, en particulier, les opérations de corps expéditionnaires appelées aujourd’hui opérations extérieures. Ainsi, l’épopée des troupes françaises sur les bords du Nil met en exergue la difficulté pour une armée de passer, à des moments différents mais sur des terrains identiques, de la contre-insurrection à un type de guerre plus conventionnel. Elle souligne également toute la complexité de l’engagement d’une troupe étrangère auprès d’une population dont la culture demeure différente et qui refuse de donner l’opportunité à l’étranger de « gagner ses cœurs et ses esprits ». Enfin, les contraintes logistiques, le combat en zone fluviale tout comme l’action amphibie restent pour nos armées modernes des domaines à perfectionner.

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Contexte :



C'est le Directoire qui propose et planifie la mise sur pied de l’expédition d’Égypte. Les Directeurs, qui sont au pouvoir en France, font alors appel au général Bonaparte, déjà auréolé de ses succès, en particulier grâce à la campagne d'Italie.

Le but de l'expédition n’a jamais été clairement établi : pour certains, c’est une façon d’éloigner Bonaparte qui fait de l’ombre au pouvoir en place mais, pour les spécialistes, il s’agit probablement de conduire une stratégie d’approche indirecte pour affaiblir la puissance commerciale britannique. Celle-ci considère en effet que l’Égypte est un carrefour stratégique sur la route des Indes orientales. La France envisage déjà l’idée d’un « double port », préfiguration de ce que sera le canal de Suez.[] L’Égypte est alors une province de l’Empire ottoman dirigée par les Mamelouks et échappe au contrôle étroit du sultan. En France, Bonaparte rêve de marcher sur les traces d’Alexandre le Grand et les milieux intellectuels considèrent que l’Égypte est le berceau de la civilisation occidentale dans lequel la France doit apporter les idées des Lumières au peuple égyptien.



Forces en présence :



Troupes françaises :

45 000 soldats,
10 000 marins,
13 navires de lignes,

309 bateaux de transport,
14 frégates.





Ottomans :

Les forces mameluks de Mourad Bey, les troupes du Sultan de Syrie, une flotte de 100 voiles avec leurs équipages.



Britanniques :

Une flotte d’une vingtaine de frégates accompagnée de navires de soutien.





Déroulement de la campagne :



Phases 1 : L’offensive française

Le 19 mai 1798, Bonaparte prend la mer et tente, tant bien que mal, de regrouper sa flotte partie d’Italie, de Marseille, de Corse et de Toulon. Sur leur route, les Français s’emparent de l’île de Malte et y laissent une garnison.

Arrivée le 1er juillet devant Alexandrie, la flotte est avertie par le consul français que quatorze vaisseaux anglais de Nelson ont croisé au large, trois jours plus tôt. Face à cette menace, Bonaparte décide de hâter le débarquement des troupes et choisit l'anse du Marabout pour le réaliser. Les chaloupes vont braver les difficultés et amènent des soldats jusqu'à la nuit. A 5 heures du matin, Bonaparte dispose de cinq mille hommes.
Entraînant ses troupes vers Alexandrie, Bonaparte arrive devant les murs de la ville à 9 heures du matin le 2 juillet et lance l'attaque avec succès. Pendant ce temps, le gros des forces françaises réussit également à débarquer. Commence alors la traversée du désert pour poursuivre l’expédition. Néanmoins, la voie choisie mène à Ramanieh qui est à 76 kilomètres d'Alexandrie. C'est le général Desaix qui part en tête dès le 3 juillet et ses troupes souffrent cruellement de la chaleur car elles manquent d'eau. De son côté, Murat constitue une flottille pour remonter le Nil. Le 13 juillet, à Chobrakhit, la première bataille face aux Mamelouk prend une forme particulière. En effet, si la flottille française remonte le Nil avec seulement une demi-galère et trois chaloupes canonnières pour escorter les bateaux de transport, l'armée, elle, marche sur la rive droite.

Les ennemis ont installé, pour leur part, quelques canons et disposent de quelques bateaux.
Le combat s’engage sur le Nil, une chaloupe et la demi-galère françaises sont prises, deux bâtiments coulés. Il faudra qu’une division arrive sur le bord du fleuve et prenne les canons ennemis pour que la flottille puisse débarquer, dans l’urgence, ses troupes et son matériel pour continuer l’offensive. La composante terrestre, avec cinq carrés formés à la hâte, a repoussé sans problème les diverses attaques des Mamelucks désorientés par les forteresses vivantes qui leur sont opposées.

Néanmoins, les Mamelucks sont décidés à livrer une autre bataille avant Le Caire. Mourad Bey, leur chef, a établi son camp sur la rive gauche du Nil avec une ligne retranchée devant le village d'Embabeh où sont alignés une quarantaine de canons. Il dispose de plus de six mille cavaliers d'élite et de tous leurs suiveurs à pied, soit plus de quatre mille hommes qui prennent position dans les abris et barricades préparés à l’avance.
Sur la rive droite se trouve également le corps d'lbrahim Bey et une flottille importante ayant reçu pour mission de couvrir le fleuve.
Bonaparte va alors déboucher avec son armée sur cette rive gauche qu'il remonte depuis plusieurs jours. Ses cinq divisions sont échelonnées. Les carrés sont disposés sur six rangs devant et derrière et sur trois pour les côtés. L'artillerie est aux angles. Vers 16 heures, les Mamelucks chargent les divisions Desaix et Reynier. Ils sont repoussés et mis en déroute. Sur la gauche, ce sont les Français qui vont attaquer les retranchements sommaires de leurs adversaires. Le général Rampon mène l'assaut avec ses hommes appuyé par des carabiniers.
Pris de panique et débordés de toute part, les Mamelouks sont rejetés dans le Nil. Mourad Bey se retire vers le Sud et la Haute-Egypte ; Ibrahim Bey, quant à lui, se dirige vers la Syrie. Un millier d'ennemis ont été tués ou noyés et les pertes françaises sont minimes. La route du Caire est libre. Le butin est considérable pour les troupes françaises.


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Phase 2 : L'occupation

Le 1er août 1798, l'amiral Brueys a placé la flotte française à l'abri dans la baie d'Aboukir mais omet de s'appuyer sur la presqu'île armée de canons et refuse de préparer ses équipages à une attaque anglaise.

Pourtant l'arrivée des Anglais est décelée à 14 heures. Les hommes à terre sont rappelés mais l'attaque n'aura lieu qu'à 18 heures.

Nelson va ainsi lancer ses quatorze vaisseaux de 74 canons à la curée. Seul le Culloden passé trop près de l'îlot d'Aboukir s'échoue, les autres vont se ruer sur les premiers vaisseaux français dont ils doublent la ligne, les attaquant sur les deux bords à deux ou trois contre un pour prendre leurs adversaires en écharpe. Brueys est tué à 19h30 alors que 9 de ses vaisseaux se rendent ou sont détruits. Villeneuve, qui n'a pas bougé, indécis, va pouvoir se dégager emmenant le Guillaume Tell, le Généreux et les frégates la Diane et la Justice. Il pourra échapper aux Anglais et gagnera Malte sans le Généreux  qui choisira pour sa part de rejoindre Corfou pour capturer le Leander avant d'arriver à ce port, sauvant l'honneur de cette flotte massacrée. Mille sept-cent marins français sont morts et les Anglais rendront plus de trois mille prisonniers et blessés alors qu'ils n'ont eu que deux cent dix-huit tués.
Après cette défaite Bonaparte est contraint de tenir l'Egypte et se comporte alors comme s'il en était le souverain. Il célèbre[] l'anniversaire de la naissance du prophète, participe à la fête et arrive à la réception du cheîkh vêtu à l'orientale, le turban en tête. Les autorités locales le qualifient ainsi du titre d'Ali-Bonaparte alors que Bonaparte se proclame lui-même « digne enfant du Prophète » et « favori d'Allah ».

Néanmoins, ces initiatives ne lui permettent pas de « gagner les cœurs et les esprits » des populations qui se lancent dans une insurrection armée alors qu'une partie des forces françaises, aux ordres du général Desaix, combat durement la résistance mamelouk en haute Egypte. En réaction aux attaques de guerrilla des Egyptiens, les exécutions sommaires des militaires français ne font qu'exaspérer les tensions intercommunautaires. Le 22 septembre 1798, l'anniversaire de la fondation de la République française est fêté par Bonaparte sans retenue avec, en particulier, la construction d'un cirque immense sur la plus grande place du Caire. Cette maladresse  flatte l'orgueil des français mais elle fait éprouver des sentiments pénibles aux Egyptiens vaincus. Pourtant, après s'être rendu maître du pays par la force, Bonaparte veut faire profiter l'Égypte des bienfaits de la civilisation. Le Caire prend alors bientôt l'aspect d'une ville européenne et son administration est confiée à un Divan choisi parmi les hommes les plus recommandables de la province. Les autres villes reçoivent en même temps des institutions municipales. Un Institut scientifique est créé et se dote d'une bibliothèque, d'un cabinet de physique, d'un laboratoire de chimie, d'un jardin de botanique, d'un observatoire, d'un musée d'antiquités et d'une ménagerie.

Le 22 octobre 1798, la population du Caire se révolte et se barricade dans la grande mosquée. Le général Dupuy, commandant la place, est tué le premier. Excités par les cheikhs et les imams, les Égyptiens ont juré d'exterminer tous les Français. Tous ceux qu'ils rencontrent, soit dans leurs maisons, soit dans les rues, sont impitoyablement égorgés. Des rassemblements se pressent aux portes de la ville pour en défendre l'entrée face à Bonaparte qui, repoussé à la porte du Caire, pénètre dans la cité par celle de Boulaq.

La situation de l'armée française est des plus critiques : les Britanniques menacent les villes maritimes, Mourad Bey et ses mamelouks tient toujours la campagne dans la Haute-Égypte. Les Arabes d'Egypte font cause commune avec les révoltés du Caire et le désert est en armes. Bonaparte n'est pas déconcerté par l'orage qui le menace de toutes parts. Sur ses ordres, les Arabes sont repoussés dans le désert, l'artillerie est braquée tout autour de la ville rebelle. Il poursuit lui-même les révoltés de rue en rue et les oblige à se concentrer dans la grande mosquée. Par chance pour les Français, le ciel se couvre de nuages, le tonnerre gronde. Ce phénomène est fort rare en Égypte, les musulmans de l'époque, ignorants et superstitieux, le considèrent comme un avertissement du ciel, et ils implorent la clémence de leurs ennemis : « Il est trop tard, leur fait répondre Bonaparte ; vous avez commencé, c'est à moi de finir. » Et, tout de suite, il ordonne à ses canons de foudroyer la mosquée. Les Français en brisent les portes et s'y introduisent de vive force : ils massacrent les Égyptiens. Le lien entre les deux peuples est définitivement rompu.

 

Phase 3 : La Syrie et l'échec de l'expédition

Le calme revenu, Bonaparte entreprend des expéditions scientifiques vers l'est mais il apprend que Djezzar, pacha de Syrie, s'est emparé du fort d'El-Arich près de la frontière d'Égypte et que cet acte n'est autre que les prémices d'une guerre avec le sultan ottoman. Le général français décide alors de mener une attaque qualifiée aujourd'hui de pré-emptive. De retour au Caire, il ordonne à 10 000 hommes de se préparer à marcher sur la Syrie. Le contre-amiral Perrée doit, quant à lui, avec trois frégates, aller croiser devant Jaffa, et apporter l'artillerie de siège. Les troupes françaises reprennent sans difficulté El-Arich. Pourtant, après une centaine de kilomètres d'une marche pénible dans le désert, l'armée arrive à Gaza, puis rejoint Jaffa épuisée. Cette place forte est entourée de hautes murailles, flanquées de tours. Le sultan en a confié la défense à des troupes d'élite et son artillerie est servie par 1 200 canonniers turcs. C'est une position stratégique pour la Syrie car son port offre un abri sûr à l'escadre britannique et donc, de sa chute, dépend en grande partie le succès de l'expédition. Après de rudes combats, Jaffa doit se rendre. Mais deux jours et deux nuits de carnage suffisent à peine pour assouvir la fureur des soldats français qui fusillent ou décapitent 4 000 prisonniers. De Jaffa, l'armée se dirige sur Saint-Jean-d'Acre. Sur sa route, elle prend Kaïffa, les châteaux de Jaffet, de Nazareth et la ville de Tyr. Mais Saint-Jean-d'Acre sera le point d'arrêt de cette expédition. Située sur le bord de la mer, la marine britannique  soutient les troupes turques. Après soixante jours d'attaques, la place tient toujours. De plus, Bonaparte doit voler au secours de Kléber qui, avec 4000 hommes résiste à 20 000 Turcs. Il ordonne  une attaque  sur plusieurs directions tout en contrôlant l'axe de communication que représente le Jourdain et remporte la victoire du Mont Thabor. De retour devant Saint-Jean-d'Acre, Bonaparte apprend que le contre-amiral Perrée a débarqué à Jaffa sept pièces de siège. Il ordonne alors successivement deux assauts qui sont vigoureusement repoussés. Une flotte est signalée, elle porte pavillon ottoman. Une cinquième attaque générale est ordonnée et tous les ouvrages extérieurs sont emportés, le drapeau tricolore est planté sur le rempart, les Turcs sont repoussés dans la ville, et leur feu commence à s'affaiblir. Mais un émigré français, Phélippeaux, officier du génie, condisciple de Bonaparte à l'École militaire commande l'artillerie turque et place avantageusement ses canons. Dans le même temps, la flotte britannique arrive et Bonaparte doit se résoudre à lever le siège.  Enfin, après quatre mois d'absence, l'expédition arrive au Caire avec 1 800 blessés. Elle a perdu en Syrie six-cents hommes morts de la peste et 1 200 qui ont péri dans les combats. Mais Bonaparte doit encore faire face à une armée turque de 18 000 hommes qui débarque à Alexandrie, c'est la bataille terrestre d'Aboukir qui se solde par une victoire française et la mort de 10 000 soldats du Sultan terrassés par les 80 canons de l'artillerie française. Néanmoins, Bonaparte, pour diverses raisons, décide de rentrer en France le 23 août 1799 et laisse le commandement d'une armée exténuée au général Kléber. Ce dernier sera assassiné et son successeur se rendra aux Anglais en 1801 après une ultime défaite.

Bilan :

Français : 11 200 morts ou blessés et de nombreux malades de la peste.

Ottomans : Entre 30 et 40 000 morts.

Civils : Ces derniers ont payé un lourd tribut dû aux exactions des deux armées et à la politique de la terre brulée pratiquée par Bonaparte lors de sa retraite de Syrie et pendant la répression de l'insurrection du Caire.

 

 

Enseignements :

 

- L'objectif de cette opération, l'effet final recherché, les moyens et la durée de la campagne demeurent floues au-delà de la présence de nombreux scientifiques qui ont été embarqués par Bonaparte. Ce dernier quittera l'Egypte sur un bilan contestable laissant Kleber sans consignes claires.

-Dès le début de la campagne, l'absence de maîtrise des voies de communication maritimes contraint la liberté d'action de Bonaparte et l'oblige à conduire un débarquement dans la précipitation et à contrôler tous les ports avec des effectifs réduits.

-Le général Bonaparte se désintéresse de sa flotte et ne coordonne pas son action avec celle de l'amiral Brueys qui sera défait par les Britanniques. Dès lors, les forces terrestres demeureront sans soutien extérieurs et sans possibilité de renforts ou d'appui venant de la mer.

-La stratégie de contre-insurrection de Bonaparte au Caire est un échec car elle s'appuie sur une politique « orientaliste » à outrance doublée d'une volonté d'imposer aux musulmans des valeurs venues d'Europe. Enfin, la violence de la répression et les exactions dans la capitale égyptienne et à Jaffa produisent des effets contre productifs.

-La stratégie de Bonaparte pour les combats face aux Turcs basée sur les carrés (décrites par certains auteurs comme des forteresses humaines), le feu de l'artillerie et  la maîtrise des voies de communication fluviales (Jourdain et Nil) est remarquable car elle lui permet de concentrer ses efforts au bon moment malgré son infériorité numérique.

-En revanche, avec des forces réduites, dans un environnement difficile (désert) où sévit également la maladie, Bonaparte réalise une piètre économie des moyens. En effet, il divise ses forces (haute Egypte et Caire), se lance dans une nouvelle expédition en Syrie et use ses soldats dans des sièges longs et violents.