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Histoire et Stratégies

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La campagne de l’Anti-Atlas occidental

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Par le chef de bataillon Thibault de LACOSTE LAREYMONDIE

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La campagne de l'Anti-Atlas occidental : similitudes tactiques entre l'armée française de 1934 et de Wehrmacht de 1940 autour du renouveau de la guerre de mouvement[1]. Malgré le jugement pessimiste porté sur la capacité de manœuvre de l’armée française dans les années 1930, la mise en parallèle de la campagne de 1934 au Maroc avec l’offensive allemande de mai 1940 révèle des similitudes tactiques autour de la recherche d’un effet plus psychologique que physique, obtenu par le mouvement plutôt que par le feu. Dans les deux cas, l’audace de la manœuvre fut rendue possible grâce à un emploi optimal des moyens modernes, en application des principes traditionnels de la guerre par les deux chefs respectifs: l’un peu connu, le Général Huré, l’autre plus célèbre, le Général Guderian.

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En mai 1940, face à la percée allemande dans les Ardennes, le constat des réactions offensives françaises est consternant[2]. Lancée en contre-attaque le 13 mai, la réserve de la 55ème DI est décimée le 14 sans même avoir pu atteindre sa base de départ de Bulson à force d'hésitations et de retards. Le même jour, la contre-attaque de la 3ème DCR[3] s'arrête d'elle-même autour de Stonne devant le flot des fuyards pour s'éparpiller en ligne défensive. Dernier recours du front nord-est, la 2ème DCR se dissout progressivement entre le 11 et le 15 mai dans le chaos des ordres et contre-ordres, sans pouvoir mener la moindre action.
 
Tandis que la Wehrmacht sort auréolée d'une victoire inaugurant le mythe de la guerre éclair, l'armée française de 1940 semble devenue foncièrement incapable de manœuvrer et d'exploiter sa supériorité numérique et technique. Pourtant, la réputation de première puissance militaire ne semblait ni infondée, ni limitée au seul souvenir de la victoire de 1918: elle s'appuyait sur une riche expérience opérationnelle puisée notamment dans le laboratoire de son empire colonial.
 
La campagne de pacification de l'Anti-Atlas en février et mars 1934 éclaire ce paradoxe. Dernière «expérimentation» avant la guerre, elle est restée méconnue alors que ses enseignements auraient pu apporter des évolutions déterminantes dans la guerre moderne. Sans aborder les débats doctrinaux, mais en se plaçant dans le champ de l'expérience, sa mise en parallèle avec l'offensive allemande de mai 1940 révèle des similitudes tactiques autour de la recherche d'un effet plus psychologique que physique, obtenu par le mouvement plutôt que par le feu. Dans les deux cas, l'audace de la manœuvre est rendue possible par un emploi optimal des moyens modernes, en application de principes traditionnels.
Une campagne éloignée et une manœuvre audacieuse aux enseignements tactiques délaissés
 
Commencée en 1912, la pacification du Maroc n'est toujours pas achevée en 1933. Cette lenteur s'explique par les contraintes du protectorat, l'indépendance d'une population historiquement hermétique à toute domination étrangère, la progressivité de la méthode de la «tâche d'huile», et la prudence imposée depuis la dureté de la guerre du Rif.
 
Alors qu'une sérieuse menace se profile outre-Rhin, le gouvernement Daladier rapatrie des colonies le plus d'unités possible, et la campagne de l'Anti-Atlas est considérée comme l'épilogue d'un problème secondaire à évacuer[4]. Décidée le 27 décembre 1933, elle est confiée au Général de division Huré, commandant supérieur des troupes du Maroc.
 
 
 
Depuis les dernières campagnes de 1933, la pénétration politique stagne devant un noyau dur d'irrédentisme, retranché dans des massifs escarpés et jouissant de refuges dans les territoires espagnols. Les tribus sédentaires et nomades de l'Anti-Atlas rassemblent 40.000 guerriers. Leur connaissance des procédés des groupes mobiles et de leurs faiblesses leur ont déjà permis de leur infliger des pertes sévères. Il s'agit alors de recréer la surprise pour déstabiliser l'adversaire, dissocier les différentes tribus, couper la retraite vers les territoires espagnols. Pour obtenir ces effets, la vitesse s'offre comme le meilleur atout.
 
Le Général Huré mise alors sur la concentration de moyens modernes et puissants, sur l'ampleur du mouvement et sur la profondeur de l'exploitation[5]. Les couloirs de pénétration que dessinent les principaux oueds offrent la possibilité d'un encerclement, qui rejoint la méthode traditionnelle de la «tâche d'huile». Sa manœuvre fait d'abord converger deux colonnes à partir des saillants de Tiznit et d'Igherm jusqu'à Bou-Isakaren. Elle envisage ensuite la réduction des résistances en prenant à revers le plateau de Kerdous et le djebel Kest tout en prolongeant au plus vite vers l'ouest, au moins jusqu'à Goulimine.
 
Il rassemble l'armée la plus importante depuis la guerre du Rif, et l'articule en deux groupes d'opérations (GO). Le GO ouest du Général Catroux se divise en 3 groupements composés essentiellement de bataillons d'infanterie légère, d'escadrons de cavalerie à cheval, d'artillerie tractée, de goums, et de 3 compagnies de chars. Le GO est du Général Giraud bénéficie de l'effort des moyens, articulés en 2 groupements. Le premier est du même pied que le GO ouest, tandis le second concentre tous les moyens motorisés, soit 7 compagnies et 2 batteries combinées à 3 bataillons d'infanterie légère, 4 escadrons à cheval, 2 compagnies méharistes et tous les sapeurs pionniers. Au total, le Général Huré dispose de 35.000 hommes, 500 véhicules, 10.500 bêtes et 8 escadrilles.
 
Dans la nuit du 20 au 21 février, le groupement motorisé Trinquet entame son débordement par l'est pour menacer les arrières de la dissidence, permettant au GO ouest de s'emparer dès le 21 du col de Tizi. En poursuivant le débordement le 24, il bouscule les résistances jusqu'à Tamanart. L'effet retentissant de sa vitesse et de sa puissance déstabilise la solide défense d'Agadir-Tresguent et permet au groupement Maratuech de s'en emparer. De même, le GO ouest s'empare aisément du djebel Inter. Sentant les deux pinces de la tenaille se resserrer, la plupart des tribus se soumettent rapidement, et les deux GO établissent leur jonction à Bou-Izakaren avec 2 jours d'avance, tandis que l'avant-garde motorisée a déjà relancé l'action vers l'ouest.
 
Exploitant aussitôt ces premiers succès, le GO ouest converge vers le nord avec le groupement Maratuech dans la réduction des résistances du plateau de Kerdous et du djebel Kest. Vers le sud-ouest, l'exploitation du groupement motorisé permet de couper la retraite aux tribus nomades par un double encerclement. Le premier devant Ifni avec le groupement Texier. Puis le second à l'embouchure du Draa avec le détachement Gastey en flanc-garde. Le 10 mars, les tribus les plus hostiles ont toutes demandées l'aman[6].
 
La rapidité du succès et la fiabilité du groupement motorisé permettent de prolonger immédiatement l'opération vers le sud pour implanter un poste permanent dans l'oasis de Tindouf, et de contrôler la vaste région désertique au carrefour de l'Algérie, du Maroc, de la Mauritanie et du Sahara espagnol. Les troupes du Général Huré sont parvenues en moins de trois semaines à rattacher au Makhzen[7] 200.000 personnes à travers 30.000 km2, au prix de seulement 25 tués et 44 blessés. Certaines unités motorisées ont parcouru 2.000 km, dont plus de la moitié en zone désertique, avec un taux de pertes inférieur à 1 %.
 
Les premiers enseignements tirés de cette campagne s'en tiennent surtout à l'emploi d'unités motorisées dans les colonnes mixtes en région présaharienne. Sans oser dépasser le cadre d'une pacification qui s'achève, les chefs qui s'expriment semblent retenus par les conditions particulières de ces opérations et se refusent à toute prospective tactique applicable à la guerre européenne[8].
 
Pourtant, la constitution d'unités interarmes entièrement motorisées, destinées à conduire des manœuvres d'enveloppement d'une telle envergure, et à exploiter une percée avec une telle vitesse semble bel et bien une nouveauté[9] dont les effets psychologiques décisifs peuvent largement se transposer au-delà de l'Anti-Atlas. À y regarder de près, ce que la Wehrmacht de 1940 a réalisé en France présente quelques similitudes tactiques plus qu'anecdotiques.
 
Dans l'armée française comme dans la Wehrmacht, des principes tactiques réhabilités par des impératifs opératifs et stratégiques, et permis par des innovations techniques
 
Le renouveau de la surprise tactique par la vitesse
 
La réussite du plan audacieux du «coup de faucille» dépend avant tout d'une percée rapide au centre du dispositif défensif allié. Pour y parvenir, la surprise recherchée porte autant sur la zone d'effort que sur les délais de sa réalisation afin de devancer tout engagement des réserves. Tandis que le commandement français évalue à 9 jours le temps nécessaire aux Allemands pour atteindre la Meuse, le Général Guderian imprime dans l'esprit de tous ces soldats: «En trois jours on atteint la Meuse, le quatrième on franchit». Et c'est bien d'abord cette vitesse, déclinée jusqu'aux plus bas échelons tactiques, qui surprend la défense française et permet de compenser le retard provoqué par les embouteillages dans les Ardennes. Ainsi, le 12 mai, un détachement d'avant-garde de la 1ère Panzerdivision déborde les forces de retardement de la 5ème DLC[10] et s'empare dans leur dos du pont de Mouzaive sur la Semois, dernier obstacle avant la Meuse. Il réalise une brèche à la jonction entre la 2ème et la 9ème armée par où s'engouffrent deux divisions.
 
Au Maroc, la surprise tactique constitue la préoccupation première du Général Huré[11], tant les procédés habituels des groupes mobiles, aussi lents que monolithiques, sont devenus prévisibles et vulnérables face à la tactique extrêmement mobile des rebelles. Contrairement aux évolutions de la guerre du Rif qui avaient accru la primauté du feu, le Général Huré recherche avant tout le mouvement. Après un débouché audacieux depuis Igherm à travers les montagnes, il profite de la praticabilité du djebel Bani pour y lancer son groupement motorisé. Lorsqu'il débouche le 26 février à Tamanart après un débordement de 200 km, il surprend ainsi par le sud les rebelles, qui l'attendaient encore au nord, avant qu'ils n'aient pu amorcer la moindre réaction offensive.
 
Dans les deux cas, le principal critère de succès de la manœuvre est la surprise. Elle repose sur un rythme d'attaque bousculant celui de la défense et compensant la difficulté d'accès de la zone d'effort choisie grâce aux nouveaux moyens motorisés.
 
La manœuvre par encerclement: désarmer plutôt que détruire
 
En se limitant initialement à la conquête d'une tête de pont à Sedan, le plan allemand n'est qu'une adaptation timide et incohérente de l'idée hardie du Général von Manstein. Mais le Général Guderian provoque et exploite l'opportunité de lui donner sa pleine réalisation, qui consiste en une vaste manœuvre d'encerclement. Le 14 mai, le lendemain de la percée à Sedan, quand la 1ère Panzerdivision s'est emparée du pont de Malmy à 10 km au sud, il décide de relancer aussitôt l'attaque vers l'ouest en direction de la Somme à partir de ce pivot. Pourtant, sa tête de pont est encore fragile, et les réserves françaises s'apprêtent à contre-attaquer contre les flancs qu'il leur présente. Mais sa décision mise sur la lenteur des réactions françaises, et repose surtout sur la conviction que la destruction d'un adversaire numériquement supérieur n'est pas tant l'effet à rechercher que son désarmement, provoqué plus sûrement par un encerclement.
 
La campagne de l'Anti-Atlas reste fidèle aux principes de la pacification, qui consistent à faire des adversaires de la veille les alliés du lendemain. Il ne s'agit donc pas de les détruire, mais de les désarmer. En cela, la manœuvre d'encerclement est d'autant plus efficace qu'elle est rapide et puissante. Elle produit rapidement les effets escomptés sur la tribu des Aït Abdallah, la plus combattive et la plus déterminée. Le 27 février, quand le débordement de la colonne motorisée atteint Tamanart et menace ses arrières, l'attaque par le nord débouche sur un large front et réduit la forte résistance d'Agadir-Tresguent. Coordonnée avec le GO ouest qui s'empare de Bou Izakaren, elle se prolonge aussitôt jusqu'à Timguilcht pour resserrer l'encerclement. Le 1er mars, derrière le caïd, les défections s'enchaînent en cascade.
 
Pour les Allemands comme pour les Français, l'effet psychologique recherché doit permettre le désarmement de l'adversaire, succès bien plus rapide que s'il avait fallu l'attaquer frontalement pour le détruire. Seule y aboutit une manœuvre ample et rapide concentrant des moyens puissants après avoir percé et tourné la défense.
L'exploitation rapide et profonde: la désorganisation et la démoralisation plutôt que l'anéantissement
 
Durant la campagne de l'ouest, le rapport de force et le temps jouent en défaveur de l'Allemagne. La victoire ne peut être décisive que si chaque succès est immédiatement exploité, à l'image de l'attaque d'Avesnes par la 7ème Panzerdivision dans la nuit du 16 au 17 mai. Renonçant à l'appui de l'artillerie et de l'aviation promis pour le lendemain, le Général Rommel s'élance dès la nuit tombante pour bénéficier d'abord de l'effet de surprise produit par sa vitesse. Il attaque dans la foulée les fortifications de la ligne Maginot prolongée, les perce vers 23 heures, relance son action et neutralise en quelques heures trois divisions installées en bivouac. Dès 4 heures, il relance jusqu'à Landrecies et s'empare du pont sur la Sambre, coupant toute retraite aux unités françaises en repli. Son exploitation de 40 km de profondeur lui permet ainsi de capturer près de 10.000 soldats français.
 
Au Maroc, cette campagne de pacification doit être la dernière, et donc éviter tout refuge de dissidents en territoire espagnol. Les deux premiers temps de la manœuvre ont permis d'affaiblir la résistance des tribus montagnardes, et de les couper du soutien des tribus nomades qui ont entamé leur repli vers l'ouest. Dès le 4 mars, après une première course de 70 km coupant la retraite d'Ifni à Goulimine, le groupement motorisé se relance dans un raid de 100 km appuyé par l'aviation. Devançant les cavaliers Aït Hammou sur le Draa, il traverse leurs campements pour y semer la panique et leur barrer définitivement la route. Leur soumission est obtenue aussitôt.
 
À ce moment de chacune des deux manœuvres, les unités motorisées ne se préoccupent plus de la vulnérabilité de leurs lignes de communication. L'effet psychologique déjà produit chez l'adversaire compromet toute réaction. L'exploitation rapide et profonde suffit à parachever sa désorganisation et emporter la décision.
 
Un parallèle d'une portée nuancée quant aux circonstances, mais pertinent sur le plan des principes tactiques
 
On peut évidemment formuler diverses objections au parallèle qui vient d'être dressé.
 
La disproportion des moyens est évidente entre l'armée française et les tribus de l'Anti-Atlas. Mais à y regarder de près, elle n'est pas si moindre dans les Ardennes en 1940. Tous les moyens motorisés sont rassemblés dans 16 divisions parmi les 157 de la Wehrmacht, et 8 sont regroupées au sein du groupe blindé Kleist qui franchit les Ardennes. Pour percer à Sedan, appuyé par 1.500 avions, le Général Guderian concentre ses trois Panzerdivisionen sur un front de 10 km défendu par la seule 55ème DI française de catégorie B. C'est au même principe de concentration des efforts qu'obéit le Général Huré quand il regroupe tous ses moyens motorisés dans un seul groupement.
 
L'intensité des combats au Maroc ne saurait non plus être comparée à celle d'une guerre symétrique. Cependant, les affrontements les plus acharnés de la percée de Sedan se sont souvent limités à des actions ponctuelles de corps francs. Et du franchissement de la Meuse jusqu'à la Manche, les combats n'ont été que sporadiques. À Tizi, les combats d'infanterie ont rencontré une violence assez proche, et le dissident de l'Anti-Atlas n'était pas moins combatif que le conscrit lassé par huit mois de drôle de guerre. Finalement, la 1ère Panzerdivision, engagée en pointe de l'effort, n'a subi en tout que 2,2% de pertes, à peine plus que les troupes françaises de l'Anti-Atlas. C'est bien le mouvement qui a pris l'ascendant sur le feu.
 
Des différences fondamentales demeurent dans l'emploi des chars. Tandis qu'en 1934 comme en 1940, les Français continuent de les employer disséminés en appui de l'infanterie, les Allemands opèrent une innovation décisive en engageant l'arme blindée de façon autonome à une échelle opérative. Mais n'oublions pas que cette évolution était encore impensable en Pologne en 1939 et que, pour la plupart des généraux réticents, son «expérimentation» en mai 1940 était censée la condamner à l'échec. Quant au groupement motorisé du Colonel Trinquet, où l'armement des automitrailleuses équivaut celui des chars légers qui composent à 62% les Panzerdivisionen[12], il est devenu de plus en plus autonome en exploitant vers le Draa puis jusqu'à Tindouf. Nul ne sait où cette évolution aurait pu aboutir si elle avait été poursuivie jusqu'en 1940.
 
Conclusion
 
Dès 1934, l'armée française au Maroc réhabilite des principes de la guerre de mouvement, bien avant la Wehrmacht de 1940. Dans des proportions diverses, la motorisation s'impose comme l'outil longtemps attendu pour restaurer la surprise tactique, la manœuvre par encerclement et l'exploitation rapide et profonde des succès pour en faire une victoire décisive. Ces modes tactiques concourent aux mêmes effets qui sont d'ordre psychologique bien plus que physiques, et reposent davantage sur la manœuvre que sur le feu. Ils rejoignent par-là la théorie de l'approche indirecte de Liddell Hart. Les circonstances ayant bridé les enseignements français au Maroc, le moment historique de la motorisation profite ensuite à celui qui est le mieux disposé à entendre une vérité nouvelle. Car Liddell Hart écrivait à ce propos: «l'acceptation des visions prophétiques [...] a toujours dépendu de chefs, qui doivent être des stratèges philosophes sachant trouver un compromis entre la vérité et sa réceptivité par les hommes [...dont] l'opposition est d'autant plus forte que la vérité prend la forme d'une idée neuve»[13]. Pour l'Allemagne, le Général Guderian a eu l'avantage de commander un corps blindé autonome, fer de lance d'une manœuvre conforme à cet esprit, pourvu d'une élite d'officiers à l'intelligence en quête de nouveauté, et donc d'imposer ses idées par les faits. Pour la France au contraire, le Colonel de Gaulle ne commandait à Montcornet qu'une division incomplète et isolée, au milieu d'une armée dont la déroute était déjà consommée et dont la sclérose intellectuelle des officiers empêchait de percevoir la moindre anomalie expérimentale. Les mêmes idées sont restées lettres mortes.
 
[1] Compte tenu de sa dimension historique, cet article, initialement prévu dans le cadre des «libres opinions», a été retenu dans les Cahiers au titre de la rubrique «un chef dans l'action»
 
[2] Frieser (Karl-Heinz), «Le mythe de la guerre-éclair, la campagne de l'Ouest de 1940», Paris, Belin, 1995 (éd française 2003), pp. 196, 216, 283.
 
[3] Division cuirassée
 
[4] Marchis (Jeanne-Josette), «Les aspects militaires et politiques de la pacification du Sud-marocain de 1930 à 1934», thèse d'histoire contemporaine, Poitiers, 1983.
 
[5] Instruction personnelle et secrète du Commandement supérieur des troupes du Maroc, 2 décembre 1933, archives du SHD, 3 H 131.
 
[6] Aman: pardon demandé au Sultan par un rebelle ou un vaincu, en contrepartie de quoi le Sultan apporte une garantie de protection.
 
[7] Maghzen (ou makhzen): magasin, entrepôt, lieu où est gardé l'argent, en particulier le produit de l'impôt. Par extension: «le gouvernement». Depuis le protectorat français, terme qui représente pour les indigènes le Sultan associé au Résident général.
 
[8] Huré (Général) «La pacification du Maroc, dernière étape, 1932-1934», Paris, Berger-Levrault, 1952.
 
Catroux (Général), «L'achèvement de la pacification du Maroc 1931-9134», Revue politique et parlementaire, 10 octobre 1934, Marrakech, Imprimerie de l'Atlas.
 
Arlabosse (Colonel), «Une opération moderne en Afrique du Nord, février-mars 1934», Revue militaire française, avril 1935.
 
[9] L'armée française n'a constitué que 4 divisions cuirassées (DCR), et seulement à partir de janvier 1940. En mai, la 4ème du Colonel de Gaulle est en cours d'équipement, et pas encore entraînée.
 
[10] Division légère de cavalerie
 
[11] Instruction personnelle et secrète du commandement supérieur des troupes du Maroc, 2 décembre 1933, archives du SHD, 3 H 131.
 
[12] L'AMC White est armée d'une mitrailleuse de 7,5 mm, équivalente à celle du Panzer I. L'AML Panhard est armée d'un canon court de 37 mm, supérieur à celui de 20 mm du Panzer II.
 
[13] Liddell Hart (Sir Basil H), «Stratégie», 1e édition 1954, Editions Perrin 2007, collection Tempus, p. 90.
 
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