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Histoire et Stratégies

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La cartographie : arme de guerre

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Par le chef d'escadrons PATRICE QUERNET

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Outil d’orientation, d’information ou de renseignement, sur papyrus, sur plaque de marbre ou sur papier, la cartographie est indissociable de la géographie d’un pays mais également de son histoire et de ses guerres. Elle s’est adaptée aux avancées technologiques jusqu’à entrer dans l’aire numérique et s’affirme plus que jamais indispensable à nos forces. «Qui maîtrise la carte, maîtrise le terrain». Cette maxime s'est vérifiée tout au long de l'histoire et se vérifie encore chaque jour sur un théâtre d'opérations. Toutes les campagnes militaires, toutes les guerres se sont organisées, gagnées et traduites par l'occupation du terrain. Les plus grands stratèges ont toujours su tirer avantage d'une bonne connaissance du terrain et pour cela il faut en avoir une représentation. De là est né un outil – voire une arme – indispensable à l'art de la guerre: la cartographie.

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La cartographie qui est la représentation d'une réalité physique sur un support apparaît donc comme déterminante dans l'appropriation et la conservation du terrain. Que ce soit pour préparer une expédition, prévoir ou prévenir une invasion ou encore gérer une bataille, l'enjeu de la cartographie militaire reste avant tout la maîtrise absolue du terrain.
 
Des cartes antiques aux cartes actuelles réalisées grâce aux images satellites, la cartographie militaire n'a eu de cesse d'évoluer et de s'adapter au contexte stratégique.
 
En France, la cartographie militaire a, elle aussi, évolué jusqu'aux cartes que nous utilisons aujourd'hui notamment en opérations extérieures. Cela ne s'est pas passé sans difficultés, adaptations et rebondissements. Pour mieux comprendre comment la cartographie militaire actuelle a été créée, nous étudierons la période qui s'étale de la création du Dépôt de Guerre à nos jours.
 
La carte d'état-major: une étape importante
 
En France, avant 1668, date de création du Dépôt de Guerre, il n'y avait aucune organisation chargée de la cartographie. Le Dépôt de Guerre, constitué du Corps des Ingénieurs cartographes du roi, ne servait qu'à la conservation des cartes. Les ingénieurs qui avaient pour mission de lever des cartes, représentant généralement des zones stratégiques, devaient garder le secret. Aussi, parallèlement aux cartes militaires, un grand projet de cartographie nationale fut lancé par Colbert (carte de Cassini) afin de combler les lacunes cartographiques. Ainsi naquit la rivalité avec le Dépôt de Guerre qui fit évoluer, outre la cartographie elle-même, les outils et les techniques nécessaires à son évolution.
 
D'un côté le projet de la carte de Cassini (projet civil) allait permettre à la France de matérialiser ses axes de transport; de l'autre, le Dépôt de Guerre allait perfectionner la représentation des zones stratégiques et des frontières, les cartes de l'époque étant majoritairement conçues pour et par l'armée.
 
Toutefois ces cartes à usage militaire font peu de cas de l'altimétrie, par exemple, l'intérêt principal étant d'y faire figurer les places fortes et les frontières. La véritable évolution, au XVIIIème siècle, vient avec la carte de Cassini sur laquelle les cartes militaires sont dressées. Par exemple, la carte "De Capitaine", présentée en 1790 à la Constituante, est directement issue de la carte de Cassini; elle fut largement utilisée au XIXème siècle par les militaires en attendant la nouvelle carte.
 
Pendant la période de la Révolution, le Corps des Ingénieurs Géographes fut dissout et l'activité du Dépôt de Guerre fut réduite avant de reprendre vie avec le Consulat. Napoléon, ayant compris l'importance stratégique d'une bonne cartographie, décida de renforcer le service en engageant des ingénieurs de l'École Polytechnique. C'est ainsi qu'en 1802 le Dépôt de Guerre présenta deux nouvelles cartes: la carte de la campagne d'Italie et celle des chasses du roi dont les levés avaient été effectués de 1764 à 1773 et qui apparaissait comme la plus aboutie.
 
Après 1802, de nombreuses cartes furent produites, toutes tournées vers les enjeux militaires. Le Dépôt de Guerre profita notamment des campagnes napoléoniennes et de la confiscation de nombreuses cartes (Russie, Pologne, Espagne, Italie,...) pour élargir ses compétences ce qui augura la création de la fameuse carte d'État-major.
 
Sur ordre de Napoléon, le 8 février 1808, le chevalier Bonne, Colonel du Corps des Ingénieurs cartographes, présenta le programme de cette vaste opération qu'est la création de la carte d'état-major. Cette opération fut très vite contrariée par les défaites militaires mais fut relancée par Louis XVIII. Ainsi les cartes d'état-major furent créées de 1818 à 1880 sur des planches au 1/10.000, 1/20.000 puis 1/40.000. Une fois terminées, ces dernières étaient ramenées au 1/80.000. Cependant, il fallait plusieurs années pour réaliser une planche complète avec représentation de l'altimétrie par des courbes de niveau et des hachures. Cette carte n'est pas devenue ce qu'elle était censée être, c'est-à-dire une œuvre de grande précision. De nombreuses erreurs altimétriques notamment en zone montagneuse demeurent et témoignent de l'esprit militaire quant à la représentation du terrain dans ses grandes lignes. Malgré ces défauts, la plupart des cartes jusqu'au début du XXème siècle resteront des adaptations de la carte d'État-major qui aura permis une avancée significative dans le domaine cartographique.
L'arrivée de la cartographie moderne
 
La révolution industrielle que connaît la France en cette fin de XIXème siècle implique une adaptation de la cartographie. Ainsi, l'ordre est-il donné aux préfets de compléter la carte d'État-major.
 
Il est alors créé dans chaque Corps d'Armée un nouveau bureau topographique avec pour rôle de mettre à jour les cartes au 1/80.000 sur sa zone d'étude. Ce système de mise à jour fut stoppé et l'on continua donc d'utiliser la carte d'État-major tout en s'appuyant sur de nouveaux outils topographiques et sur la photographie pour effectuer quelques corrections de positionnement.
 
De nouvelles techniques furent développées par le Service Géographique des Armées (SGA, successeur du Dépôt de Guerre) à la fin du siècle pour découvrir de nouveaux moyens d'impression et rendre la carte plus lisible. En 1882, il fut testé un nouveau procédé pour imprimer une carte en couleur, d'abord 2 couleurs, puis 5 pour enfin parvenir à la carte topographique de la France au 1/50.000.
 
C'est à partir de cette période que la carte de France devient totalement moderne. En 1900, un grand projet d'envergure fut discuté et adopté afin de recréer une nouvelle carte mais des problèmes de crédits y mirent un terme.
 
La première guerre mondiale conduit le SGA à dessiner de nouveaux plans. Cette période fut également à l'origine de la création des "Plans Directeurs de la Guerre" réalisés au 1/20.000 et représentant les zones de fronts en y associant la photographie.
 
Le projet d'une nouvelle carte fut présenté en 1922. Tout d'abord, il fallait effectuer une nouvelle triangulation, mission confiée au SGA. Pour régler les problèmes d'altimétrie, on choisit pour la première fois comme origine d'altitude le marégraphe de Marseille. Les levés topographiques furent assurés par la Brigade Topographique du Génie. La photogrammétrie prit alors son essor grâce à un jeune ingénieur, Mr Poivilliers. Une fois de plus, l'histoire de la cartographie allait être modifiée par une nouvelle guerre. Afin de sauvegarder les stocks de cartes et de les soustraire des mains de l'ennemi, il fut décidé de créer une nouvelle institution civile pour remplacer le SGA, l'IGN (Institut Géographique National).
 
Après-guerre, la géographie aux armées subit de profondes mutations. La disparition du SGA au profit de l'IGN laisse les armées sans structure organisée.
 
Cependant, on trouve les traces de compagnies géographiques dès 1943 dans les forces françaises libres, plus particulièrement dans la 1ere armée. Reversées dans l'Artillerie le 1ier septembre 1945, elles allaient former l'embryon du 28eme Groupe Géographique (nommé tout d'abord Groupe géographique autonome en 1946). Par la suite, les techniques ont évolué au gré des avancées technologiques et des conflits: Suez, Indochine, Algérie, Irak, etc...
 
Sur les conflits actuels, tel que celui de l'Afghanistan par exemple, la place de la cartographie numérique est primordiale et partie intégrante du concept de numérisation de l'espace de bataille (NEB). D'une part, parce qu'elle permet d'obtenir le renseignement sur des zones non encore reconnues physiquement et difficiles d'accès, d'autre part, parce qu'elle s'intègre parfaitement dans un système interallié ou multinational.
 
Les données géographiques directement intégrées dans des systèmes d'armes ont une importance capitale nécessitant de la part des organismes nationaux (IGN-Ministère de la Défense) une grande maîtrise de fabrication et une coopération parfaite. Avec ces données, un bombardement peut être ciblé et il est donc plus aisé de limiter les dommages collatéraux.
 
Aujourd'hui le satellite a remplacé la longue vue et le GPS, l'astrolabe. Bien que les enjeux n'aient guère évolué, leur champ d'application est passé d'une zone locale à l'échelle de la planète. La capacité de la France est assurée avec la constellation Pléiade qui permet une observation de la Terre à très haute résolution: c'est l'arme cartographique de demain.
 
La mise en orbite récente du satellite Hélios 2B offre à la France de nouvelles capacités d'acquisition d'images ce qui facilitera (après traitement et interprétation) le travail des hommes sur un théâtre d'opération et contribuera à la réussite de la mission. Il ne faut pas oublier que c'est toujours le soldat qui occupe le terrain et que pour cela, il a toujours besoin d'une carte.
 
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