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Sciences et technologies

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La Cavalerie Blindée doit elle agir démontée ?

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Par le CES ROSTAIN

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Au cours de son histoire, la Cavalerie blindée ou non, a constamment évolué entre le « tout embarqué » et le « tout démonté », au gré des opérations, selon que l’issue des combats reposait sur la vitesse et le choc, ou davantage dans l’aptitude au contrôle des espaces au milieu des populations. Cet invariant est toujours d’actualité, et la cavalerie Blindée est encore confrontée au dilemme récurrent de l’adaptation de ses structures et de son organisation à ses engagements. Aujourd’hui, ce défi d’adaptation comprend une difficulté accrue, en raison de la recrudescence de la diversité des sollicitations opérationnelles, et de la nécessité de s’adapter aux mutations des engagements vers la contre-rébellion. L’une des conséquences indirectes de ces facteurs est aussi le recours aux unités de cavalerie blindée pour compenser le déficit en unités d’infanterie. C’est ainsi qu’au début 2009, deux escadrons sont déployés, au Sénégal et à Djibouti, sur des structures de compagnie d’infanterie. Enfin, la mise en œuvre de la PEGP (Politique d’Emploi et de Gestion des Parcs), en limitant la ressource de blindés dans les régiments, encourage à faire des choix de réorganisation radicaux.

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Tout en maintenant leurs savoir-faire traditionnels, il est nécessaire que les unités de cavalerie blindée maintiennent et perfectionnent leur aptitude à s'engager démontées, pour pondre aux exigences tactiques et aux besoins opérationnels des engagements les plus probables.

 

Au cours du XXème siècle cette problématique s'est déjà posée, avec une acuité bien supérieure. La Cavalerie s'est alors adaptée en transformant son articulation et en montrant une grande polyvalence. Aujourd'hui les régiments blindés pourraient faire de cette aptitude multi-rôle l'inspiration d'une organisation interne.

 

Cette adaptation s'est déjà produite au cours de l'histoire pour pondre aux exigences des campagnes coloniales, auxquelles on reconnaît des similitudes avec les opérations actuelles. En effet, lors des campagnes d'Indochine et d'Algérie, les régiments de cavalerie ont été massivement engagés et ont su adapter leurs tactiques, leurs matériels et leurs organisations, en s'engageant, au gré des circonstances, embarqué, porté ou même à pieds. Il est intéressant de noter que la plupart des giments de CB (Cavalerie Blindée) telle qu'elle sera  organisée  à  lté  2009  ont  vécu  ces  transformations.  En  Indochine,  le  1er   REC (Régiment Etranger de Cavalerie), le RICM (Régiment d'Infanterie et de Chars de Marine) et le 1er  RCH (Régiment de Chasseurs à Cheval) s'engagèrent dans les rizières sur des engins amphibies (« crabes  », vedettes fluviales, « Alligators »), témoignant ainsi de la   capacité d'adaptation des unités blindées, et de leur aptitude à conserver en dépit des contraintes de milieu, la combinaison de l'investigation et du feu. En Algérie, 43 giments de cavalerie blindée décrivirent des articulations et servirent des matériels qui varièrent en fonction des zones d'opérations, et de la mission. Le 4ème RD combattit de 1956 à 1962 à pieds, tandis que le 1er et le 4ème RCH, le 1er REC, le RICM, le 1er et 3ème RH (Régiment de Hussards), ou encore le 1er RS (Régiment de Spahis), alternèrent et combinèrent des opérations motorisées, démontées, ou embarquées, et à cheval.

Cette aptitude ancienne à pratiquer le changement de qualification est précieuse et toujours d'actualité. Elle pourrait être enrichie aujourd'hui par le perfectionnement des savoir-faire démontés, pour pondre à la nécessité tactique de compléter l'action embarquée par des prodés démontés.

 

Il s'agit de permettre aux unités embarquées de prolonger et de faciliter, dans le contexte de contrôle de zone ou de foule, dans les terrains d'accès difficiles ou de zone urbanisée, leurs modes d'action embarquées, par des prodés démontés. En effet, dans les engagements  contemporains,  les  missions  de  bouclage,  de  protection,  dvacuation,  de


ratissage1, la prise de contact avec les populations requièrent jusqu'au niveau du peloton, de combiner l'action démontée et embarquée. Par conséquent, pour assurer les finalités tactiques

« contrôler le milieu » et « influencer les perceptions », jusqu'au plus bas niveau, les unités de

CB doivent réapprendre ou perfectionner leur aptitude à agir démontées.

Au début du XXème siècle, la Cavalerie était moquée comme « l'Arme du matin et du soir »2, parce que la doctrine ne l'employait que pour préparer la bataille par le renseignement et la prise de contact, et le conclure par la charge ou l'exploitation. Dans la phase d'intervention, comme l'a montré l'action des unités embarquées en Irak en 2003, ce rôle est toujours indispensable.  Mais  pour  conduire  la  phase,  plus  longue,  statique  et  décisive  de  la stabilisation, le reste de la «  journée », les unités de cavalerie blindée doivent pouvoir agir soit requalifiées sur des engins plus légers, soit démontées. Un peloton doit disposer sans renforcements de la capacité à reconnaître un bâti, ou une partie de zone non carrossable, située dans sa zone d'action ou sur son itinéraire, ou de prendre contact avec la population, tout en assurant sa protection rapprochée. Ce continuum de l'action embarquée - démontée, est désormais une nécessité tactique. Comme l'indiquait la formule du règlement de cavalerie de 1912, « Le combat à pied est employé dans les circonstances tactiques l'attaque à cheval est momentanément impossible ». Ces circonstances, dans le « contrôle en surface », le maillage du terrain en « système de postes », et en « contre-rébellion » sont fréquentes.

 

Historiquement et culturellement aptes à la versibilité, conjoncturellement confrontées à une rafaction des moyens avec la mise en œuvre de la PEGP, la Cavalerie Blindée pourrait se organiser en s'inspirant des structures imaginées en 1957 pour s'engager en Afrique du Nord. A titre d'exemple, le TED ABC 0213 pvoyait 2 pelotons embarqués sur engins blindés, et 2 pelotons portés, le TED ABC 012 comprenait 3 pelotons blindés, tandis que l'INF 107 pvoyait quatre pelotons à pieds.

Une autre solution pour entretenir cette polyvalence, pourrait être de spécialiser les escadrons pour deux ans à tour de rôle en escadron démonté proche des structures d'infanterie. Le corollaire de cette requalification, serait de pouvoir bénéficier des formations et des équipements adéquats, dans un contexte budgétaire contraint. Une réflexion sur les conditions d'engagement de ces unités, en complément de leurs cousines d'infanterie serait aussi nécessaire. Nul doute que ceci impliquerait également de surmonter des réflexes corporatistes et culturels forts. En Algérie, deux centres spécialisées furent crées pour remplir sur un cycle de plusieurs mois cette mission d'adaptation et d'instruction tactiques et techniques des unités de cavalerie.

 

« Death before dismount »4,  avançaient les  cavaliers blindés américains avant de former en 2003 en Irak, aps la phase de conquête, pour une durée bien plus longue que leur engagement initial embarqué, des unités de « tankers without tanks » (« TWOT »). Pour la Cavalerie Blindée aujourd'hui, l'acquisition ou le perfectionnement de cette polyvalence est un atout pour l'Armée de Terre, et une qualité indispensable pour prendre toute sa part dans les engagements contemporains.

 

 

 

 

 

1 Nouvelles missions tactiques décrites dans FT 02, p89

2 Colonel Dugué Mac Carthy, « La cavalerie au temps des chevaux » p252

3 L'Arme Blindée Cavalerie en Algérie, 1954-1962, p28. Composition des pelotons :

ABC 021 : 4 Pelotons blindé : 4 engins blindés, 4 jeeps, et un groupe mortier ; 1 Peloton por : 3groupes à 1

Half Track

ABC 012 : 3 pelotons blindés à 3 EBR et 5 jeeps pour les groupes pors, 1 peloton por : 3  groupes à 4 jeeps

4 « Plutôt crever que débarquer ! »

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