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La genèse de l’A.L.A.T. Indochine et Algérie.

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par le Lieutenant-colonel Claude Franc

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Au simple point de vue juridique, deux décrets des 3 mars 1952 et 22 novembre 1954 sont à l’origine de la naissance de l’ALAT. : le premier précise que l’aviation légère d’observation d’artillerie (A.L.O.A.) fait organiquement partie de l’armée de terre tandis que le second créée le commandement de l’aviation légère de l’armée de terre (COMALAT) à Paris et stipule qu’il succède à l’A.L.O.A. Mais ces textes « fondateurs » ne font qu’entériner une situation de fait sur la genèse de laquelle il convient de revenir avant de se pencher sur les aspects opérationnels d’engagement des formations de l’ALAT, en Indochine, puis, plus massivement en Algérie.

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Pourquoi une ALAT ?

La question de moyens aériens organiquement dédiés à l’armée de Terre s’est trouvée posée dès 1933 lors de la création de l’armée de l’Air : le général Weygand, alors vice président du Conseil supérieur de la Guerre n’ayant pu s’opposer à l’indépendance de l’armée de l’Air et pressentant avec lucidité les dérives liées aux sirènes du douhétisme[2] avait alors jugé inexorable la reconstitution d’une « force aérienne terrestre »[3]. C’est ainsi que, lors du réarmement français post 1936, des Groupes aérien d’observation (G.A.O.) sont mis sur pied au niveau des corps d’armée en 1937, en vue de l’observation et du réglage des tirs d’artillerie. Outre des appareils d’observation classiques, leur équipement comprend également des autogires, premiers appareils à voilure tournante, mais incapables de vol stationnaire.
En 1939/1940, le débat ressurgit au sein même de l’armée de l’Air entre le général Vuillemin, alors chef d’état-major, farouche partisan de l’autonomie de son armée, et le général d’Astier de la Vigerie, commandant les forces aériennes du groupe d’armées Nord qui à ce titre, subordonné pour emploi au général Billotte[4], considérait que l’efficacité de l’appui aérien était directement proportionnel à son degré d’intégration dans la manœuvre terrestre. Cette opinion débouchait de facto sur le commandement des escadres aériennes par un grand commandement terrestre[5]. La rapide campagne de France et la défaite mettent un point final à ce débat.
Quant à la campagne de la Libération, elle s’effectue pour l’armée française sur les normes d’organisation et d’équipement de l’armée américaine. C’est ainsi qu’apparaissent à l’ordre de bataille des grandes unités terrestres[6] les sections d’observation d’artillerie, ou le tandem canon Piper cub. Ces appareils d’observation reçoivent d’ailleurs parfois d’autres missions que l’observation : tout le monde a en mémoire le survol de Paris à basse altitude le 24 août par un Piper de la 2è D.B. venu lancer un message lesté aux FFI de la Préfecture de Police écrit de la main de Leclerc (Tenez bon, nous arrivons !).
Lors de la réorganisation des armées après 1945, l’armée de l’Air se montre toujours opposée à ce que l’armée de terre dispose en propre de sa propre « force aérienne ». Néanmoins, les sections d’observations sont renforcées et groupées en pelotons.


Les premiers hélicoptères en Indochine. Les balbutiements.

C’est donc dans un contexte général organisationnel assez flou que la 9è Division d’infanterie coloniale (9è D.I.C.) débarque en Cochinchine fin 1945 avec son peloton d’avions (initialement des Piper cubs d’observation remplacés ultérieurement par des Morane 500). Progressivement, trois groupes d’aviation d’observation d’artillerie (G.A.O.A.) sont créés en Indochine : le 1er à Hanoï, le 2è à Saïgon et le 3è à Tourane avant de rejoindre également le Tonkin. Leur numérotation sera appelée à évoluer, mais leur volume demeurera constant.
En termes d’emploi, sauf lors de grandes opérations, sur les hauts plateaux d’Annam ou au Tonkin, en Moyenne région, puis dans le delta, les pelotons avions seront relativement peu employés dans leur fonction première d’observation d’artillerie. En revanche, la fonction d’évacuation sanitaire se trouvera rapidement mise à l’honneur[7] grâce aux capacités de poser sur courtes distances du Morane 500.
Une autre fonction va rapidement supplanter toutes les autres, il s’agit de l’appui au commandement. En octobre 1950, lors des combats de la R.C.4, le colonel Constans, commandant la Zone frontière, n’a pu assurer une très relative permanence des liaisons radio avec le colonel Charton dans un terrain extrêmement coupé et compartimenté, que par l’intermédiaire d’un Morane qui survolait sa colonne. C’est même le pilote de l’appareil qui a indiqué à Charton, l’entrée de la piste de Quang Liet, dont le tracé lui permettait de déborder Dong Khé, tenu par le vietminh[8]. Mais c’est le général de Lattre, commandant en chef durant l’année 1951, qui va donner toute sa puissance à cet emploi. Dès le mois de janvier, c’est grâce à cet appareil qu’il se pose à plusieurs reprises à Vinh Yen au contact direct de ses comandants de groupes mobiles[9] engagés dans un très dur combat contre plusieurs grandes unités du corps de bataille vietminh et à qui il peut ainsi donner ses ordres de conduite, en temps réel par rapport à l’évènement. Durant toute la durée de son commandement, de Lattre aura recours en permanence à ce moyen de transport qui lui permettait de s’affranchir des difficultés du terrain. Ses successeurs suivront son exemple.

Mais, en 1950, un évènement, passé tout à fait inaperçu sur le moment, va véritablement révolutionner l’emploi de l’ALAT dans les années suivantes : pour assurer les évacuations sanitaires d’urgence, même dans les terrains impropres au poser du Morane 500, le directeur du Service de santé du théâtre obtient l’achat par la France et la mise à sa disposition de deux hélicoptères « Hiller ». Progressivement leur nombre va s’accroître, proportionnellement à l’aide américaine, tant et si bien, qu’avec l’arrivée des premiers hélicoptères « Sikorsky », et avec l’appui du général Navarre[10], l’ALOA créée en son sein un Groupement des formations d’hélicoptères de l’armée de terre en Indochine dont le commandement est confié au chef d’escadron Crespin. Commandant supérieur interarmées, le général Navarre a pu s’affranchir des fortes réticences de l’armée de l’Air. Ce groupement est articulé en deux pions de manœuvre : une escadrille HL « Hiller[11] » et une escadrille HM « Sikotsky » commandée par le capitaine Puy Montbrun. Le premier groupement d’hélicoptères de l’armée de terre était né. L’escadrille HM procède aux premiers héliportages de sections d’infanterie, notamment dans le Delta. Quant aux « Hiller », leur rôle en évacuations sanitaires ira croissant, notamment à Na San en novembre décembre 1952. En revanche, à Dien Bien Phu, la piste et le camp étant sous le feu des mitrailleuses viets sur affut quadruple, les HL ne peuvent plus se poser à compter de la fin mars. [12].

Ainsi, au terme de la guerre d’Indochine, l’ALAT avait donc acquis son autonomie en organisation, gagné ses lettres de noblesse au combat et commencé à démontrer les remarquables possibilités tactiques d’un nouveau système d’armes, l’hélicoptère. Au moment du cessez le feu, il existait dans les cartons de l’état-major de Saïgon un plan d’équipement de plus de 100 machines en vue de réaliser « une manœuvre tactique d’un genre nouveau surclassant entièrement par sa mobilité et par sa sûreté les troupes adverses se déplaçant au sol[13]


L’ALAT en Algérie. L’hélicoptère supplante définitivement l’avion.


Les opérations conduites dans le cadre du conflit algérien vont véritablement voir éclore l’ALAT, nouvelle appellation de l’ALOA depuis 1954, qui, sur les errements de l’Indochine, va y être employée dans le cadre de missions de liaisons de commandement et d’évacuation sanitaire, mais surtout, en tant que moyen destiné à accroitre la mobilité d’unités de combat à pied, engagées dans un terrain très coupé, compartimenté, souvent escarpé et dépourvu d’axes secondaires[14]. Dans ce cadre, l’ancien tandem « canon Piper » va se trouver supplanté par celui « compagnie d’infanterie – souvent parachutiste – hélicoptère de manœuvre (Sikorsky H 55 ou Banane H 21).
Dans un tel terrain, les compagnies sont souvent héliportées directement sur les points hauts du terrain, de manière à pouvoir intercepter un adversaire privilégiant l’infiltration ou l’esquive par les cheminements constitués par les thalwegs. L’accroissement de mobilité fournie par l’hélicoptère est exposé par le colonel Buchoud, commandant le 9è R.C.P. dans le compte rendu qu’il rédige lors de l’engagement de son régiment lors de la « bataille de Souk Arrhas » fin avril 1958[15] :

« Un capitaine, héliporté à 10 heures avec sa compagnie à 200 mètres des rebelles les accrochera, les bousculera, leur détruira une section, récupérera trois armes automatiques et se trouvera à nouveau engagé à huit heures du soir, embarquera en camion dans la nuit, fera quatre heures de route, sera à nouveau engagé au petit jour, démontera à huit heures, puis après quatre heures d’un nouveau transport en camion, sera repris en hélicoptère à 15 heures, puis porté à nouveau au contact des rebelles. »

Le colonel Jeanpierre, commandant le 1er R.E.P., inspecté sur le terrain par le ministre, Jacques Chaban Delmas, peu auparavant, lui fait le compte rendu suivant[16] :

« Enfin, il est fait un usage intensif de l’hélicoptère. Celui-ci est tenu, au 1er R.E.P., comme le seul engin moderne vraiment valable et payant dans la guerre subversive. La plupart des succès remportés par le Groupe mobile du 1er R.E.P. sont dus à l’emploi de l’hélicoptère par une troupe de qualité, c’est à dire au choc dès le débarquement ».

Comment est-on parvenu, en quelques mois, à une évolution aussi radicale de l’emploi de l’hélicoptère qui s’est imposé sur le théâtre algérien pour s’adapter à ce type de conflit ? L’homme de cette remarquable adaptation réactive est le lieutenant-colonel Crespin.

Fin 1954, au moment des premiers attentats, un seul G.A.O.A est implanté sur le territoire algérien. Rapidement sollicité, il doit être renforcé en moyens et en personnels à partir des formations de métropole. Rapidement, des hélicoptères sont affectés aux pelotons qui deviennent mixtes, avions-hélicoptères (P.M.A.H.). Mais les formations d’hélicoptères prennent rapidement leur autonomie et, dès 1955, le G.H.2 (Groupement d’hélicoptères n°2) est mis sur pied à Sétif. C’est à sa tête que le lt colonel Crespin va expérimenter de manière tout à fait empirique les détachements d’intervention héliportés (D.I.H.) qui peuvent se trouver adaptés de manière autonome, soit à une grande unité ou formation des Réserves Générales, soit à une zone, voire un secteur[17]. Ce groupement sera commandé par la suite par un autre chef emblématique de commandant Déodat Puy-Montbrun. En 1956, lorsqu’une réorganisation du commandement de la 10è Région[18] érige en corps d’armée les trois anciennes divisions (Alger, Oran et Constantine), un groupement ALAT est mis sur pied au sein de chacun d’entre eux. Ces groupements. engerbent 32 pelotons divisionnaires dont 15 sont mixtes. Quantitativement, en 1960, apogée de la phase opérationnelle du conflit, 394 hélicoptères (HL Bell et Alouette II – HM H 21 Banane et S 55 Sikorsky) sont servis par des équipages navigants appartenant à l’armée de terre[19].


Conclusion.

Née de façon embryonnaire en Indochine, l’ALAT conquerra ses lettres de noblesse durant la guerre d’Algérie où elle s’est imposée comme composante de la manœuvre. C’est sur ces enseignements que seront créés en métropole les GALDIV et GALCA, ancêtres des régiments d’hélicoptères, nés en 1977 dont l’emploi a donné lieu aux concepts d’aéromobilité, puis d’aérocombat. C’est à ce titre, qu’il n’est pas totalement absurde de considérer que les équipages et personnels de l’actuel bataillon d’hélicoptères déployé en Afghanistan sont les héritiers directs de leurs grands Anciens des G.H. d’Algérie.


[1] Par voie de conséquence, les personnels de l’armée de l’Air qui s’y trouvent affectés doivent tous rejoindre leur armée d’origine.
[2] Doctrine exposée par le général Douhet selon laquelle la raison d’être des actions dans la troisième dimension n’était pas l’appui des actions au sol, mais l’action autonome, dans la profondeur du théâtre, sous forme de frappes aériennes puissantes.
[3] Pour l’action du général Weygand dans ce débat, se reporter à Guelton. Colonel. Le général Weygand et la question des forces aériennes. 1928 – 1935. Revue historique de l’armée,  1997/1 Pages 31 à 43.
[4] Général « terrien », commandant le groupe d’armées (GA) 1. Pour le débat Vuillemùin – d’Astier, se reporter à Facon. Patrick. Batailles dans le ciel de France. Mai-juin 1940. Paris ; 2010. Perrin.
[5] A la même époque, au sein de la Wehrmacht, les forces aériennes, groupées en « Luftflotten », peu ou prou l’équivalent des corps aériens français, sont adaptées au sein des différents groupes d’armées qui peuvent en déléguer l’emploi au niveaux tactiques subordonnés : c’est ainsi que Guderian, simple commandant de corps d’armée blindé, a à sa disposition l’emploi d’une Luftflotte complète pour percer le dispositif français sur la Meuse, ce qui lui permet d’obtenir un rapport de forces d’une supériorité écrasante sur son adversaire.
[6] 1 section par division, qu’elle fût blindée ou d’infanterie.
[7] Un Morane 500 pouvait évacuer deux blessés couchés .
[8] Voir rapport du LCL Charton in. Charton. Colonel. RC 4, la tragédie de l’évacuation de Cao Bang. Paris 1976. Albatros. Annexe.
[9] Dont Edon, Castries, Sizaire et Vanuxem.
[10] Rapport du général Navarre sur son commandement. SHD. Fonds Navarre. 1K 342.
[11] C’est en son sein que sert le médecin capitaine Valérie André qui y accomplira plusieurs centaines de missions.
[12] Le dernier HL EVASAN s’est écrasé en flammes touché de plein fouet per une rafale viet. Son pilote et le sous lieutenant Gambiez, blessé grièvement et évacué, (dont le père était au même moment chef d’état-major du général Navarre à Saïgon), ont péri dans les flammes, brûlés vifs.
[13] Ely. Général. Enseignements de la guerre d’Indochine. SHD Cote 10 H 983 page 199.
[14] Dans ces opérations, c‘est l’armée de l’Air qui conserve les missions feu d’appui au sol (close air support) et pour lesquelles ses équipages abandonnent les premiers avions à réaction pour se reconvertir sur les T6.
[15] Cité par Le Mire. Colonel. Histoire militaire de la guerre d’Algérie. Paris 1982. Albin Michel  page 201.
[16] Ibidem.
[17] En 1960, lorsque le colonel commandant le 2è R.E.C. devient commandement du quartier opérationnel du Bou Khail qui vient d’être créé et dont le PC s’implante à Aïn Rich (secteur de Bou Saada) pour assainir le massif, il est renforcé durant les quatre mois de l’opération par un D.I.H. du groupement ALAT du corps d’armée d’Alger.
[18] Commandement territorial correspondant au territoire algérien : héritier du 19è Corps, il était jusque là subdivisé en trois divisions et un Commandement, les Territoires du Sud.
[19] Leroy. Tristan. Capitaine. Musée de l’ALAT et de l’hélicoptère.
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