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Défense et management

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La Global Field Support Strategy ou la réforme du soutien des opérations de maintien de la paix de l’ONU

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Par le commissaire commandant AMANDINE SERMESSE

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La Global Field Support Strategy (GFSS) constitue une réforme globale du soutien des opérations de maintien de la paix (OMP) de l’ONU qui s’articule autour de quatre piliers indissociables (modularisation – finances – ressources humaines et relocalisation). Porteuse d’enjeux économiques, elle pourrait constituer une opportunité pour améliorer les performances des entreprises françaises dans le domaine des marchés de soutien des OMP, en proposant une offre adaptée à la nouvelle stratégie d’appui aux missions.

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Il est des réformes dont on parle beaucoup et qui peinent pourtant à voir le jour, telle l’épineuse question de la réforme du Conseil de sécurité frappée d’immobilisme compte tenu des enjeux stratégiques qui lui sont attachés.

Il en est d’autres dont on parle encore peu en dehors des instances onusiennes mais qui sont pourtant déjà en train de modifier profondément le fonctionnement et l’organisation des Nations Unies (ONU) dans le domaine de la sécurité internationale.

Tel est le cas de la Global Field Support Strategy ou Stratégie globale d’Appui aux Missions selon sa traduction officielle[1], qui constitue dans les faits une véritable réforme du soutien des opérations de maintien de la paix.

Une réforme articulée en quatre volets indissociables visant à optimiser les ressources mises à disposition par les Etats membres 

La stratégie globale d’appui aux missions s’appuie à la fois sur les retours d’expériences opérationnelles passées (ex. le rapport BRAHIMI et suivant[2]) et sur les méthodes actuelles de rationalisation des coûts au sein des organisations telles que la mutualisation des soutiens et  la relocalisation des fonctions supports expérimentées par les agences onusiennes[3].

Confrontée à une inflation des besoins et des budgets[4],  l’objectif général de la GFSS est de renforcer la capacité de l’Organisation à gérer efficacement les opérations de maintien de la paix tout en enrayant la croissance exponentielle des budgets, critiquée par les pays contributeurs financiers en cette période de tensions budgétaires[5].

Compte tenu du processus décisionnel spécifique en vigueur au sein de l’ONU, la stratégie, les étapes et les modalités de sa mise en œuvre sur cinq ans (2010-2015)  sont approuvées par les Etats membres sur la base du consensus. Ceci se traduit par un processus d’avancement basé sur le compromis, en raison des possibles divergences initiales entre Etats ou groupes d’Etats.

Les quatre piliers de la GFSS ou stratégie globale d’appui aux missions sont mis en œuvre par
le Département d’appui aux missions (DAM), crée en 2007 à partir de la branche soutien du Département des opérations de maintien de la paix (DOMP), pour faire de l’appui aux opérations un département à part entière au sein du Secrétariat.

·        Le volet financier repose sur une harmonisation des procédures (relèvement du plafond initial d’engagement de dépenses sur le fond de réserve des OMP et d’emploi des stocks stratégiques d’une part et adoption des normes comptables internationales pour le secteur public d’autre part[6]), tout en conservant des budgets individualisés par opération, compte tenu de la réticence des Etats membres à perdre leurs prérogatives en matière budgétaire (un budget par mission, un vote par budget).

·        Le volet des ressources humaines s’inscrit lui-même dans une réforme RH plus globale, au niveau de l’organisation. En matière d’OMP, il a notamment  pour objectif de limiter le turn-over et les vacances de poste lors des missions et d’améliorer les conditions de vie en opération. Il est fortement lié au volet « right sourcing », expression qui traduit la politique de relocalisation des fonctions de soutien. 

·       Le volet relocalisation vise quant à lui à mutualiser et optimiser le positionnement géographique des fonctions dites support (dont les achats). Cela se traduit par un double mouvement de délocalisation des fonctions non stratégiques du Siège new-yorkais vers le centre mondial de Brindisi (Italie) et de relocalisation des fonctions soutien au sein des opérations vers des centres régionaux (ex. le centre régional expérimental à Entebbe en Ouganda).

·        Enfin, le volet modularisation consiste à standardiser la logistique opérationnelle, afin de disposer de structures modulaires compatibles entre elles, projetables dans des délais revus à la baisse pour répondre aux exigences de réactivité de la communauté internationale. Cette démarche intégrée exploite les constances des OMP alors que prévalait jusqu’alors une logique de soutien individualisé par mission. Elle est basée sur le concept d’enabling capacities, qui désigne la combinaison des matériels et du personnel nécessaires à la mise en œuvre des modules.

Le pilotage stratégique de cette réforme est assuré par une équipe resserrée de quatre personnes, la « coordination implementation team », sous les ordres directs de la secrétaire générale adjointe à l’appui aux missions, Mme Susana Malcorra.

Une opportunité pour les entreprises françaises dont les performances sont en net recul

En professionnalisant la logistique opérationnelle des OMP au profit de solutions intégrées, en repositionnant géographiquement les structures responsables des achats et en affichant une volonté de moderniser ses partenariats tant institutionnels que contractuels, la GFSS crée de réelles opportunités pour les entreprises qui sauront proposer une offre adaptée à ces besoins nouveaux.

Les entreprises françaises, dont les performances économiques sur le secteur sont en net recul dernièrement (1,93 % des marchés OMP en 2010 contre environ 4 % en moyenne pour la période 2002-2010[7]), comme l’illustrent le graphique et le tableau en annexe, pourraient ainsi trouver une voie d’accès renouvelée aux marchés de soutien des opérations de maintien de la paix.

La France ne s’y est d’ailleurs pas trompée puisque trois grands groupes privés (Thalès, Geodis et Sodexo), ainsi que treize PME rassemblées au sein d’un groupement d’intérêt économique, le GIE Access, ont choisi de s’associer autour d’une structure commune, Global X. Lancée officiellement le 29 avril 2011, cette initiative  a bénéficié du soutien appuyé des pouvoirs publics et du MEDEF[8], qui affichent clairement leur ambition de voir la France se repositionner sur les marchés onusiens[9].

« Notre démarche est politique a déclaré Pierre Lellouche[10], à l'occasion de cette cérémonie de lancement : il s'agit de faire travailler ensemble grands groupes et PME

[11] » …  pour proposer des solutions intégrées aux nouveaux besoins qui se dessinent en matière de soutien des OMP pourrait-on ajouter.

« Le projet est né d’une analyse né de la convergence des besoins, des engagements stratégiques de notre pays et des besoins de notre économie, des forces vives de l’export français[12] ». Cette démarche s’inscrit dans une approche interministérielle de soutien renforcé des performances des entreprises françaises à l’exportation. Pour les marchés onusiens, il s’agit très concrètement d’obtenir - bien que cette logique reste officieuse car proscrite par  l’ONU - le retour sur investissement des contributions publiques de la France au profit  de contrats pour des entreprises nationales …



[1]A/64/633 Stratégie globale d’appui aux missions, Rapport du Secrétaire général, 26 janvier 2010 ou A/64/633 Global field support strategy Report of the Secretary-General 26 January 2010.

[2]- A/55/305 - S/2000/809224 Rapport du Groupe d’études sur les Opérations de paix de l’ONU, dit Rapport BRAHIMI, 21 août 2000.


- A/60/696 “Peace operations 2010” Reform strategy, 24 février 2006.


- Doctrine Capstone, 2008.

- Doctrine New Horizon, 2009.

[3]A/65/63 Offshoring initiatives among other UN organisms ou la délocalisation au sein des organismes des Nations Unies, Note du Secrétaire général, Assemblée générale, Soixante-cinquième session, Points 131 et 138 de la liste préliminaire, Examen de l’efficacité du fonctionnement administratif et financier de l’Organisation des Nations Unies, Corps commun d’inspection, 01 Mars 2010.

[4]Les budgets sont passés de 840 millions de dollars en 2002-2003 à 7,5 milliards de dollars en 2009-2010.

[5]Schématiquement, les principaux pays contributeurs financiers aux OMP sont les pays dits riches (Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie…) tandis que les pays contributeurs de troupes sont des pays dits en voie de développement (Pakistan, Bangladesh, Inde, Nigéria, Egypte, Népal…) appartenant au G77 (groupe des 77), regroupant désormais une centaine de pays. Ces deux groupes peuvent avoir des intérêts différents concernant les opérations de maintien de la paix.

[6] NormesIPSAS

(International Public Sector Accounting Standards).

[7]Chiffres  issus des données statistiques de la division achats de l’ONU, site internet de l’Organisation.

http://www.un.org/depts/ptd/statistics.htm

[8]MEDEF : Mouvement des entreprises de France.

[9]« Global X, un outil de coordination pour répondre aux appels d’offres de l’ONU » Site internet du Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie.

http://www.gouvernement.fr/gouvernement/global-x-un-outil-de-coordination-pour-repondre-aux-appels-d-offres-de-l-onu.

[10]Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, chargé du commerce extérieur.

[11]Article « Lancement de Global X pour répondre aux appels d'offre de l'ONU », Le moniteur du commerce international (lemoci), 02 mai 2011.

[12]« Global X, l’Equipe de France à l’export du maintien de la paix » slogan affiché sur le pupitre lors du discours de lancement de Global X par M. Alain Lellouche, Bercy le 29 avril 2011, vidéo en ligne sur le site du Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie.

http://www.gouvernement.fr/gouvernement/global-x-un-outil-de-coordination-pour-repondre-aux-appels-d-offres-de-l-onu

Annexes
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