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Engagement opérationnel

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La guerre de l’information

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Par le Chef de bataillon Olivier de CHARNACÉ

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Aujourd’hui les nations les plus évoluées sont entrées ou s’apprêtent à entrer dans l’âge de l’information. Les nouvelles technologies, permettant de réduire les temps de réponse quasiment à zéro, contribuent à modifier l’art de la guerre. A une menace unique, identifiée et structurée ont succédé des risques multiples aux contours flous et sans probabilité d’occurrence ni localisation précise.

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Les nations qui possèdent ces nouvelles technologies devraient donc détenir la supériorité opérationnelle vis-à-vis de celles qui ne les ont pas. Paradoxalement, on s’aperçoit que celles qui les utilisent ne maîtrisent pas nécessairement l’information. L’adversaire, en ayant bien compris le fonctionnement, les exploite en terme de désinformation ou de propagande….. La question est bien de savoir quelle utilisation est faite de l’information : sert-elle uniquement à prendre des décisions, ou devient-elle une arme à part entière ?

 

Il est donc important de mener une réflexion sur le développement de nos capacités à obtenir des informations. L’objectif premier est d’en garantir la fiabilité, notamment pour pouvoir prendre de bonnes décisions. Néanmoins il devient également impératif de développer un concept plus offensif contre ceux qui utilisent aujourd’hui l’information à des fins subversives sur les différents théâtres. Peut-être faudra-t-il même aller encore plus loin en mettant en œuvre des méthodes similaires (guerre psychologique) comme une arme permettant de contribuer à la réussite de la mission.

 

La guerre de l’information existe depuis des siècles

 

Vers 500 avant J-C, Sun-Tsu, dans « l’Art de la guerre » posait le précepte suivant : « l’affaiblissement ou l’élimination d’un adversaire est possible grâce à un usage habile d’une rumeur ponctuelle ou répétitive savamment diffusée ». Les origines de la guerre de l’information remontent à la nuit des temps puisque d’Alexandre le Grand à Napoléon Bonaparte, tous les chefs de guerre dans un premier temps, puis tous les leaders politiques dans un deuxième temps (surtout lors de la guerre froide), ont tenté d’imposer par tous les moyens leurs visées et leurs desseins à leurs ennemis. Plus proche de nous, l’époque contemporaine a vu se développer au cours des deux conflits mondiaux des méthodes destinées à tromper l’adversaire. L’un des plus beaux exemples est sans doute l’opération d’intoxication « Fortitude » en 1944 destinée à faire croire aux Allemands que le débarquement allié aurait lieu au nord de la France et non pas en Normandie.

 

La guerre psychologique est en fait une des formes les plus anciennes de la guerre de l’information si ce n’est la plus sophistiquée. Elle recouvre des actions qui visent au succès des opérations militaires conduites pour dominer l’adversaire, à préserver les armées de toute atteinte au moral des troupes et à obtenir l’adhésion de l’opinion nationale. Présente à tous les niveaux des conflits, elle agit par la désinformation, l’intoxication, la déception et la propagande et utilise tous les moyens, des plus classiques aux plus sophistiqués. Elle est caractérisée par des actions humaines, techniques ou technologiques permettant de détruire, de modifier, de corrompre, de dénaturer ou de pirater les informations ou les flux d’informations de l’adversaire en vue de brouiller, d’altérer ses capacités de perception, de réception, de traitement, d’analyse et de stockage des informations. Elle peut être appliquée au cours d’engagement de natures très diverses (combat classique, lutte contre le terrorisme, maintien de la paix). Elle n’amène pas directement à un affrontement armé sur le terrain mais peut entrer dans le spectre de la « guerre subversive ».

 

Dans cette perspective, l’arme psychologique est en train de devenir un des instruments majeurs de la bataille de l’information et notamment de celle des médias, moyens incontournables et indispensables pour diffuser les messages destinés aux amis comme aux ennemis.

 

Une utilisation croissante de la guerre de l’information

 

Les crises et les conflits récents ont donné une nouvelle dimension à la guerre psychologique. En effet, que ce soit dans le Golfe, au Rwanda, au Kosovo ou en Côte d’Ivoire, elle a été un instrument des stratégies politiques et militaires avec une omniprésence des médias. Ces conflits ont montré que la guerre psychologique, non seulement ne peut être exclue d’un conflit moderne, mais aussi qu’elle pourrait être un facteur de succès, grâce en particulier à la maîtrise des médias.

 

La désinformation est un des moyens utilisés dans le cadre de la guerre de l’information. Ainsi, au Kosovo, les Serbes utilisent-ils ce moyen pour tenter de maintenir la force en place pour défendre les enclaves. Les chefs doivent essayer de rétablir la vérité et surtout de ne pas se laisser influencer dans leurs décisions. Cela implique une prise de risque qui est de plus en plus difficile car les conséquences sont certes militaires, mais également politiques. Le but reste de maîtriser l’information pour discerner le vrai du faux.

 

La propagande est également un autre moyen couramment utilisé aujourd’hui par les nations faibles. Le cas le plus frappant est sans aucun doute celui de la Côte d’Ivoire, un Etat souverain, où sont diffusées régulièrement de fausses informations en toute légalité à la télévision et à la radio pour inciter la population à réagir face à la présence française. Cette forme de la guerre de l’information est assurément la plus compliquée à traiter car il faut à la fois rétablir la vérité et éviter que la situation ne dégénère. Une bonne communication opérationnelle demeure la réponse la plus efficace car elle permet d’anticiper ou d’éviter ces attaques.

 

Nous devons donc développer un concept plus offensif pour, non seulement favoriser le déploiement de la force, mais également maîtriser l’information pour agir efficacement sur les différents acteurs des conflits

 

Pendant longtemps, la guerre psychologique a été un sujet tabou en France, notamment après la guerre d’Algérie où elle avait pourtant obtenu des résultats particulièrement efficaces. Depuis les conflits balkaniques des années 90 et une participation accrue à des opérations multinationales, la France a décidé de développer un nouveau concept et une nouvelle doctrine. Dans ces documents datant de 2001, elle a choisi de gérer l’environnement psychologique d’une part, au travers de la communication opérationnelle, qu’elle soit interne ou locale et d’autre part, au travers de l’appui psychologique avec des actions civilo-militaires ou du soutien de la force (welfare).

 

Jusqu’à présent, le but exclusif a été de favoriser le déploiement de la force sur un théâtre. Peut-être faut-il maintenant élargir le concept en accentuant les actions psychologiques pour contrer réellement les attaques que nous subissons et qui iront inexorablement en s’accroissant. Des doctrines existent déjà, notamment au niveau de l’Otan. Il reste à définir un concept et une doctrine au niveau national, qui permettent d’intervenir au plus tôt sur le terrain pour anticiper les éventuelles attaques et non plus les subir. Des équipes spécialisées de contact pourraient être mises en places avec des moyens spécifiques aériens et terriens (avions pour distribuer des tracts, équipements « médias » ou d’imprimerie, armes spécifiques comme le lance-roquette de tracts polonais…). Bien que certains matériels soient en cours de mise en place au niveau du GIO de Lille, la France reste en retard par rapport à d’autres nations.

 

Aux niveaux opératif et tactique, le développement de la notion d’effets combinés dans la profondeur (DEEPOPS) permettra de développer une stratégie plus offensive. En effet, cette doctrine permet de combiner des feux classiques (« kinétic effects »)  avec des actions plus psychologiques (« non kinétic effects »)comme les campagnes d’information sur le terrain pour permettre de mieux prendre l’ascendant sur les belligérants et sur les populations, enjeu majeur des conflits du XXIème siècle.

 

 

La guerre de l’information s’exerce de trois manières : La guerre pour l’information (lutte pour avoir les bons renseignements), la guerre contre l’information (protection de nos renseignements), et la guerre par l’information (utilisation de moyens subversifs). Ce dernier aspect devient prédominant et devra être impérativement maîtrisé dans l’avenir pour gagner les conflits. La maîtrise, le contrôle et la diffusion de l’information, ainsi que la protection des capacités informationnelles, restent une nécessité permettant d’anticiper et de prendre des décisions mais deviennent également une arme offensive qui fait de l’information un enjeu politico-militaire majeur du XXIème siècle. Un nouveau concept et une nouvelle doctrine pour l’information opérationnelle devraient être diffusés l’été prochain. Souhaitons qu’ils permettent de progresser dans ce domaine qui est essentiel pour régler les conflits d’aujourd’hui et de demain.


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