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Sciences et technologies

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La NEB (1) au juste prix ?

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Par le CBA Nicolas CHALIGNE

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L’info-valorisation devrait permettre, à l’horizon 2020, d’imposer son rythme à l’adversaire en accroissant la réactivité de la chaîne de commandement. Ce gain tactique s’appuierait sur les acquis utiles de la NEB actuelle qui se verraient complétés par de nouveaux apports. Bien entendu, l’emploi des nouvelles technologies de l’information et de communication ne dispensera le chef tactique ni de la nécessaire prise de risque liée à sa fonction ni du long et fastidieux processus d’assimilation des savoir-faire spécifiques liés à l’emploi de ces nouveaux matériels.

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« Mon premier bureau me dit ce que je dois faire, mon deuxième bureau me dit ce que je ne dois pas faire et mon cinquième bureau me dit ce que je peux faire. » Le Général EISENHOWER définissait ainsi de manière fort sommaire son processus décisionnel. Cette définition des étapes nécessaires à l'élaboration d'une décision conserve toute son actualité : conscient des risques encourus et connaissant les contraintes qui s'imposent à lui, le chef se doit de saisir les opportunités offertes. Lorsque ce processus vient à se gripper comme se fut le cas pour les états-majors opératifs et tactiques français dans le secteur de SEDAN lors de la percée offensive menée par le Général GUDERIAN en mai 1940, les conséquences s'avèrent irrémédiablement funestes. Depuis, les nouvelles technologies de l'information et de communication ont envahi notre quotidien et sont devenues une réalité incontournable. Dotant désormais la majorité des forces terrestres en métropole comme en opération, les équipements liés à la numérisation de l'espace de bataille s'affirment comme des outils indispensables au commandement d'une force moderne. Alors que l'info-valorisation2 au sein du GTIA SCORPION est en cours de définition, il convient de s'interroger sur la rentabilité réelle de la NEB actuelle et à venir.

Dans le respect des principes chers au Général EISENHOWER, l'info-valorisation devrait permettre, à l'horizon 2020, d'imposer son rythme à l'adversaire en accroissant la réactivité de la chaîne de commandement. Ce gain tactique s'appuierait sur les acquis utiles de la NEB actuelle qui se verraient complétés par de nouveaux apports. Bien entendu, l'emploi des nouvelles technologies de l'information et de communication ne dispensera le chef tactique ni de la nécessaire prise de risque liée à sa fonction ni du long et fastidieux processus d'assimilation des savoir-faire spécifiques liés à l'emploi de ces nouveaux matériels.

 

Les fonctions essentielles de la NEB à maintenir.

La lecture des retours d'expérience des opérations extérieures et des différents exercices permet de dégager les fonctions majeures que les usagers utilisent dans la multitude d'outils numérisés mis à leur disposition aujourd'hui. Dans le cadre de la planification des opérations, les outils cartographiques et le travail collaboratif sont particulièrement appréciés. Les différents types de carte disponibles dans les systèmes d'information opérationnels permettent de se faire une représentation fidèle du terrain. Les points clés du relief étant mis en valeur aisément, il devient plus évident d'exploiter les avantages topographiques. Quant à la réflexion tactique et à l'élaboration des ordres, elles sont désormais communément réalisées en travail collaboratif au sein des centres opérations. Les logiciels d'aide à la décision, tel que le SICF3, permettent d'ores et déjà de répartir, de cadencer puis de concaténer ces différentes tâches.

Apport majeur de la numérisation de l'espace de bataille, la géo-localisation des unités, connue également sous le sigle de BFT4, permet une coordination fine des opérations dans un contexte de plus en plus complexe. L'imbrication devient ainsi possible même si elle ne doit

pas être forcément recherchée. Aux dispositifs linéaires des grands conflits mondiaux ont succédé les combats urbains et l'engagement en dispositif lacunaire renforçant de facto le risque de tirs fratricides. Ces derniers peuvent être évités grâce à la connaissance accrue et quasi-instantanée de la position des forces amies qu'offrent d'ores et déjà les systèmes d'information opérationnels actuels, tel que le SITComDE5. Or, les tirs fratricides nuisent considérablement au moral de la force et à sa crédibilité vis-à-vis de l'opinion publique.

De surcroît, les systèmes d'information actuels favorisent l'intégration interarmes voire interarmées. La boucle décisionnelle précédant un tir d'artillerie sol-sol et sol-air est considérablement réduite grâce à MARTHA6 et ATLAS7. Ces outils assurent également à l'armée de Terre sa capacité à coordonner des actions dans la bulle aéroterrestre. Cette capacité donne d'ailleurs parfaitement satisfaction dans les engagements en opération extérieure.

Les systèmes de la NEB apportent donc une réelle plus value en termes de planification et de conduite des opérations. Cependant, la rupture technique actuelle8 existant entre les états majors de niveau supérieur à celui de la brigade interarmes et les états-majors de GTIA est encore pénalisante pour les forces terrestres et rebute nombre d'usagers.

 

Les apports nécessaires de l'infovalorisation.

Sacralisant les outils de planification, de géo-localisation, et de conduite des appuis, les apports de l'info-valorisation doivent se concentrer sur la satisfaction du juste besoin du militaire afin de rester réalisables dans un contexte de disette budgétaire et de justification du premier euro dépensé.

Le premier effort doit être mis sur l'automatisation de tâches chronophages et ne nécessitant pas l'appréciation d'un être humain. La vétronique9 intégrée dès la conception des plateformes du programme SCORPION10 ou lors de la revalorisation de programmes d'armement en cours simplifiera le suivi de la situation logistique partagée automatiquement avec les unités dédiées au soutien ainsi qu'avec les entités de niveau hiérarchique supérieur. Outre les capteurs mécaniques et logistiques, la vétronique englobe également l'ensemble des senseurs tactiques de la plateforme. Par conséquent, elle permettra également la désignation d'objectif par n'importe quelle plateforme du réseau optimisant ainsi la réactivité des appuis interarmes voire interarmées. L'effort suivant pourrait porter sur l'élaboration d'un véritable logiciel d'aide à la décision opérationnelle. Tant au niveau tactique que supérieurs, la confrontation des hypothèses concernant le mode d'action ami et ennemi, qui intervient au coeur du processus de réflexion11, demeure encore artisanale. Utilisant un moteur comparable à ceux des serious games12, l'ennemi modélisé pourrait être simulé ce qui complèterait avantageusement le jeu de guerre sur carte actuel. Les notions de délais, de capacité d'observation, les contraintes liées au terrain ainsi que les résultats des confrontations seraient évalués de manière moins empirique.

Plus qu'un lien, inclure la simulation dans les systèmes d'information opérationnels accroîtrait également la capacité des unités à s'entraîner dans le contexte réaliste de leurs plateformes. Associé au processus de distribution, c'est à dire de mise en réseau sur un même site ou à distance, cela permettrait de réaliser virtuellement des manoeuvres interarmes et interarmées. A la condition de se plier aux mêmes normes techniques, coupler les simulateurs associés au programme SCORPION avec ceux du TIGRE, de l'armée de l'Air et de la Marine sortirait du domaine du pur fantasme la réalisation d'un entraînement réaliste à faible coût et qui plus est à faible impact environnemental.

Enfin, force est de constater que nos systèmes actuels manquent de modularité et que chaque support physique reste attaché à une fonction opérationnelle. Aussi, à l'instar du monde numérique civil et d'autres armées modernes13, l'ergonomie et la polyvalence des plateformes devraient devenir de véritables leitmotiv. Ainsi, chaque système de poste de commandement pourrait être modelé selon le juste besoin en agglomérant des plateformes indifférenciées dans lesquelles il suffirait de télécharger les applicatifs métiers nécessaires comme on le fait sur Android Market ou AppStore. La résilience14 des systèmes de commandement s'en verrait renforcée du fait de l'interchangeabilité des supports. Si elle réussit à soulager le combattant de tâches secondaires tout en en optimisant d'autres, l'infovalorisation démontrera toute sa pertinence en appui du combattant moderne.

 

Les efforts à consentir.

L'interopérabilité doit désormais primer sur les intérêts industriels. Certes la BITD15 française est performante et dispose de compétences reconnues, mais aucun socle technique commun n'a pu émerger au sein de la famille des systèmes d'information opérationnels du fait de cette lutte intestine pour les juteux marchés de la Défense. Ce défi de l'interopérabilité entre les différents systèmes d'armée et des armées est capital pour susciter enfin l'adhésion pleine et entière des usagers. A cela s'ajoute la nécessité de renforcer la NATO compliance16 native de nos systèmes mais aussi leur compatibilité avec ceux des autres ministères et des acteurs de plus en plus variés qui participent de la manoeuvre globale ou de la sécurité du territoire national. Prendre le temps de former le personnel au sein des organismes de formation initiale mais aussi et surtout entretenir ses connaissances tout au long de sa carrière pour lui permettre d'exploiter au mieux les avantages des versions successives des systèmes d'information opérationnels sera vraisemblablement un exercice difficile. Cependant, l'outil numérisé aussi performant soit-il ne permettra aucun gain tactique s'il n'est pas maîtrisé. De surcroît, outre cet investissement en temps, la mise en place dès les plus bas échelons d'un personnel apte à organiser efficacement la circulation de l'information sera certainement nécessaire afin que les systèmes soient exploités au maximum de leurs capacités. Il s'agirait donc de généraliser à tous les niveaux de poste de commandement l'existence d'une cellule de management de l'information. La maîtrise de l'information, d'autant plus qu'elle est primordiale dans les conflits actuels, ne souffre aucune improvisation.

Enfin, c'est essentiellement en amont que l'effort majeur doit être consenti. Les forces terrestres doivent s'investir considérablement dans la description précise de leurs besoins réels et dans la phase d'expérimentation des systèmes à venir. La fertilisation croisée des expériences des futurs usagers est indispensable afin que les systèmes d'information opérationnels à venir répondent au mieux aux exigences de l'engagement opérationnel. Dans le contexte budgétaire actuel, cette phase préparatoire doit être conduite selon la même planification que la préparation opérationnelle afin que l'ensemble des forces terrestres s'implique dans l'élaboration de sa boîte à outils décisionnels. De plus, l'association de l'ensemble des forces terrestres aux phases de tests techniques et opérationnels offrira à l'info-valorisation une tribune de retour d'expérience variée mais aussi un moyen de se diffuser naturellement dans les forces avant même sa mise en service officielle.

 

Pour conclure...

Préservant ses fonctions essentielles actuelles et développant selon le juste besoin ses capacités d'automatisation de certaines tâches, la numérisation de l'espace de bataille devrait, si elle comble l'espace quasi lacunaire entre le niveau GTIA et les états-majors de niveaux supérieurs, réussir à emporter l'adhésion des combattants. Cette adhésion demeure un enjeu primordial puisqu'elle conditionne la réussite de l'action de formation et présuppose de l'intérêt des usagers à entretenir leurs savoir-faire. Il semble donc que pour toutes ces raisons, la NEB justifie les investissements tant en fonds publics qu'en personnel. En outre, il n'en demeure pas moins que la NEB est et sera un enjeu de souveraineté puisque la France se doit de conserver sa capacité à commander une coalition déployée si elle veut continuer à tenir son rang.

L'épineux dilemme de la rupture capacitaire reste en suspens. L'heure du choix est proche : les systèmes actuels ne donnant pas entière satisfaction aux usagers, faut-il se soucier de développer de nouveaux outils compatibles avec la précédente génération ? Le risque semble grand de retomber dans les errements d'une interopérabilité plus qu'imparfaite. Ne faut-il pas accepter de sacrifier totalement la NEB du passé proche pour s'assurer une info-valorisation efficace et durable ? Il faudra pour cela accepter préalablement d'avoir d'une armée de Terre à deux vitesses le temps de doter l'ensemble des unités des nouveaux matériels.

1 Numérisation de l'espace de bataille.

2 Exploitation optimale des ressources informationnelle autorisée par les nouvelles technologies de l'information et de la communication.

3 Système d'information et de commandement des forces : http://defense-update.com/products/s/sicf.htm

 

4 Blue Force Tracking

5 Système d'information terminal du combattant débarqué : http://www.safran-group.com/sitesafran/presse-et-medias/espace-medias/article/une-premiere-pour-l-infanterie-le?10884

6 MAillage des radars tactiques contre les hélicoptères et les aéronefs à voilure fixe

7 Automatisation des tirs et des liaisons de l'artillerie sol-sol

8 Les états-majors de niveau 1 à 3 utilisent le système SICF produit par THALES tandis que les états majors régimentaires sont dotés du SIR, système d'information régimentaire, produit par EADS. Une passerelle automatique, dite SICAT-NCi, relie ces deux systèmes de manière encore imparfaite obligeant les usagers à de nombreuses manipulations non intuitives.

9 « La vétronique, néologisme, couvre l'architecture électronique des véhicules militaires modernes que ce soit pour les véhicules neufs ou pour les rétrofits : interface homme-machine multimédia, distribution de l'information, contrôle réparti, architecture des fonctions mobilité et de communication, entraînement intégré... » TTU N°540 DU 18 mai 2005 La vétronique ne se limite pas au suivi automatisée de la situation logistique des plateformes mais intervient également dans les systèmes de combat. http://www.sagem-ds.com/spip.php?rubrique99&lang=fr

10 Synergie du COntact Renforcée par la Polyvalence etl'InfovalorisatiON.

11 MEDO : méthode d'élaboration des ordres.

12 http://en.wikipedia.org/wiki/Serious_game : “Long before the term "serious game" came into wide use with the Serious Games Initiative in 2002, games were being made for non-entertainment purposes. The continued failure of the edutainment space to prove profitable, plus the growing technical abilities of games to provide realistic settings, led to a re-examination of the concept of serious games in the late 1990s. During this time, a number of scholars began to examine the utility of games for other purposes, contributed to the growing interest in applying games to new purposes.”

13 C4I FOR THE WARRIOR Applications et smartphones dans les opérations militaires en réseau publié par le Lieutenant-colonel de La Roque dans la revue Transmetteurs n°3 - http://www.cesat.terre.defense.gouv.fr/taktika/spip.php?article583

14 La résilience décrit initialement la capacité d'un métal à reprendre sa forme initiale après une déformation. Par extension, ce terme désigne la capacité d'une entité militaire à poursuivre son action après un choc brutal.

15 Base industrielle et technologique de Défense.

16 Compatibilité de nos SIO avec les standards OTAN.


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