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Défense et management

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La réforme des Forces Armées Royales Khmères, FARK

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Par le colonel PHA

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L’auteur : officier d’active, de l’armée de terre cambodgienne, le colonel PHA sert dans l’Etat-major du Commandement en Chef des Forces Armées Royales Khmères depuis la sortie des écoles des officiers d’actives. Il est stagiaire de la 21ème promotion de l’école de guerre. Le syndrome de "l’armée mexicaine" caractérise-t-il aujourd’hui l’armée cambodgienne actuelle ? La genèse et la problématique L’organisation de l’Armée royale khmère a été initialement définie par la convention militaire franco-cambodgienne du 20 novembre 1946. Dès que l’indépendance fut accordée, le 09 novembre 1953, le Royaume du Cambodge se dota de sa propre armée : les Forces Armées Royales Khmères (FARK).

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De 1953 à mars 1970, le Cambodge a été épargné par la guerre qui faisait rage, tant au Vietnam qu’au Laos.

Mais paradoxalement, pendant les 30 années qui ont suivi (18 mars 1970 – 25 décembre 1998), le Cambodge a connu une perpétuelle situation de guerre, avec notamment deux phénomènes tragiques inédits :
1. Un bombardement intense (c’est le pays qui a subi le plus fort bombardement de l’Histoire, notamment durant l’année 1973 (09 février 1973 – 15 août 1973) ;
2. Un génocide (17 avril 1975 – 7 janvier 1979).
Ces deux phénomènes tragiques ont généré des problèmes sociaux inextricables, pour lesquels il a fallu "bricoler" des solutions de fortune, y compris pour les armées. Le syndrome de la Pyramide inversée des FARK en est la conséquence : sur les 100 000 personnels qui composent les effectifs des FARK, le nombre total des officiers, officiers supérieurs et officiers généraux est disproportionné par rapport au nombre de soldats !

Ainsi, en situation de crise (menace extérieure), se pose le problème récurrent de la réalité des forces disponibles, d’où une absence totale d’efficacité dans la montée en puissance des forces.
Or, on assiste à travers le monde à un reformatage des armées, visant à obtenir une allocation optimale des ressources, tant financières qu’humaines.

Le Cambodge ne peut pas faire l’économie d’une réforme en profondeur de ses forces armées. Les modalités de cette réforme permettront au lecteur de se faire une idée de la situation réelle dans laquelle se trouve l’armée cambodgienne, mais aussi de constater la similitude des problèmes qu’elle rencontre avec ceux des armées des grandes puissances.

La réforme des FARK doit être opérée selon deux axes :
1. une élévation du niveau professionnel des ressources humaines des FARK ;
2. une meilleure prise en compte de la dimension éthique dans la gouvernance.

Premier axe de la réforme : la professionnalisation
L’objet principal n’est pas de supprimer le service militaire mais de rendre pleinement opérationnels et professionnels les militaires qui s’engagent dans les FARK. Les connaissances générales et professionnelles constituent l’axe de progrès fondamental, et concernent tous les niveaux :
au niveau de la sélection ; pour servir dans les forces armées, il faut être diplômé et/ou disposer de compétences préalablement définies, avant de déboucher sur une école de formation obligatoire pour tous ;
au niveau de la formation ; elle doit être à la fois standardisée par rapport à des normes internationales, régulièrement adaptée à la réalité et l’actualité et continue (intégrant des stages de perfectionnement locaux ou à l’étranger) pour chaque passage au grade supérieur ou pour toute nouvelle affectation ;
au niveau de l’affectation ; celle-ci doit prendre en compte l’expérience opérationnelle et la formation dont ont bénéficié les jeunes officiers formés dans les grandes écoles militaires nationales ou étrangères en les plaçant à des postes de décision ;
au niveau de l’avancement au grade supérieur ; celui-ci doit faire l’objet d’une évaluation en bonne et due forme visant à confirmer l’aptitude au commandement, c’est-à-dire la possession des quatre savoirs prérequis : savoir, savoir-faire, savoir-être et faire savoir.
enfin, au niveau de la consolidation des compétences des officiers ; il faut développer les opportunités de travail dans un cadre multinational par les biais de projections sous mandat ONU ou de participation à des exercices interalliés.
Par ailleurs, cette consolidation est indispensable pour être en mesure de travailler correctement avec les forces multinationales.
En effet, si la participation des FARK aux missions de l’ONU est positivement appréciée, il n’en demeure pas moins que les retours d’expérience (RETEX) ou l’Analyse Après Action
(3A) successifs ont pointé du doigt trois insuffisances : la connaissance linguistique (anglais ou/et français), la maitrise de l’informatique et la polyvalence des forces spéciales.

Deuxième axe de la réforme : L’éthique
La bonne gouvernance dans l’ensemble des FARK doit devenir la règle générale et cela passe par :
1. La « tolérance zéro » à l’ égard du phénomène des "soldats fantômes" (soldats morts et faux soldats) qui gonflent artificiellement les effectifs des FARK par l’enregistrement des effectifs réels dans le système informatique, dont la mise à jour doit être rigoureusement contrôlée ;
2. le versement de la solde à tous les militaires, sans exception (soldats, sous-officiers, officiers), directement et mensuellement sur leur compte bancaire individuel ;
3. la mise en adéquation du montant des soldes avec le coût de la vie, en particulier le coût du logement (pour chaque mutation…) ;
Enfin, à l’instar de ce que l’on trouve en France dans chaque commissariat de Police ou dans chaque brigade de Gendarmerie, on peut diffuser dans chaque unité des FARK la directive en cinq points du Général POL SAROEUN, l’actuel commandant en chef des FARK, relative à la bonne gouvernance et aux qualités requises pour chaque chef de corps de tous les niveaux, à savoir :
« Le chef de corps doit faire preuve :
1. d’intelligence et de dynamisme dans son commandement en donnant l’exemple et en se montrant solidaire avec ses subordonnés ;
2. de lucidité dans toutes les circonstances pour être en mesure de résoudre tout problème avec succès ;
3. de sollicitude sur la condition des soldats, à savoir ne pas tronquer les soldes des subordonnées, mais au contraire, les aider intellectuellement, matériellement voire financièrement dans leurs besoins quotidiens ;
4. de solidarité avec la population et les autorités locales ;
5. de flexibilité avec les pays voisins et avec les étrangers, tout en en respectant scrupuleusement les consignes, mais en réagissant souplement et dignement.»

La mise en oeuvre concrète de la directive en cinq points mentionnée ci-dessus ne pourra être assurée que s’il y a une réelle volonté pour faire sanctionner, sans délai et quel que soit le niveau hiérarchique tout manquement :
· à la discipline ;
· au respect de la hiérarchie ;
· au devoir de réserve et à la neutralité des forces armées ;
· à l’éthique, tel que la prévarication ou le népotisme.

Conclusion :
Au final, comme tout homme qui veut marcher correctement sur ses deux jambes, il convient : d’appliquer le principe directeur propre à toutes les armées modernes, à savoir : Sélection sévère + Entraînement difficile = Guerre facile ;
et de ne pas perdre de vue que les forces armées sont composées d’hommes et de femmes qui sont prêts à aller jusqu’au sacrifice suprême pour défendre la patrie, sur le fondement du principe « Par le peuple et Pour le peuple ».
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