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Armée de Terre dans la société

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La réserve britannique: débats et questions en cours.

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Par le général de division (2S) Maurice de LANGLOIS

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Le Royaume-Uni a déployé en opérations ces dernières années, principalement en Afghanistan, entre 24 000 et 27 000 réservistes, soit près de 10% des effectifs d’active. La décision de la SDSR[1] d’augmenter les effectifs des forces de réserve britanniques de 30 000 aujourd’hui à 35 000 à l’horizon 2020 correspond à la volonté du gouvernement de s’aligner sur les modèles américain et australien, qui peuvent déployer en opérations des réservistes jusqu’à 40% des effectifs totaux. Cela veut dire que, en plus de l’envoi de spécialistes individuels, ce sont des unités constituées qui pourront partir. Cette décision est une réponse aux réductions budgétaires et aux déflations d’effectifs. [1] La SDSR (Strategic Defence and Security Review), a été présentée en octobre 2010.

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Or, il n’y a pas eu d’étude préalable effectuée et cette décision pose de nombreuses questions. Le projet est ambitieux, voire irréaliste, d’autant plus qu’il ne verra sa mise en œuvre réelle qu’après les élections générales de 2015.
 
Il ne faudrait pas que cette approche soit utilisée comme référence aux travaux du livre blanc national, sans avoir été analysée en détail, notamment en termes de faisabilité et d’économie d’échelle. Il serait effectivement tentant de l’appliquer en France, avec l’intuition que c’est la solution aux réductions budgétaires et aux diminutions d’effectifs.
 
Il ne s’agit pas ici de comparer nos modèles de réservistes entre Royaume-Uni et France, mais simplement d’attirer l’attention sur les difficultés actuelles et à venir du modèle britannique. Malgré des dispositions certainement plus favorables que les nôtres, celles-ci laissent à penser que leur nouvelle approche sera difficile à réaliser.
La réalité sur le nombre actuel des réservistes au Royaume-Uni n’est pas claire. Selon Liam Fox, l’armée territoriale ne serait réalisée qu’à la hauteur d’à peine 14 000 réservistes  (sur 30 000). Les candidats à la réserve sont moins nombreux, conséquence d’un désintérêt global de la nation pour le domaine militaire.  Les difficultés de recrutement actuelles devront, non seulement être résolues, mais surtout aussi permettre d’atteindre l’objectif 2020 des 35 000. Depuis les années 1980, l'armée territoriale n'a jamais dépassé les 80% de sa cible (elle est à 50% aujourd’hui). Avant d’augmenter les effectifs, il faudrait déjà atteindre la cible actuelle.
 
L’analyse de l’emploi des réservistes, qui a été réalisé en juillet 2011 par une commission indépendante, est peu flatteuse[1]. Le ministère de la défense n’a jamais eu de politique claire ni de vision prospective de l’emploi des réserves.  Les forces de réserve sont en déclin, moins d’offres, moins de possibilités de formation, moins d’actions de recrutement, ce qui rend la fonction « réserve » peu attractive. Il n’y a pas eu de souci de moderniser les réserves, pas d’adaptation ni au nouvel environnement, ni aux nouvelles menaces. Le potentiel des réservistes est mal exploité, ce qui a eu pour effet notamment de réduire le lien avec la société civile. Enfin, les relations avec l’armée d’active se sont distendues.
 
Le Royaume Uni a mis en place des structures de réflexion pour revaloriser la fonction du réserviste et répondre aux objectifs de la SDSR. Notamment, une consultation publique a été lancée le 8 novembre 2012[2]. Elle propose déjà un certain nombre de modifications, augmentation du nombre de jours d’entrainement, passant de 35 à 45 jours par an, changement de nom de l’armée territoriale et encouragement des anciens militaires d’active à rejoindre plus massivement la réserve.
 
Les points d’achoppement concernent la place du réserviste dans la société, les relations avec l’employeur civil, les nouveaux impératifs de formation et l’évaluation des coûts induits.
 
L’un des rôles de la réserve est de contribuer au lien armée-nation. Le principe visant à développer des unités constituées partant régulièrement en opérations affaiblira ce lien, même si le rôle des réserves se trouve valorisé. L’empreinte des forces de réserve dans le pays, qui était l’un de ses principaux atouts, va encore diminuer à cause de la réduction du nombre de bases qui va se poursuivre, principalement au niveau de l’armée de terre. Et il sera difficilement concevable d’augmenter les implantations pour la seule raison du lien armée-nation. La réduction de la présence physique militaire sur le territoire national provoquera par voie de conséquence des difficultés accrues de recrutement, car celui-ci est par essence local. Enfin l’allongement des durées de déplacement pour rejoindre la base d’affectation va créer des problèmes de disponibilité et des coûts associés. Néanmoins le discours officiel précise que les réservistes devront être plus engagés dans la défense territoriale (Homeland Security) et la résilience et qu’ils auront un rôle plus local à jouer, ce qui peut paraitre contradictoire avec la raréfaction des implantations militaires. Il y aura aussi augmentation du nombre de spécialistes, notamment dans les domaines cyber, médical et, plus généralement, dans des emplois liés aux phases humanitaires et de stabilisation des opérations.
 
Dans la réflexion actuelle, la priorité est donnée aux employeurs civils. Ce n’est pas dans la culture britannique, contrairement aux USA, qu’un employeur accepte de voir partir régulièrement, et parfois pour de longues périodes (jusqu’à 6 mois), des réservistes qu’il emploie. Le succès de la réforme devra passer par une évolution des rapports entre le secteur privé et les acteurs de la défense
Tout un travail devra être réalisé avec les militaires d’active pour faire passer cette réforme. Ces derniers acceptent difficilement le transfert d’un certain nombre de missions aux réserves. Ils ne comprennent pas l’alignement des soldes des réservistes sur celles de l’active alors que ces dernières font l’objet  d’un gel. Enfin, l’intégration dans des unités d’active, même si elle est porteuse de plus de cohésion, va requérir plus de moyens pour hisser la formation des unités de réserve au même niveau que celles d’active. Il faudra augmenter le nombre de jours, les capacités d’encadrement et ouvrir les centres d’entrainement les week-ends.
 
Il est difficile d’évaluer le gain financier par rapport au maintien d’effectifs d’active. Une étude récente du RUSI[4]  fait état de la complexité de la comparaison des coûts active/réserve. Le budget nécessaire pour cette «professionnalisation » des forces de réserve est évalué à 590 M£ sur 4 ans[5]. Les coûts prennent en compte des règles de formation et d’entraînement plus contraignantes pour atteindre le niveau de préparation requis et la capacité de réactivité demandé, l’effet de l’intégration dans les unités d’active (locaux, équipement, encadrement) et les conséquences de l’éloignement engendré par la diminution du nombre de bases. Or, selon certains analystes, ce budget est considéré comme insuffisant. Les fonds alloués ne devraient couvrir que les frais liés à la communication de recrutement, afin d’attirer massivement les réservistes potentiels, qu’ils soient jeunes, spécialistes ou anciens militaires d’active.  
 
Les différentes consultations et groupes de travail vont alimenter un livre blanc sur les réserves qui doit paraître au printemps 2013. Les rédacteurs de notre livre blanc seraient bien inspirés de suivre les débats actuels et d’en tirer toutes conclusions nécessaires avant de proposer une solution, certes séduisante dans sa théorie, mais difficilement applicable dans le contexte actuel.  
 
 

[1] Future reserve 2020: The Independent Commission to Review the United Kingdom’s Reserve Forces
[2] Future Reserves 2020: Delivering the Nation’s Security Together
[3] "Success will depend on the commitment of employers and government is one of the biggest" Hammond, calling on industry to follow the government's lead. 8 October 2012
[4] Royal United Services Institute
[5] Future reserve 2020: The Independent Commission to Review the United Kingdom’s Reserve Forces:” We estimate that a betterment package, when coupled with the need to abate other savings measures against Reserves, will cost £590M over four years.”
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