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Armée de Terre dans la société

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La réserve citoyenne : un potentiel encore à exploiter

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Par le général de division (2S) Maurice de LANGLOIS

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La réserve citoyenne, dont le concept date de la fin de la conscription, est une approche extrêmement intéressante qui, pour des raisons multiples, n’a pas été suffisamment exploitée. A l’heure où la notion d’esprit de défense s’étiole irrémédiablement dans notre pays, la réserve citoyenne est l’un des leviers susceptibles de pouvoirraviver le lien armée-nation et, ce qui est nouveau, développer une réelle influence de la maison défense auprès des citoyens français. Ceci est d’autant plus important au moment des orientations décisives en voie d’être prises par nos politiques dans le cadre de la rédaction du nouveau Livre blanc.

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Ne coûtant rien ou presque par définition, la réserve citoyenne requiert cependant un minimum d’investissement humain aux titres du recrutement, de l’animation et de la valorisation de ses membres.

Les principes de la réserve citoyenne sont bien admis et partagés. Elle entretient l’esprit de défense dans une société qui a perdu ce lien naturel armées-nation avec la fin de la conscription. Elle possède surtout cet avantage unique d’être un réservoir de rayonnement et d’influence.

Cependant, elle est restée limitée en volume et ses effectifs ont même tendance à végéter. En absence de gouvernance, son caractère décentralisé, qui est fondamental, a créé de nombreuses disparités qu’il faut maintenant corriger.

De nombreuses pistes doivent être explorées, notamment aux niveaux objectifs et gouvernance, de manière à faire de cet outil le vecteur dynamique vital pour la diffusion et le rayonnement de l’esprit de défense.

 


Une création récente et incomplète

 

La réserve citoyenne a été créée en 1999. Le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale de 2008 partageait la réserve militaire en deux composantes, la réserve opérationnelle et la réserve citoyenne. Le nouveau livre blanc ne devrait changer fondamentalement la réserve citoyenne.

L'appartenance à la réserve citoyenne s'inscrit dans le parcours citoyen qui permet à tout Français et à toute Française de contribuer à la défense de la Nation. Elle est composée de volontaires agréés par l'autorité militaire et issus de tous les milieux sociaux et professionnels. Elle peut notamment agir dans le cadre de réseaux insérés, ou non, dans l'environnement de la défense. Le réserviste citoyen sert au sein d’une armée ou d’une formation de rattachement.

La réserve citoyennea pour objet d’entretenir l’esprit de défense. Non seulement elle permet de sensibiliser et d’informer les décideurs civils sur les questions de défense, mais elle doit être envisagée comme une « réserve de rayonnement et d’influence », selon les termes du CEMAT[1]. Véritable relais d’opinion, elle œuvre au profit de l’institution au sein de son milieu professionnel ou associatif et contribue au renforcement du lien armées-nation. Les réservistes citoyens peuvent être identifiés comme des hommes et des femmes qui possèdent un niveau d’influence réel dans leurs périmètres de responsabilités, qui bénéficient d’une audience élargie et qui peuvent actionner des «réseaux ».

Ces réservistes, agréés par une autorité militaire de rattachement, sont des bénévoles auxquels un grade est conféré. A des fins d’équité, des règles communes aux armées et aux formations rattachées sont mises en place en matière de gestion et d'administration. Ces règles peuvent être complétées, en tant que de besoin, par chaque armée ou formation rattachée. Les réservistes citoyens issus de l'active ou de la réserve opérationnelle sont admis avec le grade qu'ils détiennent. Ceux issus de la société civile, sans passé militaire, se voient attribuer un grade, à titre honorifique, en fonction de critères définis par chaque armée et formation rattachée. Les réservistes citoyens bénéficient d'une information continue, à savoir conférences, exposés, journées d'information, accès à des centres d'information défense...

 


Une réalisation contrastée mais un potentiel intact

 

La réserve citoyenne ne fait plus l’actualité. Ses effectifs stagnent et de nombreuses questions restent posées. Néanmoins, son principe n’est pas remis en cause.

Il n’y a pas de gouvernance de la réserve citoyenne au niveau du ministère de la défense et cela a été décidé comme tel. Le rapport d’évaluation sur l’état des réserves militaires en 2010 précise que « l'organisation des activités de la réserve citoyenne est entièrement à la charge des armées, des formations rattachées, de la DGA et de la Gendarmerie nationale. Cette décentralisation a le mérite de pouvoir recruter localement et d’attacher un réserviste citoyen à une structure militaire voisine. Très utile pour le lien armée-nation, cela l’est moins pour la cohérence d’ensemble qui été entravée par de nombreuses dérives et provoqué des disparités parmi les différentes armées. Malgré l’existence de règles communes dans l’instruction initiale, la majorité des questions parlementaires posées depuis 2009, n’a pas concerné la finalité mais plutôt les problèmes de mise en œuvre de la réserve citoyenne. Celles-ci concernaient principalement le port de l’uniforme, l’attribution des grades ou la remise de récompenses mais pas les problématiques de fond. Ces divergences constatées ont été à l’origine de nombreuses difficultés et d’incompréhensions.

La sénatrice Joëlle Garriaud, en septembre 2010, soulignait que la loi de 1999 avait tiré les conséquences de la suppression du service national en créant la réserve citoyenne. Elle déplorait malheureusement le manque de visibilité et de clarté de cette dernière dans ses objectifs. Suite au rapport réalisé par l’Inspection des armées en 2011, deux expérimentations ont été lancées pour tester la réserve citoyenne à l’étranger (site de Bruxelles) et son utilisation pour la préparation des Jeux olympiques d’été (site de Lille). Ceci n’est pas suffisant et montre la nécessité de lancer une réflexion approfondie sur la définition d’une véritable stratégie d’ensemble.

Concernant l’évolution des effectifs, une correction réalisée en 2007, introduite par la loi du 18 avril 2006, a rattaché la totalité des anciens militaires d'active ou sous contrat, ayant une obligation de disponibilité, à la réserve opérationnelle de deuxième niveau. Les effectifs sont passés de 15000 en 2007 à 2600 (la Marine nationale comptabilisait à elle seule 12414 réservistes citoyens). La composition de la réserve citoyenne a ainsi été clarifiée. Elle ne comporte plus désormais que les seuls volontaires agréés par l'autorité militaire en raison de leurs compétences, de leur expérience et de leur souci d'apporter leur soutien à la défense nationale.

Au 31 décembre 2010, le nombre de réservistes citoyens agréés était de 2576 volontaires

[2]. Ce chiffre est quasiment stable par rapport à 2009 (2536). La proportion des réservistes citoyens issus directement de la société civile est de 74 %, le reste étant pourvu par des anciens militaires. Malgré ces éclaircissements indispensables, il faut se poser les questions de l’animation des réservistes opérationnels de deuxième niveau, des effectifs souhaitables pour la réserve citoyenne et de leur représentativité au sein de la société française.

La question du lien de la réserve citoyenne avec la réserve militaire ne fait pas l’unanimité. « Ainsi, des groupes de travail du Conseil Supérieur de la Réserve Militaire (CSRM) sont régulièrement saisis à son sujet. Les rapports remis, favorables dans les grandes lignes au statu quo, sont classés et un autre groupe de travail ad hoc, remanié, est créé dans l’espoir inavoué, mais de plus en plus perceptible, d’obtenir une position franche et unanime préconisant que la réserve citoyenne ne doit plus appartenir à la réserve militaire »[3].

 


Des propositions concrètes et des pistes de travail

 


A l’heure où la stratégie d’influence fait l’objet de nombreuses études et de colloques, le réserviste citoyen est un vecteur important de promotion et d’innovation de l’esprit de défense dans la société civile. Il a à cœur le souci de développer ses capacités de rayonnement et d’influence dans un milieu qui souvent ignore tout des questions de sécurité et de défense.

Le réserviste citoyen représente souvent l’intérêt de la stabilité, avec une durée de présence locale généralement bien supérieure à celle du militaire, ce qui lui permettra d’assurer une continuité dans les actions lancées.

L’animation du réseau des réservistes citoyens est primordiale. Elle doit leur permettre de  pouvoir développer ses connaissances en matière de défense, sur la base d’une information dispensées par des acteurs nationaux de haut niveau. Il est associé à des groupes de travail transverses[4] animés par la défense et où il apporte sa propre expertise. Il exercer une influence dans son environnement relationnel sur des sujets généraux touchant à la défense et son évolution ou sur des sujets particuliers où il développe une expertise spécifique dans le cadre de ses activités professionnelles.

Il est impératif que le lien de la réserve citoyenne avec la réserve militaire soit préservé. Cela donne plus de visibilité aux différentes formes de la réserve et permet des bascules de l’un à l’autre.

Le caractère élitiste de la réserve citoyenne doit être validé, mais avec des objectifs chiffrés. Dans ce cadre-là, il faudra se poser la question d’y maintenir des sous-officiers et militaires du rang, qui sont déjà en très faible proportion (13% et 1% respectivement).

Les déserts militaires et la nécessité de développer la réserve citoyenne là où il y a des Français, nécessitent la création d’un « corps de réservistes interarmées » pour rattachement à des états-majors centraux ou ambassades à l’étranger. Il faudra l’harmoniser avec les autres types de réservistes citoyens, ce qui résoudrait en même temps les problèmes de dérives constatés dans les armées (grades, tenues et récompenses).

Une gouvernance spécifique de la réserve citoyenne doit être mise en place au niveau du ministère (EMA ? CSRM ? Autre ?) avec des moyens, certes limités mais bien concrets. Cette gouvernance, sans remettre en cause la décentralisation de l’animation des groupes de réservistes citoyens, permettra d’harmoniser les procédures, de gérer les réservistes interarmées, d’assurer une large communication et de soutenir les actions locales en fournissant des intervenants de haut niveau.

Les accords de partenariat avec des associations, dans le cadre de la charte de partenaire de la réserve citoyenne, doivent être développés et facilités avec l’aide de l’échelon central.

 


[1] Note EMAT n°500061/DEF/RH-AT/CESAT/ESORSEM/GAL du 2 février 2011

[2] Rapport d’évaluation sur l’état des réserves militaires en 2010 : Ce chiffre est en augmentation de 1,58 % comparativement à 2009 (2536). 192 Marine, 673 armée de terre, 708 armée de l’air, Gendarmerie 614, le reste étant fourni par la DGA, le service de santé et le service des essences.

[3] Benoit JEANNE, Directeur d’hôpital, Lieutenant-colonel de la réserve citoyenne du service de santé des armées, Membre du Conseil Supérieur de la réserve Militaire et  ancien auditeur de l’IHEDN, dans un article paru dans "L'Epaulette" (www.epaulette.org) en juillet 2009.

[4] A l’image de la proposition à l’occasion des dernières Universités d’été de la Défense de l’officier général Cyber au sein de l’Etat-major des armées (EMA), qui a annoncé la création a d’un réseau de spécialistes de la sécurité informatique dans le cadre de la réserve citoyenne.

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